Nicolas Zeimet – Seuls les vautours

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« Un petit village de l’Utah en 1985, avant internet, la téléphonie mobile et les techniques modernes d’investigation scientifique. Shawna, une fillette de cinq ans, disparaît brutalement un matin. Tout le village se mobilise. Non seulement les quelques policiers du poste local mais aussi le médecin, un journaliste et bien sûr les enfants. Des enfants et des adolescents qui ont l’imagination fertile et qui racontent d’étranges histoires. En suivant les destins croisés d’une dizaine de personnages, l’enquête progresse, les haines et les attirances se cristallisent alors que des découvertes bien réelles mènent à des événements qu’on croyait définitivement sortis des mémoires. Certains, en tous cas, auraient bien voulu les oublier… »

Ce que j’en pense :

Après avoir lu bon nombre d’avis positifs sur ce roman, je l’ai acquis pour ma Bibliothèque. Charité bien ordonnée commence par soi-même, je me suis réservé la primeur de sa lecture, et je n’ai pas été déçu.

A partir de la disparition de la jeune Shawna Mitchell, dans ce petit village de Duncan’s Creek, près de la Boulder Mountain au fin fond de l’Utah, l’auteur met en place une intrigue finement ciselée, qui fait ressurgir les rancœurs et les inimitiés entre les habitants.

Les premiers soupçons se portent sur Rory Mitchell, le père de l’enfant. Mari violent et alcoolique, disparu depuis 6 mois, serait-il revenu pour enlever sa fille ? Arlin Gillespie, fermier quadragénaire et un peu illuminé, qui construit un vaisseau spatial en prévision de l’invasion des Borgs, aurait-il quelque chose à voir avec cette disparition ? Et que cache le personnage de Gilles Cabanel, le cuisiner français du restaurant ?

Dès les premiers chapitres, l’auteur nous captive avec son histoire, sa galerie de personnages parmi lesquels émergent quelques figures : Sherry Grant, jeune adjointe du shériff, intuitive et volontaire, qui va faire le lien entre la disparition de Shawna, et d’autres disparitions d’enfants dans le passé. Elle vit avec Mitch Novak autre adjoint, une relation compliquée du fait de leur fonction.

La disparition de la petite Shawna, et les évènements qui s’ensuivent, ne forment pas réellement la trame d’un roman policier classique, mais représentent une tranche de vie d’une petite ville américaine, un fragment de son histoire.

Tous ses personnages sont attachants, d’une grande richesse psychologique dans leurs forces et leur faiblesses, au premier rang desquels le docteur Jim Pomeroy et le fermier noir Lamar Jones, dont l’amitié indéfectible, née dans la douleur, éclaire cette histoire.

Il y a bien quelques personnages négatifs, dont le shériff Dalton Hughes, que l’on prend plaisir à détester, tellement il est antipathique, et d’autres mégères confites en dévotion, qui viennent apporter leur soutien à la mère éplorée, sans se priver de la critiquer sévèrement.

Et puis il y a ces gamins, que l’on dirait tout droit sortis de « Stand by me » ou des « Goonies »: Jake, jeune garçon effacé, traînant avec lui la lourde absence d’un frère disparu, et la bande à Samantha Baldwin, qui cache sous son agressivité de façade le traumatisme d’une enfance meurtrie .

Le fait de planter le décor dans cette petite communauté, en 1985, époque où la police scientifique était moins développée, a le mérite de recentrer l’enquête sur les personnes et leur environnement, les relations qu’elles peuvent avoir les unes avec les autres, les vieilles rancunes, les non-dits et les secrets de famille.

« Nos ancêtres ont occupé ces pueblos pendant des siècles avant de les abandonner à cause de la sécheresse. Notre histoire s’est écrite dans ces canyons, mais il n’en reste que des ruines, aujourd’hui. Et pendant que certains descendants des Hisatsinom ouvrent des casinos ou des terrains de golf au milieu du désert, d’autres, comme moi, restent ici pour perpétuer les traditions. Nous ne sommes rien sans notre esprit, ce que certains semblent avoir oublié. »
Ajoutez à cela quelques vieilles légendes indiennes, du temps où les indiens Anasazis peuplaient les pueblos de l’Utah, et vous obtenez une atmosphère âpre, tout à fait captivante, où l’abattement le plus total, l’horreur la plus absolue, alternent avec des scènes plus drôles ou intimistes. Et en suivant ces trajectoires distinctes, qui se cherchent, s’opposent, se rejoignent parfois, on progresse dans l’enquête jusqu’à son accélération finale  et sa conclusion, pour le moins inattendue.

Je ne suis sûrement pas le premier à l’écrire, mais on trouve indéniablement quelque chose d’américain chez ce jeune auteur français. Ses descriptions des paysages, des ambiances, du quotidien d’une petite ville de l’Amérique profonde, pourraient se retrouver sous la plume d’un Stephen King ou Jim Harrison.

J’ai pris un immense plaisir à lire ce roman, et juste pour chipoter, je dirais que l’auteur s’est un peu laissé aller à la facilité à certains moments (les personnages de Logan et d’Alice par exemple), mais j’en tire une impression d’ensemble plus que positive.
Si ce n’est pas encore fait, n’attendez pas. Vous ne serez pas déçus, croyez moi…

Editions Toucan Noir – 2014

Zeimet-660x330L’auteur:

Il vit à Paris et écrit depuis l’âge de dix ans.
Son premier roman, « Déconnexion immédiate », est paru en 2011 chez Mon Petit Éditeur.
« Seuls les vautours » est son deuxième roman.

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19 réflexions sur “Nicolas Zeimet – Seuls les vautours

  1. eheh bienvenue au club mon Vincent ! Oui encore un sacré roman noir que celui-ci, content de te voir faire le testeur pour ta bibliothèque 😉
    Quel cru 2014 pour les romans noirs français tu ne trouves pas ? Entre Imagine le reste, 3000 chevaux vapeur ou celui-là, c’est top !

    Aimé par 1 personne

    • Vraiment beaucoup de plaisir. Quand je vois passer des critiques élogieuses, j’essaie de me procurer le bouquin pour ma Bib, et prêcher la bonne parole. J’ai déjà réussi quelques conversions spectaculaires, je ne te dis pas pour qui… 😉

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  2. Faut vraiment que je trouve un moment pour lui faire gravir qq marches de ma PàL. Il était presque au top puis un avis très négatif l’a fait dégringolé, bon allez zou, prends de la hauteur mon petit.
    Le hic c’est que je n’ai pas vraiment le temps de me lancer dans un pavé, je suis un tantinet surbooké en ce moment… On verra après les fêtes.

    Aimé par 1 personne

    • J’avais vu moi aussi un avis très négatif, mais j’aime bien me faire ma propre idée. Et puis on n’est pas forcé de ressentir tous la même chose à la lecture d’un roman. Nous y apportons aussi un peu de nous-mêmes.
      J’attends ton retour de lecture avec impatience My Lord… 🙂

      Aimé par 1 personne

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