Craig Johnson – Molosses

« J’avais du mal à obtenir une réponse claire de la part du petit-fils et de son épouse : pour quelle raison leur grand-père s’était-il retrouvé attaché au bout d’une corde de nylon de 35 mètres de long au pare-chocs arrière de l’Oldsmobile Toronado de 1968 ?
– — Alors, lorsque vous avez freiné au stop, il s’est écrasé contre l’arrière de la voiture ?»

Sixième roman de la série mettant en scène le shérif Walt Longmire, cet opus  démarre d’une façon plutôt inattendue, sur le ton de la comédie. Le grand-père au bout de la corde de nylon est Geo Stewart, propriétaire de la casse automobile et de la déchetterie ou, comme il aime à le rappeler, du Site municipal de dépôt, tri et récupération des déchets. Geo Stewart est en conflit de voisinage avec Ozzie Dobbs Jr, qui voudrait bien obtenir le déplacement de la casse et de la déchetterie pour étendre son complexe immobilier.

« On ne l’appelait pas un projet immobilier, mais c’en était un effectivement – si on acceptait cette appellation s’agissant de petits ranches de deux hectares avec des demeures à quatre millions de dollars disposées le long d’un golf. »

Dans le même temps, le shérif Longmire est appelé à la déchetterie, pardon, au Site Municipal de dépôt, tri et récupération des déchets, car on vient de retrouver là bas, dans une glacière, un pouce humain.

Walt confie à son adjoint Sancho Saizarbitoria, dit « Le Basque », la mission de retrouver le propriétaire de ce pouce. C’est une manière pour Walt de l’occuper car Sancho traverse une passe difficile depuis qu’il a été blessé lors de l’épisode précédent. Walt soupçonne qu’il est atteint de SSPT (Syndrome de stress post-traumatique). De plus la venue d’un nouveau né à son foyer le perturbe quelque peu.
Côté sentimental, son adjointe et compagne, la piquante Vic Moretti est obsédée par l’achat d’une maison, pour y abriter leur couple. Sa fille Cady prépare son mariage avec Michael Moretti le jeune frère de Vic, sous la houlette d’Henry Standing Bear, l’ami indien de Walt, comme maître de cérémonie (je suis impatient de voir ça !).
Ajoutez à tout ça la découverte dans un tunnel, sous la maison de Dobbs, de « ce qui était, semble-t-il, la plus grande plantation souterraine de marijuana de l’histoire », vous conviendrez avec moi que Walt ne manque pas de sujets de préoccupation.

A chaque fois que je retrouve Walt Longmire, je suis toujours partagé entre deux sentiments : le plaisir de retrouver un ami, et l’inquiétude de savoir comment les années ont passé sur lui. Car, ne nous y trompons pas, Walt n’est plus un jeune homme, et on le retrouve dans ce roman, encore plus cabossé que dans les précédents. Il doit passer des examens médicaux qui doivent confirmer son aptitude à poursuivre son travail, et qu’il essaye d’éviter en usant de tous les prétextes possibles.

Comme toujours chez Craig Johnson, l’écriture est précise et imagée, le ton est chaleureux. On sent de la part de l’auteur une réelle empathie envers ses personnages, même s’il les place parfois dans des situations bien délicates. Outre les personnages habituels de la série, parmi lesquels « le Basque » tient un rôle de premier plan sur cette enquête, on fait la connaissance de « figures » locales de Durant, hautes en couleur et sûrement inspirées par des personnes connues de l’auteur, comme Geo Stewart ou Madame Dobbs, la vieille institutrice de Walt.

Roman policier ou roman western, je me pose à chaque fois la même question. Et s’il est vrai que l’enquête policière a toujours son importance dans le roman, ce qui retient finalement l’attention, c’est sa manière de décrire les grands espaces des hautes plaines de l’Ouest américain, la poésie avec laquelle il nous dépeint son univers, qu’on arrive à trouver beau même lorsqu’il est franchement hostile.

«Nous étions sur le point d’entamer notre seconde semaine de résistance à des températures inférieures à -20 °C, pour la troisième fois de l’hiver ; pendant la journée, elles ne dépassaient jamais un clément -15 °C, soit une température assez douce, et la nuit, elles descendaient à des profondeurs abyssales, en deçà de -40 °C…
On était lundi, la deuxième semaine de février, et les gens parlaient moins, parce que le vent leur arrachait les paroles de la bouche et les expédiait directement jusqu’au Nebraska. J’avais une image de toutes les déclarations et conversations inachevées du Wyoming, empilées le long des talus jusqu’à ce que la neige les étouffe et qu’elles s’enfoncent dans la terre noire. Peut-être renaissaient-elles au printemps comme les fleurs des champs, mais j’en doutais. »

Au fil de ses aventures, Walt m’émeut chaque fois un peu plus. C’est un homme vieillissant, qui malgré les aléas de la vie, continue à aller de l’avant. Et même si ce n’est pas toujours facile, il se lève tous les jours pour accomplir sa mission.

Craig Johnson est un maître conteur qui, dès les premières phrases, vous captive et vous entraîne à la suite de ses héros jusqu’à la toute fin du récit. J’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman, souvent teinté d’humour, qui m’a encore donné l’occasion d’un très bon moment de détente.
Éditions Gallmeister, 2014

4ème de couv :

Alors que l’hiver s’installe dans le comté le moins peuplé de l’État le moins peuplé des États-Unis, Walt Longmire, son shérif, se voit confier une curieuse mission : celle de mettre la main sur le propriétaire d’un pouce abandonné à la décharge. L’enquête devient rapidement haute en couleur, car Walt se trouve face à deux molosses qui gardent le terrain, à son vieux propriétaire loufoque et à un promoteur immobilier multimillionnaire qui cherche à prendre possession des lieux pour étendre son vaste ensemble de ranchs luxueux. Sans parler d’un jeune couple fleurant bon la marijuana, de la vieille institutrice au charme incontesté, du perroquet dépressif et déplumé et de quelques cadavres qui bientôt viennent compliquer cette affaire.

L’auteur :

Craig Johnson, né le 1er février 1961, est un écrivain américain, auteur de romans policiers, connu pour sa série de romans et de nouvelles consacrés au shérif Walt Longmire.
Avant d’être écrivain, il exerce différents métiers tels que policier à New York, professeur d’université, cow-boy, charpentier, pêcheur professionnel, ainsi que conducteur de camion et il a aussi ramassé des fraises. Tous ces métiers lui ont permis de financer ses déplacements à travers les États Unis, notamment dans les États de l’Ouest jusqu’à s’installer dans le Wyoming où il vit actuellement. Toutes ces expériences professionnelles lui ont servi d’inspiration pour écrire ses livres et donner ensuite une certaine crédibilité à ses personnages.

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