Daniel Quirós – Été rouge

Mon ressenti:

Embarquement pour le Costa Rica, petite république d’Amérique Centrale, coincée entre le Nicaragua et le Panama, pays neutre qui depuis la révolution de 1948 a constitutionnellement supprimé son armée, et se distingue par son modèle de développement, donnant la priorité à l’éducation, la santé et la protection de l’environnement.

Don Chepe, ancien guérillero de la révolution sandiniste au Nicaragua, est revenu au Costa-Rica,  république tranquille, une sorte de petite Suisse d’Amérique Centrale, en proie à une croissance démographique et touristique exponentielle.
Il a été enquêteur pour la Compagnie Nationale d’Assurances, mais las de la ville, de sa pollution et des embouteillages quotidiens, il a dépensé ses maigres économies pour faire construire une petite maison.

De temps en temps il donne « un coup de main » pour résoudre diverses affaires, vols , drogues, assassinats, du travail qui ne rapporte pas grand chose, mais l’aide à combattre l’ennui et à payer le peu de frais qu’il a. Il passe le plus clair de ses journées au bar de Doña Eulalia, à boire des bières et fumer, en regardant la mer.
« Il n’entre pas grand monde dans ce bar. Il n’y a pas grand-chose à attendre d’un village de pêcheurs où vivent à peine trois cents personnes, et qu’un quelconque farceur a eu la riche idée de baptiser Paraiso (Paradis). »

Ilana Etcheverri, surnommée l’Argentine, qui tenait un bar librairie dans la ville voisine de Tamarindo, est retrouvée assassinée selon un schéma qui ressemble fortement à une exécution. Cette même Ilana, avec qui avait sympathisé Don Chepe, lui lègue tous ses livres et quelques documents, en forme de jeu de piste. Il n’en faudra pas plus pour titiller l’intellect de notre détective de fortune.

Le thème du roman est basé sur un authentique attentat à la bombe, commis à La Penca en 1984 et qui a coûté la vie à 7 personnes, parmi lesquelles des journalistes venus couvrir le conflit entre les sandinistes et les « Contras » (contre-révolutionnaires appuyés et financés par la CIA). L’attentat était dirigé contre Eden Pastora, un leader sandiniste. Vingt-cinq ans après, un journaliste suédois revient au Costa-Rica pour porter témoignage de cet attentat, et mettre en cause le Président de l’époque, Daniel Ortega, comme commanditaire.
C’est donc sur cette trame que se basent les recherches de Don Chepe, en une collecte d’indices survenant au fur et à mesure de son déchiffrage des documents laissés par Ilana.

« La poussière. Je déteste la poussière. A cette époque de l’année, elle recouvre tout, comme une toile d’araignée omniprésente. Elle se mélange à la sueur et transforme la peau du visage en masque noirâtre. »

Tout le roman est baigné dans cette ambiance de moiteur, de chaleur, de poussière, et fait un parallèle saisissant entre l’entassement touristique et commercial et la décadence morale dont souffre le Guanacaste (au Nord-Ouest du Costa Rica), depuis les dernières années, et qui n’a à offrir que ses plages. Parmi les complexes touristiques et hôteliers destinés à une clientèle de touristes aisés, les habitants autochtones du pays ont bien du mal à trouver leur juste place.

L’auteur met à profit le contexte historique pour solutionner, aussi bien le meurtre d’Ilana, que le sujet principal qui fut l’attentat de La Penca, et les diverses forces politiques qui furent à son origine. A ce propos, je pense que l’auteur aurait pu approfondir un peu le sujet de la situation géopolitique du Costa Rica, dont on peut se poser des questions quant à sa neutralité dans le conflit nicaraguayen.

Don Chepe est une figure assez sympathique, dont on ne sait trop quel est le côté qui domine en lui, flic ou voyou. A grand renfort de bières, de cigarettes et de guaro (alcool local), et avec l’aide du policier local El Gato, ils finiront par débrouiller l’écheveau de cette intrigue, prenant ses racines dans un passé tourmenté, dans un contexte géopolitique plus compliqué qu’il n’y paraît.

D’un abord assez facile, d’une écriture concise et précise, ce premier roman souffre de quelques imperfections, abondance de détails insignifiants, péchés de jeunesse. Un peu plus de travail de « polissage » aurait contribué à rendre le roman encore meilleur. Ces quelques petits défauts ne nuisent en rien au plaisir de la lecture de ce roman  qui reste, du moins,  un agréable moment de lecture.

Ah si, quand même ! Un petit reproche au traducteur, qui tout au long du roman, s’est obstiné à appeler un pistolet automatique de fabrication soviétique « la Makarov », et cela m’a agacé, je ne saurais vous dire à quel point…

Éditions de l’Aube, 2014

4ème de couv.

eté-rougeCôte du Pacifique, Costa Rica. Un Éden où les pinèdes sont massacrées afin de permettre la construction de villas luxueuses pour des investisseurs étrangers… et des caïds de la drogue. Un Éden où il fait terriblement chaud, où l’alcool ne peut faire oublier le sable, la poussière et le vent.
C’est là, dans un tranquille village de pêcheurs, qu’est découvert sur la plage le cadavre d’une femme, surnommée l’Argentine.
Don Chepe, ancien guérillero qui a lutté aux côtés des sandi­nistes, décide de retrouver l’assassin de son amie. Une enquête qui le conduit à découvrir les liens obscurs entre passé et présent, utopie et désenchantement… et à revisiter l’histoire de son pays.
Entre torpeur et violence, ce livre nous colle à la peau.

L’auteur :

QuirosDaniel Quirós est un jeune auteur costaricien né en 1979. Il vit aujourd’hui à Easton , Pennsylvanie, USA où il enseigne la littérature espagnole à l’Université Lafayette.
Été rouge est son premier roman et marque le début d’une série avec son personnage Don Chepe.
Été rouge a reçu le Prix national de Littérature Aquileo J. Echeverria, la plus haute distinction littéraire du Costa Rica.

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11 réflexions sur “Daniel Quirós – Été rouge

  1. La Makarov n’est-elle pas une danse folklorique ? Je peux comprendre que cette bêtise t’ait énervé, mon ami Vincent. Je me laisserai tenter mais pas dans l’immédiat. J’aime beaucoup les éditons de l’Aube qui ont l’énorme mérite de sortir des auteurs de l’anonymat. 😉

    Aimé par 1 personne

    • Mon bon Jean, si cela avait été une seule fois… Comme c’est répété un certain nombre de fois dans le roman, ça m’agaçait encore à chaque fois, tu sais comme quand on te titille une dent sensible… Et pour la qualité éditoriale de l’Aube, je suis entièrement de ton avis… Amitiés 🙂

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  2. Pingback: Eté rouge de Daniel Quiros (Editions de l’Aube) | blacknovel1

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