Hervé Commère – Imagine le reste

imagine-le-reste24ème de couv.

Une place dans le puzzle, ni meilleure ni moins belle, juste une place, c’est tout ce que l’on cherche, et quand on en a une, on s’y sent beau et fort, ou tout du moins, vivant.

Il y a d’abord Fred et Karl, deux amis d’enfance, deux frères, qui décrochent un jour la timbale : un sac en cuir brun renfermant deux millions d’euros. De quoi avoir la vie dont ils rêvaient. De quoi, surtout, filer vers le sud et retrouver Carole, la fille qu’ils ont toujours aimée.

Puis vient Nino, un chanteur à la voix incroyable, qui fuit sa propre vie, Nino le seul à ne pas voir son talent. Nino qui vole sans vraiment le savoir le sac de Karl et Fred, avant de devenir le chanteur du plus grand groupe de rock de tous les temps, le sac à ses côtés comme un fardeau.

Il y a Serge enfin, que tout le monde craint depuis le départ, et dont personne ne connaît les larmes cachées. Serge, capable de tout pour récupérer ce fameux sac dont il est le propriétaire initial. La prunelle de ses yeux…

Chacun verra dans ce sac ce qu’il voudra y voir : une vie meilleure, des habits de lumière, ou le souvenir d’un bonheur enfui. Chacun imaginera le reste, et tous feront fausse route. Mais tous auront vécu.

Ce que j’en pense :

Ce roman n’est pas à proprement parler un polar, puis qu’il n’y a pas de cadavre ni d’enquête, non plus un roman noir, mais plutôt gris foncé. De l’incidence que peut avoir un acte, et ses conséquences, sur le déroulement d’une ou de plusieurs vies.

« Nous sommes là pour nous emparer de la vie, du moins notre devoir est-il de tenter l’expérience. De prendre ce risque. »

Tout d’abord, il y a Karl et Fred, deux loubards dont l’amitié est née sur un pont d’autoroute, à pisser sur un automobiliste qui passait dessous en décapotable. Les deux petits malfrats, de petites combines en arnaques minables, vont croiser la route du truand Serge Cimard, faire la rencontre de la belle Carole, apprentie trapéziste, dont ils vont tomber tous les deux fous amoureux.
« Ils se sont toujours dit que le premier à décrocher le gros lot attendrait l’autre et qu’ils prendraient la tangente ensemble. 
C’était devenu une sorte de mirage, un rêve qui planait au-dessus de leurs têtes, la timbale qui leur tomberait dessus comme un fantôme d’argent qui surgit, leur promettant monts et merveilles. »

Il y a aussi Nino, chanteur extrêmement doué, qui gaspille son talent comme animateur d’un club de karaoké. Lorsqu’un soir, il est agressé par un groupe de voyous, Fred et Karl interviennent pour mettre en fuite les agresseurs et lui sauver la mise.

Un jour, Fred débarque avec un sac rempli de billets, deux millions d’Euros en beaux billets mauves de 500 Euros, dérobés dans la villa de Serge Cimard. « C’est parti ! » C’est le moment où leur vies basculent, où la mécanique implacable de leur destin vient de prendre une nouvelle direction.

Karl et Fred, nantis de leur pactole, qui ouvre le chemin de tous les rêves possibles, décident de prendre la route pour aller retrouver Carole. Pendant qu’ils sont attablés dans un café, la voiture leur est volée, juste sous leur nez, avec le sac contenant les deux millions.

En réalité, c’est Karl qui a demandé à Nino de voler la voiture.
Nino qui va enfin croire en son talent, pris sous l’aile de Ralph Mayerling, producteur visionnaire qui va réunir une somme de talents individuels pour en faire le plus grand groupe rock du monde. Toutes ces vies qui n’étaient pas faites pour se rencontrer vont, par le jeu du hasard, interagir les unes avec les autres, se côtoyer, s’opposer, se séparer et enfin se rencontrer, s’aimer et trouver un semblant d’harmonie, comme les étoiles dans la galaxie, si lointaines et pourtant si proches, participant d’un même dessein universel.

La construction du roman en quatre actes, un peu à la manière d’une pièce de théâtre, nous présente à tour de rôle les différents protagonistes et leur trajectoire individuelle dans les trois premiers actes, pendant lesquels tout s’articule et s’imbrique, les choses trouvent (ou non) leur juste place. Je ferai à l’auteur le reproche de quelques coups de théâtre trop beaux pour être vrais, mais que diable, ne boudons pas notre plaisir, c’est tellement bien écrit…

Hervé Commère a le talent de nous rendre ses personnages terriblement vrais, humains et très attachants. Chacun de ses personnages est traité avec le plus grand soin, et tous ont en eux cette humanité porteuse d’espoir. Même Cimard, à qui est dévolu le rôle du « méchant » de l’histoire, nous révèlera plus tard des failles et une délicatesse insoupçonnées.

Le scénario est très malin, absolument machiavélique. L’auteur nous donne un début d’histoire, à nous « d’imaginer le reste », qui forcément ne sera pas celui attendu. L’écriture est fluide, très bien rythmée malgré quelques lenteurs en début de roman, qui font que l’on a un peu de mal à attraper le train de l’histoire, mais une fois embarqués, quel régal… Le style est imagé, poétique, qui nous réserve des scènes d’une ineffable beauté qui viennent contrebalancer quelque peu la noirceur du récit.

C’est un roman sur l’amour, l’amitié et le bonheur qu’il y a à prendre ce que la vie nous offre, «parce que voilà, la vie était exactement comme ça, parfois, juste là, c’est fugace et c’est magique, les astres et les monuments s’alignent, et les hommes sont ensemble. »

C’est avec regret que j’ai refermé ce livre. J’aurais bien voulu passer encore un peu de temps avec Karl, Serge, Nino et les autres membres de Light Green, ce groupe qui aura explosé comme une supernova, brillant d’un éclat insoutenable et dramatiquement bref.
En conclusion, un très bon moment de lecture et d’émotion.

hervé-commèreL’auteur :

Né en 1974 à Rouen, Hervé Commère fait preuve d’originalité, jusque dans son parcours, pour le moins singulier : après des études de lettres, il devient barman tout en s’adonnant la nuit à sa passion, l’écriture. Une double vie qui lui permet de publier son premier livre, J’attraperai la mort, en 2009. Deux années plus tard, paraît Les ronds dans l’eau, pour lequel il obtient le Prix du roman de la ville de Villepreux et le Prix Marseillais du polar 2011. Quand on sait à quel point la deuxième ville de France est un haut lieu du polar français, cette récompense prend une saveur supplémentaire. En 2012, Hervé Commère s’installe à Paris, où il travaille dans une grande librairie tout en poursuivant son œuvre littéraire. C’est l’année où paraît son troisième livre, Le Deuxième homme, dans lequel on reconnaît une fois de plus son talent pour les personnages singuliers et sa prédilection pour la noirceur, même dans les relations amoureuses.

En 2014, il signe Imagine le reste, un roman noir et poétique à la fois, mettant en scène, sur fond d’intrigue à suspens, une histoire d’amitié, de petits larcins et de galère.

(Source: Fleuve Éditions)

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10 réflexions sur “Hervé Commère – Imagine le reste

  1. Finalement, c’est un livre qui pourrait me plaire 🙂 s’il est gris foncé et qu’il traite d’amitié et bonheur ! Merci je vais le noter dans mes tablettes …

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  2. Oh Vincent, tu te doutes que quand j’ai vu que tu parlais de ce livre si important pour moi, je n’ai pu que me jeter sur ta chronique ! 😉
    Oh oui, que d’émotions à travers la plume d’Hervé Commère et de ses personnages plus vrais que nature !
    Je suis si heureux de lire ton ressenti et content de te voir passer ainsi le témoin à d’autres 😉

    Aimé par 1 personne

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