Ken Grimwood – Replay

« Jeff Winston était en train de téléphoner à sa femme quand il mourut.
– Il nous faut… venait-elle de dire. »

Il se réveille, entouré d’odeurs familières et de vieilles photos. Une double page intérieure de Playboy est punaisée au mur. Il est dans sa chambre d’étudiant à l’université et il a à nouveau 18 ans. Et avec l’expérience de ses 43 ans, il va devoir rejouer –d’où le titre du livre- sa vie.
Et cette fois, il essaye de ne pas commettre d’erreurs. Il n’épouse pas Linda, dont il sait que leur union sera un échec. Il gagne énormément d’argent sur des paris, construit une immense fortune, épouse Diane avec laquelle il aura une fille Gretchen, et à 43 ans, il meurt à nouveau.

A son réveil, il est maintenant dans sa 2ème année d’université, avec encore une vie à vivre, et des multiples possibilités et choix qui s’offrent à lui. Jeff se rend compte qu’il ne peut pas influer sur la marche du monde,  il ne peut influer que sur le cours de sa vie.
« Il n’était pas un être venu d’ailleurs en train d’errer dans le présent et craignant de se rencontrer à un âge plus tendre, mais réellement ce jeune homme qu’il avait été, partie intégrante de la substance de ce monde. Seul son esprit avait participé à l’avenir – et l’avenir existait seulement dans son esprit. »

Ces différents replays sont pour nous l’occasion de revisiter l’époque des sixties, avec quelques clins d’œil réjouissants, telle l’apparition de deux jeunes hommes dépenaillés, Steve Jobs et Steve Wozniak, dont on sait quel avenir leur est promis.
Le thème de la boucle temporelle a été largement utilisé en littérature et au cinéma, tels « Edge of tomorrow », « Un jour sans fin », ou bien « Retour vers le futur ». Dans « Replay », l’histoire est simple, bien conduite, et par une grande inventivité, l’auteur laisse place à des possibilités multiples. En privilégiant l’aspect émotionnel, la relation amoureuse absolue entre Jeff et Pamela, d’un replay à l’autre, il nous rend plus proche des personnages, plus concernés et plus attentifs à leur devenir.

Mais au-delà de l’anecdote divertissante et des références historiques, cinématographiques ou musicales, l’ambiance qui domine dans ces retours est un parfum doux-amer d’inachevé, et on rencontre de vrais moments d’émotion, quand Jeff réalise que les choses et les êtres des vies passées ne seront plus, que les amours, que ces temps sont à jamais perdus.
« Il savait maintenant ce qui l’avait incité à revenir ici, dans ce lycée, dans cette clairière sereine des bois de sa jeunesse. Il lui fallait à nouveau affronter le vide que cause une perte infinie, mais cette fois d’une façon plus complexe. Cette fois, il savait qu’il n’avait pas le droit de s’effondrer sous le poids de l’insupportable. Il n’y avait plus de pont à détruire ; il devait apprendre à aller de l’avant et à construire, malgré le tourment de la mort de sa fille, le supplice de savoir que certaines choses ne seraient plus jamais. »

Lequel d’entre nous n’a jamais fantasmé sur le fait de revivre une autre vie, fort de son expérience passée. Quels seraient ses choix ? Le plan des possibles est infini…
Chaque génération verra ce livre avec un regard différent, pour moi l’occasion de considérer ma vie et mes choix, mes faux-pas, les opportunités manquées, les amours perdues. Mais au bout du compte, ma vie aurait-elle été meilleure si j’avais pris telle décision plutôt que telle autre ? Rien n’est moins sûr, la vie est courte et il faut la vivre pleinement, faire au mieux avec les atouts dont tu disposes, et si possible rendre le monde un peu meilleur.

« Voir un monde dans un grain de sable et un paradis dans une fleur sauvage.
Tenir l’infini dans la paume de sa main et l’éternité en une heure. »
William Blake

Éditions du Seuil, 1988

Un immense merci à mon ami Yvan, qui dans le cadre d’une lecture commune, m’a adressé ce bouquin. Merci à lui de m’avoir fait découvrir cet auteur et ce roman, qui fut l’occasion d’un excellent moment de lecture et d’émotion.

4ème de couv.

Ken-Grimwood-ReplayA 43 ans, Jeff Winston meurt subitement d’une crise cardiaque, laissant derrière lui une vie médiocre et un mariage à la dérive. Quelle n’est pas sa stupeur lorsqu’il se réveille … dans sa chambre d’étudiant, âgé de 18 ans. Dans le passé sa vie recommence comme avant. Sauf qu’il a gardé le souvenir de sa précédente existence…
Qui n’a jamais rêvé de pouvoir revivre son passé fort de son expérience d’aujourd’hui ?

 

 

 

L’auteur:

Kenneth Milton Grimwood, né le 27 février 1944 à Dothan en Alabama et décédé le 6 juin 2003 (à 59 ans) à Santa Barbara en Californie, est un auteur de fiction américain.
Ses thèmes de prédilections tournaient autour de l’affirmation de soi et du contrôle de sa vie, thèmes retrouvés dans son roman le plus connu, Replay qui reçoit en 1988 le prix World Fantasy du meilleur roman.
(Source : Wikipédia)

 

Publicités

17 réflexions sur “Ken Grimwood – Replay

  1. Merci mon ami, merci d’avoir joué le jeu, merci d’être entré dans cet univers qui m’est si cher, merci pour ta belle chronique. Merci tout simplement :-).
    Comme tu le dis, chacun lira ce livre avec sa propre expérience de vie et il parlera différemment à chaque lecteur.

    Aimé par 3 people

  2. Pingback: Replay de Ken Grimwood – Retour des avis suite à la lecture commune | EmOtionS – Blog littéraire et musical

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s