Craig Johnson – Le camp des morts

A peine un mois après les évènements décrits dans le roman précédent « Little bird », Walt Longmire est appelé à la maison de retraite de Durant. Mari Baroja, une vieille femme d’origine basque a été retrouvée morte. Bien qu’il n’y ait pas de signes apparents de violence, Lucian Connally demande à Walt de traiter ce cas comme un meurtre.

Il s’avère que Lucian connaît bien cette femme. Cinquante ans auparavant, ils ont connu un grand amour, ont été mariés (trois heures !) avant que ses oncles ne lui infligent un sévère passage à tabac, ne fassent annuler le mariage, et ne la marient rapidement.

Walt va se plonger dans le passé de la victime, qui est aussi celui de Lucian, et découvrir qu’en plus de la petite maison modeste où elle vivait, Mari possédait des hectares de terre avec des gisements de méthane, ce qui donnerait un excellent mobile pour un meurtre. Les résultats de l’autopsie montrent qu’elle a été empoisonnée et a été victime de violences répétées durant de longues années.

Et quand les cadavres commencent à s’additionner, Walt se rend compte qu’il ne connaît pas son ami Lucian aussi bien qu’il le pensait, et que le vieil homme lui a caché bien des choses de sa vie passée, entre autres qu’il déjeunait avec la victime tous les jeudis.

Walt ne s’est pas encore remis de la précédente affaire, au cours de laquelle il a rencontré, et perdu un être qui lui était devenu très cher. Le souvenir de Vonnie est encore très présent en lui et il traîne sa grande carcasse de cow-boy mélancolique et meurtri, qu’il considère sans indulgence.
« Je regardai mon visage dans la glace. Il n’était pas mal, si l’on exceptait le fait qu’il avait besoin de huit heures de sommeil d’affilée, d’une coupe de cheveux, de dix kilos et dix ans de moins. Mon menton était trop fort, mes oreilles trop grandes, et mes yeux étaient trop enfoncés dans leurs orbites. »

L’auteur nous offre une galerie de personnages d’une formidable épaisseur : Ruby, la standardiste du bureau dont il a hérité en prenant son poste, qui est un peu sa nounou. Son adjointe italo-américaine Vic Moretti,  grande gueule, récemment divorcée, avec laquelle il y a une drôle d’alchimie, on sent qu’il est attiré par elle, mais en même temps il la tient à distance.
« Dans les faibles lueurs colorées de la lampe au-dessus de la table de billard et des publicités Rainier, ma première adjointe ressemblait à une courtisane de la Renaissance, de celles qui seraient capables de mettre du poison dans votre vin. »

Dans cette enquête, Walt engage à l’essai et fort à propos un nouvel adjoint, Santiago « Sancho »Saizarbitoria, dont la connaissance de la langue basque – l’euskara – leur sera précieuse.
« Il rit et j’observai le jeune homme brillant assis en face de moi. Je me sentais comme Monsieur de Tréville, en présence du jeune Gascon. C’était dur de ne pas y penser, vu son bouc Vandyke et la lueur malicieuse que je voyais dans ses yeux. Je me demandai si, comme d’Artagnan, il allait devenir extrêmement pénible. »

Craig Johnson situe son enquête policière  dans une nature sauvage, dans la neige et le blizzard glacial de l’hiver, quand le moindre déplacement devient une aventure. Il nous décrit la société rurale du Wyoming et les interactions entre les diverses communautés qui y vivent en harmonie, héritage d’un grand brassage de races et de cultures, depuis les diverses tribus indiennes jusqu’aux « mexicains des montagnes » (les Basques), population immigrée dans le pays au XIXème siècle.

Et surtout ce ton un peu décalé, cet humour pince sans rire qui vient ajouter au récit un peu de piment, basque bien sûr, et qui vient tempérer la dureté de certaines scènes.
« Est-ce que ce gamin sait qu’après la neige qui va tomber cette nuit, un Peau-Rouge de deux mètres cinquante en aura jusqu’au trou de balle? »

Comme James Lee Burke avec la Louisiane, Craig Johnson est très attaché à sa région qu’il met en scène avec un amour et un savoir faire évidents.
Les paysages hivernaux et glacés du Wyoming, l’intrigue, et la qualité des personnages font de cette magnifique histoire extraordinairement dense, un roman doux-amer, mais d’une grande beauté.
Je recommande chaudement, si j’ose dire…

Éditions Gallmeister, 2010

4ème de couv.

le camp des morts1Lorsque le corps de Mari Baroja est découvert à la maison de retraite de Durant, Wyoming, le shérif Walt Longmire se trouve embarqué dans une enquête qui le ramène cinquante ans en arrière. Il plonge alors dans le passé déchirant de cette femme et dans celui de son mentor, le légendaire shérif Lucian Connally.
Tandis que résonne l’histoire douloureuse de la victime trouve peu à peu une résonance dans le présent, d’autres meurtres viennent jalonner l’enquête. Aidé par son ami de toujours, l’Indien Henri Standing Bear, le shérif mélancolique et désabusé se lance à la poursuite de l’assassin à travers les Hautes Plaines enneigées.
Ce deuxième volet des aventures de Walt Longmire, nous entraîne au cœur d’une violence tapie dans les paysages magnifiques du Wyoming.

L’auteur :

Craig JCraig Johnson, né le 1er février 1961 , est un écrivain américain, auteur de romans policiers, connu pour sa série de romans et de nouvelles consacrés au shérif Walt Longmire.
Avant d’être écrivain, il exerce différents métiers tels que policier à New York, professeur d’université, cow-boy, charpentier, pêcheur professionnel, ainsi que conducteur de camion et il a aussi ramassé des fraises. Tous ces métiers lui ont permis de financer ses déplacements à travers les États Unis, notamment dans les États de l’Ouest jusqu’à s’installer dans le Wyoming où il vit actuellement. Toutes ces expériences professionnelles lui ont servi d’inspiration pour écrire ses livres et donner ensuite une certaine crédibilité à ses personnages.
(Source: Wikipedia)

Publicités

8 réflexions sur “Craig Johnson – Le camp des morts

  1. de la bonne littérature s’il en est !!! Craig Johnson on en le présente plus, mais c’est un auteur qu’on a toujours plaisir à retrouver pour sa capacité à nous dépayser et nous raconter des histoires travaillées. Celui ci je n’ai pas encore eu le plaisir de le lire, mais ca viendra !!! 🙂

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s