Alfredo Noriega – Mourir, la belle affaire

noriega-fichelivre14ème de couv.

Équateur, Quito, 2850 mètres d’altitude. Arturo Fernandez, médecin légiste, subtil et mélancolique observateur, raconte l’histoire de Maria del Carmen. Seule rescapée d’un accident de voiture, elle a promis à l’inspecteur Heriberto Gonzaga de l’épouser s’il retrouvait les chauffards. Mais peu de temps après, la jeune fille se suicide.
Arturo parle aussi de Paulina et de tous ces anonymes d’une cité ceinturée de montagnes et de volcans, fragilement bâtie sur des collines sillonnées de ravins. L’enquête de l’inspecteur avance pourtant et tous les récits s’entrecroisent, tissant le tableau d’une ville violente, indifférente, passive devant l’injustice sociale, le destin et l’acharnement de la nature. Un lieu où la mort est quotidienne et sans autres conséquences qu’intimes et tragiques pour ceux qu’elle frappe.

Ce que j’en pense :

Qui ne s’est jamais interrogé sur la vie et la mort ? Le titre du livre annonce la couleur. Dans une récente interview, l’auteur s’exprimait ainsi : »Qu’est-ce que l’existence, seulement mourir ? vivons-nous pour arriver à cela ? Comment vivre dans une ville, dans un pays ou la mort est finalement très présente ? C’est là la question, non ? C’est une des idées du texte, et il me semble que dans ce sens le titre englobe cette idée centrale ».

Ce roman est le deuxième volet d’une trilogie (mais le premier traduit en français)où le médecin légiste Arturo Fernandez apparaissait déjà dans un précédent roman « De que nada se sabe », porté à l’écran par le réalisateur Victor Arregui.

A partir d’un banal et mortel accident de la route, dont la ville de Quito semble s’être fait une spécialité, Alfredo Noriega nous déroule le fil de l’histoire de la vie et de la mort de plusieurs personnes : une jeune fille qui cherche la vengeance, un policier en proie problèmes existentiels, un autre accident provoqué par un conducteur sans permis, un chauffeur de taxi aux multiples facettes, une vieille dame souffreteuse, une inondation qui rase un quartier construit à flanc de montagne… A partir de toutes ces vies qui s’entrecroisent, apparemment sans aucun lien entre elles, mais qui sont tout de même liées, l’auteur bâtit la trame de son roman.

L’inspecteur Heriberto Gonzaga, après la découverte du corps de la jeune suicidée, se souvient de sa promesse et reprend l’enquête. Il découvre que le dossier a été falsifié, et que l’on a effacé une mention d’alcoolémie positive sur le conducteur.
Ses recherches l’amènent chez l’architecte Ortiz, qu’il abat froidement, sous les yeux de sa fille Paulina. Cet acte de violence qu’ils ont en commun va nouer entre eux le début d’une étrange et complexe relation.

Arturo Fernandez le légiste est le lien avec toutes ces personnes, témoin privilégié de leur mort, et par la même de ce que fut leur vie. Il témoigne d’un grand soin envers ses « clients », et d’une grande humanité envers les familles de victimes.
« Chaque matin, je me lève et quelque chose se brise en moi. Je passe mon temps enfermé dans une salle d’autopsie, éclairé par des lampes au néon, entouré de faïence et d’aluminium. Dans cet univers strident, la vie est-elle en train de me filer entre les doigts ou bien est-ce là que je gagne le droit d’être en vie ?
Quelqu’un m’a dit un jour son admiration pour la science que je pratique. Mais, à quoi rime-t-elle ? A donner aux vivants des raisons de redouter ce qui, de toute manière, les attend ? Cette science, la mienne, revient peut-être simplement à accepter que ma vie prenne sens au milieu des morts que j’examine. »

Dans certains chapitres il est le narrateur, d’autres chapitres écrits à la troisième personne sont consacrés aux autres personnages qui selon le lieu et le moment, occupent le devant ou le fond de la scène. La narration alterne entre le présent, le passé, et nous propose même une prévision de ce qui pourrait se passer dans le futur.

Quito, la capitale andine, est elle-même un personnage, acteur de l’histoire. Entourée de montagnes, au pied des volcans, soumise à une fulgurante expansion anarchique et incontrôlée, elle forge le caractère de ceux qui y naissent ou qui y vivent. La situation géographique a une grande incidence sur les faits et gestes des habitants. Quito sous la pluie, sous le soleil, Quito et ses rues humides, autant d’atmosphères différentes et changeantes. Bien que vivant en France depuis plus de 25 ans, l’auteur témoigne pour sa capitale d’un profond attachement qui s’exprime à chaque page. La ville, arrière-plan et prétexte à une intrigue dont nous aurons la révélation, seulement dans les dernières pages.

Un roman dense, sombre et crépusculaire, foisonnant d’une multitude de personnages, parmi lesquels on pourrait se perdre si on n’y prenait garde, et qui peut surprendre par sa construction, mais d’une grande force d’évocation sur la société équatorienne, son passé glorieux et sa déliquescence actuelle.
Un très bon moment de lecture.

Éditeur : Ombres noires 2013

principal-alfredo-noriega_1_grandeL’auteur :
Alfredo Noriega est né en 1962. Il vit à Paris depuis 1985, où il donne des cours d’espagnol et de théâtre dans une école de commerce. En Espagne, il a publié plusieurs manuels de langue. Il écrit de la poésie et est l’auteur de plusieurs romans dont « De que nada se sabe »  adapté au cinéma en Équateur.
Ce roman est également en voie d’adaptation au cinéma.

 

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