Pascal Marmet – Tiré à quatre épingles

Le style Chanel
« Qu’ils soient soporifiques ou percutants, le commandant Chanel abhorrait les discours. Il préférait le clair murmure des aveux et le bruit intense de la respiration du présumé coupable…. Hélas, son grade de commandant, de chef de groupe « Cha » du 36, l’obligeait parfois à prendre la parole en public, ce qu’il évitait comme la peste noire. »

Voilà en quelques mots, tracé le portrait du commandant François Chanel, quinquagénaire qui n’aime rien tant que la discrétion, et dont le taux d’élucidation des affaires est le plus élevé du 36. Le 36 Quai des Orfèvres, qui bruisse des bruits de son prochain déménagement à destination des Batignolles.

Gare de Lyon, perdu au milieu du flot de voyageurs, un jeune homme, tout de vert vêtu, semble décontenancé par toute cette foule grouillante. Il contemple une carte d’identité au nom de Laurent, ce prénom qu’il se répète, comme s’il craignait de l’oublier. Samy, qui se dit artiste serrurier et philosophe, en réalité un braqueur à la petite semaine, comprend vite le parti qu’il peut tirer de ce candide. Il parvient à convaincre Laurent, malgré les réticences du jeune homme, à participer un cambriolage.

« Passé le vestibule, le visiteur plongeait à pleines brassées dans la remise du musées des Arts premiers du quai Branly. Cela ressemblait à une chambre des merveilles, à ces cabinets de curiosités avec renfort d’animaux empaillés où les bêtes vivent une seconde vie immobile. Le préfet devait être un de ces esthètes savants, mi-naturalistes pédagogue mi-aventurier grand voyageur. « 

Une fois entré dans les lieux,  qu’ils commencent à inventorier, quelle n’est pas leur surprise de découvrir une femme blessée, qui se traîne au sol, apparemment après une mauvaise chute. Laurent lui vient en aide avant de s’enfuir, emportant avec lui une poignée de liasses de billets de 500€ dans son slip, et une étrange statuette africaine piquée de clous, dans son sac à dos  avec le reste des liasses.

Peu de temps après, Impasse de Conti, la femme qu’ils ont laissée derrière eux, blessée mais bien vivante, est retrouvée morte, abattue de trois balles de révolver (et non pas de cinq comme le dit la 4ème de couv.)  tirées à bout portant. La victime n’est autre que la veuve d’un ex-préfet, assassiné six mois plus tôt.

En ce mois d’Août, l’affaire échoit au groupe de Chanel, qui « dérouille », c’est à dire qui est de permanence. Chanel tire un peu la tronche à cette nouvelle : il a déjà d’autres affaires sur les bras et deux officiers de son groupe sont en congé. De plus on lui colle dans les pattes deux stagiaires, du sexe féminin qui plus est, pour compenser son manque de personnel.

Des méandres de la Gare de Lyon aux coulisses du Quai des Orfèvres, en passant par le musée Branly, l’enquête se centre bien vite dans deux directions : d’abord la recherche du jeune homme en vert, adolescent atteint du syndrome de Peter Pan et qui refuse de grandir, confiée aux deux jeunes stagiaires, et auprès des différents collectionneurs d’art africain pour essayer de retrouver trace des autres pièces de la collection.

La personnalité de la victime, Albane Saint-Germain de Ray, est assez difficile à cerner. D’une grande intelligence, elle est pourtant quasiment illettrée.Ses précédents maris sont morts prématurément, lui laissant une fortune conséquente.  Serait-elle une sorte de mante-religieuse qui se débarrasse de ses maris pour jouir de leur fortune ? Au fur et à mesure des informations recueillies par les enquêteurs, la victime nous apparaît de moins en moins sympathique.

Pascal Marmet signe ici un bon polar à la française, sans inutiles effusions de sang ni violence, dans le milieu des collectionneurs d’art. L’enquête se déroule sur un bon rythme, sans trop de temps morts. J’aurais aimé plus d’explications sur l’art africain, et sa relation toujours très étroite avec les marabouts, sorts et envoûtements, profondément ancrés dans la culture africaine.

« Chanel était un célibataire, un fils unique, un chercheur de vérité, un inclassable, un sans enfant, sans ami, sans parent, un sans attache, un « sans ». « 

L’accent est plutôt mis sur la psychologie des personnages. Laurent/Alex, adolescent attardé qui refuse de grandir, Salomé, jeune fille en rupture familiale et que Chanel recueille chez lui, après l’avoir tirée des pattes d’un copain violent. Ce même Chanel, gentil misanthrope un peu dilettante, qui se paie le luxe de faire une escapade en Alsace pour interviewer un commissaire en retraite. Mais il est au fond, très humain, attendri par le dessin que lui donne une fillette dans le train. Et comme un bienfait n’est jamais perdu, c’est Salomé, par un hasard fort bien venu, qui viendra donner le petit coup de pouce nécessaire à la résolution de l’énigme.

Ce roman de Pascal Marmet, même s’il ne révolutionne pas le genre, m’a tout de même procuré quelques heures de détente et d’agréable lecture.

Un grand merci à Masse critique Babelio pour l’envoi de ce roman et à l’auteur qui a eu la gentillesse d’y glisser une petite dédicace. La classe…

Editions Michalon, 2015

4ème de couv:

marmet_Parmi les milliers de voyageurs, Laurent erre seul dans le hall de la gare de Lyon, l’air paume. Il vient de rater son CAP boulangerie et sa mère l’a mis dehors. Samy, escroc a la grande gueule, le repère rapidement. Il a bien l’intention de profiter de la naïveté de ce gamin aux chaussures vertes et l’entraine dans un cambriolage. L’appartement dans lequel ils pénètrent est une sorte d’antichambre du musée des Arts premiers et regorge de trésors africains. Mais ils tombent nez a nez avec la propriétaire et collectionneuse. Comme elle s’est blessée en tombant dans les escaliers, ils lui viennent en aide avant de s’enfuir. Pourtant, quelques heures plus tard, elle est retrouvée morte, abattue de cinq balles tirées a bout portant. Le commandant Chanel, charge de l’enquête, s’enfonce alors dans l’étrange passé de cette victime, épouse d’un ex-préfet assassiné quai de Conti peu de temps auparavant.

L’auteur:

Pascal Marmet
est né en banlieue parisienne.

Il est chef d’entreprise (dirigeant d’un hôtel), écrivain, romancier, chroniqueur radio, organisateur de rencontres littéraires.

Il a reçu le prix spécial du jury Albayane 2013 pour son livre : « Le roman du Parfum » publié aux Éditions Du Rocher.

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