Dashiell Hammett – Moisson rouge

09-ALIRE-MoissonRouge-16bc64ème de couv.

Le vieil Elihu Willsson règne en maître sur la petite ville minière de Personville dans le Montana depuis qu’il a utilisé les services de la pègre pour réprimer des grèves locales.
Mais les truands sont bien décidés à rester et à imposer leur loi. Il fait donc appel à un détective privé peu regardant quant aux méthodes expéditives et illégales pour nettoyer la ville…
Traversé par une violence paroxystique, mené sur un mode frénétique, Moisson rouge est le grand roman sur le capitalisme sauvage des années 1920.

 

Ce que j’en pense :

Moisson rouge, un roman publié en 1929, et qui nous est proposé dans une version intégrale et une nouvelle traduction de Nathalie Beunat et Pierre Bondil, pour moderniser la langue et l’adapter à notre époque.

L’histoire est racontée par le détective anonyme, de la Continental Detective Agency, personnage récurrent des romans de Hammett. Hammett base son histoire sur sa propre expérience dans la ville de Butte, Montana alors qu’il était en fonction à l’Agence de détectives Pinkerton. Il est appelé à Personville par le fils du vieil Elihu Willsson, Donald Willsson, éditeur du Morning et de l’Evening Herald. Don est assassiné peu après l’arrivée du détective. Celui-ci, après avoir démasqué le meurtrier, décide, par loyauté envers son client, de « nettoyer » la ville.

« Mais, disait Bill Quint, le vieil Elihu ne connaissait pas son histoire italienne. Il avait brisé sa grève, mais il avait perdu son emprise sur la ville et sur l’État. Pour mater les mineurs, il avait été obligé de lâcher la bride à ses tueurs. Et, la bataille finie, il fut incapable de s’en débarrasser. Il leur avait livré sa ville et il n’était pas assez fort pour la récupérer. »

Sa méthode pour parvenir à ses fins est d’une redoutable simplicité : Il oppose les uns aux autres les 4 chefs de gangs rivaux de la ville, comptant sur leur antagonisme pour qu’ils s’entretuent. Le personnage du détective ne s’embarrasse pas de principes. Pour lui, ce qui compte c’est l’efficacité, et tant pis s’il doit aligner un ou deux cadavres. Sa moralité est également très élastique, il s’enivre prend de la drogue, mais arrive néanmoins à sortir indemne de toutes les fusillades, et Dieu sait s’il y en a dans ce roman !
« — Cette saleté de patelin commence à me cavaler. Si je ne file pas bientôt, je vais devenir aussi sanguinaire que les indigènes. Faisons le bilan depuis mon arrivée : une douzaine et demie d’assassinats ! Donald Willsson, Ike Bush, les quatre Macaronis et le flic de Cedar Hill ; Jerry ; Lew Yard ; Dutch Jack, Blackie Whalen et Put Collings à la Flèche d’Argent ; Big Nick, le flic que j’ai descendu ; le gamin blond que Whisper a buté ici ; Yakima Shorty, le visiteur du vieil Elihu, et maintenant Noonan. Ça en fait seize en moins d’une semaine et ça ne fait que commencer. »

On rencontre dans ce roman toute la galerie de personnages que l’on retrouve dans tous les polars (ou presque) : le héros courageux, volontaire et inoxydable, les chefs de gang, les petites frappes qui gravitent autour, les avocats marrons, les politiciens véreux, les policiers ripoux ; sans oublier l’indispensable personnage féminin, la femme fatale, sorte de mante religieuse qui se repaît de ses amants. Dinah Brand en est dans ce roman une parfaite illustration :
« Elle ne pense qu’au fric, c’est vrai, mais bizarrement, ça n’est pas choquant. Elle a un côté tellement vénal, si ouvertement cupide que ça n’a plus rien de détestable. Vous comprendrez ce que je veux dire quand vous l’aurez rencontrée. »

Moisson rouge n’est pas seulement une intrigue à résoudre. Il signe l’avènement d’un nouveau type de héros dans le roman policier, le « hard-boiled », dur à cuire. Il est ici censé représenter la loi, mais c’est un personnage complétement amoral, sadique et impitoyable. Au milieu de toute cette violence viennent se glisser quelques touches d’humour qui viennent adoucir l’histoire pour nous la rendre plus digeste. C’est également un magistral portrait de la corruption et de la violence politique, ayant valeur de témoignage sur les années 20 et la prohibition. Le style est très alerte, très enlevé et on ne s’ennuie pas une seconde à la lecture de ce roman à l’écriture très précise, très visuelle, très moderne en quelque sorte.

Pour en terminer avec ce petit billet, je vous dirai que c’est un roman que tout amateur de roman noir se doit d’avoir lu. Un véritable chef d’œuvre, fondateur du genre.

hammettL’auteur :

Dashiell Hammett (1894 à  1961) est un écrivain et scénariste américain. Considéré comme le fondateur du roman noir, sa contribution à la littérature américaine est d’une importance capitale. Des auteurs tels qu’Hemingway, Chandler ou le francophone Simenon ont chacun reconnu son influence sur leur propre travail.
Né dans une famille pauvre, fils d’un escroc vaguement politicien devenu juge, il passe sa jeunesse à Philadelphie. Il part de chez lui à 14 ans, en 1908, pour mener une vie de bohème où il sera initié à la loi de la rue et en gardera un gout prononcé pour le bourbon. Après plusieurs petits boulots (coursier, employé des chemins de fer, clerc à la Bourse…), il devient détective privé pendant six ans au sein de la célèbre agence Pinkerton. Il côtoie le crime organisé, voit le sang couler et découvre l’importance de la corruption au sein de la société américaine. Quand l’agence Pinkerton est engagée pour briser les grèves, il démissionne. De cette expérience, il tire ensuite son inspiration pour le « roman noir » (terme consacré seulement en 1944 par des intellectuels français).

(Source : Wikipedia)

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9 réflexions sur “Dashiell Hammett – Moisson rouge

  1. Un vrai fan de roman noir se doit de lire et de connaitre les grands classiques du genre.Merci de revisiter pour nous ce chef d’œuvre d’un des pères fondateurs du genre que j’avais relu pour ma part il y a deux ans. Il y a tant de superbes romans de cette « poque à redécouvrir ! j’espère que tu auras l’occasion de nous en présenter quelques uns ! Amitiés 😉

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