Johana Gustawsson – Block 46

Buchenwald, juillet 1944 : Un convoi de prisonniers arrive au camp de Buchenwald. Parmi eux Erich Ebner, un jeune allemand, étudiant en médecine. Affecté au Block 46, il va assister, bien malgré lui, le Doktor Horst Fleisher dans ses expérimentations médicales, vivant au jour le jour et au plus près l’horreur au cœur du système concentrationnaire nazi.
« La marche jusqu’au camp lui parut durer une éternité. Erich avançait avec cette colonne d’hommes claudicants par rangées de cinq sous un soleil de plomb, au rythme de l’orchestre qui les accompagnait.
Rien de tout cela n’avait de sens. Le trajet. Les morts. La cruauté. La musique. Les corps nus. Plus personne ne cherchait à cacher sa nudité, comme si chacun avait déjà accepté d’abandonner son humanité. Et le silence. Le silence de la capitulation derrière la musique malvenue. Les gardes ne leur avaient pas imposé de se taire, mais personne n’osait parler. La peur paralysait les sens : elle avait remplacé la douleur, la soif, la faim et l’extrême fatigue. »…
« Le gars du train avait raison. C’était bien l’enfer qui les attendait au bout de ce long voyage. Mais un enfer organisé. »

Londres, de nos jours : Alexis Castells, écrivaine spécialisée dans les tueurs en série, participe à une soirée donnée pour le lancement d’une ligne de bijoux de luxe. Son amie suédoise Linnéa Blix, la créatrice de cette collection, doit en être l’invitée d’honneur. Mais la soirée avance, et Linnéa, à la grande inquiétude de tous, ne se manifeste pas. Elle était en vacances en Suède, et devait rentrer à Londres pour cette soirée.
A Falkenberg (Suède), on découvre, caché sous une barque retournée, le cadavre mutilé d’une jeune femme, rapidement identifié comme étant celui de Linnéa. Emily Roy, profileuse Canadienne, se trouve à Londres pour une affaire dont les victimes sont des enfants, présentant les mêmes mutilations que Linnéa. Elle est logiquement dépêchée sur place pour apporter son concours à l’enquête.
« Bergström s’accroupit à côté du cadavre. On devinait sa peau bleuie par le froid sous la pellicule de givre. Ses cheveux blonds et épais étaient coiffés avec soin et arrangés sur ses épaules. On avait rasé son pubis et gravé un X sur son bras gauche. Ses yeux avaient été arrachés. Les cavités oculaires vides, sombres et démesurément grandes ravageaient son visage fin. Sa gorge avait été tranchée verticalement du menton à la fourchette sternale et la peau du cou bâillait comme une veste déboutonnée. La trachée avait été sectionnée. »

L’enquête se déroule entre Londres et la Suède, où nous retrouvons Alexis et Emily, nos deux héroïnes. Ce duo plutôt improbable, l’écrivaine et la profileuse, cachant toutes deux des traumatismes enfouis, occupent le devant de la scène. Emily se trouve confrontée à un problème épineux : Un tueur en série, qui opèrerait sur deux pays, et avec un type de victimes différent ? C’est quand même peu probable. Y aurait-il un autre tueur ? Serait-on en présence d’un cas de relation maître-élève, ou dominant-dominé ?
« Emily releva la tête et plongea son regard dans la mer décoiffée par le vent. Elle ne comprenait pas. Mais, si tout cela n’avait aucun sens pour elle, ça en avait pour le tueur. Elle devait procéder comme à son habitude : des faits aux fantasmes du tueur, clé de ses crimes ; du logique à l’illogique. Analyser l’œuvre, pour comprendre l’artiste. »

Emily en vient à la conclusion que la solution de ces meurtres se trouve dans le passé, et au prix de longues et laborieuses recherches, elle finira par s’approcher près, (trop près ?) du tueur, jusqu’à mettre sa propre vie en danger.
L’auteure déroule en parallèle le fil de ces deux histoires, entre passé et présent. Elle nous décrit de façon quasiment clinique, presque détachée, les souffrances vécues par les détenus de Buchenwald, la cruauté des « Kapos ». Là où les prisonniers, soumis aux coups, aux humiliations et aux privations, en viennent peu à peu à abandonner jusqu’à leur dernière parcelle d’humanité. Ce détachement apparent, cette rigueur dans l’évocation de cette triste période de l’Histoire la rendent plus réelle à nos yeux, et plus insupportable encore.

Le rythme n’est pas trépidant, mais ne connaît pas de temps morts. Les personnages principaux sont d’une réelle épaisseur, et leur psychologie est très travaillée, même s’il reste en suspens quelques interrogations sur l’histoire personnelle d’ Emily et d’Alexis. L’intrigue est solide, le scénario intelligemment construit, allant chercher dans le passé les liens et les indices pouvant expliquer le présent, avec une progression et un enchaînement logiques qui pourraient nous amener à croire avoir tout deviné, eh bien non. L’auteure nous réserve une autre fin, tout à fait inattendue.

Pour un premier roman, c’est une réussite. C’est très bien écrit et scénarisé, et admirablement documenté pour la partie historique. Incontestablement, un bon moment de lecture.

Éditions Bragelonne, 2015

Block 464ème de couv :
Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme.
Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras.
Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie…
En Suède, Emily retrouve une vieille connaissance : Alexis Castells, une écrivaine pleine de charme spécialisée dans les tueurs en série.
Ensemble, ces deux personnalités discordantes se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944.

L’auteure :
Née en 1978 à Marseille et diplômée de Sciences Politiques, Johana Gustawsson a été journaliste pour la télévision et la presse françaises. Elle vit aujourd’hui à Londres, en Angleterre.

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