Cathi Unsworth – Bad penny blues

Situé à Londres au début des années 60, les « Swinging Sixties », Bad Penny Blues est l’histoire de la traque d’un tueur en série qui cible les prostituées dans le West-end de Londres, melting-pot où se mêlent immigrés des îles Caraïbes et d’Irlande, artistes bohêmes, professionnels des media et même des pairs du royaume.
Carnaby Street devient le centre de la mode à Londres, et la décennie qui commence s’annonce pleine de promesses.

Pete Bradley est un jeune officier de police affecté comme stagiaire au CID (Criminal Investigation Department). Lors d’une patrouille, il découvre le cadavre d’une jeune femme, Roberta Clarke. Lors de son arrivée sur la scène de crime, l’inspecteur Bell est impressionné par son sens du détail et son esprit de synthèse de ce tout jeune policier.
Entre 1959 et 1965, le temps que va durer l’enquête, Pete Bradley aura toujours en mémoire la vision du pauvre corps de Roberta, dite Bobby, retrouvée au bord de la Tamise.

Dans le même temps, Stella, jeune créatrice de mode, commence à faire de terribles cauchemars, rêves qui semblent représenter les derniers instants de femmes assassinées. Elle sait que faire part de ses visions pourrait aider la police, mais qui la prendrait au sérieux ?

« Et d’un coup, plus rien. Des feux se rapprochent sur l’avenue, une longue automobile sombre glisse sous les arbres, comme au ralenti. Ca y est, me dis-je, et curieusement cette pensée me libère de tous mes tourments. La résignation m’engourdit. C’est le rayon du phare, la lumière sur l’eau qui me rappelle à la maison. J’arrange mes cheveux coupés il y a peu, un carré court ondulé à la manière d’une actrice que j’admirais lorsqu’elle était au sommet de sa gloire. Je lisse ma robe rayée bleu et blanc. Voilà à quoi je ressemble alors que je vis mes derniers instants sur terre. J’avance vers mon destin, me penche vers la vitre qui descend lentement.
Il y a deux occupants à l’intérieur, mais leur visage est noyé dans l’ombre. »

Au cours des années qui suivent, alors que sa vie professionnelle et sentimentale évolue, qu’elle se marie, que son travail de styliste est reconnu et enfin rentable, Stella continue à avoir ces cauchemars, qui se reproduisent au même rythme que les meurtres. Mais malgré des heures et des heures d’enquête et des milliers de témoignages, « Jack l’Effeuilleur » reste insaisissable.

Cathi Unsworth réalise une peinture très vivante du Londres des années 1960. C’est le Londres des Teddy boys, de la montée de l’immigration, d’une nouvelle ère de liberté où tout devient possible. C’est une période de renouveau, un bouillonnement d’énergie créatrice dans des domaines variés, de la mode, de la musique et des arts. Cette période est politiquement marquée par le scandale Profumo, du nom d’un premier ministre coupable d’avoir eu des relations avec une call-girl.

Dans ce roman gravitent toute une cohorte de personnages : patrons de boîte de nuit et truands, musiciens, artistes, policiers véreux, pairs du royaume adeptes de pratiques sexuelles extrêmes et, si j’ose m’exprimer ainsi, les prostituées, dernier maillon de la chaîne alimentaire. Celles-ci ne sont pas seulement des victimes, ce sont aussi des femmes avec des espoirs, des rêves d’une vie meilleure.

La narration, tendue, colle à la violence du sujet. Le récit alterne de façon binaire les points de vue de Pete et de Stella, ce qui contribue à lui conserver son rythme. Les nombreux personnages sont tous très bien dessinés, habités par leurs qualités, leurs défauts ou leurs perversions.
La bande-son d’une extrême richesse, porte la marque de l’auteure, par ailleurs critique de rock, illustrant chaque chapitre d’un titre de chanson de l’époque, tout comme le titre du roman.

Ce roman, fort bien documenté d’un point de vue historique, social, et musical, ravira tous ceux qui, comme moi ont grandi durant cette période et qui se sont abondamment nourris de toutes ces influences. Je termine tout de même ce roman avec une petite pointe de frustration, car j’avais deviné l’identité du méchant depuis quelques pages déjà.
En réalité, Jack the Stripper (Jack l’Effeuilleur), presque homonyme du tristement célèbre Jack the Ripper (Jack l’Éventreur) n’a jamais été identifié.
En conclusion, malgré le petit (mais alors, tout petit !) bémol que j’ai mentionné plus haut, ce roman reste une très bonne lecture.
Éditions Rivages/Noir, 2012

4ème de couv :

A l’aube des « Swinging sixties », l’avenir semble sourire à Stella et Tobie, deux étudiants londoniens. Mais Stella voit en rêve des femmes sur le point de mourir l’appeler à l’aide, et ces femmes ressemblent aux véritables victimes que traque Pete Bradley, jeune flic idéaliste et ambitieux.

Fondé sur une affaire réelle jamais élucidée, « Bad penny blues » mêle réalité et fantasmes pour recréer de manière remarquable l’Angleterre des années soixante.

L’auteure :

Cathi Unsworth est une critique rock et auteur britannique de romans policiers vivant à Londres.
Elle débute à l’âge de 19 ans au magazine musical Sounds, et a écrit pour diverses publications, dont Melody Maker, Bizarre et Mojo.
Son premier roman, The Not Knowing (Au risque de se perdre en français), un polar situé dans le milieu du cinéma et du rock à Londres au début des années quatre-vingt-dix, est publié en 2005 en Angleterre chez Serpent’s Tail. Ses livres mêlent culture populaire et critique sociale.
Suivront :
Le Chanteur, Rivages/Thriller, 2011
Bad Penny Blues, Rivages/Thriller, 2012
Zarbi, Rivages/Thriller, 2014
Without the Moon (2015)

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Éric Oliva – Le vase rose

Frédéric Caussois et sa femme Luan sont un couple sans histoire, heureux parents d’un petit Tao, âgé de neuf ans. Le petit garçon souffre de zona et doit prendre régulièrement un traitement antiviral. Un soir, peu après que son père lui ait administré son traitement, l’enfant est pris de violentes douleurs et de convulsions, et décède en peu de temps.

« Pourtant, comme chaque soir, il avait été là. Impossible pour lui de rater l’un de ces moments privilégiés, seul avec son fils, juste tous les deux, entre hommes. Lui contant ses histoires préférées, l’une de celles qu’il aimait tant et qui l’aidaient à s’endormir.
Mais aujourd’hui devait être le dernier. Une soirée tellement différente des autres où il n’avait pu être que le spectateur du martyre de son enfant. »

Les premières constatations médico-légales concluent à un empoisonnement au cyanure, et la gendarmerie locale est chargée de l’enquête.
Le maréchal-des-logis Simon Tedeski pensait terminer tranquillement sa carrière. Cette affaire compliquée qui lui tombe dessus, à trois mois de la retraite, ne l’enthousiasme guère.

Le poison se trouvait dans le flacon de Zovirax utilisé pour soigner l’enfant. Après contrôles des services sanitaires, la chaîne de fabrication du médicament est mise hors de cause.
Frédéric, un temps soupçonné et placé en garde à vue, sera rapidement remis en liberté, rien n’ayant pu être retenu contre lui.

Ce deuil brutal et inattendu va sonner l’explosion de son foyer. Sa femme Luan, incapable de surmonter sa douleur, va fuir le foyer où ils ont vécu tous les trois, pour aller se réfugier chez ses parents.

Frédéric, lui aussi dévasté de chagrin, n’accepte pas ce coup du sort. Tout à son chagrin et à sa colère, il laisse sa vie partir en lambeaux, n’accordant plus d’intérêt à rien, sinon à la marche de l’enquête, qui progresse trop lentement à son goût.
Les gendarmes ne faisant pas montre d’un zèle débordant, il se met en devoir d’enquêter lui-même et de remonter la piste de ce flacon empoisonné.
Son obstination, et l’implication fortuite d’un jeune gendarme, le conduiront enfin  à découvrir la vérité, bien éloignée de celle qu’il pensait avoir trouvée.

Avec cette histoire, ce drame que nul parent ne souhaiterait avoir à vivre, l’auteur nous conte l’explosion d’une famille, la lente descente aux enfers d’un homme obnubilé par sa quête de vérité. Sa soif de justice le poussera à des extrémités, à des actes d’une violence dont il se serait cru incapable.

Les personnages sont bien croqués, tous très crédibles. Ils pourraient être votre voisin, votre voisine. L’ambiance et les mentalités d’un petit village sont bien évoquées. Le style est alerte et l’histoire se déroule sans temps mort. De fausses pistes en impasses, jusqu’au dénouement, surprenant et inattendu.
Ce fut pour moi l’occasion de découvrir cet auteur. Plaisante lecture, malgré le sujet aussi difficile que le deuil d’un enfant.

Éditions Taurnada, mai 2018

4ème de couv :

Et si votre pire cauchemar devenait réalité ? Quand votre vie bascule, vous avez le choix : sombrer dans le chagrin ou tout faire pour vous relever. Frédéric Caussois a choisi. Pour lui, aucun compromis, il doit savoir, connaître la vérité.

 

 

 

L’auteur :

Né à Casablanca en 1967, Éric Oliva embrasse très tôt une carrière dans la Police nationale. Exerçant à Paris puis à Marseille, il travaille aujourd’hui à la PJ de Nice. Passionné par son métier et les fonds sous-marins, c’est après avoir lu les livres de Clive Cussler que se déclenche sa passion pour l’écriture. S’ensuivent 4 romans très bien accueillis, dont Du soleil vers l’enfer qui obtient le Prix Fondcombe 2014. Avec Le Vase rose, Éric Oliva nous entraîne dans une sombre histoire d’un père en quête de vérité.

Colson Whitehead – Underground railroad

Le chemin de fer clandestin (Underground Railroad, en anglais) était un réseau de routes clandestines utilisées par les esclaves en fuite, avec l’aide de sympathisants abolitionnistes, pour se réfugier vers les états du Nord, au-delà de la ligne Mason-Dixon (1) et jusqu’au Canada.

Dans le roman, ce réseau clandestin devient, en une sorte d’allégorie fantasmagorique, un véritable chemin de fer souterrain, des états du Sud vers les états libres au Nord.
Cora, une adolescente noire, a été abandonnée par sa mère, quelques années plus tôt, lorsque celle-ci a choisi de fuir la plantation. Lorsque Caesar, un jeune esclave venu de Virginie, lui propose de s’enfuir avec lui, elle dit non. Trois semaines plus tard, à la même proposition, elle dira oui.
Ces trois semaines, vues à travers le regard de Cora, nous donnent un aperçu sur ce que pouvait être la vie dans les plantations. Echangés, achetés et vendus comme un quelconque bien mobilier, les esclaves dépendaient du bon vouloir de leurs propriétaires qui avaient sur eux pouvoir de vie ou de mort.
Il ne faisait pas bon contrarier le maître, Terrance Randall, un homme d’une brutalité peu commune. Il offrait à ses hôtes, en guise de divertissement, le spectacle de la punition des esclaves, allant pour certains, à des châtiments extrêmes dans leur barbarie.
« Les hôtes de Randall sirotèrent du rhum épicé tandis que Big Anthony était aspergé d’huile et rôti. Les spectateurs se virent épargner ses hurlements, car dès le premier jour on lui avait tranché ses attributs virils, qu’on lui avait fourrés dans la bouche avant de la coudre. L’échafaud fumait, noircissait et brûlait, et les figures sculptées dans le bois se tordaient dans les flammes comme si elles étaient vivantes. »

Ce dernier acte de sauvagerie marquera la prise de décision de Cora de se joindre à Caesar dans sa fuite. La même nuit, ils quitteront la plantation à travers les marais, jusqu’à rejoindre la ferme de M. Fletcher, contact de Caesar et premier relais du chemin de fer clandestin.

« Elle avait vu des hommes pendus à des arbres, abandonnés aux buses et aux corbeaux. Des femmes entaillées jusqu’à l’os par le fouet à lanières. Des corps vivants ou morts, mis à rôtir sur des bûchers. Des pieds tranchés pour empêcher la fuite, des mains coupées pour mettre fin au vol. Elle avait vu des garçons et des filles plus jeunes que cet enfant se faire rouer de coups, et elle n’avait rien fait. »

A partir de là, nous suivons les tribulations de Cora, accompagnée de Caesar. De la Géorgie vers la Caroline du Sud, puis la Caroline du Nord et enfin le Tennessee, un désert infernal de forêts brûlées et de villes infestées par la fièvre jaune, elle fait son apprentissage de la liberté. En Caroline du Nord, la famille qui l’héberge la maintient cachée dans un grenier plusieurs jours, pour la protéger.

Le maître a lancé sur ses traces le chasseur Ridgeway, qui s’est bâti une certaine renommée par son efficacité à retrouver les esclaves enfuis. Seule ombre à sa réputation, il a été incapable de retrouver Mabel, la mère de Cora, échappée des années plus tôt. Comme une sorte de Javert du nouveau monde, il vit dans l’obsession de cette fugitive, dont la capture lui permettrait de laver l’affront subi dans  le passé.

Les chapitres consacrés à l’odyssée de Cora alternent avec des chapitres mettant en scène d’autres personnages du roman, tels Ridgeway ou Caesar, nous ménageant autant de respirations dans le déroulement de sa fuite éperdue.
L’auteur, à chaque arrêt du chemin de fer fantôme, d’un état à l’autre, nous dresse un état des lieux de l’Amérique d’avant la Guerre de sécession, partagée entre les abolitionnistes et les esclavagistes.

Dans la relation de l’histoire de Cora, l’auteur nous conte les horreurs de l’esclavage et comme corollaire le lourd héritage laissé aux générations futures, faisant le terreau du racisme qui aujourd’hui encore gangrène la société nord-américaine. L’injustice dont continuent de souffrir les immigrants et les populations d’afro-américains en est un exemple flagrant.

« Et l’Amérique est également une illusion, la plus grandiose de toutes. La race blanche croit, croit de tout son cœur, qu’elle a le droit de confisquer la terre. De tuer les Indiens. De faire la guerre. D’asservir ses frères. S’il y avait une justice en ce monde, cette nation ne devrait pas exister, car elle est fondée sur le meurtre, le vol et la cruauté. Et pourtant nous sommes là. »

Écrit dans un style flamboyant, ce roman tient davantage du conte initiatique que du récit historique, bien qu’il soit basé sur une solide documentation. La description de la condition de vie dans les plantations du Sud, bien loin de la vision édulcorée de Margaret Mitchell nous fait immanquablement penser à Beloved de Toni Morrison, Racines, d’Alex Haley, ou bien Douze ans esclave de Solomon Northup.

L’histoire de Cora, et de tous ses compagnons d’infortune, est une poignante histoire de vie, de résistance et d’adaptation, de solidarité et de solitude, de violence et de lutte.
Une œuvre magnifique où le sordide côtoie le sublime. Sans aucun doute ma meilleure lecture de ce début d’année.
Éditions Albin Michel, 2017

(1)La ligne Mason-Dixon était la ligne de démarcation entre les États abolitionnistes du Nord et les États esclavagistes du Sud.

4ème de couv :

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

L’auteur :

Colson Whitehead, né le 6 novembre 1969 à New York, est un romancier américain.
Il fréquente la Tinity School de New York, puis est diplômé de l’Université de Harvard en 1991. Journaliste, ses travaux paraissent dans de nombreuses publications, dont le New York Times, Salon et The Village Voice.
The Underground Railroad, déjà élu meilleur roman de l’année en 2016 par la presse américaine, reçoit le prix Pulitzer de littérature en 2017.

Les droits audiovisuels du roman ont été acquis par le réalisateur Barry Jenkins (Moonlight, Oscar du meilleur film 2017) et ses producteurs.
(Source : Wikipedia)

R.J. Ellory – Un cœur sombre

RJ Ellory explore dans ce roman un thème qui est familier à tous les habitués du roman noir. Son personnage, Vincent Madigan, est un flic corrompu, alcoolique et accro aux médicaments. Mauvais mari et père absent, il a foiré ses trois premiers mariages.
« Et maintenant elle avait la moitié de son fric et la moitié de ses couilles et la moitié de tout le reste. Il repensa alors à l’autre, la femme d’avant. C’était elle qui avait l’autre moitié, mais ça, c’était également une autre histoire. Et Madigan ? Il n’avait rien. C’était comme s’il avait commencé avec rien, et qu’il en était toujours à peu près au même stade. Tout ça à cause d’elle. À cause d’elles deux. Et des autres. Toutes les mêmes. Et, bordel, il se sentait vraiment trop con. »
En une succession de compromissions au bénéfice de Sandía, un baron de la drogue, il s’est laissé entraîner dans une chute sans fin, accumulant une dette de près de 200.000 dollars envers lui, « l’homme-pastèque », qui règne sur le « Yard », quartier de East-Harlem. Pour se sortir de cette situation, et effacer son ardoise, il a la folle idée de braquer 400.000 dollars dans une des planques du baron.
Hélas, lors de ce braquage les choses tournent mal et, pour préserver son anonymat, il se trouve obligé de se débarrasser de ses complices, trois petits malfrats recrutés pour cette occasion. Malheureusement, Melissa, une petite fille qui se trouve dans la maison, est gravement blessée dans l’échange de coups de feu.
Sandía ne risque pas de prévenir la police de ce vol. Et pour cause : nous apprendrons bientôt que ces billets provenant du braquage d’une banque sont marqués et donc inutilisables en l’état.
Il convoque donc Madigan et lui enjoint de faire la lumière sur ce braquage.

Madigan va devoir se sortir de cet imbroglio, pour d’une part se dédouaner de toute implication dans le vol, et les meurtres vis-à-vis de Sandía, et d’autre part éviter toute mise en cause sur l’enquête de police concernant les 7 cadavres trouvés sur les lieux du braquage.

Hanté par un fort sentiment de culpabilité et pour se sortir de la situation dans laquelle il s’est empêtré, il va, sans états d’âme, impliquer d’autres personnes, dans une machination particulièrement compliquée. Demeure la question de savoir si l’on peut échapper à sa conscience et où cet engrenage va le mener. Pour réparer les torts qu’il a causés, devra-t-il y laisser son âme ou même sa vie ?

Les personnages qui peuplent ce roman sont bien campés : Sandía le truand, les petits malfrats qui servent d’indics à Madigan, et Walsh le flic de l’Inspection des services. Isabella, la maman de la fillette, est la seule à apporter un peu de lumière et de douceur dans cet univers très sombre.
Vincent Madigan, lui n’est pas un être très sympathique au premier abord. Il a de nombreux défauts, il est voleur, menteur, manipulateur, violent, a peu de considération pour son entourage, et sa fréquentation n’est pas sans risques.

Malgré tout cela, on se rend compte que cet homme imparfait, a un cœur, un cœur sombre, mais un cœur tout de même. Sa conscience lui donne la capacité d’assumer les conséquences que ses propres décisions ont provoquées.

« Il frissonna. Il se sentait transparent. Il avait l’impression que le monde entier le voyait tel qu’il était vraiment, que le monde entier voyait le petit poing serré de son cœur sombre dans sa poitrine.il avait honte. Non, il n’avait pas honte. Il se sentait juste petit, infiniment petit. »
On se laisse emporter par cette histoire, menée sans temps mort, pleine de rebondissements, au travers de laquelle l’auteur nous dépeint une Amérique en proie à ses démons, la violence et la corruption, omniprésentes. Il nous donne à voir le parcours oppressant d’un homme aux deux visages, qui tente de retrouver un peu de lumière, et se frayer un chemin vers une impossible rédemption.
R.J. Ellory signe là encore un très bon roman et conforte, s’il en était encore besoin, sa position parmi les meilleurs auteurs de romans noirs du moment.
Une très bonne lecture, que je recommande sans réserve…
Éditions Sonatine, 2016

4ème de couv :

Sous sa façade respectable, Vincent Madigan, mauvais mari et mauvais père, est un homme que ses démons ont entraîné dans une spirale infernale. Aujourd’hui, il a touché le fond, et la grosse somme d’argent qu’il doit à Sandià, le roi de la pègre d’East Harlem, risque de compromettre toute son existence, voire de lui coûter la vie. Il n’a plus le choix, il doit cette fois franchir la ligne jaune pour pouvoir prendre un nouveau départ. Il décide donc de braquer 400 000 dollars dans une des planques de Sandià. Mais les choses tournent mal : il doit se débarrasser de ses complices, et une petite fille est blessée lors d’échanges de tirs. Rongé par l’angoisse et la culpabilité, Madigan va s’engager sur la dernière voie qu’il lui reste : celle d’une impossible rédemption.

L’auteur :

R.J. Ellory, auteur anglais, est né en 1965. Après l’orphelinat et la prison, il devient guitariste dans un groupe de rythm and blues, avant de se tourner vers la photographie. Bien que Britannique, tous ses romans ont pour cadre les États-Unis.
Ses autres romans, publiés chez Sonatine Éditions :
Seul le silence, 2008
Vendetta,  2009
Les Anonymes, 2010
Les Anges de New York
, 2012
Mauvaise étoile, 2013
Les Neuf Cercles, 2014
Les Assassins, 2015
Papillon de nuit, 2016

 

Kris Nelscott – La route de tous les dangers

 « C’est une route sinueuse, idéale pour les embuscades… C’est la route de tous les dangers. » Martin Luther King, 3 avril 1968.

Décembre 1939, Atlanta : La nuit suivant l’avant-première d’ « Autant en emporte le vent », Billy âgé de 7 ans, et son ami Martin chantent dans le chœur  de l’église baptiste Ebenezer, dirigé par le Dr King, le père de Martin. Habillés en négrillons, et les adultes en esclaves, ils participent à la soirée du Cercle des jeunes d’Atlanta.
La nuit suivante, les parents de Billy sont lynchés. Lui, caché dans un placard, échappe au massacre.

Trente ans plus tard, Billy, devenu Smokey Dalton, travaille comme détective privé pour la communauté noire de Memphis. Quand on  lui demande de constituer une équipe pour la protection de Martin Luther King, son ami d’enfance, qui doit venir en ville pour conduire une marche pour la paix,  Smokey refuse, en une tentative pour rester apolitique.
Des rumeurs circulent sur la présence en ville de groupes violents,  les Black Panthers, et  les Invaders, et des émeutes sont à redouter.
Dans le même temps, une jeune femme blanche, Laura Hathaway, débarque dans le bureau de Smokey. Elle lui annonce qu’il hérite de 10000 dollars de la part de sa mère, et elle se demande pourquoi sa mère lui a fait ce legs.
C’est la deuxième fois que Smokey reçoit un don de 10000 dollars, et ses premières recherches semblent indiquer que Laura et lui ont quelque chose de leur passé en commun, mais quoi ?
Pendant ce temps, Memphis est au milieu d’une crise grave. Les éboueurs de la ville sont en grève, dans un conflit qui s’éternise. Smokey doit aussi s’occuper de Jimmy, un jeune garçon qu’il a pris en affection, dont la mère se désintéresse,  et dont  le grand frère Joe s’est laissé entraîner dans les trafics de drogue et fréquente les groupes d’agitateurs.
« Je suis de ceux qui ont le plus failli à leur tâche.
Normalement, je suis celui qui sait interpréter les indices, celui qui gagne sa vie à rassembler les morceaux disparates du puzzle. Je savais qu’il allait arriver quelque chose, mais je ne me suis jamais douté que ce quelque chose, ce serait la mort de Martin Luther. »
Les esprits s’échauffent, jusqu’au jour fatidique qui verra Martin Luther King tomber sous les balles de son assassin.

Entre temps, pour mener son enquête sur ce mystérieux legs et les liens qui le relient à Laura, Smokey effectue un douloureux voyage  à Atlanta, où il va mettre au jour de cruelles vérités.
Pour improbable que soit leur alliance au départ de l’histoire, un détective noir pauvre et une femme blanche fortunée, qui ont peu en commun si ce n’est une méfiance réciproque, ils auront à collaborer à la recherche de leurs racines, inexplicablement liées et depuis longtemps enterrées.

La trame narrative nous réserve quelques retours dans le passé, comme autant de petits cailloux que laisse Smokey à notre intention, pour que nous trouvions notre chemin. Les personnages principaux sont bien campés, d’une  belle complexité.
Laura et Smokey  auront à faire des choix difficiles faciles et devront en assumer les conséquences.
Smokey Dalton n’est pas sans nous rappeler  Easy Rawlins : l’un est un vétéran de la guerre de 39-45, l’autre un vétéran de la guerre de Corée. Sûrement un clin d’œil de l’auteure à son aîné Walter Mosley. Peut-être Smokey Dalton est-il moins « hard-boiled » que ne l’était Easy Rawlins. Ceci étant, de par ses fêlures et son passé, il demeure un personnage éminemment attachant et touchant.
Ce roman est très bien structuré, imbriquant dans le scénario des éléments de l’Histoire réelle, les événements qui ont secoué les États-Unis, lors de ce printemps de 1968. Les données historiques nous éclairent un peu plus sur la vie de l’époque, et sur la difficile cohabitation entre Noirs et Blancs, dans la ville de Memphis en 1968.
A propos de l’assassinat de Martin Luther King, l’auteure met en doute la théorie du tueur solitaire, et  s’oriente plutôt vers la thèse du complot.
Dans le contexte de la grève et des protestations qui aboutiront à l’assassinat de  Martin L. King, La route de tous les dangers combine les thèmes de la politique, du racisme, de la trahison et de l’amour déçu. Kris Nelscott nous donne une fascinante leçon d’histoire et porte un regard lucide sur ces gens qui vivent dans la même ville, séparés par la couleur de leur peau, la colère et la peur.
Ce roman, paru pour la première fois en France en 2005, et en 2018 pour la présente mouture, méritait bien une seconde chance. Je remercie vivement mon ami Pierre de l’excellent blog Blacknovel, de me l’avoir mis entre les mains, pour ce qui fut un très bon moment de lecture.

Éditions L’aube Noire, 2018

4ème de couv :

« Normalement, je suis celui qui sait interpréter les indices, celui qui gagne sa vie à rassembler les morceaux disparates du puzzle. Je savais qu’il allait arriver quelque chose, mais je ne me suis jamais douté que ce quelque chose, ce serait la mort de Martin Luther King. »
Nous sommes en 1968: Smokey Dalton est détective privé, installé à Memphis. Il est Noir. Alors que le pasteur le plus célèbre d’Amérique est assassiné, une riche Blanche débarque dans le bureau et la vie de Smokey: elle voudrait savoir pourquoi sa mère a décidé de lui léguer, à lui, une part de son héritage. Entre secrets de famille, tensions raciales et violences policières, ce polar admirablement mené offre une part d’Amérique.

L’auteure :

Kristine Kathryn Rusch est née le 4 juin 1960 à Oneonta dans l’État de New York. Elle reçoit, entre autres, le prix Hugo 1994et le prix World Fantasy pour son travail d’éditrice du The Magazine of Fantasy & Science Fiction, ainsi que le prix Locus du meilleur roman court 1992 pour la nouvelle La Galerie de ses rêves (The Gallery of His Dreams) et du meilleur essai. Elle écrit de nombreuses nouvelles de science-fiction et de fantastique avant de se lancer dans la fantasy avec son grand cycle des Fey. Elle vit avec son mari, l’écrivain Dean Wesley Smith, dans les montagnes de l’Oregon.
« La route de tous les dangers » est le point de départ d’une série avec le personnage de Smokey Dalton.

Janis Otsiemi – Le festin de l’aube

Libreville, Gabon : Tard dans la nuit, sous une pluie battante, le lieutenant Boukinda rentre chez lui après une fête de mariage. Soudain, une forme surgit de la nuit et il ne peut éviter le choc. Il descend de voiture et découvre qu’il a heurté une jeune femme. Le visage ruisselant d’eau et de sang, elle est presque nue, seulement vêtue d’un slip. Il la conduit immédiatement aux urgences de l’hôpital, ou elle est immédiatement prise en charge.
Le lendemain, Boukinda, choqué par cet accident, va prendre des nouvelles de la jeune inconnue.
Le médecin qui s’est occupé de la jeune femme, lui annonce qu’elle est décédée dans la nuit. Les marques qu’elle portait sur le corps attestaient des sévices subis : elle a été ligotée, sauvagement violée, et porte sur le corps des marques de brûlures de cigarette. La mort a été causée par de multiples morsures de vipère.
La même nuit, un camp militaire voisin est la cible d’un vol. Les malfaiteurs emportent avec eux une importante quantité d’armes, de détonateurs et d’explosifs.
Quelques jours après, un fourgon de la BEAC (Banque des États de l’Afrique Centrale) est attaqué en pleine ville, bloqué par une voiture piégée et arrosé à l’arme lourde. Une opération sanglante, et cinquante millions de francs CFA envolés dans la nature. Le mode opératoire suggère la piste du grand banditisme, les premières conclusions démontrant bien vite que les armes et explosifs volés ont servi à ce braquage.
Les deux enquêtes,  l’une confiée à la Gendarmerie et l’autre à la PJ vont finir par se rejoindre, et mettre à jour un complot visant la tête de l’État.

Depuis ses premiers romans, Janis Otsiemi nous fait découvrir son pays et sa capitale, toujours gangrenés par les mêmes maux, hérités de la Françafrique : La pauvreté et la corruption sont omniprésentes, le clanisme et le népotisme  érigés en institution.

« – Je croyais que le colonel avait déjà une secrétaire !
La remarque était pleine d’ironie. Ella le comprit. Koumba le comptait parmi ceux qui léchaient les bottes du colonel Essono et bénéficiaient de ses largesses depuis que celui-ci était arrivé quatre ans plus tôt à la tête de la PJ. Et en bon tribaliste comme on en croisait dans toutes les administrations publiques du bled, Essono, pour asseoir son autorité, avait recruté ses affidés parmi les originaires de son ethnie. »
                                          

Comment alors s’étonner que, depuis un demi-siècle, une même ethnie soit aux commandes du pays et s’enrichisse sans vergogne ?  Les fonctionnaires de l’armée et de la police, même les plus intègres, ont bien du mal à ne pas céder de temps en temps à la tentation.

« La guerre de succession de Papa Roméo père, décédé en juin 2009, était larvée entre ses dauphins putatifs. Et les élections présidentielles anticipées remportées par papa Roméo fils n’avaient pas liquidé le contentieux. Beaucoup de ses concurrents au sein du parti au pouvoir, qui avaient rejoint l’opposition avec armes et trésor de guerre, n’avaient pas digéré comment ce « suceur de roue », longtemps confiné à la lisière du pouvoir du vivant de son père, avait pu les coiffer sur le poteau. »

Ancré dans une réalité sociale et économique bien réelle, dans un contexte politique agité, ce roman policier à l’intrigue finement tricotée, nous dévoile les deux visages de l’Afrique : une qui aspire à la modernité et la richesse, et l’une autre plus attachée à ses racines ancestrales.
Le style est vif et abrupt, sans fioritures, dans une langue inventive, imagée, émaillée de gabonismes qui apportent au récit quelques notes d’un humour décalé.  Réjouissants aussi, les aphorismes et maximes en tête de chapitre qui renforcent « l’africanité » du récit.
Janis Otsiemi réussit à combiner dans un même roman une intrigue policière bien ficelée et le portrait subversif de la société gabonaise et de ses institutions en état de déliquescence.
Au travers d’une œuvre de fiction, c’est un constat amer sur la situation du Gabon d’aujourd’hui. C’est un roman sombre, puissant, et plein d’une humanité désenchantée, que je ne peux que conseiller aux amoureux de l’Afrique… et aux autres !
Éditions Jigal, 2018.

4ème de couv :

En pleine nuit et sous une pluie tropicale, une femme surgie de nulle part vient se jeter sous les roues de la voiture du lieutenant Boukinda. Bouleversé par ce tragique accident, il veut savoir d’où sort cette inconnue, d’autant que son décès semble suspect… Au même moment, à quelques kilomètres de là, plusieurs individus pénètrent dans un camp militaire et s’emparent de nombreuses armes et d’un stock d’explosifs. Plus tard, c’est dans une ville en ébullition, gangrénée par la violence et la pauvreté, qu’un braquage sanglant transforme le quartier en zone de guerre… Les forces de sécurité, en alerte maximum, sont à la recherche de truands visiblement déterminés. Et c’est tout à fait par hasard que ces deux affaires, apparemment sans aucun rapport, vont se télescoper et révéler un terrible complot… Sur fond de haine, de repli identitaire et de crise électorale, flics et gendarmes vont alors devoir s’épauler pour tenter de déjouer cette conspiration…

L’auteur :

Janis OTSIEMI est né en 1976 à Franceville au Gabon.
Il vit et travaille à Libreville. Il a publié plusieurs romans, poèmes et essais au Gabon où il a reçu en 2001 le Prix du Premier Roman gabonais.
Autres romans:
La vie est un sale boulot (2009)
La bouche qui mange ne parle pas  (2010)
Le chasseur de lucioles (2012)
African tabloïd (2013)
Les voleurs de sexe (2015)

Sandrine Collette – Les larmes noires sur la terre

La jolie Moe a quitté Tahiti pour suivre Rodolphe en métropole. Elle imaginait la ville, les lumières et la fête, loin de l’avenir étriqué que lui réservait son île.
Une fois arrivée « au pays », la réalité s’avère toute autre. En fait de ville et de lumières, elle se retrouve là où la campagne commence, dans une maison sombre et humide. De princesse exotique  qu’elle était là bas, elle est ici rejetée au rang d’indésirable.  Pour Rodolphe et ses proches elle est la « colorée », la « taïpouet », entre autres amabilités.  La vie même avec Rodolphe n’a rien de romantique. Après son travail, abruti de fatigue et d’alcool, il  s’endort devant la TV.
Sa grand-mère est hébergée chez eux, une vieille carne, clone de « Tatie Danielle »,  qui joint ses reproches à ceux de Rodolphe. Entre les ménages que fait Moe à l’extérieur pour gagner un peu d’argent,  et les soins donnés à la vieille, toilettes et escarres, le temps s’écoule, d’une lugubre monotonie.
Pour échapper à ce quotidien, et devant le peu d’intérêt que lui manifeste son compagnon, Moe commence à sortir le soir, fréquente les bals, jusqu’à se retrouver enceinte d’un amant de rencontre.  Avec la naissance de l’enfant, Rodolphe ajoute la violence physique à la violence verbale et après les insultes, viennent les coups.

Moe quitte alors la maison pour aller habiter chez Réjane, la fille d’une dame chez qui elle faisait des ménages. Au bout de quelques semaines,  Moe n’ayant toujours pas trouvé de travail, Réjane la met dehors. Sa descente aux enfers se poursuit, jusqu’au soir où, simplement pour trouver un abri pour elle et son enfant, elle se réfugie aux urgences de l’hôpital. Elle voulait seulement se mettre au chaud pour quelques  heures. C’est là que les services sociaux vont les prendre en charge, pour les placer d’office dans un centre d’accueil.

« Vous qui entrez ici, laissez toute espérance ».
Ces quelques mots de la Divine comédie de Dante illustrent fort bien ce qui attend Moe et son enfant. La « ville-Casse », emplacement 2167. C’est là, au milieu de carcasses de voitures, que se retrouvent Moe et son enfant, dans ce centre d’accueil social. Leur logement est une épave de Peugeot 306, dont les portes ne sont pas verrouillées, laissant leurs maigres possessions à la merci des chapardages.

« Avec tout ce qu’on fait pour les gens comme vous, et jamais d’efforts, et jamais de reconnaissance, quand son tour arrive, elle ne dit rien pour ne pas fâcher la dame de mauvaise humeur, juste bonjour, c’est tout. La grosse l’observe par en dessous. Moe ne sait pas encore qu’ici les habitants la haïssent. L’appellent la Chiasse, parce qu’ils racontent qu’un jour elle s’est tant mise en rage contre des nouveaux arrivants qu’elle s’en est fait dessus, rouge et violette et noire de fureur, avec cette méchanceté dans le sang, à ne pas croire, une teigne, une hargneuse, cette femme-là. »

Centre d’accueil ou bien prison ? La différence n’est pas si grande. Pour subvenir à leurs besoins, et payer leur loyer les résidents sont obligés de travailler dans une entreprise de maraîchage voisine pour un salaire horaire de 80 centimes d’Euro.

Là elle rencontre d’autres femmes à qui la vie n’a pas fait de cadeau : Ada la vieille afghane, à qui le statut  d’herboriste et aussi de guérisseuse vaut de vivre à peu près tranquille dans ce camp, et de bénéficier d’une certaine protection pour  sa « famille ». Il y a Poule, rescapée des attentats de 2015 où son mari a été tué, et échouée ici après une longue errance dans toute l’Europe avec sa roulotte.
Jaja l’arabe, enfant maltraitée, abandonnée par sa mère aux soins de sa grand-mère, qui finira par fuir la maison, pour suivre une troupe de cirque, goûter à la drogue, finir par faire la « mule » et se retrouver emprisonnée en Thaïlande. Marie-Thé, l’Haïtienne, adoptée à l’âge de 6 ans par un couple de bourgeois Français, dans le seul but d’en faire leur bonne à tout faire, ce qu’elle sera pendant plus de dix ans.
 Nini Peau de chien, qui arrondit son pécule en se prostituant pour 3 euros la passe, dans l’espoir d’amasser assez d’argent pour pouvoir  quitter le camp. Toutes vont accueillir Moe et son enfant dans leur communauté.

Dans cet univers sordide d’une rare violence, fait de misères physiques et morales, ces femmes exploitées, démunies de tout, vont retrouver le sentiment d’appartenance à une famille, sur laquelle veille la vieille Ada. Au milieu de toute ce triste quotidien, le simple partage de rochers au chocolat prend des allures de fête et les emplit d’une joie enfantine et immense.
« L’orage les met à nu et les exhibe, quand les gardiens passent à côté ils regardent. Et elles superbes dans leur fierté si vulnérable, tête haute et les yeux ailleurs, repliées sur elles ces dangereuses silhouettes de femmes, les tentatrices, les salopes, c’est ce qu’ils disent quand ils en déshabillent une, elles savent qu’il faut rester ensemble, s’ils s’approchent elles crieront, des hurlements à casser les pare-brise des épaves, ils n’oseront pas. »

Ce centre aux allures de prison fonctionne selon un système de quasi-esclavage moderne. Les résidents travaillent dans les champs pour 6,40 euros par jour. Pour quitter le centre, ils doivent s’acquitter d’un droit de sortie de 15000€, une somme astronomique que peu d’entre eux auront la chance de pouvoir réunir.

Au travers de ces magnifiques portraits de femmes, inoubliables et attachantes, dont les trajectoires  individuelles forment la trame de ce roman, l’auteur brosse un portrait bien pessimiste de notre société : travail forcé, racket ou prostitution à la chaîne, tels sont les maux auxquels elles sont confrontées.  Et dans toute cette noirceur, peuvent malgré tout poindre  ça et là quelques fugaces lueurs d’espoir, vite mouchées par la réalité du quotidien.

Pour ce roman, l’auteure s’est inspirée de personnages qu’elle a croisés dans sa vie. Elle leur rend hommage, d’une plume magistrale, dans cette histoire extrêmement dure, d’un noir absolu.
C’est un roman d’anticipation qui a le mérite de donner un coup de projecteur sur des réalités déjà existantes, et qui nous met en garde contre des dérives toujours possibles de notre société.

D’une grande force émotionnelle, qui vous laisse une sensation d’inconfort et un zeste de mauvaise conscience, c’est un roman absolument bouleversant.
Pour moi le premier coup de cœur de cette année 2018.
Je recommande chaudement !

Éditions Denoël, 2017.

4ème de couv:

Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse». 
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir. 
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser. 
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix? 

L’auteure:

Sandrine Collette  est Française, née à Paris en 1970 . Docteur en Sciences politiques, Elle partage sa vie entre l’université de Nanterre et son élevage de chevaux dans le Morvan.
Ses romans parus à ce jour sont :
Des nœuds d’acier – Grand prix de littérature policière 2013,
Un vent de cendres (2014)
Six fourmis blanches (2015)
Il reste la poussière
  (2015) Prix Landerneau du polar 2016

Philippe Setbon – Il et moi

Constantin Lepage, dit « Costa » : un putain d’acteur, selon ses proches. Mais voilà, ce putain d’acteur est maintenant réduit pour gagner sa vie à faire des doublages de télénovelas brésiliennes ou des pubs à la radio. Jean-Louis Rey, un de ses amis de longue date, écrivain et scénariste, se trouve lui aussi dans le creux de la vague.
De plus, son éditeur Willy Willemetz, contrairement à un engagement qu’il avait pris, vient de lui refuser la publication d’un roman. Dans la conversation animée qui s’ensuit avec Jean-Louis, Willy est amené à parler de sa femme Irène qui veut divorcer, prendre ses enfants à l’étranger et le dépouiller, euro après euro.

« Tu te rends compte ? Il paraît qu’elle est déjà en négociation pour une maison sur pilotis à Malibu. Cette salope est complètement malade ! Si je pouvais la tuer ! La tuer ! Tu n’imagines pas avec quel plaisir… Quel bonheur… Quel soulagement…
– C’est faisable, le coupa Jean-Louis d’une voix calme et posée. »

Cet échange va faire germer dans le cerveau de Jean-Louis l’idée d’une mystification aux dépens de Willy, et l’occasion  de le délester de quelques milliers d’euros. Il s’en ouvre à son ami Costa, qui les met en rapport avec Henk Van der Weld, un soi-disant tueur à gages, pour supprimer Irène.

Irène meurt quelques jours après. Sa mort a toutes les apparences d’un suicide. La mystification à l’égard de Willemetz s’avère d’une vraisemblance que Jean-Louis et Costa n’avaient pas prévue. La situation leur échappe alors complètement, les laissant impuissants, observateurs plus qu’acteurs de la marche inéluctable du destin.

Après ce premier contrat, les événements se bousculent et Costa va être amené à faire encore appel à Henk Van der Weld, qui gagne en efficacité dans son rôle de tueur, prenant encore plus d’assurance et d’initiative, allant même jusqu’à s’affranchir de la tutelle de Costa.

Au long des chapitres, les cadavres s’accumulent, Et arrivé à ce point, le lecteur se demande qui, dans ce jeu macabre, tire les ficelles. Costa a-t’il toujours le contrôle de la situation ? Ou bien est-ce Van der Weld qui échappe à son commanditaire ?

Dans un style très dynamique, l’auteur déroule son intrigue, découpée en des chapitres courts qui contribuent au rythme de l’ensemble. Sa formation de graphiste et de scénariste n’est pas étrangère au fait que son récit soit très visuel, piqué par endroits de petites pointes d’humour, comme pour alléger la noirceur du propos.
Ses personnages sont bien marqués et psychologiquement bien dessinés. Ils ont des sentiments et des réactions qui les rendent proches de vous ou moi, très humains en somme, avec ce que cela suppose comme qualités, mais aussi comme défauts.

Ce roman très noir nous met aux prises avec la complexité de l’esprit humain, en proie à des pulsions de violence et de mort, à travers la trajectoire d’un homme qui bascule dans la folie meurtrière, allant crescendo vers l’inéluctable dénouement dramatique.

Cette dernière publication d’un auteur aux multiples facettes m’a donné l’occasion d’une très agréable lecture.
Éditions TohuBohu, Janvier 2018.

4ème de couv :

D’un côté, Constantin Lepage, dit Costa, un « putain d’acteur » pour sa femme et ses amis, un peu aigri et alcoolo.
De l’autre Henk Van der Weld, un nom batave qui sonne comme un pseudo, une fine moustache, des lunettes teintées, un bon sourire.
Une rencontre impossible mais quelques points communs. Et surtout une question lancinante :
Mais qui a tué ?

Avec Il et moi, Philippe Setbon emmène le lecteur dans les espaces incertains d’un cerveau assassin, jusqu’à lui couper le souffle.

L’auteur :

Philippe Setbon, né en 1957, débute comme auteur et dessinateur de de B.D dans les revues Pilote et Métal Hurlant avant de bifurquer vers le cinéma. Il signe les scénarios de plusieurs longs métrages comme Détective de Jean-Luc Godardou Mort un dimanche de pluie, réalise Mister Frost puis se consacre à la télévision. Il écrit de nombreux téléfilms et séries dont Les Enquêtes d’Héloïse Rome, Fabio Montale, Franck Riva, etc… Il en réalise lui-même une vingtaine dont la minisérie à succès Ange De Feu.
Il est également l’auteur d’une douzaine de romans chez Rivages, Flammarion, Buchet-Chastel et aux Éditions du Caïman.

Thomas H. Cook – Danser dans la poussière

Dans sa jeunesse, Ray Campbell a séjourné un an au Lubanda comme travailleur humanitaire. Lors de ce séjour en Afrique, il a rencontré Martine Aubert, qui exploitait seule avec Fareem, un employé indigène, la ferme de son père. Née au Lubanda, Martine était Lubandaise et le revendiquait, avec tous les risques que cela pouvait entraîner.

Ray tombe amoureux d’elle, et pris dans l’accélération des événements, va commettre une fatale erreur d’appréciation. Son incapacité à comprendre l’attachement de Martine envers son pays finira par causer la mort de celle-ci. Ray, au bout de son contrat, et dévasté de chagrin, rentrera aux États-Unis.

Vingt ans plus tard, il apprend que Seso Alaya a été assassiné à New York. C’est le collaborateur que lui avait assigné Bill lors de son premier séjour en Afrique. Il a été torturé avant d’être tué, et l’on suppose qu’il était venu en Amérique délivrer un message.
A la demande de Bill, Ray retourne donc au Lubanda pour éclaircir les motifs de la mort de Seso, et aussi de Martine.

A plus de vingt ans d’intervalle, nous voyons évoluer Ray, du jeune homme idéaliste qu’il était lors de son premier séjour au Lubanda, jusqu’à l’homme qu’il deviendra, bien des années plus tard, marqué par le poids de la perte subie, et celui de sa propre responsabilité dans cette perte.

« Je suis sur le point de lui raconter ce rêve et que par mon imprudence je l’ai trahie. Comment, ici même, à Rupala, voilà vingt ans, j’ai fait rouler les dés pour cette femme pas même présente à la table de jeu, et comment, sur le résultat de ce lancer, un cœur bien plus courageux et bien plus intelligent que le mien a été perdu. »

Pour ce roman, Thomas H Cook délaisse un temps son Amérique natale et nous transporte au Lubanda, un pays imaginaire qu’il a créé de toutes pièces, mais bien représentatif de nombre d’états d’Afrique subsaharienne, toujours en balance entre traditions, coutumes tribales, corruption endémique et une aspiration bien légitime au progrès. Autant de facteurs qui alimentent l’instabilité des ces pays qui basculent régulièrement de fausses démocraties en vraies dictatures.

Selon un procédé dont il est coutumier, Thomas H Cook débute son histoire dans le temps présent, avant d’en dérouler le fil, par de multiples allers et retours dans le passé. Ses personnages sont pleins d’humanité, chacun d’entre eux ayant sa part d’ombre et de lumière. Au milieu d’eux, pivot autour duquel s’articule l’histoire, l’indomptable Martine Aubert, héroïne solaire, attachée à sa terre et à son pays, est absolument éblouissante.

« Les gens dansaient tout autour et, parmi eux, je reconnus Martine. Elle semblait baigner dans son élément, radieuse dans l’éclat de cette flambée, balançant sa longue chevelure d’avant en arrière, ses bras pâles fendant l’air obscur. Elle tournait lentement sur elle-même, levant et abaissant les bras, exécutant la même danse que les autres femmes autour d’elle, sensuelle, tellurique, avec une expression à la fois joyeuse et sereine. »

C’est un roman noir, mais aussi un roman d’amour, un roman politique, sur les conséquences de la colonisation, sur la difficulté de concilier le modernisme et les traditions.
C’est l’occasion aussi de pointer du doigt les limites de l’aide humanitaire qui se trouve confrontée à la dure réalité du terrain. La difficulté majeure consiste à concilier le modèle que nous connaissons aux besoins des pays que l’on veut aider. On ne peut, d’un coup de baguette magique, imposer un modèle de civilisation « prêt à l’emploi » à des populations qui ne sont visiblement pas adaptées, ni disposées à le recevoir.

« Les crimes commis au nom du mal sont très connus dans l’Histoire. Ce sont les crimes commis au nom du bien qui, le plus souvent, ne laissent pas de trace. » (Martine Aubert, « Lettre ouverte aux amis étrangers »).

D’une prose brillante, Thomas H. Cook nous dépeint les paysages, les habitants, les rites et les coutumes d’un Lubanda de fiction, qui devient diablement réel à nos yeux. La fin dramatique de l’histoire nous est déjà connue, mais qu’importe. Le talent et le savoir-faire de l’auteur ont la vertu de nous rendre captifs, dans l’attente de la révélation du pourquoi et du comment, qui nous seront délivrés en un ultime rebondissement.

Son écriture d’une grande sensibilité est toujours empreinte de poésie, magnifiquement rendue par la traduction de P. Loubat-Delranc.
Ce roman sonne aussi à mes yeux comme une sublime déclaration d’amour à l’Afrique et la scène de fin, comme un accomplissement, est d’une touchante beauté.
Avec « Danser dans la poussière », ce grand monsieur de la littérature contemporaine qu’est Thomas H. Cook signe là encore un très grand roman.

Éditions du Seuil, 2017

4ème de couv :

Dans les années 1990, Ray Campbell s’installe au Lubanda, État imaginaire d’Afrique noire, pour le compte d’une ONG.
Sa vision de ce que devrait être l’aide occidentale ne rencontre pas l’approbation de Martine Aubert, née et établie au Lubanda, pays dont elle a adopté la nationalité. Elle y cultive des céréales traditionnelles dans la ferme héritée de son père belge, et pratique le troc. Tant que règne le bon président Dasaï, élu démocratiquement, Martine vit en harmonie avec la population locale. Mais tout bascule quand des rebelles instaurent un régime de terreur : elle devient alors une étrangère « profiteuse ». Sommée de restituer ses terres ou de partir, elle se lance dans une lutte vaine contre le nouveau pouvoir en place avant d’être sauvagement assassinée sur la route de Tumasi. Campbell, amoureux transi de l’excentrique jeune femme, rentre en Amérique.
Vingt ans plus tard, devenu le florissant patron d’une société d’évaluation de risques, il apprend le meurtre, dans une ruelle de New York, de Seso, son ancien boy et interprète. Voilà qui rouvre de vieilles plaies et ravive plus d’un souvenir brûlant. Ayant établi que Seso détenait des documents relatifs à la mort de Martine, il retourne au Lubanda pour confronter les coupables.

L’auteur :

Né en 1947 en Alabama, Thomas H. Cook a quitté à dix-sept ans sa petite ville pour New York, qui le fascinait. Devenu professeur d’histoire, et secrétaire de rédaction au magazine Atlanta, il est l’auteur de vingt-cinq romans policiers troublants.
Ses romans, réputés pour leur finesse psychologique, privilégient les thèmes des secrets de famille, de la culpabilité et de la rédemption.
Il partage son temps entre Cape Cod et Culver City.

 

Gaëlle Perrin-Guillet – Soul of London

C’est dans le quartier de Marylebone, à Londres, que nous transporte Gaëlle Perrin-Guillet, en cet hiver de 1892.
Henry Wilkes, inspecteur de police, handicapé depuis qu’il a été renversé par un fiacre, ne peut plus se rendre sur le terrain à cause de sa jambe blessée. Il doit à l’amitié d’Andrew Parker, son chef de service, de ne pas avoir été congédié pour incapacité. Il lui a même attribué un bureau d’où, dans la totale indifférence, voire la moquerie de ses anciens collègues, il s’occupe d’enquêtes mineures.
« Après quelques foulées laborieuses, sa jambe commença à se dégourdir et sa démarche s’en trouva allégée. Henry savait qu’un jour, cette canne dont il ne pouvait pas se passer deviendrait un objet de snobisme plus qu’une jambe de secours. Et ce jour-là, il pourrait renaître. En attendant, il s’obligeait à arpenter les trottoirs. Quand la douleur devenait trop forte, il s’asseyait sous un porche quelques minutes, puis claudiquait jusque chez lui où il s’effondrait dans son lit.  Aujourd’hui, il se sentait bien, prêt à battre le pavé. »

Il a recueilli chez lui Billy Bennett, un orphelin parmi les milliers que compte Londres. Ce jeune garçon, vif et intelligent, l’assiste dans sa vie de tous les jours et dans ses enquêtes. Sa connaissance du terrain, son sens de l’observation, alliés à un coup de crayon très sûr sont pour Wilkes une aide précieuse.
Dans les tunnels du métro, on retrouve des cadavres de chiens affreusement mutilés, le crâne ouvert. Ce dossier jugé secondaire, ne pouvait bien sûr échapper  à Wilkes.

Un soir se présente à sa porte une certaine Alice Pickman, qui vient demander à Wilkes d’enquêter sur le meurtre de sa sœur Emily, infirmière à l’hospice, retrouvée morte dans un quartier mal famé.
Wilkes n’est pas insensible à la détresse d’Alice et, à titre non officiel accepte de se charger de l’enquête. Bennett et lui devront agir en toute discrétion, afin de ne pas ébruiter l’affaire car les habitants de Londres ont encore en mémoire les jours sinistres où Jack l’Éventreur sévissait dans la capitale, et il s’en faudrait de peu que la psychose gagne à nouveau la population.

J’ai trouvé à ce roman le goût suave et sucré des bonbons anglais que j’adore. Il m’a fait penser à l’univers d’Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes. L’ambiance du Londres de l’époque victorienne est très bien rendue. Le duo très improbable que forment l’inspecteur Wilkes et Bennett l’ex-gamin des rues inspire instantanément la sympathie. Les autres personnages, bien dessinés, sont tout à fait dignes d’intérêt, parmi lesquels Alice Pickman pour qui Henry Wilkes semble éprouver une certaine inclination.
« – Tu me prends pour Sherlock Holmes, Billy ? Combien de fois devrai-je te dire que cet homme n’existe pas et que personne ne peut deviner autant de choses rien qu’en regardant des gouttes de pluie sur un pantalon ?
– Alors, comment avez-vous…
Ah ! Je sais ! Vous êtes un fieffé coquin, monsieur! Vous m’avez vu, tout simplement ! »

Au travers de l’intérêt que porte Wilkes au feuilleton publié dans « Le Strand », dont l’auteur est un certain Conan Doyle, j’ai bien aimé le petit clin d’œil à Sherlock Holmes, dont l’ombre tutélaire semble planer au dessus cette histoire.
Le Londres du XIXème siècle, dans lequel évoluent Wilkes et Bennett est plus lisse, moins glauque et sordide que l’on ne pourrait s’y attendre.
Le style et l’écriture sont fluides, d’une élégante simplicité, sans aucune préciosité et d’une extrême justesse de ton.
Le scénario et l’intrigue sont bien structurés, les différents rebondissements bien amenés, jusqu’au twist final, que je n’ai pas su anticiper.
J’ai trouvé la lecture de ce « Soul of London » particulièrement plaisante et, ma foi, je referai bien un bout de chemin en compagnie d’Henry Wilkes et de William Bennett, s’il leur prend l’envie de me convier à leur prochaine enquête.
Un polar au goût « so british », I like it !

Éditions Fleur Sauvage, 2016

4ème de couv :

Londres, 1892. Londres, 1892. Un climat de peur. Un flic qui boîte et un jeune orphelin.
Tous deux face à un meurtre… … dont il ne fallait plus parler.

 

 

 

L’auteure :

La petite quarantaine, vivant sur Lyon, Gaëlle Perrin-Guillet auto-publie deux romans (« Le sourire du diable » et « Au fil des morts ») avant de participer à deux recueils des Auteurs du noir face à la différence (éditions JIGAL et L’atelier Mosésu). Viendra « Haut-le-Choeur », publié aux Éditions Rouge Sang, qui obtint le Prix du Polar 2014 Dora Suarez.
« Soul of London » est sa première publication chez Fleur Sauvage.
« Black past », la deuxième enquête du duo Wilkes-Bennett, est à paraître le 14 février 2018.