Philippe Georget – Tendre comme les pierres

 georget4ème de couv.

Dans le village de Wadi Musa, près du célèbre site de Pétra, un vieil archéologue français est arrêté, accusé de pédophilie par la police jordanienne.
Venu réaliser un documentaire sur son chantier de fouilles, Lionel Terras, journaliste parisien, irascible et désabusé, va avec Mélanie, l’adjointe du professeur, tenter de découvrir qui cherche à éliminer le vieil homme.
Son enquête va le conduire dans le désert du Wadi Rum, sur la piste de l’âme des Bédouins et sur les traces du mythique Lawrence d’Arabie, à la poursuite de l’incroyable secret de Sharat-Aqem…
Lionel trouvera-t-il sur la Desert Highway, les réponses à son propre chaos ? Car comme dit le proverbe arabe : « Si loin que portent nos pas, ils nous ramènent toujours à nous-mêmes. »

Ce que j’en pense :

Dès les premières lignes de ce roman, on est tout de suite transporté dans un autre siècle, une autre dimension. De la ville de Maan, qui héberge les hôtels à touristes, jusqu’aux ruines de Petra, l’antique cité des Nabatéens, et du Wadi-Rum l’auteur nous conduit, en compagnie de Mélanie et de Lionel, à la rencontre de ce pays et nous familiarise avec les mystères de l’Arabie.

Suite à l’arrestation du chef de l’expédition, c’est Mélanie qui reprend les commandes et c’est avec elle que Lionel va devoir travailler pour réaliser son documentaire.Et c’est peu de dire, que dès le début, leurs relations prennent une tournure un peu tendue. Mélanie croit dur comme fer à l’innocence du professeur, alors que Lionel a tendance à être plus sceptique, ce qui n’est pas sans faire quelques étincelles.

Peu après, le site des fouilles est fracturé, et un registre qui comptabilisait les objets découverts disparaît. Il semblerait qu’il y ait des personnes qui veulent discréditer le professeur ainsi que son équipe. Lionel est lui-même visé, il découvre un paquet de cannabis que l’on a soigneusement caché dans sa chambre.

Qui donc cherche à leur nuire ? Nacer, l’assistant en Archéologie de Mélanie, qui verrait ainsi le moyen de satisfaire son ambition, Ali Ibn Ali, policier responsable de la sécurité sur le site de Petra et qui aurait toutes les facilités pour fabriquer de fausses preuves ?

Mélanie et Lionel vont donc mettre de côté leurs différends pour travailler ensemble, et de fil en aiguille, les motifs pour lesquels on cherche à les écarter vont se faire jour. Avant son arrestation pour pédophilie, le professeur aurait découvert une stèle mentionnant Sharat-Aqem, une mythique cité disparue.

Ils partent donc pour le désert du Wadi-Rum, à la recherche d’indices sur cette cité. Dans le désert, ils feront l’expérience de la légendaire hospitalité des bédouins, peuple attaché à son mode de vie dans le désert et dont la liberté de mode de vie constitue la seule richesse, par opposition à leurs voisins Saoudiens dévoyés au profit.
« A quoi pourrait bien me servir la richesse dans le désert ? Je suis riche à ma façon car du sable coule encore dans mes veines. Dans celles des Saoudiens il n’y a plus que du pétrole. » Ainsi parle Mohamed, leur hôte bédouin.

Et c’est bien là que réside la clé de ce roman. Il s’agit de la survie d’un pays soumis à une pression touristique intense, et qui peu à peu doit s’adapter, et voit disparaître les valeurs qui faisait son mode de vie ancestral au bénéfice d’un tourisme de masse toujours plus envahissant.

La narration est mesurée, sans empressement, un rythme qui convient bien au désert jordanien. Les proverbes ou citations arabes en exergue de chaque chapitre nous aident à mieux comprendre le cheminement intellectuel du héros et ce qui motivera sa décision finale.

Les personnages sont tous bien dessinés, de Mélanie l’archéologue passionnée, à Lionel qui traîne avec lui ses traumatismes d’ancien correspondant de guerre. Leur relation, teintée de méfiance réciproque, évoluera vers un ton plus tendre du moment où ils apprennent à se connaître. Les « seconds rôles » sont également bien étudiés et le peuple bédouin est représenté par l’auteur avec une grande bienveillance.

Sont également dépeints avec réalisme et beaucoup de poésie les paysages sauvages du Wadi Rum, les dunes et les falaises ocre s’éclairant au couchant, qui font de Pétra et de ses ruines un personnage à part entière du roman.

C’est avec une pointe de regret que j’ai refermé ce livre, plus un roman d’aventures qu’un polar, un véritable plaidoyer aux accents de reportage, une déclaration d’amour à ce pays et à ses habitants. Je repars conquis et charmé par ce voyage dans le désert Jordanien, abandonnant dans le silence du désert Petra, le Wadi-Rum et leurs secrets, sur lesquels plane l’ombre de Thomas Edward Lawrence.

GEORGET2L’auteur :
Philippe Georget est né en 1963 en région parisienne. Après des études d’Histoire, il participe à une mission humanitaire au Nicaragua. Il voyage ensuite en Irlande du Nord, puis se rend à Jérusalem, en Cisjordanie et à Gaza. En 2001, il embarque sa femme et leurs trois enfants dans son camping-car et fait le tour de la Méditerranée en passant par l’Italie, la Grèce, la Jordanie, la Libye. Il opte ensuite pour le journalisme et poursuit sa carrière à France 3 comme journaliste-rédacteur, présentateur et caméraman (ce qui a sans doute influencé son écriture si originale?).
(Source: Editions Pocket)

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