André Blanc – Farel

Farel4ème de couv.

Par un sale mois de novembre glacé et venteux, une femme est retrouvée assassinée dans un grand hôtel de Lyon, attachée sur un lit, étouffée, la tête emprisonnée dans un sac.
Le commandant Farel et son équipe se penchent sur le passé de la victime, directrice d’un institut d’accueil pour enfants handicapés et dont la vie va très vite se révéler particulièrement sulfureuse. Au fil de l’enquête, en pleine campagne électorale, un autre cadavre sera découvert, apparemment exécuté sur le même modus operandi, celui de l’adjoint au maire, franc-maçon, chargé des finances de la ville et grand pourvoyeur de fonds électoraux.
En laissant délibérément à Farel les mystérieux indices d’un jeu de piste macabre, le tueur, froid et méthodique, semble vouloir régler ses comptes…
L’enquête va faire remonter à la surface les odeurs nauséabondes d’une terrible affaire toujours pas élucidée mettant en cause l’establishment local. Et pour Farel, les souvenirs douloureux d’une amitié à jamais perdue…

Ce que j’en pense :

Peu après la découverte de ce premier cadavre, dans une mise en scène très étudiée, le commandant Farel et son équipe identifient la victime comme étant Carole Ventadour, directrice d’un centre pour enfants handicapés. Ce qui n’est pas sans raviver des mauvais souvenirs chez Guillaume Farel. Trois ans auparavant, il n’a pu mener à son terme, faute de preuves, une enquête sur un réseau de pédophilie impliquant des notables Lyonnais. Lors de cette enquête avortée, Farel a rencontré Maud, lieutenant d’Interpol sa compagne actuelle qui elle aussi a été marquée par ce ratage, et leur relation s’en ressent.

La découverte du deuxième cadavre de Robert Kessler, adjoint au maire chargé des finances de la ville, donne un coup d’accélérateur à l’enquête. Les premières perquisitions sur les scènes de crime mettent à jour des relations très troubles entre divers notables, l’adjoint au maire Kessler, le premier substitut du procureur Mortmart, Carole Ventadour et son mari… Ces relations constitueraient l’ossature d’un réseau pédophile à la maison d’accueil pour enfants Les Marguerites, où était hébergée Marie, la fille de son ami Marc. Ce même réseau qu’ils n’avaient pu démanteler il y a trois ans.

Mais les choses paraissent bien différentes cette fois-ci : ce mystérieux tueur s’adresse directement à Farel, par des messages sibyllins, pour l’orienter dans son enquête, qui sera à l’image du personnage, ancien officier béret vert des commandos de marine, rigoureuse et impitoyable.

Sur fond de magouilles politiques, financières et électorales, d’attributions plus ou moins régulières de marchés publics, d’une criante actualité  dans la France d’aujourd’hui, Farel conduit son enquête, sous la férule de la juge Fournier, réputée pour son indépendance, sans se laisser dicter sa conduite par les diverses pressions et incitations du pouvoir politique, et les menaces à peines voilées de certains magistrats locaux.

Farel est un homme de principes, inflexible et entièrement tourné vers le but qu’il s’est fixé, la recherche de la vérité. Il porte en lui une fêlure que le temps n’a pas encore guérie. Ses amis Le Han, médecin spécialisé en psychocriminologie, et Charles Vobslinger, rédacteur en chef d’un grand quotidien Lyonnais, qu’il retrouve lors de réunions quasi hebdomadaires, forment son premier cercle d’intimes, et lui apportent une aide ponctuelle dans ses enquêtes. Au-dessus d’eux plane toujours l’ombre de Marc Philippe, l’ami disparu, dont ils n’ont jamais fait le deuil, et qui est omniprésent, du début à la fin de ce roman.
Comme le leur fait justement remarquer Maud:
« Quand vous êtes tous les trois, le Vobs, Le Han et toi, on a l’impression qu’un spectre plane au-dessus de vous. Cet homme vous hante. Vous ne pensez qu’à lui, sans jamais citer son nom. Aucun de vous n’a fait le deuil de sa mort. Il n’est plus avec vous, il est en vous… »

Les personnages sont tous très bien marqués, avec leurs qualités et leurs défauts.
L’écriture de l’auteur est limpide et fluide, son récit admirablement structuré, et malgré le nombre de personnages, d’une grande clarté. Au rythme de la partition de Gustav Mahler « Kindertotenlieder », André Blanc nous guide dans un monde qu’il connaît bien, celui des institutions locales, creuset de toutes les ambitions où évolue l’enquête, avec un suspense savamment entretenu, jusqu’à sa scène finale, empreinte d’une intense émotion. Et de ce marécage nauséabond de trafics et de guerres d’influence, émerge la figure d’un commandant de police terriblement humain, dans ses forces comme dans ses faiblesses.

Oui, Farel est un homme, un vrai… Et c’est aussi un très bon roman !

Éditions Jigal 2014

andré blancL’auteur:

André Blanc est né à Lyon, second d’une famille de 4 enfants. Père professeur agrégé. Fréquents séjours en Allemagne, études à Berlin. Docteur en chirurgie dentaire, passionné d’archéologie et de préhistoire. Il devient adjoint au maire de Lyon à la fin des années 80 avant de démissionner pour inadéquation totale… Il aime la tragédie classique, Racine, Shakespeare, la poésie, Hugo, Musset, la littérature, Yourcenar, Dostoïevski… le vin blanc de Condrieu et la pêche à la mouche !

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