Carlos Zanón – N’appelle pas à la maison

A la Comédie du Livre de Montpellier, consacrée aux littératures hispaniques, j’ai eu le bonheur de rencontrer Carlos Zanon.

Barcelone, plus de 20% de chômage. Jadis symbole d’une Espagne prospère et triomphante, après les années noires du franquisme, Barcelone est aujourd’hui durement frappée par la crise.

Raquel, Bruno et Cristian, un étrange trio de paumés, vivent des minima sociaux et de diverses combines, dont la plus rentable s’avère être le chantage aux couples illégitimes. Raquel, ancienne junkie atteinte d’une cirrhose du foie et en attente d’une greffe, est le point central de ce trio. Amante de Bruno et demi-sœur supposée de Cristian, c’est elle qui est le liant de ce petit groupe.

Paresse, complexes, déchéance. Flemme de se faire beau pour sortir. D’être sociable, de donner rendez-vous à quelqu’un à qui il ne donnerait pas rendez-vous s’il n’était pas seul. Flemme d’aller dans des bars fréquentés par des gamines dont il pourrait être le père et qui doivent rentrer avant telle heure, ou dans d’autres bars que fréquentent les gens de son âge. Dans le premier cas, la situation est ambigüe, étrange, une désillusion. Dans l’autre, insupportable. Des quinquagénaires qui n’acceptent pas la défaite.

D’un autre côté, Merche et Max, un couple illégitime, d’un autre quartier, d’un autre monde, d’un autre niveau social, dont l’histoire d’amour, et de désamour nous est contée en parallèle à l’évolution de nos trois héros.

Les personnages sont brossés de manière très subtile, et leur psychologie très travaillée. Malgré tous leurs défauts et le peu de scrupules dont ils font preuve dans leur activité criminelle, la difficulté de leurs existences, la misère sociale et affective dans laquelle ils se débattent nous les rendent terriblement attachants. Et malgré tout cela, ils sont animés d’une terrible soif de vivre.

Le style est abrupt, cru, et tout au long du roman l’amour, ou plutôt le sexe brutal, trivial et sordide, comme exutoire à leur mal-être.

Zanon nous livre ici un polar atypique, une plongée dans l’infra monde barcelonais, entre petits dealers, quartiers défavorisés et bars glauques, suivant une cartographie très détaillée pour qui connaît la ville.

Il bouscule également les règles établies du roman noir traditionnel, en inversant le schéma habituel. Le déroulement du roman, en chapitres alternés centrés sur les différents personnages, leurs motivations et leurs tribulations, et l’enchaînement des circonstances nous donnent l’identité de la victime au dernier chapitre.

En conclusion, je dirais que ce roman noir, vraiment original s’il en est, est un excellent roman et si je devais oser une couleur, je dirais qu’il est noir, plus noir que noir. Pour ma part, une belle découverte que cet auteur.
« Un superbe portrait de la Barcelone d’aujourd’hui, dans toutes ses contradictions, par le Jim Thompson espagnol .» selon le journal El Mundo.
Je ne peux que souscrire à cette appréciation, sans aucune réserve. Alors, n’attendez pas, lisez-le !

Editions Asphalte, 2014

4ème de couv.

N appelle pasBarcelone, de nos jours. Raquel, Cristian et Bruno vivent d’une arnaque dans laquelle ils excellent : ils font chanter les couples illégitimes. De l’argent facile, une organisation bien rodée, menée de main de maître par Bruno, malgré quelques passages à tabac lorsque les choses dérapent.
Merche et Max sont amants. Elle est mariée, il est divorcé ; tous deux font partie de la classe moyenne catalane. Un jour, Cristian va repérer le couple et noter le numéro de plaque d’immatriculation de Max. L’engrenage diabolique est enclenché… mais rien ne va se passer comme prévu.
Deux mondes se côtoient dans ce roman où l’on croise une galerie de personnages marquants, durement touchés par la crise et par la vie.

L’auteur :

zanonNé à Barcelone en 1966, Carlos Zanón est poète, romancier, scénariste, éditorialiste et critique littéraire. Il a publié ses premiers poèmes à la fin des années 1980 et a édité à ce jour cinq recueils très bien accueillis par la critique spécialisée. Il s’est ensuite consacré au roman : Soudain trop tard a remporté le prix Brigada 21 du meilleur premier roman noir en 2010. Ses livres ont été traduits et publiés aux États-Unis, en Italie, en France, aux Pays-Bas et en Allemagne.

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