Gaëlle Perrin-Guillet – Soul of London

C’est dans le quartier de Marylebone, à Londres, que nous transporte Gaëlle Perrin-Guillet, en cet hiver de 1892.
Henry Wilkes, inspecteur de police, handicapé depuis qu’il a été renversé par un fiacre, ne peut plus se rendre sur le terrain à cause de sa jambe blessée. Il doit à l’amitié d’Andrew Parker, son chef de service, de ne pas avoir été congédié pour incapacité. Il lui a même attribué un bureau d’où, dans la totale indifférence, voire la moquerie de ses anciens collègues, il s’occupe d’enquêtes mineures.
« Après quelques foulées laborieuses, sa jambe commença à se dégourdir et sa démarche s’en trouva allégée. Henry savait qu’un jour, cette canne dont il ne pouvait pas se passer deviendrait un objet de snobisme plus qu’une jambe de secours. Et ce jour-là, il pourrait renaître. En attendant, il s’obligeait à arpenter les trottoirs. Quand la douleur devenait trop forte, il s’asseyait sous un porche quelques minutes, puis claudiquait jusque chez lui où il s’effondrait dans son lit.  Aujourd’hui, il se sentait bien, prêt à battre le pavé. »

Il a recueilli chez lui Billy Bennett, un orphelin parmi les milliers que compte Londres. Ce jeune garçon, vif et intelligent, l’assiste dans sa vie de tous les jours et dans ses enquêtes. Sa connaissance du terrain, son sens de l’observation, alliés à un coup de crayon très sûr sont pour Wilkes une aide précieuse.
Dans les tunnels du métro, on retrouve des cadavres de chiens affreusement mutilés, le crâne ouvert. Ce dossier jugé secondaire, ne pouvait bien sûr échapper  à Wilkes.

Un soir se présente à sa porte une certaine Alice Pickman, qui vient demander à Wilkes d’enquêter sur le meurtre de sa sœur Emily, infirmière à l’hospice, retrouvée morte dans un quartier mal famé.
Wilkes n’est pas insensible à la détresse d’Alice et, à titre non officiel accepte de se charger de l’enquête. Bennett et lui devront agir en toute discrétion, afin de ne pas ébruiter l’affaire car les habitants de Londres ont encore en mémoire les jours sinistres où Jack l’Éventreur sévissait dans la capitale, et il s’en faudrait de peu que la psychose gagne à nouveau la population.

J’ai trouvé à ce roman le goût suave et sucré des bonbons anglais que j’adore. Il m’a fait penser à l’univers d’Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes. L’ambiance du Londres de l’époque victorienne est très bien rendue. Le duo très improbable que forment l’inspecteur Wilkes et Bennett l’ex-gamin des rues inspire instantanément la sympathie. Les autres personnages, bien dessinés, sont tout à fait dignes d’intérêt, parmi lesquels Alice Pickman pour qui Henry Wilkes semble éprouver une certaine inclination.
« – Tu me prends pour Sherlock Holmes, Billy ? Combien de fois devrai-je te dire que cet homme n’existe pas et que personne ne peut deviner autant de choses rien qu’en regardant des gouttes de pluie sur un pantalon ?
– Alors, comment avez-vous…
Ah ! Je sais ! Vous êtes un fieffé coquin, monsieur! Vous m’avez vu, tout simplement ! »

Au travers de l’intérêt que porte Wilkes au feuilleton publié dans « Le Strand », dont l’auteur est un certain Conan Doyle, j’ai bien aimé le petit clin d’œil à Sherlock Holmes, dont l’ombre tutélaire semble planer au dessus cette histoire.
Le Londres du XIXème siècle, dans lequel évoluent Wilkes et Bennett est plus lisse, moins glauque et sordide que l’on ne pourrait s’y attendre.
Le style et l’écriture sont fluides, d’une élégante simplicité, sans aucune préciosité et d’une extrême justesse de ton.
Le scénario et l’intrigue sont bien structurés, les différents rebondissements bien amenés, jusqu’au twist final, que je n’ai pas su anticiper.
J’ai trouvé la lecture de ce « Soul of London » particulièrement plaisante et, ma foi, je referai bien un bout de chemin en compagnie d’Henry Wilkes et de William Bennett, s’il leur prend l’envie de me convier à leur prochaine enquête.
Un polar au goût « so british », I like it !

Éditions Fleur Sauvage, 2016

4ème de couv :

Londres, 1892. Londres, 1892. Un climat de peur. Un flic qui boîte et un jeune orphelin.
Tous deux face à un meurtre… … dont il ne fallait plus parler.

 

 

 

L’auteure :

La petite quarantaine, vivant sur Lyon, Gaëlle Perrin-Guillet auto-publie deux romans (« Le sourire du diable » et « Au fil des morts ») avant de participer à deux recueils des Auteurs du noir face à la différence (éditions JIGAL et L’atelier Mosésu). Viendra « Haut-le-Choeur », publié aux Éditions Rouge Sang, qui obtint le Prix du Polar 2014 Dora Suarez.
« Soul of London » est sa première publication chez Fleur Sauvage.
« Black past », la deuxième enquête du duo Wilkes-Bennett, est à paraître le 14 février 2018.

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7 réflexions sur “Gaëlle Perrin-Guillet – Soul of London

  1. Mon ami Vincent,
    Moi aussi, j’aime beaucoup les livres « so british » qui nous plongent dans des atmosphères étranges qui n’appartiennent, dirait-on, qu’aux insulaires. Je n’ai encore lu aucun livre de cette auteure et ta chronique donne franchement envie. Je tente de me le procurer. Amitiés. Jean.

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