Roger Smith – Le piège de Vernon

piège de vernon4ème de couv.

Alors que Sunny Exley, quatre ans, se noie dans l’eau glacée en face d’une maison de plage luxueuse du Cap, son père, Nick, fume de l’herbe et sa mère, Caroline, est dans les bras de son amant. Seul témoin du drame, Vernon Saul, un ancien flic au passé trouble et à l’enfance désastreuse, ne bouge pas. Il se contente d’attendre, puis, une fois la fillette morte, feint un bouche-à-bouche très utile à ses plans : Vernon est en effet de ceux qui entendent dominer et manipuler les autres, Noirs ou Blancs. Quelle plus belle proie que Nick Exley lorsqu’il comprend enfin à quel point il est responsable de la mort de sa fille ? Étude sans concession des mécanismes subtils de la culpabilité et de la douleur, Le Piège de Vernon décrit une société où les repères du bien et du mal n’existent plus.

Ce que j’en pense:

Quatrième roman de Roger Smith traduit en français, ce roman sans artifices met en scène le personnage de Vernon Saul, enfant maltraité, abusé et violé par son propre père dès son plus jeune âge, dans l’indifférence de sa propre mère.
« Sa peau de petit garçon qui vire au noir sous la brûlure, tandis que son père tint la cigarette sur son ventre, l’autre main sur sa bouche et son nez pour l’empêcher de crier. Pas que sa mère entendrait. Elle est sourde à tout ça. Aveugle aussi, aux marques sur son corps, au sang entre ses jambes quand son père a fini de prendre son pied. »
Ces abus forgeront sa psychologie, jusqu’au jour où, âgé de 11 ans, incapable de supporter une agression de plus, il tue son père et condamne sa mère à vivre séquestrée dans sa propre maison.

D’un autre côté, « Dawn Cupido vit dans la peur que les saloperies qui ont fait de son enfance un cauchemar soient infligées à sa fille. Voilà pourquoi elle paie plus qu’elle ne peut se le permettre pour ce taudis de Goodwood, un quartier populaire habité en majorité par des Afrikaners blancs. Constitué de petites maisons et d’immeubles sans âme,il est entouré de barbelés pour tenir à l’écart les mains noires et avides venues de l’autre côté de la voie ferrée. » Dawn, jeune métisse qui danse dans un boui-boui, sous la coupe de Vernon depuis que celui-ci lui a permis de conserver la garde de sa fille, malgré son passé de toxico. Dawn, également régulièrement violée et abusée dans son enfance, veut à tout prix éviter que sa propre fille revive les mêmes excès…

« Exley se réveille à son poste de travail, la marque du clavier sur la joue, les yeux agités derrière ses paupières closes par la lumière stroboscopique de l’écran.
Il se redresse, regarde avec peine la représentation filaire qui danse encore, ne peut s’empêcher de remonter en arrière, jusqu’au moment où Sunny vient vers lui sur la plage en cherchant désespérément à attirer son attention. »

Nick Exley est un personnage complexe, indéchiffrable. Il donne une image de lui-même qu’il ne maîtrise pas et cherche à recréer les instants traumatiques de sa vie à travers l’application de capture de mouvement 3D sur laquelle il est en train de travailler, dans une impulsion morbide pour mettre de la distance entre lui et la réalité crue.

Le drame subi par Nick Exley, la perte de sa fille, et l’intrusion de Vernon dans leur univers, laisse entrevoir à Dawn une possibilité de se sortir de la spirale de la misère et d’espérer en un avenir meilleur.

Vernon, en maître manipulateur, s’est invité dans la vie de Nick, qui le considère comme un ami, mais au fur à mesure qu’ils deviennent plus proches, et que Vernon augmente son contrôle, Nick se rend compte qu’il y a chez ce gars quelque chose qui cloche. Vernon, qui dans son besoin absolu de contrôle et d’ordre, en arrive à créer de plus en plus de chaos.

Dans cet enchaînement de circonstances, pour se sortir du piège de Vernon, Nick va peu à peu s’affranchir de ses incertitudes et de ses peurs pour trouver, en la personne de Dawn et de Brittany, une planche de salut vers une possible rédemption.

La psychologie des personnages est bien travaillée, fournissant à chacun d’eux de bonnes (ou mauvaises) raisons pour leur actions. Le style est brut de décoffrage, sans fioritures, les descriptions de scènes de violence ou de sexe très réalistes et crues.

Roger Smith signe là encore un roman d’une rare noirceur qui explore l’opposition entre la vie de la population blanche privilégiée et celle de la majorité noire terriblement appauvrie, dans l’ère post-apartheid. C’est un roman qui met mal à l’aise, peuplé de personnages imparfaits qui font des choses méprisables.

Dans cette Afrique du sud post apartheid, qu’on nous présente comme un pays réconcilié, force nous est de constater que la société sud-africaine est gangrenée par une violence et une corruption endémiques dont Vernon Saul et le policier Dino Erasmus sont de probants exemples.

Au cœur de la ville du Cap, des quartiers défavorisés des Flats, aux avenues clinquantes et prospères de la ville blanche, Roger Smith nous entraîne dans un opéra violent et tragique, douloureusement réaliste. Un terrifiant acte d’accusation à l’encontre de la société sud-africaine, bien loin des rêves de la « Rainbow Nation » chère à Desmond Tutu.
L’ apartheid est certes officiellement banni, mais demeure toujours présent dans les faits. Les crimes de sang et la toxicomanie connaissent toujours des taux affolants.

C’est un thriller dur et captivant, vénéneux et enragé. Pas fait pour les âmes sensibles…

Editions Calmann-Lévy, 2014

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