Maurice Gouiran – Le diable n’est pas mort à Dachau

Janvier 1943, au Revier (infirmerie) du camp de Dachau, les docteurs Nowitski, Plötner et Rascher  mènent des expériences scientifiques sur les déportés, afin de mettre au point de nouvelles applications pour l’armée.

Automne 1967, Henri Majencoules revient à Agnost-d’en-haut, son village natal, pour les obsèques de sa mère. Après de brillantes études à Normale Sup. il avait quitté la France pour faire carrière en Californie. Il travaille sur de nouveaux projets d’avenir auprès de l’ARPA, une agence de recherche de pointe du Ministère de la défense des Etats-Unis.
Il retrouve son petit hameau montagnard en proie à une grande agitation, envahi d’une cohorte de journalistes. Un couple d’américains, les Stockton et leur fillette d’une dizaine d’années viennent d’y être assassinés. (Je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec l’affaire Dominici et le meurtre de la famille Drummond).

A Agnost-d’en-haut, Henri est perçu presque comme un étranger. Dans ce hameau, qui pourrait être des Cévennes ou de Provence, les gens sont avares de mots. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas de sentiments, c’est qu’ils n’ont pas l’habitude de les exprimer.

« Léonard observe son fils.
Ici, on l’appelle l’Américain avec une once de moquerie dans la voix. Tout ce qui est étranger au village est forcément futile… Henri n’est sûrement pas un mauvais bougre, mais il lui a toujours été inaccessible. La faute à ces foutues études que les jeunes s’entêtent à suivre. Ca les éloigne du pays et ça leur fiche de mauvaises idées en tête. Est-ce qu’on a besoin d’élimer ses fonds de culotte sur les bancs des écoles pour se marier, faire des gosses, garder un troupeau, récolter des châtaignes ou ramasser des champignons ?
Est-ce qu’on est plus heureux dans les villes ? »

L’enquête sur le meurtre piétine, il y a peu d’indices exploitables. Au bistrot du coin, on ne se prive pas pour émettre des hypothèses. C’est ainsi que Nando Avigliana se trouve bientôt mis en cause. Il est d’une famille Piémontaise, étrangère au pays…
« issu d’une famille de travailleurs, de montagnards durs à la tâche qui ont toujours bossé comme des dingues… Ils vivent ici depuis vingt ans, mais pour tous les habitants, ce seront toujours de sales babis ! »

Henri subit de plein fouet le décalage entre sa vie aux USA, à l’époque de la libération des mœurs, de l’apparition des drogues, du sexe sans contrainte et du « flower power », et le silence oppressant de son village, la compagnie de ses amis d’enfance dans lesquels il ne se reconnaît plus.
Antoine Camaro, son ami de Lycée, devenu grand reporter, couvre l’affaire pour « France-Soir ». Avec Henri, ils vont s’attacher à résoudre cette énigme, d’autant plus que Stokton avait donné rendez-vous au jeune journaliste pour lui remettre certains documents, et a été assassiné avant de pouvoir le faire.

Maurice Gouiran nous dresse un panorama non exhaustif, mais tout de même effrayant, des expérimentations médicales faites par les nazis sur les déportés des camps de concentration. Certaines de ces expériences seront poursuivies après la guerre par la CIA et l’Armée américaine au détriment de populations civiles. Il mentionne au passage l’épisode « du pain maudit » de Pont Saint-Esprit, dont beaucoup pensent qu’il s’agirait d’expériences de manipulation mentale par l’emploi de LSD. Le nombre de diverses expérimentations conduites de façon illégale est tout bonnement effarant…

« De la justification de ces actes pour la survie de la grande Allemagne, à celle de la CIA soucieuse de sauver le monde libre.
Les mêmes mots.
Les mêmes maux. »

L’auteur a consulté pour ce roman une documentation impressionnante, qu’il a utilisée pour bien intégrer l’Histoire à son histoire, où elle s’imbrique parfaitement, à travers les lieux qui lui servent de cadre, des hommes, et des femmes qui les peuplent.

Dans ce roman, l’essentiel n’est pas l’identification du coupable.
Maurice Gouiran, en observateur éclairé de notre temps, et des excès d’un passé pas si lointain, nous met en garde et nous incite à la vigilance. Est-ce que les progrès de la médecine, de la science, la préservation de notre mode de vie peuvent justifier de telles horreurs ?

C’est un roman noir, violent. Il nous incite à la réflexion sur des dérives qui, à la lumière des soubresauts agitant notre monde, pourraient devenir à nouveau d’une brûlante actualité.

Éditions Jigal Polar, 2017

 

4ème de couv :

Lorsque Henri Majencoules, un jeune mathématicien qui travaille en Californie sur le projet Arpanet, revient à Agnost-d’en-haut en 1967, son village natal focalise l’attention de tous les médias du pays : une famille d’Américains, les Stokton, vient d’y être massacrée.

Imprégné par la contre-culture qui bouillonne alors à San Francisco – du Flower Power à la pop musique et de l’été de l’amour au LSD –, Henri supporte mal le silence oppressant de la terre de son enfance…

Mais avec l’aide d’Antoine Camaro, son ami journaliste, il va tenter d’en savoir plus sur ce Paul Stokton, son épouse et sa fille assassinés. Il découvre alors l’existence d’un des programmes militaires les plus secrets et les plus audacieux de l’après-guerre…

De Dachau à la CIA, de l’US Army à Pont-Saint-Esprit, les hommes changent, les manipulations jamais…

L’auteur :
Maurice Gouiran est un écrivain français né le 21 mars 1946 au Rove (Bouches-du-Rhône), près de Marseille, dans une famille de bergers et de félibres.
Il passe son enfance dans les collines de l’Estaque, avant d’effectuer ses études au lycée Saint-Charles et au lycée Nord de Marseille, puis à la Faculté, où il obtient un doctorat en mathématiques.
Spécialiste de l’informatique appliquée aux risques et à la gestion des feux de forêts, il a été consultant pour l’ONU. Il enseigne également à l’université.
Depuis 2000, il a écrit de nombreux romans policiers, dont plusieurs ont été primés.

 

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