Frédéric Lenoir et Violette Cabesos – La promesse de l’ange

Lors d’un week-end romantique surprise, Johanna, une jeune archéologue, ressent un certain malaise dès qu’elle s’aperçoit de l’endroit où la conduit son compagnon. L’année de ses sept ans, lors de vacances au Mont St Michel, elle a fait pour la première fois un rêve dans lequel elle voyait l’image d’un moine pendu, se balançant au bout d’une corde, et d’un autre moine sans tête.
«  Alors je me rendais compte qu’il était… qu’il n’avait pas de tête… un trou noir et vide dans le capuchon relevé de sa robe… il a levé les bras, a joint les mains en signe de prière et… et une voix grave, solennelle, caverneuse, a dit en articulant chaque syllabe comme une sentence de Jugement dernier : « Ad accedendum ad caelum, terram fodere opportet. » (Il faut fouiller la terre pour accéder au ciel).  Les pierres de la chapelle renvoyaient l’écho de ces mots insolites… »

Ce rêve reviendra à plusieurs reprises, et de là va naître sa passion pour l’archéologie, dans un désir irrationnel de retrouver ce moine sans tête, et un sens à ce rêve récurrent.
Affectée à un chantier de fouilles sur le site de l’Abbaye bénédictine de Cluny, elle est nommée pour un remplacement à la tête d’un programme de fouilles sur le site du Mont St Michel. Elle voit cette nomination comme une chance qui lui est donnée de trouver une explication à ces images du passé.

Mille ans plus tôt, Pierre de Nevers et son élève, Frère Roman, sont en charge de bâtir l’abbatiale bénédictine, « la demeure de l’archange », sur le Mont St Michel.
Frère Roman, agressé et laissé pour mort par des pillards qui essayaient de rançonner des pèlerins, est recueilli et soigné par Moïra, une étrange guérisseuse qui le ramène à la vie, et entre ces deux âmes va naître un amour profond, amour que Roman aura du mal à assumer, dans un premier temps, tout entier voué qu’il est à sa mission de bâtisseur, et son état de moine bénédictin.

Du Moyen-âge à nos jours, ce roman absolument foisonnant couvre mille ans d’histoire. C’est une mine d’informations sur les différentes étapes de la construction du Mont St Michel, et les lieux de culte qui s’y sont succédé, en un inexorable empilement, jusqu’à devenir « la Merveille » que nous connaissons. L’auteur nous décrit par le menu des endroits du Mont inaccessibles aux visiteurs.

Admirablement documenté et d’une grande érudition, ce roman nous fait voyager dans le temps. Au présent, parmi des archéologues passionnés, mais soumis à des impératifs budgétaires et politiques, des luttes d’influence qui brident quelque peu leur enthousiasme.
Dans le passé, dans ce Moyen-Âge religieux des bâtisseurs, au gré de la lutte des pouvoirs entre laïcs et religieux, Frère Roman se bat lui, pour protéger Moïra, qu’il aime d’un amour chaste et pur, et mener à bien la construction de l’abbatiale. Amours contrariées, jalousies, complots, trahisons, meurtres inexplicables, rien ne nous est épargné dans ce siècle qui a vu la naissance du Mont.

Johanna est orpheline d’un frère jumeau mort en bas-âge, dont elle traîne l’absence comme un fardeau. Elle se sent coupable, et ne se sent pas à sa place dans le présent. L’histoire de Frère Roman la touche au cœur, elle se sent en étroite communion avec lui, et elle souhaite ardemment connaître la fin de son histoire.
« Johanna, une part de ton âme est sœur de la mienne, encline à aimer les œuvres des hommes, plus que les hommes eux-mêmes. Tu survis mais ton cœur est abandonné, prisonnier du fantôme de ton frère, enfoui dans la crypte de ta mémoire. Tu restes entre ciel et terre et tu n’appartiens à aucun. Ce soir, Johanna, il te faudra choisir : si tu souhaites quitter la terre, l’Archange te conduira dans les nuées… »

Thriller ésotérique, métaphysique, historique et policier, ce roman souffre à mon sens d’une certaine lourdeur. Il est difficile de ne pas se perdre parmi le grand nombre de personnages impliqués dans l’histoire. J’ai, pour ma part, trouvé que la conclusion traînait un peu en longueur et que le roman eut gagné à être un peu plus allégé.

Est ce le fait d’une écriture « à quatre mains », ce roman présente par moments un certain déséquilibre. Bien souvent, l’érudition vient prendre le pas sur le romanesque. Et si par certains côtés, il peut faire penser aux « Piliers de la terre » de Ken Follett, il n’en a pas le même souffle épique.
Pour ma part, un agréable moment de lecture, sans plus.

Éditions Albin Michel, 2004

 

4ème de couv :

lapromesseRocher battu par les tempêtes, lieu de cultes primitifs sanctifié par les premiers chrétiens, le Mont-Saint-Michel est loin d’avoir révélé tous ses secrets. Au début du XIe siècle, les bâtisseurs de cathédrales y érigèrent en l’honneur de l’Archange, prince des armées célestes et conducteur des âmes dans l’au-delà, une grande abbaye romane.
Mille ans plus tard, une jeune archéologue passionnée par le Moyen Âge se retrouve prisonnière d’une énigme où le passé et le présent se rejoignent étrangement.

Les auteurs :

Frédéric Lenoir, né le 3 juin 1962 à Madagascar, est un philosophe, sociologue, conférencier et écrivain français, docteur de l’École des hautes études en sciences sociales. Il est chercheur associé à l’École des hautes études en sciences sociales depuis 1991 et producteur et animateur de l’émission Les racines du ciel sur France Culture depuis 2009. Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, il a codirigé trois encyclopédies. Ses livres, qui rencontrent un vif succès, sont traduits en plus de vingt langues.

Violette Cabesos est née le 9 mai 1969 à Valence (Drôme).
Après des études d’histoire, de lettres et de sciences-politiques, elle s’installe à Paris en 1994.
Elle est l’auteur d’un premier roman remarqué « Sang comme neige » (Editions Plon, 2003). Co-auteur avec Frédéric Lenoir de « La promesse de l’ange » (Albin Michel, 2004), suivi de « La parole perdue » (Albin Michel, 2011).

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15 réflexions sur “Frédéric Lenoir et Violette Cabesos – La promesse de l’ange

  1. Vincent,
    J’ai lu attentivement ta chronique et je suis soulagé de constater que je vais faire l’impasse sur ce roman. Je pourrais me faire une idée par moi-même, bien sûr mais faire confiance à des amis blogueurs permet de passer à autre chose. Geneviève, à mon avis, ne dort jamais, non seulement elle lit tout ce qui sort mais en plus elle en écrit les chroniques. Comprends pas ! Amitiés.

    J'aime

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