Jon Sealy – Un seul parmi les vivants

En Caroline du Sud, pendant la Prohibition.
Larthan Tull, « The whiskey baron » (titre original) découvre que son business est menacé par deux de ses coursiers et leur partenaire, un homme au nom étrange de Mary-Jane Hopewell. Les deux coursiers sont abattus devant le bar du Hillside Inn, qui sert de couverture au trafic d’alcool de Tull. Le coupable désigné par les témoins est Mary Jane Hopewell. Le shérif Furman Chambers, près de la retraite, s’estime obligé de se charger de cette affaire car elle implique des amis, des voisins et leur familles.
« L’alcool était interdit dans le comté depuis maintenant douze ans, mais même en des temps où l’on avait à peine de quoi s’offrir de l’eau sucrée, les gens paraissaient encore avoir assez d’argent pour se payer de la gnôle. La moitié des habitants de la ville – de bons et pieux citoyens – exigeaient que Chambers mette fin aux activités de Tull, mais l’autre moitié, dont Chambers lui-même, quoiqu’ils n’approuvent pas toute cette débauche, lui achetaient du bourbon. Fermer le Hillside Inn serait revenu à couper la source d’approvisionnement en bourbon pour tout le comté, ce que refusaient même certains des bons et pieux citoyens. »

Mary-Jane Hopewell, vétéran de la Grande Guerre, était connu comme un marginal, non violent. Un tantinet ivrogne, ce n’était pas le genre à faire du mal à qui que ce soit. Après interrogatoire du barman, témoin du meurtre, et du propriétaire du bar, le trafiquant d’alcool Larthan Tull, le shérif Chambers est convaincu de l’innocence de Mary-Jane.
Il va donc se mettre à sa recherche, nourrissant l’espoir de le retrouver avant Larthan Tull, qu’il soupçonne d’être responsable de ces meurtres.
Son enquête le conduit à plonger dans le quotidien d’une communauté menant une vie misérable, parmi les ouvriers des manufactures de coton et le petit personnel chargé des opérations clandestines de distillation. L’instinct du shérif s’avère être bon. Il découvre bientôt que son comté rural, en apparence idyllique, est le cadre d’un trafic d’alcool dont il ne mesurait pas l’importance, et sur lequel Tull règne sans partage. L’enquête de Chambers se complique avec la présence de deux agents fédéraux chargés d’enquêter sur la fabrique de soda de Tull, qui sert de paravent à son trafic.

A la fois roman policier et chronique sociale, ce roman, encensé par Ron Rash, nous brosse le tableau saisissant d’un petit comté rural du sud des Etats-Unis, à l’époque de la « Grande dépression » et de la prohibition. Les personnages sont d’une réelle épaisseur psychologique, depuis Furman Chambers, le shérif vieillissant, jusqu’à Larthan Tull le « bootlegger » un homme d’une extrême dureté, et d’un égoïsme forcené. Les autres personnages de ce roman, sont tous plus ou moins en relation avec l’alcool : les ouvriers des filatures de coton en sont les consommateurs, et les paysans de la région écoulent leur maïs pour alimenter le trafic. Ainsi la boucle est bouclée.

D’une plume très juste, l’auteur évoque à merveille l’ambiance d’une époque et d’un lieu, il aborde des thèmes universels tels que la famille, le travail, ou la religion. La description des personnages est très travaillée, qui explore les diverses facettes de la nature humaine, le libre-arbitre, la prédétermination et la lutte continuelle entre le bien et le mal.

 « – Voyez-vous, Furman, on ne peut jamais savoir de quelle violence la bête humaine est capable quand elle considère les choses à travers l’illusion du libre arbitre.
– Le libre arbitre ?
– Nous sommes tous retenus prisonniers sur une scène. Vous avez un boulot à faire. J’ai un boulot à faire. Et le boulot de Mary Jane, c’était de se soûler. Tant qu’on s’en tient à son rôle, les choses se déroulent sans accroc. Le spectacle continue. »

L’intrigue est très bien construite, la tension est permanente et progresse au fur et à mesure de la lecture jusqu’à un final stupéfiant.
C’est un page-turner excitant, mais c’est beaucoup plus que cela. C’est de la vraie littérature, un roman magnifiquement évocateur, nostalgique et poétique, d’un monde aujourd’hui disparu. Ses personnages resteront en nous, bien après que nous ayons tourné la dernière page.

C’est un très bon roman d’un jeune auteur prometteur, à suivre assurément ! Une lecture que je recommande chaudement.

4ème de couv.

Caroline du Sud, 1932. Par un soir d’été caniculaire, le vieux shérif Furman Chambers est tiré de son sommeil par un coup de téléphone : deux hommes ont été froidement abattus à la sortie d’une ancienne auberge qui sert désormais de couverture au trafic d’alcool de Larthan Tull, le « magnat du bourbon ».
 Quand Chambers arrive sur les lieux, le nom du coupable circule déjà : Mary Jane Hopewell, un vétéran de la Grande Guerre, qui vit en marge de la société. Mais le shérif, sceptique de nature, décide de mener l’enquête et se retrouve plongé dans une spirale de violence qui va bouleverser le destin de personnages inoubliables.
 Alliant exigence littéraire et talent de conteur, Jon Sealy ressuscite avec brio l’époque de la Grande Dépression. Il y mêle noirceur et moments de grâce inattendus, créant une intensité dramatique saisissante autour des relations familiales, de la folie du pouvoir et des limites de la justice.
 
« Ce roman, c’est un peu comme si Cormac McCarthy et William Faulkner réécrivaient le scénario de la série Boardwalk Empire, aidés dans leur inspiration existentialiste par un bon alcool fort. » Richmond Times Dispatch

L’auteur:

Jon Sealy, jeune auteur au talent stupéfiant, a publié de nombreuses nouvelles dans plusieurs magazines et revues littéraires. Originaire de Caroline du Sud, il vit aujourd’hui à Richmond, en Virginie. Avec Un seul parmi les vivants, son premier roman qui a été salué par une presse unanime, il s’impose comme une nouvelle voix particulièrement prometteuse.

 

Enregistrer

Publicités

6 réflexions sur “Jon Sealy – Un seul parmi les vivants

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s