José Luis Muñoz – Los perros (En espagnol)

Depuis un certain temps, l’envie me démangeait de lire dans ma langue maternelle, un peu oubliée avec les années. L’occasion d’une rencontre avec José Luis Muñoz dans le cadre des « Vendanges du polar », à Lisle sur Tarn, m’a incité à sauter le pas.
Je vous livre ici mon avis de lecture :

Ce roman de José Luis Muñoz nous transporte dans l’Afrique du Sud des années 1980, qui vit sous la férule de Pieter Botha, défenseur inconditionnel de la ségrégation raciale et de la suprématie de la race blanche, un régime d’apparence démocratique mais où le vote des noirs n’était pas reconnu.
Dès les premières lignes, on est plongé dans une ambiance de menace latente, de violence et de répression, exacerbée par le climat humide et chaud qui plombe le pays.

« Los diarios hablaban de dos blancos que habían aparecido muertos cuando su coche se quedó sin carburante en una zona desértica de Limpopo, y de un número indeterminado de negros que habían perecido por deshidratación en una aldea de Kimberley. »
(Les journaux parlaient de deux blancs qui avaient été retrouvés morts lorsque leur véhicule s’était retrouvé en panne d’essence dans une zone désertique de Limpopo, et d’un nombre indéterminé de noirs qui étaient morts de déshydratation dans une ferme de Kimberley)
« Durante unos meses llovería sin cesar, pero sin que el calor amainara ni diera tregua, comenzaba un ciclo endemoniado de agua que caía a torrentes y con la misma velocidad se evaporaba, formando nubes que volvían a descargar, y así hasta el infinito. »
(Pendant quelques mois il pleuvrait sans interruption, sans que la chaleur sans que la chaleur ne cesse ni laisse de répit, commençait un cycle endiablé d’eau qui tombait à torrents et avec la même vitesse s’évaporait en formant des nuages qui se déversaient à nouveau, et ainsi jusqu’à l’infini.)

Paul Duncan est un colon blanc, propriétaire d’une conserverie de cœurs de palmier. Raciste et alcoolique, il partage son temps entre son travail, la chasse et la boisson.  Marié à Kate ils forment un couple où l’amour a cédé la place à la routine. Un soir, le jeune Roger, leur fils, ne rentre pas à la maison. Pourtant il a bien pris le car de ramassage et a été déposé à l’arrêt de bus, non loin de sa maison. Les recherches entreprises ne donneront aucun résultat, jusqu’à ce que la police convoque Paul Duncan pour lui demander de venir identifier le corps de son fils. La nature des blessures laisse à penser que le garçon a été renversé par un chauffard.

“Es de fe, y yo Damballah lo digo, que la maldición del padre, y también de la madre, destruye, seca y abrasa de raíz hijos y casa”.
(Il est de règle, et moi Damballah je le dis, que la malédiction du père et aussi de la mère, détruit, assèche et brûle jusqu’aux racines les fils et la maison.)

Cette inscription mystérieuse et inquiétante, découverte dans la maison par Paul Duncan, lui fait penser que la mort de son fils n’est peut-être pas accidentelle, mais une vengeance à son encontre. Pour quelle raison Makeba, la servante noire, a-t-elle quitté leur service quelque temps auparavant ?
A partir de là, la trame de l’histoire se développe en un mécanisme bien réglé, puisant aux sources de la peur, de la haine, de la vengeance, de la solitude et de la fatalité.
Un scénario concis et précis qui ne laisse pas de répit au lecteur, le prend à la gorge et l’emprisonne dans les rets de l’intrigue, d’où il ne pourra s’échapper avant le dénouement.
Ce message de Damballah(1) en forme de présage, se répète comme un esprit vengeur du début à la fin du livre en une funeste malédiction qui ne laisse guère de place au doute. Et en contrepoint, la voix suave de Nat King Cole qui chante « Quizas, quizas, quizas », un boléro fait de mièvres lamentations,  un îlot de douceur au milieu de cet océan de domination, de haine, de violence et de mort.

José Luis Muñoz dresse dans ce roman le panorama humain et social d’un pays divisé par une politique raciste. Il souligne la condition difficile de l’homme noir sous l’apartheid, mais plus difficile encore est la condition de la femme noire, reléguée à un niveau encore inférieur.

En plus de la puissance des personnages et de l’histoire, j’ai apprécié la manière utilisée pour construire son récit, l’économie de personnages, la continuité dans le rythme, de la première à la dernière page. Et pour finir, l’incursion des termites et des deux chiens Tony et Rinky, comme protagonistes déterminants de ce drame.

Ce roman, où cohabitent les colons blancs dominateurs et racistes et les noirs exploités par ces mêmes colons, est nourri aux classiques du genre noir. Les éléments de fiction et historiques se confondent avec des superstitions ancestrales et le genre policier se marie avec le fantastique.

Un roman court, mais prenant, qui me donne envie d’aller plus loin dans la découverte de cet auteur.
Je ne sais pas si une traduction française est prévue… Je l’espère…
Canalla Ediciones, 2017

Nota : Les traductions des passages en espagnol sont de ma responsabilité. J’espère votre indulgence.

Note :
(1) : Damballah est le nom du Dieu serpent, une figure de la mythologie Vaudou.

4ème de couv :

África del Sur, durante los tiempos del apartheid, una etapa convulsa en la que los asesinatos y la violencia sexual están a la orden del día. Gobierna el país Pieter Botha, el gran cocodrilo, con mano de hierro. Bajo este ambiente sofocante y tenso sitúa José Luis Muñoz la historia de Paul Duncan, un colono blanco dueño de una fábrica de palmitos en lata que emplea trabajadoras de la etnia xhosa, un personaje elemental cuyas aficiones se reducen al fútbol, la caza, el whisky y la cerveza. Para él, como para la mayoría de los blancos de su país, la vida de un negro no vale ni un rand. La molicie de su vida y la de su familia se verá alterada bruscamente por un hecho de su pasado que le pasará factura.
(Afrique du Sud, au temps de l’apartheid, une époque troublée pendant laquelle les assassinats et la violence sexuelle sont quotidiennes. Pieter Botha « le grand crocodile », gouverne le pays d’une main de fer. Jose Luis Muñoz situe dans cette ambiance suffocante et tendue l’histoire de Paul Duncan, un colon blanc propriétaire d’une conserverie de cœurs de palmier qui emploie des ouvrières de l’ethnie xhosa. C’est un caractère primaire dont les passions se réduisent au football, à la chasse, au whisky et à la bière. Pour lui, comme pour la majorité des blancs de son pays, la vie d’un noir ne vaut pas un rand. La tranquillité de sa vie et celle de sa famille se verront brusquement perturbées par un épisode de son passé qui revient à la surface.)

L’auteur :

José Luis Muñoz, né à Salamanque en 1951) est  un des vétérans du roman noir espagnol avec plus de 40 titres à son actif, (parmi lesquels La Dernière Enquête de l’inspecteur Rodriguez Pachon (2008), Babylone Vegas(2010) et La Frontière sud ) (2015 . Il a reçu plusieurs prix littéraires, tels les prix Azorín, Tigre Juan, Café Gijón, La Sonrisa Vertical, Camilo José Cela et Ignacio Aldecoa. Il étudie la philologie romane à l’université de Barcelone et, dès cette époque, adhère à des organisations anti-franquistes.
Bien qu’il ait écrit des récits fantastiques, érotiques et historiques, il est surtout connu pour ses romans policiers et, à ce titre, est l’un des représentants importants du genre en Espagne.
Il publie depuis plusieurs années des articles d’opinion dans divers journaux espagnols et à l’étranger et donne régulièrement des conférences dans des universités d’Amérique du Sud. Il est aussi un habitué du festival de la Semaine Noire de Gijón organisé par l’écrivain hispano-mexicain Paco Ignacio Taibo II.
José Luis Muñoz vit depuis de nombreuses années à Barcelone, où il se consacre à l’écriture et à diverses activités journalistiques.

Publicités

Sophia Mavroudis – Stavros

Stavros Nikopolidis est commissaire de police à Athènes. Dix ans auparavant, avant les Jeux Olympiques, un archéologue avait été retrouvé égorgé sur le chantier du métro, où sa propre femme Elena était responsable des fouilles. Le morceau de frise du Parthénon qui avait été découvert a disparu, ainsi qu’Elena, dont le corps n’a jamais été retrouvé.

« Il y a dix ans, ce fut un choc pour tous. Les archéologues ne s’étaient pas remis d’avoir touché du doigt ce trésor national qui leur aurait permis de relancer les revendications en vue d’une restitution à la Grèce des frises du Parthénon du British Museum. La police et les services de sécurité avaient échoué à garantir une sécurité irréprochable avant les jeux olympiques. Les hommes politiques de tous bords étaient voués aux gémonies pour avoir transformé la Grèce en pays mafieux. Et lui, Stavros, était hanté par le souvenir de sa jeune femme décédée. »

Stavros avait remué ciel et terre pour boucler son enquête, frappant à toutes les portes, ne ménageant ni sa hiérarchie ni les politiques, tant et si bien qu’il fut mis au placard et déchargé des enquêtes sur le terrain.
Depuis lors, il traîne sa grande carcasse entre l’Hôtel de police, le petit restaurant où il a ses habitudes gourmandes, et le bar de  son amie Matoula pour jouer au tavli, ancêtre du backgammon et présent dans tous les cafés de la péninsule.
Mais aujourd’hui, un appel du service vient rompre l’habituelle monotonie de ses journées : quasiment au même endroit qu’il y a dix ans, un archéologue a été découvert assassiné et un morceau de frise a disparu. Dans la main de la victime, une pièce de monnaie frappée de la chouette, l’oiseau symbole d’Athéna.

Pour Stavros, c’est clair : Le symbole d’Athéna est un message laissé à son intention, de la part de Rodolphe, le meurtrier qui leur a échappé il y a dix ans. Son patron lui confie l’enquête, avec réticence, et lui impose certains officiers qui ne font pas partie de son équipe habituelle, peut-être comme un moyen de le contrôler.  Malgré tout, Stavros obtient quand même qu’on lui attribue les trois officiers en qui il a une confiance absolue : Dora, grande jeune femme qui se bat comme un homme, experte en krav-maga, Eugène l’expert en informatique et hacker occasionnel, et Nikos l’albanais.

Ils vont se lancer à fond dans cette enquête, de manière irréfléchie en ce qui concerne Stavros, ce qui lui vaudra quelques déconvenues, son adversaire Rodolphe ayant toujours un coup d’avance sur lui.
Malgré tout, après maintes péripéties et retournements de situation, Stavros et son équipe finiront par démêler l’écheveau de l’intrigue, nous réservant un dénouement surprenant.

« Après la guerre civile, les deux frères se croisaient rarement et n’avaient pas grand-chose à se dire. Dans leurs yeux, même après tant d’années, Stavros lisait la lassitude des combats idéologiques et la tristesse de fossés infranchissables tant ils avaient été abyssaux. Leurs amis avaient succombé et la rancune était tenace, même sur fond de démocratie. Stavros avait longtemps espéré que la crise actuelle et les difficultés traversées par la famille atténueraient ces souffrances. Loin s’en faut. La spirale de l’histoire grecque porte en elle ses blessures et ses cicatrices comme un fardeau qui continue de broyer ses propres enfants, inexorablement. »

Stavros, qui fut un grand flic, s’étiole dans une quasi-inactivité. Il a reçu en héritage les séquelles de la dictature des colonels. Son père a été emprisonné et torturé. Stavros a beaucoup souffert d’avoir passé son enfance auprès de cet homme traumatisé et psychologiquement absent. Il s’interroge sur sa capacité à être lui-même un bon père. Son supérieur est également un personnage intéressant : issu de la bonne société, féru d’arts et de poésie, il paraît déplacé dans le paysage d’un hôtel de police.

La narration est alerte et plaisante, émaillée de références à la cuisine, aux traditions et aux coutumes  grecques, ponctuée de citations de poètes ou de philosophes grecs.

Ce roman, aux allures de tragédie grecque (évidemment !) nous brosse le portrait d’un pays, qui à peine sorti de la dictature, a été frappé par la crise économique et l’austérité qui a été imposée à son peuple. L’austérité a généré son lot de corruption et de clientélisme dans toutes les sphères du pouvoir. Elle a favorisé également la résurgence de partis extrémistes, comme le mouvement d’extrême droite Aube dorée. La Grèce est ainsi devenue la terre d’élection de toutes les mafias, russes et balkaniques, qui pillent sans vergogne son patrimoine artistique et historique.

On sent à travers les mots tout l’amour que l’auteure porte à la Grèce, et son désespoir de voir ce qu’il est advenu de ce pays, berceau de la civilisation européenne et occidentale,  qui se trouve maintenant au bord de l’abîme.

Un premier roman tout à fait réussi, qui a le mérite de nous montrer le vrai visage d’une Grèce à bout de souffle et de forces, bien éloignée du décor glacé des cartes postales.
Éditions Jigal, 2018.

4ème de couv :

Athènes, à l’aube… Un morceau de la frise du Parthénon a disparu et le cadavre d’un archéologue gît au pied de l’Acropole. Le passé du commissaire Stavros Nikopolidis vient de ressurgir violemment ! En effet, quelques années auparavant, sa femme Elena – alors responsable des fouilles archéologiques – disparaissait mystérieusement au même endroit. Depuis, Stavros n’est plus que l’ombre de lui-même… Mais aujourd’hui les signes sont là. Rodolphe, le probable meurtrier, son ennemi de toujours, est revenu… Stavros, véritable électron libre, impulsif, joueur invétéré de tavli et buveur impénitent, n’a plus que la vengeance en tête ! Flanqué de ses plus fidèles collègues – Dora, ancienne des forces spéciales, Eugène le hacker et Nikos l’Albanais –, soutenu par son amie Matoula, tenancière de bar au passé obscur, et malgré l’étrange inspecteur Livanos, Stavros va enfin faire sortir de l’ombre ceux qui depuis tant d’années pourrissent sa ville ! Mais la vie révèle parfois bien des surprises…

L’auteure :

Sophia Mavroudis est gréco-française. Elle est née en 1965 au Maroc et a grandi en Grèce. Elle en a gardé le goût immodéré des cieux bleus, des oliviers et des cyprès de ma Méditerranée. Docteur en sciences politiques, elle a enseigné les relations internationales et a travaillé dans la haute fonction publique et internationale. Après avoir arpenté pendant des années les zones de conflits en Europe et dans ses confins, passionnée de lecture d’écriture et de musique depuis l’enfance, elle plonge désormais de l’autre côté de l’Histoire, dans l’intimité des personnages et des sociétés. Stavros est son premier roman.
(Source : Éditions Jigal)

Fernando Aramburu – Patria

Ce jour même ou l’ETA annonce la fin de la lutte armée, Bittori se rend au cimetière sur la tombe de Txato, son mari. Ce chef d’entreprise sans histoire, assassiné par l’ETA pour avoir refusé d’être racketté, sous couvert d’impôt révolutionnaire. De puis sa mort, elle a l’habitude de venir sur sa tombe pour lui faire part des dernières nouvelles. Aujourd’hui elle a pris la décision de retourner dans leur village, près de San Sebastián.

Au village, les victimes sont une présence gênante. Celle qui ressent le plus cette gêne est Mirén. Son mari et Txato étaient de grands amis, compagnons de bar et de cyclisme, Mirén et Bittori pratiquement inséparables. Quand l’ETA révéla que Txato refusait de payer « l’impôt révolutionnaire », l’entrepreneur perdit toute relation avec ses voisins et amis de toujours et le ressentiment et la haine s’installèrent.

« Pourquoi je me comporte de cette façon ?
— Par lâcheté.
— Exact. Parce que je suis aussi lâche que lui, comme tant d’autres qui, en ce moment, dans mon village, doivent se dire tout bas pour qu’on ne les entende pas : c’est de la barbarie, une effusion de sang inutile, ce n’est pas ainsi que l’on construit une patrie. Mais personne ne va remuer le petit doigt. À cette heure, on a déjà dû nettoyer la rue au jet d’eau pour effacer toute trace du crime, et demain il y aura des murmures en suspens, mais le fond de l’air restera pareil. Les gens se rendront à la manifestation suivante en faveur de l’ETA, sachant qu’il faut se montrer dans le troupeau. C’est le tribut à payer pour vivre tranquille au pays des taiseux. »

S’étalant sur plus de 600 pages , ce roman de Fernando Aramburu, nous relate l’histoire de deux familles, séparées par le conflit fratricide du pays basque, tout au long de 30 ans. Cette guerre, « au nom d’une patrie où une poignée de gens armés, avec le soutien honteux d’un secteur de la société, choisissent qui appartient à cette patrie et qui doit l’abandonner ou disparaître ».

Il nous brosse le portrait d’une société peuplée de personnages qui nous apparaissent dans toute leur humanité et leurs contradictions. Faits de chair et de sang, ils ont leurs qualités et leurs défauts.
Les personnages féminins, Bittori, Mirén et à un degré moindre Aránzazu et Arantxa se détachent par leur force et l’affirmation de leur caractère. Joxe Mari, Xabier et Gorka, les personnages masculins sont un peu en retrait.

 « L’ETA doit agir sans interruption. Il n’a pas le choix. Il y a belle lurette qu’il est tombé dans l’automatisme de l’activisme aveugle. S’il ne fait pas de mal, il n’est pas, il n’existe pas, il n’a plus aucun rôle. Cette façon mafieuse de fonctionner dépasse la volonté de ses membres. Même ses chefs ne peuvent s’y soustraire. Oui, d’accord, ils prennent des décisions, mais c’est l’apparence. Ils ne peuvent en aucun cas ne pas les prendre, car une fois que la machine de la terreur est lancée, rien ne peut plus l’arrêter. Tu comprends ? »

Dans ce long roman, magnifiquement écrit, l’auteur intègre de judicieuses stratégies narratives : de nombreux courts chapitres allègent et stimulent la lecture. Le temps de la narration s’affranchit de l’ordre chronologique pour s’adapter au chaos de l’Histoire.

Il donne la parole à toutes les voix présentes dans le conflit. Indépendamment des causes défendues ou de toute considération morale, chacun a sa part de souffrance. En exposant les points de vue diamétralement opposés de chacun, il nous permet de voir les divergences entre ces deux visions de la réalité. Il renvoie les deux parties dos à dos, sans nous obliger à prendre parti, ni substituer au récit un message politique.
« on ne peut ignorer que ceux qui devraient me demander pardon attendent aussi que d’autres leur demandent pardon ».

Aramburu décrit un cercle vicieux d’extorsion et de violence, un comportement presque mafieux pourtant légitimé comme une lutte héroïque, encouragé par la tiédeur, quand ce n’est pas le soutien, des représentants des institutions.
Il raconte, d’abord le processus d’exclusion de Txato et de la famille, les conséquences de son assassinat pour sa femme et ses enfants : la dévastation et la volonté de continuer à vivre malgré tout. Il montre aussi les effets du militantisme sur les familles des membres de l’ETA : le refus de la violence pour Arantxa, la radicalisation de Mirén, les visites à la prison…

A la fin du roman, admirable, reste le sentiment d’avoir abordé des questions d’envergure. « Patria » qui nous immerge dans la société basque, avec ses dissensions et ses aspirations différentes. Peuplé de personnages vrais et humains, nul n’est sorti indemne de ce conflit, dans l’un ou l’autre camp.
« Nous sommes victimes de l’État et maintenant nous sommes victimes des victimes. On est coincés de partout. »
Ce que nous propose Aramburu dans cet extraordinaire roman est le regard individuel nuancé et humaniste d’un écrivain maître de son art capable, sans manichéisme, de nous expliquer la complexité d’un conflit sans tomber dans l’indifférence.
Un grand roman, tout simplement.
Éditions Actes Sud, 2018 

4ème de couv :

Lâchée à l’entrée du cimetière par le bus de la ligne 9, Bittori remonte la travée centrale, haletant sous un épais manteau noir, bien trop chaud pour la saison. Afficher des couleurs serait manquer de respect envers les morts. Parvenue devant la pierre tombale, la voilà prête à annoncer au Txato, son mari défunt, les deux grandes nouvelles du jour : les nationalistes de l’ETA ont décidé de ne plus tuer, et elle de rentrer au village, près de San Sebastián, où a vécu sa famille et où son époux a été assassiné pour avoir tardé à acquitter l’impôt révolutionnaire. Ce même village où habite toujours Miren, l’âme sœur d’autrefois, de l’époque où le fils aîné de celle-ci, activiste incarcéré, n’avait pas encore de sang sur les mains – y compris, peut-être, le sang du Txato. Or le retour de la vieille femme va ébranler l’équilibre de la bourgade, mise en coupe réglée par l’organisation terroriste.
Des années de plomb du post-franquisme jusqu’à la fin de la lutte armée, Patria s’attache au quotidien de deux familles séparées par le conflit fratricide, pour examiner une criminalité à hauteur d’homme, tendre un implacable miroir à ceux qui la pratiquent et à ceux qui la subissent.

L’auteur :

Fernando Aramburu est né à San Sebastián en 1959.
Il est diplômé en philologie hispanique de l’Université de Saragosse.
Depuis 1985, il vit en Allemagne où il donne des cours d’espagnol. En 2009, il abandonne son poste de professeur pour se consacrer entièrement à la création littéraire.
Il est l’auteur de trois récits et de six romans qui ont été distingués par de prestigieux prix littéraires.
Patria a notamment reçu le prix Francisco Umbral et le prix de la Critique 2017.

Leye Adenle – Lagos Lady

Guy Collins, ancien avocat reconverti au journalisme, est envoyé par sa rédaction à Lagos, Nigéria, pour couvrir les élections. Pour sa première soirée en ville, il décide de sortir sans son « fixeur*», pour s’imprégner de l’ambiance de Lagos. Devant le « Ronnie’s », la boîte où il se trouvait, le corps d’une jeune femme, les seins coupés, est balancé dans un caniveau. Faisant peu de cas de son statut de journaliste, les policiers l’embarquent pour interrogatoire, bien qu’il n’y ait aucune preuve le reliant à ce crime.
* fixeur : selon Wikipedia, dans une région à risque ou connaissant des troubles, une personne du cru faisant office à la fois d’interprète, de guide, d’aide de camp pour un journaliste étranger.

« Il m’avait même juré que les flics prêtaient leurs armes et leurs uniformes à des braqueurs. Ce qui m’avait paru assez déconcertant. Je ne pouvais pas m’empêcher de plaindre tous ces gens autour de moi, qui avaient tout aussi peur de la police que des tueurs. »

Guy s’est présenté comme  reporter à la BBC, alors qu’il est journaliste pour une chaîne d’info sur Internet. Il se demande comment il va se tirer de ce guêpier, quand Amaka, une belle Nigériane qui est devenue pour les prostituées une avocate respectée, intervient pour le sortir de prison. Croyant à son statut de journaliste pour un média de grande diffusion, elle désire que Guy fasse un reportage sur la réalité du monde sordide où elle vit.

Tout ce que veut Amaka c’est que les femmes dont elle s’occupe restent en sécurité, autant que possible. Parfois, simplement les garder en vie est le mieux qu’elle puisse espérer pour elles. Pour les protéger, elle a établi un réseau secret de contacts et une base de données des clients des prostituées.

« Elle aurait tant voulu pouvoir les convaincre de ne plus faire ce métier, mais c’était un rêve illusoire et fugace, qu’elle se refusait à considérer trop longtemps. Qu’auraient-elles fait, alors ? Elles seraient mortes de faim ? Elles seraient devenues des domestiques, violées par leurs patrons ? Des mendiantes, dans la rue, violées par les types du quartier ? Elle connaissait ces filles, ces femmes. Elle comprenait leur monde. Pour elles, la prostitution n’était pas un choix – c’était une absence de choix. »

Dans le sillage d’Amaka, Guy va se trouver entraîné dans un monde de violence. D’un côté les petits malfrats, gosses des rues grandis dans la misère des bidonvilles, et de l’autre les habitants du quartier chic de Victoria Island : notables, politiciens, hommes d’affaires menant grand train, et policiers corrompus.
Le « juju », la sorcellerie n’est jamais bien loin. Ces seins coupés auraient pu servir de matière à quelque rituel d’envoûtement ou de puissance.

« -Chaque fois qu’y a des élections, c’est comme ça, a-t-il déclaré. On retrouve toujours des cadavres. Ils retirent les yeux, la langue, même les parties intimes. Même, parfois, ils rasent les poils des parties intimes. Chaque élection, c’était comme ça que ça se passe. »

Le mode de narration alterne entre la première personne (Guy), et la troisième personne pour les autres protagonistes de l’histoire. Les chapitres sont courts et contribuent à donner au récit un tempo très alerte, et un suspense savamment entretenu.

La trame dramatique de l’histoire et le scénario sont de bonne tenue. Si les personnages sont bruts et de ce fait très convaincants, j’ai regretté que la personnalité d’Amaka n’ait pas été plus développée, elle est quand même le personnage central de l’intrigue. Le personnage de Guy n’a pas de réelle épaisseur, préoccupé par son attirance pour Amaka, il ne prend pas la mesure du monde qui l’entoure.

Ce roman est plein d’enseignements sur le côté sombre de la vie dans cette ville de Lagos, monstrueuse mégalopole aux vingt millions de têtes. La prostitution, les vols, les violences et les meurtres rituels sur fond de sorcellerie font tristement partie du paysage quotidien.
Sans misérabilisme, ni manichéisme, l’auteur dresse un portrait tout à fait effrayant, qui nous présente Lagos sans fard ni artifices, dans toute sa vérité. Une ville rien moins qu’inhospitalière, où les taux de criminalité sont parmi les plus élevés du continent.

Leye Adenle, à la croisée du Sud-Africain Roger Smith et de Quentin Tarantino, nous gratifie d’un trépidant thriller Africain plus noir que noir. S’achevant sur un dénouement qui n’en est pas réellement un, il nous donne à penser à une possible suite à cette histoire.

Une agréable lecture que ce premier roman. J’attends de voir la suite.
Éditions Métailié, 2016.

4ème de couv :

Mauvaise idée de sortir seul quand on est blanc et qu’on ne connaît rien ni personne à Lagos ; Guy Collins l’apprend à ses dépens, juste devant le Ronnie’s, où il découvre avec la foule effarée le corps d’une prostituée aux seins coupés. En bon journaliste, il aime les scoops, mais celui-là risque bien de lui coûter cher : la police l’embarque et le boucle dans une cellule surpeuplée, en attendant de statuer sur son sort.

Le sort, c’est Amaka, une splendide Nigériane, ange gardien des filles de la rue, qui, le prenant pour un reporter de la BBC, lui sauve la mise, à condition qu’il enquête sur cette vague d’assassinats. Entraîné dans une sombre histoire de juju, la sorcellerie du cru, notre journaliste à la manque se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère, tandis qu’Amaka mène la danse en épatante femme d’action au milieu des notables pervers.

Hôtels chics, bars de seconde zone, jungle, bordels, embouteillages et planques en tout genre, Lagos bouillonne nuit et jour dans la frénésie highlife ; les riches font tinter des coupes de champagne sur Victoria Island pendant que les pauvres s’entretuent à l’arme lourde dans les bas quartiers.

L’auteur :

Leye Adenle est né au Nigéria en 1975. Il est considéré par sa famille comme la réincarnation de son grand-père, principal de collège, écrivain, et roi des Oshogbos. Il est titulaire d’un diplôme en économie de l’université d’Ibadan (Nigéria) et d’un master en technologies de l’information de l’université East London. Il vit désormais à Londres où il travaille comme chef de projet et, à l’occasion, acteur. Lagos Lady est son premier roman.

Marie Talvat et Alex Laloue – Comme des bleus

Pauline Raumann est une jeune femme un tantinet perturbée. Jeune journaliste au Baromètre, un journal en ligne d’info à sensation, elle a tendance à boire un peu trop et collectionne les aventures amoureuses sans lendemain. Dans ses moments de grande déprime, elle tient des conversations avec son père, décédé depuis un peu plus d’un an. Un matin, en rentrant à son appartement, elle voit la porte de sa voisine barrée par deux rubans adhésifs rouges de scellés judicaires, et placardée sur la porte une fiche : « Affaire contre : inconnu – Motif : homicide. »
Adèle Gallardo a été sauvagement assassinée, éventrée, et le fœtus de 4 mois qu’elle portait jeté dans la cuvette des WC.
Arsène Galien, dit Lupin est chargé de l’enquête de voisinage par son chef de groupe le Commandant Haribo, alias Dragibus. Lors de son premier entretien avec Pauline, le courant passe immédiatement entre eux, et cette attirance qu’ils éprouvent l’un pour l’autre ne tardera pas à les conduire au lit. Coucher avec son témoin, ce n’est pas très professionnel, d’autant plus que le dit témoin est une journaliste d’un canard à scandale.
Ce roman est écrit à quatre mains, une alternance de chapitres sobrement intitulés « elle » et « lui », nous racontant l’histoire du point de vue de Pauline et d’Arsène. Cette alternance donne au récit une réelle vivacité.
On s’identifie sans peine à nos deux héros, psychologiquement bien dessinés. Les autres personnages sont également traités avec beaucoup de soin.
Le style est fluide et enlevé, d’une lecture facile, avec pas mal de touches d’humour. Les dialogues entre les membres de l’équipe de flics qui se vannent, permettent d’atténuer un peu la noirceur de ce qu’ils vivent au quotidien. La narration est suffisamment rythmée, l’intrigue bien ficelée, avec assez de rebondissements pour nous tenir en haleine jusqu’au dénouement, pour le moins inattendu.

« Partir aux Batignolles, c’est quitter de la moisissure pour des surfaces qui brillent, c’est quitter le XIXème siècle pour le XXIème. Partir du 36, c’est quitter cette femme que l’on aime depuis vingt ans pour une bimbo de banlieue. Quitter le 36 c’est, la mort dans l’âme, fermer la porte sur l’histoire pour en écrire une nouvelle, avec ce doute persistant : sera-t-elle aussi intense ? »

Entre ces lignes on sent poindre la nostalgie des flics qui vont être amenés à quitter le 36, Quai des orfèvres, siège historique de la P.J. pour déménager aux Batignolles.
Malgré le sujet difficile, j’ai trouvé beaucoup de fraîcheur dans ce premier roman, un très bon moment de lecture détente, signé par un duo d’auteurs prometteurs.
Et un livre de plus à mettre dans la valise pour les vacances !

Éditions Sang Neuf, 2018

4ème de couv :

Paris, novembre 2016. Le sordide assassinat d’une femme enceinte secoue l’opinion publique. La Crim’ est sous pression. Il faut dire que tous les ingrédients du scandale sont réunis : une victime, fille d’un ténor du barreau, des élections qui approchent à grand pas et une presse qui se déchaîne.

Dernière recrue du groupe chargé de l’enquête, Arsène Galien est tout de suite plongé dans le grand bain. Entre doute et excès de zèle, il compte bien profiter de cette affaire pour gagner la confiance de ses supérieurs. Quant à Pauline Raumann, jeune journaliste voisine de la victime, elle se serait bien passée d’être mêlée à cette enquête, qui fait ressurgir en elle des démons oubliés.

Reflets d’une génération en quête de sens, les deux novices ont des idéaux et des incertitudes plein la tête. Alors qu’une irrésistible attraction les pousse toujours plus près l’un de l’autre. Ils vont finir par se laisser emporter par une affaire hors du commun, à la poursuite du pire des tueurs.

Les auteurs :
Marie Talvat et Alex Laloue ont tous deux vingt-huit ans. Couple à la ville comme à la plume, « Comme des bleus » est leur premier roman. Alex est policier au sein de la prestigieuse police judiciaire parisienne. Marie, quant à elle, s’est fait connaître par sa chaîne Youtube « L’instant inutile » après des études de journalisme.

James Lee Burke – Déposer glaive et bouclier

Hackberry Holland est avocat, jeune vétéran de la guerre de Corée. Il a vécu la traumatisante expérience des camps de prisonniers chinois, pendant près de 3 ans. Il souffre de cauchemars et de flashbacks auxquels il remédie par une consommation importante d’alcool.
A la tête d’une confortable fortune personnelle que lui rapportent les puits de gaz naturel hérités de sa famille, il refuse de faire ce que sa famille attend de lui, n’en fait qu’à sa tête et brûle la chandelle par les deux bouts.

Ses proches se sont mis en tête de le présenter à l’investiture au Congrès, le contraignant à honorer de sa présence d’interminables cocktails, des réunions avec des donateurs et de et jouer la comédie du mariage heureux avec son épouse Verisa, glaciale et ambitieuse.

« Je plaisais à leurs femmes car j’étais un jeune avocat prospère, bel homme, bronzé à force de jouer au tennis dans les clubs à la mode, et capable de prendre sur moi pour faire tinter mes glaçons dans mon verre en affichant un air tranquille et agréable pendant qu’elles me confiaient les problèmes sans importance de leur vie insipide (exercice pour lequel je m’imposais une autodiscipline très stricte, sachant toujours m’excuser et m’éloigner avant que ma rigidité intérieure ne s’écroule). »

Quand un ancien compagnon d’armes l’appelle de sa prison, après avoir été arrêté alors qu’il manifestait avec d’autres travailleurs mexicains près de la frontière, Hack laisse tout tomber pour lui venir en aide. Ce sera pour lui comme une renaissance. A ce propos, le titre du livre est évocateur : c’est pour lui le désir de faire table rase du passé, de déposer son fardeau, pour vivre enfin sa nouvelle vie.

Il se rend donc au Texas, auprès du Syndicat des Travailleurs Agricoles, où il fait la rencontre de la responsable Rie Velasquez, et va trouver l’amour de la manière la plus inattendue qui soit. Dans la confusion qui règne, il se retrouve bientôt à faire le piquet de grève, fortement alcoolisé, ce qui lui vaut de se faire rosser par un shérif local, et passer une nuit en cellule.

Il traîne un certain sentiment de culpabilité, qui peut expliquer sa tendance à se mettre dans des situations impossibles. Alors qu’il était en captivité, il a été épargné et forcé d’assister à la mort des autres. Parfois il regrettait d’être demeuré parmi les vivants et de ne pas avoir rejoint les morts.
Les épreuves vécues pendant sa longue captivité en Corée, largement relatées dans le roman, sont terribles. Ces séquences descriptives ralentissent un peu le cours de la narration, qui reste malgré tout assez fluide dans son ensemble.

C’était pour moi une curiosité que de découvrir cette œuvre de jeunesse de James Lee Burke. Ce titre, 3ème roman de l’auteur, est sorti en 1971, presque deux décennies avant le premier tome de la saga de Robicheaux. On y trouve déjà le style de James Lee Burke, son talent pour imaginer des histoires, créer des personnages tourmentés, et les placer ensuite dans un environnement hostile. Son héros, Hackberry Holland montre une personnalité assez binaire.  Vingt ans plus tard, arrivé à maturité, l’auteur donnera naissance à Dave Robicheaux, à la personnalité beaucoup plus complexe et nuancée.

Le contexte historique a également son importance : situé dans le Texas, dans le contexte des luttes syndicales, et pour les droits civiques. On a du mal à croire qu’il y a si peu de temps les inégalités étaient encore si importantes, et le racisme aussi présent dans ces états du sud. Ces vieux démons reprendraient même une certaine vigueur dans l’Amérique de Trump.
Pour conclure, je dirais que c’est un bon roman, pas inoubliable. Mais pour moi, inconditionnel de James Lee Burke, il eût été inconcevable de passer à côté. A vous de vous faire votre propre opinion…
Éditions Rivages, 2013


Et pour le plaisir:

 

4ème de couv :
Début des années 1970, Texas. Le combat pour les droits civiques paraît toucher à sa fin. Hack Holland a, semble-t-il, tout pour lui : étoile montante de la vie politique texane, il n’a qu’à serrer des mains, récolter de l’argent, à seule charge pour lui de présenter une image impeccable. Mais cet ancien prisonnier, traumatisé par la guerre de Corée, est marié à une femme glaciale et boit trop. Lorsqu’un vieux camarade de l’armée l’appelle depuis la prison où il a échoué, Hack décide de ne pas le laisser tomber. Il s’apprête à bouleverser son existence, mettant la main dans le guêpier des questions raciales au Texas.

L’auteur:

James Lee Burke est né à Houston (Texas) le 5 décembre 1936. Deux fois récompensé par l’Edgar, couronné Grand Master par les Mystery Writers of America, lauréat en France du Grand Prix de littérature policière (1992) et deux fois du Prix Mystère de la Critique (1992 et 2009), James Lee Burke est le père du célèbre policier louisianais Dave Robicheaux.
Sa bibliographie complète ici:
https://polars.pourpres.net/personne-545-bibliographie

 

Emmanuel Grand – Kisanga

Paris, cimetière de Montrouge : Michel Kessler, ingénieur du groupe minier Carmin, assassiné en République Centrafricaine, est porté en terre. Michel, pourtant habitué de l’Afrique et de ses dangers, était sorti sans protection rapprochée. Olivier Martel est venu rendre un dernier hommage à celui qui fut son mentor.

Le même jour à 20 heures, au Musée de la Marine à Chaillot, une conférence de presse est organisée par le groupe Carmin, dans le but d’annoncer la création d’un partenariat entre Carmin et Shanxi, une compagnie chinoise. Cette association concerne l’exploitation d’un gisement de cuivre à Kisanga, en République Démocratique du Congo (anciennement Zaïre).
Raphaël Da Costa, journaliste d’investigation, est chargé par son rédac-chef de couvrir cet événement. Dix ans auparavant, Raphaël avait découvert un scandale impliquant CMA, une filiale du groupe Carmin. Sans preuves pour appuyer son dossier, cette affaire lui avait explosé à la figure et laissé professionnellement brisé.
A la City de Londres, en marge des tractations commerciales, se joue une autre partie. Edwin Prescott, un jeune trader, est chargé de « vendre » le projet à des investisseurs, avant la publication officielle de l’accord de partenariat.
L’équipe restreinte, à laquelle participe Olivier Martel, se rend sur le territoire congolais, pour les premiers sondages sur les sites d’extraction.
Parallèlement, les Services secrets français rappellent un de leurs meilleurs agents, et le chargent de récupérer un document compromettant, en rapport avec le scandale qu’avait découvert Raphaël il y a dix ans.

Avec ce roman, Emmanuel Grand nous fait toucher du doigt la situation dramatique de la République du Congo, et de l’Afrique en général. L’extraordinaire richesse de son sous-sol en matières premières rares attise toutes les convoitises. Toutes les industries ont un besoin pressant des matériaux que l’on trouve ici en quantité, parmi lesquels le coltan et la cassitérite, essentiels à la fabrication des téléphones portables et autres matériels de haute technologie.

« La Bible, continua-t-il sur un ton emphatique, dit que « si tu passes dans la vigne de ton prochain, tu pourras manger du raisin à ton gré, jusqu’à satiété, mais que tu n’en mettras pas dans ton panier. Si tu traverses les moissons de ton prochain, tu pourras arracher des épis avec la main, mais tu ne porteras pas la faucille sur la moisson de ton prochain ». Mais le Blanc, lui, a mis la vigne dans son panier. Et il a porté la faucille sur notre moisson. Il s’appelait Léopold. Son règne a duré cent ans et l’indépendance n’a rien changé. Hier c’était l’ivoire et le caoutchouc, aujourd’hui c’est le cuivre, l’uranium, l’or et les diamants. »

Le pillage en règle des ressources du pays est organisé,  depuis l’intérieur, par divers groupes armés, des factions rebelles au gouvernement, comme les tutsis de la région du lac Kivu, soutenus par le Rwanda voisin, mais également par les pays industrialisés, comme la France ou la Chine, entre autres. A ce propos, Emmanuel Grand met l’accent sur la main mise grandissante de la Chine sur le continent africain, ce pays ayant de gigantesques besoins pour alimenter sa formidable croissance.

La narration, alternant les points de vue des différents protagonistes de l’histoire, progresse à un rythme soutenu, qui nous tire toujours plus vers l’avant, en un formidable page-turner. Les personnages sont psychologiquement bien campés, Tuju Olonga, le « fixeur1 » illustre à lui seul toute la complexité de ce pays déchiré. Olivier Martel le jeune ingénieur, Raphaël Da Costa l’opiniâtre journaliste et le mercenaire Pierre Lauzière, chacun obéit à des motivations différentes dans le cadre de cette intrigue. Entre magouilles politiques, tractations financières et coups tordus, Kisanga, mirifique accord d’exploitation minière, ne serait-il en réalité qu’un vaste marché de dupes ?

Ce roman nous dépeint la réalité géographique, politique et économique de cette région des Grands lacs d’Afrique où, dans le silence assourdissant des nations, une guerre civile dure depuis 20 ans, et a causé plus de 5 millions de morts, autant que la Shoah. La communauté internationale reste passive, les intérêts commerciaux passant avant toute considération humanitaire.

« Le Congo était maudit par les trésors de ses entrailles, un cancer qui prospérait dans son ventre et qui rendait les hommes fous à lier, violeurs, assassins, qui de son voisin, qui de sa sœur, qui de son frère. Faustin Iseidi, Wange, Tuju Kolonga. Tous, sans exception, avaient succombé à cette folie. »

C’est à la fois un  thriller, roman d’aventures et roman noir, qui mêle l’espionnage, la politique et les magouilles financières. La frontière entre la fiction et la réalité étant bien mince dans ce cas, c’est une réflexion, très documentée et pleine de bon sens sur la situation géopolitique en République du Congo et en Afrique en général.

De ce roman ressort l’affection profonde que l’auteur porte à ce continent. Emmanuel Grand aime l’Afrique, la ressent, la respire et retransmet au lecteur ses propres émotions, intactes.
J’ai adoré lire ce roman, et je le recommande sans réserve aux amoureux de l’Afrique …et aux autres.

Éditions Liana Levi, 2018

1 : fixeur : guide et homme de confiance qui « fixe », c’est-à-dire résout les problèmes.

Pour de plus amples informations sur les réserves de matières premières de la République Démocratique du Congo, je vous invite à consulter cet article :
https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-ressources-de-la-republique-59488

4ème de couv :

Il y a foule dans les salons du musée de la Marine. Sous les applaudissements de tout le gotha politico-économique, la compagnie minière Carmin célèbre le lancement de Kisanga : un partenariat historique avec le groupe chinois Shanxi pour co-exploiter un fantastique gisement de cuivre tapi au coeur de la savane congolaise. Les ministres se félicitent du joli coup de com’ avant les élections ; les golden boys de la City débouchent le champagne. Mais au même moment, Carmin rend un dernier hommage à l’un de ses cadres décédé dans des circonstances suspectes tandis que les services français font appel à leur meilleur barbouze pour retrouver un dossier brûlant disparu à l’est du Congo. La mécanique bien huilée s’enraye et débute une course contre la montre entre une escouade de mercenaires armés jusqu’aux dents, l’ingénieur de choc chargé de piloter Kisanga et un journaliste opiniâtre qui sait mieux que personne que sous les discours du pouvoir se cache parfois une réalité sordide. Cette histoire de manipulation, où la vérité se dérobe jusqu’à la dernière page, se déploie sur fond de mutations économiques en Afrique et de collusion des pouvoirs autour du trésor empoisonné que constituent les richesses de son sous-sol.

L’auteur :

Emmanuel Grand, né en 1966, vit en région parisienne. Terminus Belz (Liana Levi 2014, Points 2015, Prix Polar SNCF) et Les Salauds devront payer (Liana Levi 2016, Livre de poche 2017), l’ont imposé dans le paysage du thriller social à la française.

Maurice Gouiran – L’ Irlandais

Clovis Narigou, ancien journaliste d’investigation, est maintenant éleveur de chèvres à La Varune, sur le massif de la Nerthe, au nord de Marseille. De passage au Beau Bar, un bistrot où il a ses habitudes, il apprend la mort de son ami Zach Nicoll, « l’Irlandais ». Après avoir débuté dans le street art contestataire, Zach avait quitté l’Irlande et la rue et s’était installé dans un atelier marseillais.

Son épouse Aileen l’a trouvé mort dans son atelier, le crâne défoncé. Le vol semble être le mobile du crime, d’autant que certaines des toiles de Zach ont été retrouvées en vente au marché aux puces. Après que les receleurs ont été alpagués par les policiers, il leur apparaît bien vite que ces petits délinquants n’ont rien à voir avec le meurtre.
Clovis, qui commençait à s’ennuyer un peu après un hiver passé en solitaire, sans autre compagnie que celle de ses chèvres, éprouve le besoin de se mêler de l’enquête, pour aider son amie et amante occasionnelle Emma Govgaline, inspectrice de police.

Craignant l’accueil de la famille de Zach, Aileen demande à Clovis de l’accompagner en Irlande pour y enterrer son mari. Clovis y voit là une bonne opportunité d’enquêter sur le passé de Zach, qui s’est toujours montré très réticent à évoquer cette époque.
Clovis a déjà séjourné en Irlande pour divers reportages à l’époque des « Troubles », doux euphémisme pour qualifier une période où les deux camps se sont allègrement trucidés pendant trois décennies.

« Le granit sombre des croix celtiques surgissait des pelouses. Je retrouvais les traces rouges des mains peintes sur les tombes, les vieux drapeaux tricolores irlandais aux couleurs fanées par le vent, les plaques commémoratives, les bouquets vert, blanc et orange et, plus loin, la tombe très simple – toujours du marbre noir – que Bobby Sands partageait avec ses camarades Joe McDonnell et Terence O’Neill.
Non, décidément, Milltown n’avait guère changé depuis plus de trente ans. »

Lors de son séjour, Clovis va rencontrer plusieurs personnes qui ont connu Zach, chacune éclairant le personnage sous un jour différent – Nigel et Terry, les compagnons de lutte, Ghetusa la veuve de son frère Vortimer, contrainte à un éternel veuvage par la rigidité du clan, l’évocation de Breena, combattante féministe, qui aurait eu une relation avec Zach, avant d’être exécutée.
Tous ces personnages formidables ne représentent que quelques unes des nombreuses pièces du puzzle qui composait la société irlandaise à l’époque des Troubles.
« Chaque camp avait eu ses peintres, ses martyrs et ses héros.
Chaque camp avait désormais ses guides et ses balades. »…
« Depuis le début des temps, les nationalismes et les guerres de religion étaient à l’origine des grandes catastrophes humaines et des plus beaux massacres… En Irlande du Nord on avait fait fort en réussissant à conjuguer ces deux causes essentielles ».

Avec « Franco est mort jeudi » je découvrais la plume de Maurice Gouiran, sa façon directe d’aborder les épisodes méconnus de l’Histoire, et de montrer ce qui dérange, là où d’autres se contentent de détourner les yeux.
Dans ce roman il ne déroge pas à ses habitudes, et avec le même talent il nous raconte l’Histoire au travers d’une histoire.

Sur la base d’une enquête policière sur l’assassinat de Zach, artiste militant et résistant, il nous propose une réflexion profonde sur la révolution irlandaise, sur les multiples raisons qui ont conduit le peuple irlandais à se déchirer de la sorte. Loyalistes anglicans et républicains papistes se sont ainsi affrontés durant plusieurs décennies.
Il met l’accent sur la complexité de cette époque, où nuances entre les différents courants politiques, les frontières entre les nombreux groupes paramilitaires, se réclamant de l’IRA, n’étaient jamais clairement définies, et où le héros d’un jour pouvait se voir accusé de traîtrise et exécuté le lendemain.

Maurice Gouiran développe son intrigue, dans son style très incisif, avec une verve bien méridionale. Des bistrots marseillais aux pubs de Belfast, « où la mauresque cédait la vedette à la pinte de Guinness et le cagnard à la bruine », entre secrets et non-dits, il nous propose une lecture plus précise de l’Histoire, dans les méandres du dédale historico-politique que fut le conflit irlandais.

Et, encore une fois, à mon grand plaisir, je me suis laissé entraîner pour ce voyage en Irlande, qui fut un très bon moment de lecture.
Éditions Jigal, 2018

4ème de couv:

Lorsqu’on découvre le peintre Zach Nicoll, le crâne fracassé dans son atelier marseillais, son ami Clovis n’a qu’une idée en tête : aider Emma, en charge de l’enquête, à retrouver l’assassin.
Zach s’était illustré dans le street art avant de devenir bankable et de fuir Belfast vingt ans plus tôt. C’est donc en Irlande du Nord que Clovis va chercher ce qui se cache derrière ce crime.
Zach était l’un des artistes républicains auteurs des célèbres murals, ces peintures urbaines, outils de mémoire et de propagande.
Mais pourquoi avait-il quitté son pays juste au lendemain des accords de paix de 1998 ?
Ce sont des femmes, étonnantes et déterminées, toutes liées à Zach – Aileen, son épouse, Ghetusa, la veuve ad vitam aeternam de son frère, et Breena, combattante féministe au sein de l’IRA – qui donneront peut-être à Clovis les premiers indices…

L’auteur :

Maurice Gouiran est un écrivain français né le 21 mars 1946 au Rove (Bouches-du-Rhône), près de Marseille, dans une famille de bergers et de félibres.
Il passe son enfance dans les collines de l’Estaque, avant d’effectuer ses études au lycée Saint-Charles et au lycée Nord de Marseille, puis à la Faculté, où il obtient un doctorat en mathématiques.
Spécialiste de l’informatique appliquée aux risques et à la gestion des feux de forêts, il a été consultant pour l’ONU. Il enseigne également à l’université.
Depuis 2000, il a écrit de nombreux romans policiers, dont plusieurs ont été primés.

Greg Iles – Brasier noir

« Brasier noir » est le premier volet d’une trilogie. Au cœur de ce roman, la question raciale dans le sud des États-Unis. On y retrouve Penn Cage, héros de trois précédents romans, dont un seul est traduit en Français (Turning angel – Une petite ville sans histoire). Penn Cage,  avocat, puis romancier, est maintenant le maire de Natchez, Mississipi.

Au tout début du livre, l’auteur ouvre son roman sur un prologue historique, qui contient les éléments à partir desquels va se développer son histoire.

En 1964 à Natchez, Albert Norris est le propriétaire noir d’un magasin de musique. Sa boutique est le lieu de rendez-vous naturel des musiciens, et son arrière-boutique sert occasionnellement de lieu de rencontre clandestin pour des couples illégitimes, et multiraciaux.

Au nombre de ces couples mixtes figurent Pooky Wilson et Katy Royal, un jeune musicien noir et une jeune blanche, fille de Brody Royal, le chef des « Aigles Bicéphales », un groupe ultra-violent dissident du Ku Klux Klan.
A la recherche du jeune garçon, Royal et ses sbires vont incendier la boutique d’Albert Norris, et le brûler vif.

Quatre ans plus tard, Luther Davis et Jimmy Revels, deux jeunes noirs activistes des droits civiques, sont assassinés et Viola, la sœur de Jimmy, est violée par ces mêmes membres des « Aigles ».

«  La campagne d’Appomattox n’avait rien conclu du tout ; ces batailles avaient tout juste annoncé un entracte. La guerre en elle-même faisait encore rage dans tout le pays, juste au-dessous de la surface étincelante du Rêve Américain. Certains faisaient semblant de ne rien voir ou s’imaginaient que les Russes étaient le véritable ennemi. Mais quiconque avait lu un peu d’histoire savait que les grandes civilisations s’effondraient toujours de l’intérieur.  »

En 2005 Viola, qui était partie à Chicago après ces dramatiques événements, revient à Natchez. Elle est en phase terminale d’un cancer du poumon et revient sur les lieux de son enfance pour y terminer sa vie.

Quand son décès survient dans des circonstances douteuses, le procureur Shad Johnson, ennemi juré du maire Penn, y voit une trop belle occasion de lui nuire en inculpant Tom Cage, le père de Penn. Tom est un médecin local jouissant de l’estime de tous, qui a soigné toutes les couches de la société de Natchez durant des décennies. L’opinion générale, selon laquelle Tom et Viola furent amants, donne corps à ce soupçon, d’autant qu’ils avaient conclu un accord d’euthanasie.

Alors que Tom, rongé par la culpabilité, refuse de se défendre et de s’expliquer, se réfugiant dans le silence. Penn entreprend alors ses propres recherches, qui le conduiront à exhumer des secrets de famille enfouis, vieux de quatre décennies. 

Il est secondé dans ses recherches par sa fiancée Caitlin Masters, journaliste ambitieuse qui a déjà obtenu un prix Pulitzer, et Henry Sexton, un journaliste local blanchi sous le harnais. Celui-ci a consacré l’essentiel de sa carrière à rassembler des preuves sur les crimes non résolus de l’époque de la lutte pour les droits civiques. Sexton est un des personnages les plus vivants du roman et sa quête obsessionnelle de la vérité sert de fil rouge à l’histoire.

La narration est très fluide, le scénario se développe sur un tempo enlevé, qui comporte son lot de surprises et de rebondissements. L’intrigue, solide, se suffit à elle-même et tient le lecteur en haleine, sans artifices inutiles. 
Tous les personnages sont traités avec beaucoup de soin, et psychologiquement très bien dessinés. Il y en a d’ailleurs un nombre important pour peupler cet imposant bouquin. Certains sont des ordures de première grandeur, notamment Brody Royal et les membres des « Aigles bicéphales ».

Tout au long de ses presque 1000 pages, « Brasier noir » aborde de nombreux sujets, l’importance de la famille, la vérité ou la justice, le rôle de la presse, et le sujet toujours brûlant des relations sexuelles entre races. Il pointe également le rôle des élites sociales dans l’encouragement et le développement du racisme.

Il intègre dans son scénario une possible responsabilité (non prouvée) du Ku Klux Klan dans les assassinats de John Fitzgerald Kennedy et de Martin Luther King, et la volonté du Klan d’éliminer le sénateur Bob Kennedy.

Ce roman, à mi-chemin entre le roman noir et le roman historique, nous propose une fresque flamboyante sur l’histoire récente des États-Unis, une exploration épique des démons de l’Amérique et de ses péchés. Avec passion et un style indéniable, il signe un roman soigné et ambitieux, un page-turner qui efface la barrière entre la littérature de fiction et la littérature de genre.

Formidable conteur, qui imprime à son histoire un rythme qui fait que, de page en page, un chapitre après l’autre, on se retrouve au bout de ce pavé en moins de temps qu’il n’en faut pour le lire.
Et on est frustré de devoir attendre la parution de la suite de l’histoire.
Mais bon sang, quel bouquin ! On en redemande !

Éditions Actes Sud, 2018

4ème de couv :

Brasier noirAncien procureur devenu maire de Natchez, Mississippi, sa ville natale, Penn Cage a appris tout ce qu’il sait de l’honneur et du devoir de son père, le Dr Tom Cage. Mais aujourd’hui, le médecin de famille respecté de tous et pilier de sa communauté est accusé du meurtre de Viola Turner, l’infirmière noire avec laquelle il travaillait dans les années 1960. Penn est déterminé à sauver son père, mais Tom invoque obstinément le secret professionnel et refuse de se défendre. Son fils n’a alors d’autre choix que d’aller fouiller dans le passé du médecin. Lorsqu’il comprend que celui-ci a eu maille à partir avec les Aigles Bicéphales, un groupuscule raciste et ultra-violent issu du Ku Klux Klan, Penn est confronté au plus grand dilemme de sa vie : choisir entre la loyauté envers son père et la poursuite de la vérité.

Imprégnées de l’atmosphère poisseuse du Sud, tendues par une écriture au cordeau et un sens absolu du suspense, les mille pages de ce Brasier noir éclairent avec maestria la question raciale qui continue de hanter les États-Unis. Dans ce volume inaugural d’une saga qui s’annonce comme l’un des projets les plus ambitieux du polar US, Greg Iles met à nu rien de moins que l’âme torturée de l’Amérique.

L’auteur :

Greg Iles est un romancier, scénariste et guitariste américain né en 1960 à Stuttgart (Allemagne) et vivant dans le Mississippi.
La première passion de Greg Iles, avant l’écriture, est la musique. Il était guitariste, chanteur et parolier dans un groupe de rock.
Il publie en 1993 son premier roman Spandau Phoenix (1993), un thriller centré autour du criminel nazi Rudolf Hess,
Il publie ses romans a un rythme effréné, mais fait une brusque pause à partir de 2009 et passe 5 ans sans sortir un seul livre. En 2011, il est victime d’un accident de voiture qui le plonge dans un coma de 8 jours et lui coûte l’usage de sa jambe droite.
Pendant sa longue rééducation, il commence une trilogie de thrillers consacrés au sud profond et sort “Brasier noir”, livre centré autour de l’ancien procureur Penn Cage. Les deux volumes suivants ne sont pas encore traduits en Français.

 

Richard Montanari – Confession

Bienvenue à Devil’s Pocket (La Poche du Diable). C’est « dans l’ombre du pont de South Street un petit quartier d’environ soixante-dix familles replié sur la rive est du cours d’eau, un amas de maisons mitoyennes à bardeaux délabrées, de terrains de jeux bitumés, de petites épiceries et de bâtiments en briques brunes, aussi vieux que la ville elle-même. »

Il y a 40 ans, Kevin Byrne était en vacances à Devil’s Pocket. Lors de cet été 1976, une gentille fillette du quartier a été assassinée. « Catriona Daugherty était morte. Elle était morte et le monde ne serait plus jamais le même. » C’était une amie de Kevin et de sa bande de copains, dont aucun n’avait atteint l’âge de 14 ans. Moins d’une semaine plus tard, Desmond Farren, le fils ainé du clan Farren, notoirement malfaisants, est retrouvé mort, tué d’une seule balle à l’arrière du crâne.

De nos jours, Kevin Byrne, inspecteur à la Criminelle de Philadelphie, se trouve confronté à une série de meurtres atroces. A chaque fois le tueur découpe et emporte le visage de sa victime. Bien que les meurtres présentent des similitudes évidentes, rien ne semble relier les victimes. Sur chaque scène de crime, on découvre un mouchoir de lin portant une mystérieuse inscription : cinq lettres qui restent pour les enquêteurs une énigme, et prouvent que ces meurtres ne sont pas dus au hasard.

Dès le début, le lecteur sait que ces meurtres sont l’œuvre de « Billy le Loup », un des frères de Desmond, qui poursuit une vendetta personnelle.

Ces meurtres résonnent comme l’écho d’un meurtre commis il y a des années dans le quartier de Devil’s Pocket, et jamais élucidé. Au fur et à mesure de l’enquête, l’intrigue criminelle colle à l’histoire captivante des résidents du quartier, de ceux qui ont pu en partir, ceux qui y sont restés, et ceux qui y sont enterrés.

On retrouve dans ce roman le duo Byrne/Balzano. Kevin Byrne est toujours inspecteur, et Jessica, son ancienne coéquipière, est maintenant assistante au Bureau du Procureur. Toute cette affaire semble trouver ses racines dans le passé, dans ce quartier populaire de Devil’s Pocket, peuplé de gens de condition très modeste et où Kevin Byrne passait ses vacances. En fait, tout un échantillon d’humanité, depuis Flagg, le vieux grincheux propriétaire du magasin où les gamins volent à l’étalage, jusqu’à Anjelica Leary, une infirmière à domicile fatiguée et dévouée. L’auteur prend soin de montrer l’humanité qui habite chacun des personnages. Même Billy, vraiment monstrueux, peut aussi nous inspirer de la sympathie et de la pitié, dans sa relation avec Emily.

L’écriture est parfaitement maîtrisée, au service d’une intrigue impeccable dans sa construction, avec une description très précise des procédures policières et médico-légales. Même si ce roman, admirable de noirceur, n’est pas un « whodunnit », le développement du scénario compte nombre de coups de théâtre pour tenir le lecteur en haleine jusqu’à son dénouement.
Les familiers de Montanari et de son détective Kevin Byrne auront apprécié les flash-backs sur l’enfance de ce dernier, nous permettant de connaître et d’apprécier davantage le personnage.
Comme Michael Connelly avec los Angeles, George Pelecanos avec Washington DC, ou Dennis Lehane avec Boston, Richard Montanari est l’écrivain d’une ville, Philadelphie « la ville de l’amour fraternel ». Surnom quelque peu galvaudé si l’on songe au taux de criminalité de cette ville, l’un des plus élevés des États-Unis.
C’est pour ma part une très bonne lecture, et Montanari s’affirme encore avec ce roman parmi les grands auteurs de thrillers Américains.
Éditions, Le Cherche Midi, 2018

4ème de couv :

Lorsqu’on est flic trop longtemps dans la même ville, toutes les rues mènent à des souvenirs que l’on préférerait oublier.
Chaque nouveau meurtre vous en rappelle un autre.
L’obsession n’est jamais loin.
Pour Kevin Byrne, inspecteur des homicides à Philadelphie, le traumatisme originel a eu lieu en 1976. Encore adolescent dans le quartier défavorisé de Devil’s Pocket, il a été impliqué de près dans un meurtre jamais résolu.
La fin de l’innocence pour Byrne.
Quarante ans plus tard, une affaire de meurtres en série le ramène à Devil’s Pocket, à ses amis d’alors, à ce passé qu’il a essayé, en vain, d’oublier.
Bientôt, le voile va se lever sur des secrets, des mensonges et une vérité qu’il aurait peut-être mieux valu ne jamais connaître.

L’auteur :

Richard Montanari, né en 1952 est un journaliste, essayiste et auteur de roman policier Américain.
Né dans une famille Italiano-Américaine traditionnelle, il a fait ses études d’anglais à l’Université Case Western Reserve et à Cleveland Institute of Art sans toutefois obtenir de diplôme. Il a beaucoup voyagé à travers l’Europe, vivant à Londres pendant un certain temps, où il a exercé plusieurs petits métiers.
Après avoir travaillé pendant cinq ans dans la société familiale spécialisée dans le bâtiment, il se lance dans l’écriture et le journalisme. Pendant plus de dix ans, il a écrit des essais, des critiques littéraires et des articles.
En 1995, il publie son premier roman, « Deviant Way » (aussi paru sous le titre Don’t Look Now), premier volume d’une série consacrée à Jack Paris, un détective de Cleveland. Le livre devient un bestseller et obtient le prix Online Mystery (OLMA) de premier roman policier en 1996.
Le premier roman de la série mettant en scène le duo Byrne-Balzano, « Déviances » (The Rosary Girls), est publié en 2006 aux éditions « Le Cherche Midi ».