Kenneth Cook – A coups redoublés

4ème de couv.

KennethCook_AcoupsredoublesUne plage, des dunes, des vagues, un bar-hôtel-discothèque. Où vient se déchirer, à fortes doses d’alcool, toute une faune en quête d’oubli. Des jeunes. Des filles qui s’affichent et attendent les garçons. Des garçons qui reniflent la donzelle facile. Des travailleurs qui ont fini leur semaine à l’abattoir de la ville et entendent profiter de leur paie, bières et femmes. Derrière le bar, un couple d’immondes patrons. Ainsi coule la vie, là-bas, à Calpe, Australie. Dans un décor apocalyptique, Kenneth Cook raconte la sauvagerie d’hommes et de femmes à la dérive. Ses personnages sont abêtis, ont perdu toute dignité. Ils ne savent rien d’eux-mêmes, ne connaissent ni le désir, ni le rêve. Ils sont au bord d’une plage où s’arrête la vie, peut-être l’espèce humaine.

Ce que j’en pense :

Mon ami Jean, de l’excellent blog Jack is back again, connaissant mon goût pour le noir, m’a adressé ce petit livre (140 pages), et ainsi permis de découvrir cet auteur.

Le procureur :
Mesdames et Messieurs les jurés : les témoignages que vous venez d’entendre ont brossé un tableau d’ignominie, d’effroi et de confusion. Les faits, présentés sous forme de vignettes lors de l’audition, constituent un moyen de preuve. Il vous appartient maintenant d’étudier ces vignettes, de rejeter celles qui vous paraissent erronées, et d’assembler les autres pour établir la vérité. Vous rendrez votre verdict en fonction du tableau que vous reconstituerez, en toute honnêteté et objectivité.

C’est par ces mots que débute le roman, récit des évènements qui arrivent au cours de cette soirée dans ce bar, entrecoupé d’extraits d’un procès dans lequel il est établi que, dans  un véritable aperçu de l’Enfer, une personne a été tuée. L’action est toute concentrée dans ce bar, géré par Mick et Jenny, le couple de tenanciers, âpres au gain, plus attentifs au bien-être de Mol leur chat, que de leurs clients, du moment qu’ils peuvent leur soutirer un maximum d’argent, en évitant soigneusement de se trouver personnellement impliqués.

« Il entraînait lui-même ses employés à l’art de servir le verre d’un mouvement rapide, précipitant le whisky de la bouteille dans le doseur et du doseur dans le verre, en un mouvement quasi continu, afin de ne jamais complètement le remplir ».

Ces deux-là font preuve d’une veulerie sans égale. Kenneth Cook nous dépeint là une frange de la société australienne, particulièrement minable, dont le seul but est de venir s’alcooliser un maximum, jusqu’à avoir le « cerveau qui flotte dans l’alcool », avoir des relations sexuelles tarifées ou non, si l’occasion se présente. Nous n’avons aucune idée de l’identité de la victime, seulement la certitude d’une mort prochaine qui flotte dans l’air tout au long du roman.

Dans cette galerie de clients avinés, le duo d’abatteurs de bétail, Verdon et Harris, à l’intellect limité et enclins à la violence, Peter Watts, jeune homme efféminé, une jeune fille complètement saoule et Mol le chat perdu seront les déclencheurs du drame final.  L’auteur, avec un art consommé, nous aiguille vers autant de fausses pistes, et bien malin qui pourra prédire quelle sera la victime de cet enchaînement d’ ivrognerie et de violence.

Autant de personnages complètement déshumanisés, dans une ambiance de fin du monde à la Mad Max, cherchant à satisfaire leurs plus bas instincts dans l’alcool, la violence et le sexe. Le titre original « Bloodhouse », est bien plus parlant.
Écrit en 1963, ce roman d’une criante modernité, décrit une nuit sauvage, d’une violence rare, avec quelques touches d’humour (noir), un peu dans le style d’un Quentin Tarantino.
Ne cherchez pas cet hôtel dans les pages de l’Office du tourisme australien, je pense qu’il n’est pas prêt de recevoir leur parrainage.

Éditions Autrement, 2008

L’auteur :

Cook-KennethKenneth Cook  (1929-1987), journaliste et auteurs de romans policiers. Peu connu en France, il a écrit une quinzaine de romans, parmi lesquels:
Cinq matins de trop (roman)
Par-dessus bord (roman)
Le vin de la colère divine (roman)
Le trésor de la baie des orques (roman)
La bête (roman)
Le koala tueur et autres histoires du bush (recueil de nouvelles)
La vengeance du wombat et autres histoires du bush (recueil de nouvelles)
L’ivresse du kangourou et autres histoires du bush (recueil de nouvelles)

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6 réflexions sur “Kenneth Cook – A coups redoublés

  1. Pingback: Oldies : A coups redoublés de Kenneth Cook (Livre de poche) | blacknovel1

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