Leye Adenle – Lagos Lady

Guy Collins, ancien avocat reconverti au journalisme, est envoyé par sa rédaction à Lagos, Nigéria, pour couvrir les élections. Pour sa première soirée en ville, il décide de sortir sans son « fixeur*», pour s’imprégner de l’ambiance de Lagos. Devant le « Ronnie’s », la boîte où il se trouvait, le corps d’une jeune femme, les seins coupés, est balancé dans un caniveau. Faisant peu de cas de son statut de journaliste, les policiers l’embarquent pour interrogatoire, bien qu’il n’y ait aucune preuve le reliant à ce crime.
* fixeur : selon Wikipedia, dans une région à risque ou connaissant des troubles, une personne du cru faisant office à la fois d’interprète, de guide, d’aide de camp pour un journaliste étranger.

« Il m’avait même juré que les flics prêtaient leurs armes et leurs uniformes à des braqueurs. Ce qui m’avait paru assez déconcertant. Je ne pouvais pas m’empêcher de plaindre tous ces gens autour de moi, qui avaient tout aussi peur de la police que des tueurs. »

Guy s’est présenté comme  reporter à la BBC, alors qu’il est journaliste pour une chaîne d’info sur Internet. Il se demande comment il va se tirer de ce guêpier, quand Amaka, une belle Nigériane qui est devenue pour les prostituées une avocate respectée, intervient pour le sortir de prison. Croyant à son statut de journaliste pour un média de grande diffusion, elle désire que Guy fasse un reportage sur la réalité du monde sordide où elle vit.

Tout ce que veut Amaka c’est que les femmes dont elle s’occupe restent en sécurité, autant que possible. Parfois, simplement les garder en vie est le mieux qu’elle puisse espérer pour elles. Pour les protéger, elle a établi un réseau secret de contacts et une base de données des clients des prostituées.

« Elle aurait tant voulu pouvoir les convaincre de ne plus faire ce métier, mais c’était un rêve illusoire et fugace, qu’elle se refusait à considérer trop longtemps. Qu’auraient-elles fait, alors ? Elles seraient mortes de faim ? Elles seraient devenues des domestiques, violées par leurs patrons ? Des mendiantes, dans la rue, violées par les types du quartier ? Elle connaissait ces filles, ces femmes. Elle comprenait leur monde. Pour elles, la prostitution n’était pas un choix – c’était une absence de choix. »

Dans le sillage d’Amaka, Guy va se trouver entraîné dans un monde de violence. D’un côté les petits malfrats, gosses des rues grandis dans la misère des bidonvilles, et de l’autre les habitants du quartier chic de Victoria Island : notables, politiciens, hommes d’affaires menant grand train, et policiers corrompus.
Le « juju », la sorcellerie n’est jamais bien loin. Ces seins coupés auraient pu servir de matière à quelque rituel d’envoûtement ou de puissance.

« -Chaque fois qu’y a des élections, c’est comme ça, a-t-il déclaré. On retrouve toujours des cadavres. Ils retirent les yeux, la langue, même les parties intimes. Même, parfois, ils rasent les poils des parties intimes. Chaque élection, c’était comme ça que ça se passe. »

Le mode de narration alterne entre la première personne (Guy), et la troisième personne pour les autres protagonistes de l’histoire. Les chapitres sont courts et contribuent à donner au récit un tempo très alerte, et un suspense savamment entretenu.

La trame dramatique de l’histoire et le scénario sont de bonne tenue. Si les personnages sont bruts et de ce fait très convaincants, j’ai regretté que la personnalité d’Amaka n’ait pas été plus développée, elle est quand même le personnage central de l’intrigue. Le personnage de Guy n’a pas de réelle épaisseur, préoccupé par son attirance pour Amaka, il ne prend pas la mesure du monde qui l’entoure.

Ce roman est plein d’enseignements sur le côté sombre de la vie dans cette ville de Lagos, monstrueuse mégalopole aux vingt millions de têtes. La prostitution, les vols, les violences et les meurtres rituels sur fond de sorcellerie font tristement partie du paysage quotidien.
Sans misérabilisme, ni manichéisme, l’auteur dresse un portrait tout à fait effrayant, qui nous présente Lagos sans fard ni artifices, dans toute sa vérité. Une ville rien moins qu’inhospitalière, où les taux de criminalité sont parmi les plus élevés du continent.

Leye Adenle, à la croisée du Sud-Africain Roger Smith et de Quentin Tarantino, nous gratifie d’un trépidant thriller Africain plus noir que noir. S’achevant sur un dénouement qui n’en est pas réellement un, il nous donne à penser à une possible suite à cette histoire.

Une agréable lecture que ce premier roman. J’attends de voir la suite.
Éditions Métailié, 2016.

4ème de couv :

Mauvaise idée de sortir seul quand on est blanc et qu’on ne connaît rien ni personne à Lagos ; Guy Collins l’apprend à ses dépens, juste devant le Ronnie’s, où il découvre avec la foule effarée le corps d’une prostituée aux seins coupés. En bon journaliste, il aime les scoops, mais celui-là risque bien de lui coûter cher : la police l’embarque et le boucle dans une cellule surpeuplée, en attendant de statuer sur son sort.

Le sort, c’est Amaka, une splendide Nigériane, ange gardien des filles de la rue, qui, le prenant pour un reporter de la BBC, lui sauve la mise, à condition qu’il enquête sur cette vague d’assassinats. Entraîné dans une sombre histoire de juju, la sorcellerie du cru, notre journaliste à la manque se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère, tandis qu’Amaka mène la danse en épatante femme d’action au milieu des notables pervers.

Hôtels chics, bars de seconde zone, jungle, bordels, embouteillages et planques en tout genre, Lagos bouillonne nuit et jour dans la frénésie highlife ; les riches font tinter des coupes de champagne sur Victoria Island pendant que les pauvres s’entretuent à l’arme lourde dans les bas quartiers.

L’auteur :

Leye Adenle est né au Nigéria en 1975. Il est considéré par sa famille comme la réincarnation de son grand-père, principal de collège, écrivain, et roi des Oshogbos. Il est titulaire d’un diplôme en économie de l’université d’Ibadan (Nigéria) et d’un master en technologies de l’information de l’université East London. Il vit désormais à Londres où il travaille comme chef de projet et, à l’occasion, acteur. Lagos Lady est son premier roman.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.