Catharina Ingelman-Sundberg – Comment braquer une banque sans perdre son dentier

Dans l’éventail des productions du polar nordique, à l’atmosphère  plutôt sombre, voilà une vraie parenthèse de douceur et d’humour que ce petit polar, qui m’a beaucoup fait penser au film de Gilles Grangier «Les vieux de la vieille » et à leur Hospice de Gouyette.

« L’élégant, dit le Râteau, toujours saisi d’une fringale au milieu de la nuit, prit la tête du cortège, suivi du Génie, l’inventeur, et des deux amies de Märtha : Stina qui raffolait des chocolats belges, et Anna-Greta, dont la beauté faisait pâlir d’envie toutes les autres femmes. Personne n’était dupe : Märtha leur offrait de la liqueur seulement quand elle mijotait quelque chose. Cela ne lui était pas arrivé depuis un bon moment, d’ailleurs, mais visiblement, elle avait une idée derrière la tête. »

Ces personnages sont pensionnaires d’une maison de retraite. Depuis quelques temps, leurs conditions de vie se dégradent car l’administration de l’établissement rogne sur tous les postes. De plus, on les bourre de médicaments pour les abrutir et « avoir la paix ». 
« La veille, elle s’était assoupie devant la télé et, en rouvrant les yeux, avait vu qu’on diffusait un documentaire sur la prison. Elle s’était réveillée d’un coup, avait cherché la télécommande et appuyé sur « enregistrement ». Avec un intérêt grandissant, elle avait regardé le journaliste pénétrer dans l’atelier et dans la laverie, et les prisonniers montrer leur cellule. Dans la salle à manger, les détenus choisissaient entre du poisson, de la viande ou un plat végétarien, et ils avaient même droit à des frites. Le tout accompagné de différentes salades et de fruits. C’est là que Märtha s’était précipitée chez le Génie. Ensemble, ils avaient regardé le DVD et, malgré l’heure tardive, en avaient discuté jusqu’à minuit. »
Après avoir vu ce reportage sur les prisons Märtha, persuadée que la vie en prison est plus agréable que dans leur maison de retraite, forme le projet de commettre un délit pour se faire emprisonner et bénéficier ainsi d’un hébergement plus agréable. Elle se met donc en devoir de convaincre ses compagnons de participer à un casse.

Pour leur premier méfait, ils s’enfuient de la maison de retraite et vont prendre pension au Grand Hotel, aux frais d’Anna-Greta, la comptable du groupe. Ils ont l’intention de cambrioler cet établissement de luxe. Hélas, ces débutants manquant cruellement d’expérience dans le domaine, leur butin sera plutôt maigre : quelques bijoux et bracelets…

Mais Märtha n’est pas femme à se laisser abattre. De son passé d’enseignante,  elle garde un sens certain de l’organisation. Leur prochaine cible sera le Musée National. Leur but ? « Kidnapper » deux tableaux de grands maîtres et les restituer contre une rançon substantielle.
La préparation de ce forfait, à l’aide de divers accessoires comme leurs déambulateurs et leurs cannes, en application des idées lumineuses du Génie est propice à des scènes tout à fait cocasses.

Je vous ferai grâce des différentes péripéties et des détails de ce kidnapping.
Il n’y a pas vraiment d’intrigue policière, car les cinq coupables nous sont connus dès le début de l’histoire. C’est, sous le couvert de l’humour et de la fantaisie, un constat de société sur le vieillissement de notre population, de l’inaction à laquelle ils sont condamnés et le sentiment d’inutilité qui en découle. Placer nos aînés dans des maisons de retraite, ou résidences pour personnes âgées, quel que soit le nom qu’on leur donne, cela reste une forme d’abandon.

Ce roman, pas très moral, est écrit dans un style plutôt alerte et agréable. Les personnages sont dépeints avec beaucoup d’humour et de tendresse. Les vicissitudes de ces petits vieux bien sympathiques sont agréables à suivre. Il ne faudra pas se montrer trop regardant sur certaines invraisemblances. Et accepter de se laisser mener en bateau, pardon, en déambulateur, dans le but de passer un agréable moment de détente.

En ce qui me concerne, le but a été atteint. J’ai passé un agréable moment, sans prise de tête, à la lecture de ce roman. C’est l’idéal pour les chaudes après-midi d’été.

Fleuve Éditions, mars 2014

Gang dentiers4ème de couv :
Wanted : Ils sont cinq, trois femmes, deux hommes. Cheveux blancs, déambulateurs, ils s’apprêtent à commettre le casse du siècle. Si vous les croisez, restez prudents, et surtout ne tentez pas de vous interposer.

Ils s’appellent Märtha, Stina, Anna-Greta, le Génie, le Râteau, ils chantent dans la même chorale et vivent dans la même maison de retraite. Nourriture insipide, traitement lamentable, restrictions constantes, pas étonnant que les résidents passent l’arme à gauche. Franchement, la vie ne serait pas pire en prison ! D’ailleurs, à Stockholm, elles ont plutôt bonne presse… Voilà l’idée ! Les cinq amis vont commettre un délit et faire en sorte d’être condamnés : en plus d’avoir la vie douce, ils pourraient redistribuer les bénéfices aux pauvres et aux vieux du pays.

Un brin rebelles et idéalistes, un peu fous aussi, les cinq comparses se lancent dans le grand banditisme. Mais évidemment rien ne va se passer comme prévu…

 

L’auteure :
Catharina Ingelman-Sundberg est une auteure suédoise très populaire. Elle a commencé sa carrière en tant qu’archéologue sous-marin et a participé à plusieurs explorations, à la recherche, notamment, de drakkars ensevelis. Elle a écrit de nombreux romans historiques pour lesquels elle a été primée et partage son temps entre la rédaction de romans et d’articles pour un grand quotidien suédois, le Svenska Dagbladet.
Elle est également l’auteure de :
« Le gang des dentiers fait sauter la banque » (2015) et
« Comment prendre le large sans perdre son dentier » (2016).

 

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