Florent Marotta – Le meurtre d’O’Doul Bridge

Michael Ballanger, coach de vie, s’est exilé aux Etats-Unis, après le drame qui a fait exploser sa famille. Il prodigue à ses clients des conseils de psychologie pour s’épanouir dans leur vie professionnelle ou personnelle. Là-bas, il rencontre un succès grandissant dans sa méthode de coaching. Il a même sa propre émission de radio. Sa méthode : « toujours dire la vérité au client, même si elle est dure à entendre ».

Au sortir d’une consultation, un de ses clients est assassiné, près de l’O’Doul Bridge. Le lendemain, alors qu’il dîne avec un ami, Michael reçoit un coup de fil de la police, demandant à le voir pour « affaire le concernant », sans plus de détails. Il n’accorde pas trop d’importance à cette demande et part  en weekend avec son amie Kim, à son chalet de Shaver Lake où la police vient le chercher, au beau milieu du weekend. Le Lieutenant Larkin, véritable caricature de flic borné, lui reproche de n’avoir pas répondu à la convocation, et d’avoir pris la fuite. Le dernier numéro composé par la victime était justement celui de Michael.
Or, Calvin Tenneson, la victime, était marié à Teagan Robbins-Tenneson, présidente de l’empire pharmaceutique Robbins, ce qui semblerait expliquer le zèle excessif de Larkin.

Michael ne peut donner beaucoup d’informations aux policiers, malgré leur insistance. En consultation, Calvin lui avait dit qu’il souhaitait changer de vie, mais sans donner plus de précisions. Il a été assassiné non loin de Castro Street, le quartier gay de San Francisco, et le jour de son assassinat il conduisait une voiture de location. Ce besoin de discrétion cachait-il une liaison extraconjugale, ou bien une autre, moins avouable ?
 
Par ailleurs, sa fille Karine annonce à Michael qu’elle vient passer quelques jours chez lui à San Francisco. Leurs relations étaient pour le moins distantes depuis le drame. Ce séjour le fragilise psychologiquement, car malgré le bonheur de revoir sa fille, il est très inquiet de l’attitude qu’elle va avoir à son égard, et lui reviennent en mémoire les journées du drame vécu par la famille, dont il fut malgré lui le déclencheur.

 « Mais la réalité était tout autre. On quittait difficilement son confort, ses habitudes. Il se racontait une fable et le savait, mais il s’en foutait. Dans son histoire, il n’y avait pas de morale. »

Michael, agacé par sa mise en cause et par l’attitude de la police, commence à enquêter de son côté avec l’aide de Sean Milgram, journaliste échotier d’une publication de la communauté gay. Avec l’aide de ce journaliste paranoïaque, mais aux multiples ressources, Michael va pouvoir avancer dans ses recherches, et explorer de front plusieurs pistes, du crime homophobe de skinheads nazis, jusqu’au crime crapuleux, impliquant la richissime veuve pas très éplorée.

L’intrigue en elle-même est assez simple et n’offre que peu de rebondissements. L’intérêt réside surtout dans les personnages qui peuplent ce roman. Michael, hanté par son drame passé, ne peut dormir sans l’aide de somnifères à moins de revivre (et nous les vivons avec lui), tous les évènements qui l’ont conduit jusqu’ici. Il y a en lui une réelle ambivalence, il paraît incapable d’appliquer les conseils de vie qu’il prodigue à d’autres. Le Lieutenant Larkin et le détective Kukotch forment un binôme paradoxal : l’un borné, paresseux, raciste, xénophobe et homophobe; l’autre pondéré et plus intuitif, conscient des défauts de son supérieur, mais il doit faire profil bas, hiérarchie oblige. Le journaliste Sean Pilgrim, dont la paranoïa atteint des sommets, apporte un réel plus, de par les éléments qu’il apporte à l’enquête. La présence des deux personnages féminins Karine et Kim est à mes yeux plus anecdotique, et influe peu sur le déroulement de l’histoire.

L’enquête n’est pas facile à mener, car Michael doit évoluer dans le milieu gay, qui demeure assez fermé et méfiant. Marqué à la culotte par le Lieutenant Larkin qui guette la moindre occasion pour le faire plonger, il doit également composer en plus des skinheads, avec des sbires à la solde de la veuve, une femme autoritaire et pleine de morgue, qui a l’habitude que tout le monde plie devant elle.

Les personnages sont attachants, l’écriture est vive, le rythme et l’action ne faiblissent pas. Les retours dans le passé insérés entre les chapitres nous aident à mieux comprendre ce qu’a vécu Michael, et comment il y fait face. Tout est réuni pour nous entraîner à la suite de Michael dans une histoire qui, si elle ne nous réserve pas de coup de théâtre, garde tout de même un attrait certain, et au vu du dénouement, laisse penser à une suite possible.
En somme, un bon roman pour une lecture fort agréable et distrayante.

Éditions Taurnada, Septembre 2017

4ème de couv :

San Francisco, sa baie, son océan, sa population cosmopolite. C’est dans cette ville de l’Ouest américain que Michael Ballanger a décidé de se reconstruire. Loin de sa famille en lambeaux, loin de la France où un tueur en série mit sa vie en miettes. Le coach de vie à succès renaît avec la difficulté qui suit la perte d’un être cher. Mais le voilà mêlé au meurtre d’un notable. Au moment de mourir, l’homme a composé un numéro, le sien. Alors la tourmente l’emporte. Réveillant les douleurs du passé.

 

L’auteur :

Florent Marotta est né dans la Loire en 1976. Après une première carrière sous les drapeaux où il passe successivement de soldat à officier de police judiciaire.
Son amour pour l’écriture le pousse à composer des fictions sous forme de thriller ou de fantasy.
Il est aussi l’auteur de :
Projet T (2012)
L’échiquier d’Howard Gray (2012)
Injection de réalité 2.0 (2013)
Le visage de Satan (2015)

 

Publicités

3 réflexions sur “Florent Marotta – Le meurtre d’O’Doul Bridge

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s