André Fortin – Le crépuscule du mercenaire

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Ange Simeoni est un voyou qui bien que retiré des affaires est au courant de bien des choses… À sa demande, Stanley, petit voleur à la tire, vient de dérober la mallette d’un agent très spécial tout droit sorti du ministère…
Vingt ans plus tôt, Marc Kervadec est conseiller des princes africains. C’est un barbouze qui, du Mali au Burkina Faso en passant par le Togo, veille au grain, chaperonne les présidents et protège les intérêts de la France. Il y a tellement de richesses ici…
Au même moment, à Aix-en-Provence, Margot, jeune et belle femme éthérée, brûle sa vie par les deux bouts entre les visites impromptues de Marc…
Ailleurs, le colonel, vieux briscard de la DGSE, distribue les rôles à son armée de l’ombre. Les valises d’argent liquide circulent et s’envolent même de temps à autre pour des destinations inconnues…
Et parfois la machine se grippe, les planètes se rencontrent, l’amour s’en mêle, les dossiers disparaissent, les juges enquêtent, les présidents africains décèdent brutalement… Il suffit de si peu de chose…

Ce que j’en pense :

L’étrange pouvoir des petits riens, ou comment de petites causes peuvent engendrer de grands effets.
Marseille, de nos jours : Une jeune femme est victime d’un voleur à la tire dans la gare Saint-Charles. La seule indication qu’elle pourra donner aux enquêteurs est que son voleur portait une capuche avait « un regard surpris et doux« .

Ce voleur, Stanley est abordé peu après par Ange Simeoni, un voyou rangé des voitures, pour commettre un vol sur commande. Le lendemain, il doit voler la mallette d’un voyageur, mission dont il s’acquitte sans problème. Ce porteur de valise n’est rien moins qu’un chef de cabinet ministériel.

Aix en Provence, trente ans plus tôt : Marc Kervadec, rencontre Margot, une jeune femme libérée, avec laquelle il aura une relation intermittente, faite de courts séjours et de longues absences, dues à son métier. Marc, barbouze des services secrets français, est venu passer quelque temps « au vert » en France pour se refaire une santé morale après l’assassinat du président de Haute-Volta Thomas Sankara.

Notre narrateur, juge d’instruction, se rendait à Nice en vue de rencontrer le commissaire Juston pour une enquête sur les activités de la CPAO (Compagnie Phocéenne de l’Afrique Occidentale). Lors d’une perquisition, ils découvrent dans un coffre des liasses de billets de 500€ et soupçonnent tout de suite une filière de blanchiment d’argent.

Quelques jours plus tard, le juge apprend à la lecture du journal, qu’un chef de cabinet du Ministère de l’Intérieur s’est fait voler sa mallette par un « jeune homme à capuche ». De là à faire le rapprochement avec l’affaire CPAO, il n’y a qu’un pas, d’autant que l’employé du ministère est un peu confus dans ses déclarations, quant au contenu de la mallette.

Avec ce roman, André Fortin nous fait pénétrer dans les méandres peu reluisants de la politique française en Afrique francophone, « la françafrique », auprès de ces barbouzes conseillers militaires, soldats perdus dans des guerres pas très glorieuses, agissant en sous-main non seulement au nom des intérêts de l’État français mais plutôt pour le bénéfice de grands groupes industriels.
« Un gisement d’uranium découvert quelques mois auparavant constituait la pomme de discorde entre la France et son ancienne colonie. Paris s’était rendu compte, trop tard, que Cyrille Soumaré n’était peut-être pas l’homme de la situation.« 
Il dénonce le comportement de la France en Afrique qui, depuis près de cinquante ans, fait et défait les présidents à son bon vouloir. Il n’est qu’à se souvenir de l’affaire Elf, pas si lointaine, exemple criant de la « France-à-fric », et de ses millions de francs détournés.

L’auteur, ancien juge d’instruction, navigue à son aise dans les arcanes de ce monde, compliqué pour les profanes, entre pouvoir politique, judiciaire et policier, où les limites sont parfois imprécises et mouvantes. Sa narration est calme, posée, il prend le temps de la mise en place, avant celui de la mise en mouvement des personnages et de l’intrigue. Et la construction, en chapitres courts et alternés entre passé et présent, n’engendre ni la monotonie ni l’ennui.

Les personnages sont aussi très bien dessinés, de Galtier le juge intuitif et opiniâtre, à Juston le policier ami de celui-ci, toujours partagé entre son amitié pour le juge et le désir de maintenir l’indépendance de la police vis à vis de la justice. Avec une mention spéciale pour Ange Simeoni, sympathique voyou « à l’ancienne ».

Mais ceux pour lesquels j’ai le plus de tendresse sont Stanley Fabre, petit délinquant, qui aurait pu réussir dans la vie dans un cadre familial plus construit, et son attachement presque filial avec sa psychologue Mme Travers. Également Kervadec et Margot, dont l’aventure en pointillés, en raison du métier de Marc, aurait pu être bien plus belle. Kervadec qui, malgré ce qui lui en coûte, avec cette noblesse d’âme et ce sens du devoir hérités de son passé de soldat, va aller jusqu’au bout de son engagement.

J’ai également apprécié le ton très ensoleillé et méridional de son écriture, au travers de ce voyage dans l’espace et dans le temps, de Marseille et de ses calanques, jusqu’à ces états Africains où la République française, sous couvert de coopération militaire ou économique, orchestre bien des turpitudes.
Pour ma part, un très bon moment de lecture.

L’auteur :

Fortin-NB1André Fortin est né en 1946 en Algérie. Son père y était alors en poste comme « honorable correspondant » de ce que l’on nommait jadis « La Piscine »(DGSE).
Magistrat depuis de nombreuses années, tour à tour juge d’instruction, juge pour enfant, conseiller à la Cour d’Appel ou vice-président du tribunal, André Fortin est un professionnel aguerri qui, n’en doutons pas, connaît mieux que quiconque tous les recoins et autres arcanes de la Justice.

(Sources : Éditions Jigal)

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