Tim Willocks – Green River

green river4ème de couv.

Green River, pénitencier de sécurité maximale au Texas. Un véritable enfer dans lequel, entre tensions raciales et violences quotidiennes, vivent cinq cent âmes perdues. Un univers sans pitié où le silence n’existe pas, l’obscurité non plus. C’est là que Ray Klein, ancien médecin, purge sa peine, en travaillant à l’infirmerie. Alors que sa libération approche, une émeute éclate dans la prison. Au milieu du chaos et de l’anarchie, Ray, qui est tombé amoureux de Juliette Devlin, psychiatre judiciaire, va tout mettre en œuvre pour la sauver alors qu’elle est séquestrée avec ses patients dans l’infirmerie.

Ce que j’en pense:

L’histoire est condensée sur 72 heures dans la vie de la prison de Green River, depuis le bouclage imposé par le directeur Hobbes, admirateur de Bentham et de sa théorie du panoptique, au travers de la prise de contrôle par les détenus jusqu’à la confrontation finale anarchique entre les prisonniers et la garde Nationale. Chacun de trois mouvements de l’histoire est structuré autour du personnage du Dr Ray Klein, accusé (à tort) de viol qui a passé trois ans à travailler à l’infirmerie, qui doit mettre en balance ses chances de libération sur parole contre les notions contradictoires de liberté, conscience et survie…

Ajoutez à cela un contexte de racisme volcanique, de trafic de whisky, viol homosexuel et une soif de pouvoir débridée, et vous aurez une certaine idée du monde brut et pantelant de Green River. C’est l’asocial dans toute sa violence sous-jacente, un théâtre sans public, un spectacle d’appétits physiques dans lequel le contrôle est la seule monnaie d’échange. La prison nous est ainsi dévoilée dans toute sa brutalité, tant des actes que des sentiments qui les motivent, dans un maelstrom permanent de drogue et de sexe.

Pour un médecin de Londres, qui n’a sûrement jamais mis les pieds dans une prison américaine, Willocks a un don étrange pour intégrer l’argot des prisons Américaines. En effet, le nombre de passages où les personnages s’abreuvent les uns les autres d’insultes dans un langage très cru, graveleux, voire ordurier peut paraître exagéré, mais c’est probablement dans un souci d’authenticité.

Les personnages principaux bénéficient d’une étude psychologique très travaillée : le Dr Klein, médecin et katatéka comme l’auteur, innocent condamné à tort, qui a compris que le seul moyen de se sortir de cet enfer était de faire le bien, et se voit ainsi respecté par toutes les factions composant la population carcérale ; l’infirmier Earl Coley qui sans aucune qualification médicale, a un réel talent pour soigner et laisse passer ses chances de libération pour rester dans cette infirmerie ou il se sent chez soi ; Wilson l’ex-boxeur promis à un brillant avenir et maintenant déchu, Claude/Claudine Toussaint « épouse » de Nev Agry, caïd de la section D, qui sera à l’origine de l’émeute ; Henry Abbot, colosse paranoïaque qui s’est dévoué à la protection de Klein ; Juliette Devlin, seul personnage véritablement féminin de l’histoire, qui venait à la prison dans le cadre d’une étude pilote « Sida et dépression dans une institution fermée ». Et dans ce monde de barjots et de psychopathes, le plus fou n’est peut-être pas là où on l’attend…

Ceux qui sont du côté des « bons » et doivent se battre contre les émeutiers de Nev Agry, n’auront d’autre solution pour s’en sortir, que de faire le bien et de faire preuve d’altruisme, car c’est la seule issue qui leur reste. Ainsi, par le baptême de la merde et du sang, un certain nombre d’entre eux trouveront là leur juste rédemption.

Ni le rythme, ni l’écriture ne souffrent  d’aucun ralentissement. Elle est également à l’image du roman : dure, crue, violente et sans concession.

Un roman choc, fort et âpre, huis clos impitoyable, un des romans les plus justes et les plus réalistes pour nous faire un portrait terrifiant de la violence et du désespoir en milieu carcéral. Un thriller haletant, un page-turner implacable que l’on a bien du mal à lâcher et dont on ressort complètement vidé.
Une de mes très bonnes lectures de cette fin d’année…

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9 réflexions sur “Tim Willocks – Green River

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