Emmanuel Grand – Terminus Belz

 

Marko Voronine, jeune Ukrainien, décide de fuir son pays à destination de la France, dans l’espoir d’une vie meilleure. Il est accompagné dans son voyage de Vasili, Anatoli, et Iryna.
Les passeurs roumains qui les ont pris en charge, lors d’un arrêt sur une aire d’autoroute, décident de prendre un peu de bon temps avec la jeune Iryna.

Ses compagnons de voyage viennent à sa rescousse, tuent le premier agresseur et fuient avec le camion, abandonnant le deuxième passeur roumain sur l’aire d’autoroute. A bord du camion, ils découvrent une sacoche avec 25000 Euro, montant du passage payé par les réfugiés.

Dans le même temps, à Bucarest, Dragos un membre de la mafia roumaine, est convoqué par le grand chef pour s’expliquer sur la perte du camion et des 25.000 euros. Il se voit menacé de mort immédiate et douloureuse, à moins de rembourser tout de suite le montant de la dette. Il vide tous ses comptes pour rembourser, donne son 4X4 de luxe en prime, et se met en voyage vers la France à la poursuite des Ukrainiens.

Le groupe d’amis, réalisant dans quelle situation ils se sont mis, décident, pour masquer leurs traces aux poursuivants, de se séparer et de ne plus rentrer en contact, sauf par mail et avec un luxe de précautions.

En répondant à une offre d’emploi, Marko arrive donc sur l’île de Belz. Son arrivée et son embauche ne sont pas  vus d’un bon œil par la communauté des pêcheurs, déjà durement touchés par la diminution de la ressource en poisson.

Il l’avait toujours aimée. Même quand la vie était devenue difficile, le métier ingrat, la mer une marâtre. Il l’aimait encore…  Pourtant c’était vrai. Maudite pêche. Elle les avait nourris, maintenant elle les affamait. Maudit métier. Maudite île. Une malédiction leur fourrageait les entrailles.

Un des plus acharnés contre lui, Patrick Jugand, est retrouvé assassiné peu après selon une mise en scène des plus macabres: la tête coupée et posée entre ses jambes. Il n’en faut pas plus pour que ressurgisse l’Ankou, personnage funeste des légendes bretonnes. A défaut, Marko « le Grec » ferait un coupable fort bien venu, car même si Jugand a eu des différends avec la moitié des marins de l’île, ce n’est pas une raison pour le trucider. Dans cet univers où on a le verbe haut et l’engueulade facile, pour autant on ne s’étripe pas pour un mot plus haut que l’autre.

Étalé sur le dos, recouvert d’algues séchées et de sable, les membres tirés dans la position du Christ en croix, le ventre ouvert, gisait Pierrick Jugand, patron du Verse-à-boire, marin-pêcheur honnête, âpre au travail, connu et aimé pour cette grande gueule qu’il n’ouvrirait désormais jamais plus…
Les bras avaient été tirés à l’horizontale. Les pieds étaient joints, alignés avec le reste du corps. L’abdomen était ouvert et vomissait sur le sable un magma de viscères baignant dans une mare de sang noir. Mais le plus révulsant, c’était la tête de la victime. Elle avait été tranchée et posée sur les cuisses du malheureux. Elle était bleue, figée dans un cri d’effroi et de haine abominable.

Marko aura fort à faire pour éviter de se retrouver pris dans les mailles de la police, lui l’immigré clandestin, et faire profil bas afin de ne pas laisser une trace trop présente aux yeux de ceux qui le traquent.

L’occasion est belle pour l’auteur de nous dresser une belle galerie de portraits, depuis les marins forts en gueule comme Jugand ou Loïc Caradec, jusqu’au recteur de la paroisse, la jeune femme amoureuse et le libraire lettré, avec  en prime de très belles descriptions de scènes de mer, si véridiques qu’elles m’en auraient donné le mal de mer.

On ne tenait plus debout sur le pont. Tu pouvais te faire emporter comme un fétu de paille. Force douze. L’ouragan. Des masses noires s’étaient levées autour du bateau comme une muraille liquide qui menaçait de nous submerger à tout instant. Et il fallait pêcher quand même. J’étais à l’arrière, au chalut. Quand le bateau enfournait, on avait l’impression qu’on allait sauter dans le vide du haut d’un immeuble et quand il franchissait la vague, son nez pointait tellement haut dans le ciel qu’on aurait juré qu’il allait se retourner sur nous et nous engloutir. On plongeait sous la vague, cramponnés à nos câbles. La vague refluait comme un torrent par-dessus les plats-bords et les bordages et on s’ébrouait comme des chiens mouillés. On était encore là et on avait l’impression que c’était un miracle. Un  miracle à chaque vague…

Emmanuel Grand nous décrit avec beaucoup d’empathie un monde en voie de disparition, signant là un roman fort original entre roman social et polar avec une touche de surnaturel.  De la problématique de l’immigration des pays de l’Est, le déclin de la pêche sur une petite île bretonne, il signe un roman de bonne facture et bien d’une lecture fort agréable.
Un bon moment de lecture en ce qui me concerne.

Éditions Liana Levi, 2014

4ème de couv:

terminus-belzUn jour de janvier, Marko Voronine et trois autres Ukrainiens quittent leur pays pour la France, cachés à l’arrière d’un camion. Le voyage pourrait se faire en quelques heures, mais les passeurs roumains sont des tordus décidés à se payer du bon temps avec la jeune fille montée à bord. Les clandestins parviennent à les maîtriser, à s’emparer du camion et à récupérer leur argent. Mais ils savent que la mafia roumaine voudra se venger : se séparer est le seul moyen de la semer. Marko prend le chemin de la Bretagne. Grâce à une petite annonce, il trouve rapidement un emploi auprès d’un patron de pêche sur l’île de Belz, une île coupée de tout. À l’arrivée, l’endroit n’est pas aussi paisible que prévu. Le métier du grand large en a pris un coup, l’embauche est rare sur les chalutiers et les marins rechignent à céder la place à un étranger. Des histoires bizarres agitent aussi la petite communauté. Vieilles légendes, superstitions ou surnaturel ? Sur « l’île des fous », comme on la surnomme dans la région, les hommes redoutent par-dessus tout les signes de l’Ankou, l’Ange de la mort. Lorsqu’un crime atroce est commis, les îliens soupçonnent Marko de l’avoir réveillé. Sans papiers, plongé dans un univers hostile, le jeune fugitif aura beaucoup de mal à se disculper, à esquiver les tueurs roumains comme la police française, à démêler le vrai du faux et à conjurer ses propres démons.

L’auteur :

emmanuel grdNé à Versailles en 1966, il a passé son enfance en Vendée, à vingt kilomètres de la côte atlantique.
Aujourd’hui, il vit en région parisienne, à Colombes.
Il est responsable du design du site web d’un grand opérateur téléphonique.
« Terminus Belz » est son premier roman. Il a été cédé à l’étranger avant même sa parution en France et nominé pour le prix SNCF du polar 2016.
Il vient de publier son deuxième roman, « Les salauds doivent mourir ».

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