Dominique Sylvain – L’Archange du chaos

Je connaissais l’écriture de Dominique Sylvain pour avoir lu quelques-uns de ses romans mettant en scène Lola Jost et Ingrid Diesel qui, au-delà de l’enquête policière, démontraient une certaine fantaisie, voire légèreté.
Avec ce nouveau roman, elle entre dans un univers plus noir…

Le corps d’une femme est découvert dans les caves d’un chantier en construction. La cruauté des sévices, tortures, langue sectionnée, contraste avec la position dans laquelle on a retrouvé le corps : paisible, les mains jointes sur la poitrine, à la manière d’un gisant.

L’enquête est confiée au groupe Carat, qui connait des jours difficiles. Sa cohésion est battue en brèche depuis que Carat a dénoncé un de ses adjoints pour alcoolisme et l’a soumis à une obligation de soins. Les autres membres de son groupe connaissent une baisse de motivation évidente, l’un en raison d’une prochaine paternité, l’autre de son prochain départ en retraite.

La jeune lieutenant qu’on lui affecte, Franka Kehlmann, une protégée de sa commissaire divisionnaire, arrive de la brigade financière, et a des lieues donc de l’univers de la Crime. La cohabitation entre les deux ne va pas aller sans heurts.
Les premières découvertes de l’équipe les amènent à interpeller un ouvrier du chantier, qui sera rapidement libéré, tant il devient vite évident que des indices ont été déposés chez lui pour l’incriminer…

Les résultats de l’autopsie révèlent que la victime a été torturée puis soignée. Cette constatation conduit les enquêteurs sur la piste religieuse, notamment celle de l’ordalie, pratique datant du moyen âge, sorte de jugement de Dieu. D’autres morts, suivant le même schéma, s’ajoutent à la première, sans que l’on puisse établir un lien entre elles.

« Tu baigneras dans la lumière. Tu seras noyée dans l’étang de feu. »
Ces quelques extraits de l’apocalypse, retrouvés près des cadavres, orientent l’équipe d’enquêteurs vers la piste religieuse.

« Quand il ouvrit le sixième sceau, il se fit un violent tremblement de terre. Le soleil devint noir comme une étoffe de crin, et la Lune entière comme du sang. Les étoiles du ciel tombèrent sur la Terre, comme fruits verts d’un figuier battu par la tempête. Le ciel se retira comme un livre qu’on roule, toutes les montagnes et les îles furent ébranlées »… « Je suis l’Alphe et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Commencement et la Fin. »

Entre le commandant Carat et Franka Kehlmann, les débuts sont plutôt difficiles, mais au fur et à mesure que l’enquête avance, ils se découvrent peu à peu et apprennent à s’apprécier, et à se découvrir. Ils ont chacun leur fardeau à porter, Colin Mansour pour Carat, et Joey le jeune frère fantasque de Franka. En plus, apparaît dans l’histoire le père de Franka, qu’elle surnomme « le chacal », en tant qu’expert sur les pratiques religieuses et l’ordalie. Ce père qu’elle rend responsable du suicide de sa mère et avec lequel elle est brouillée. On conviendra que ce n’est pas fait pour lui apporter la sérénité d’esprit qu’exige cette enquête si compliquée…

Le style est percutant, les dialogues sont vifs et bien ciselés. Intercalés dans le scénario, des chapitres de quelques lignes, du point de vue du tueur, citant les Écritures, occasionnent une rupture de rythme, mais ne nous éclairent guère sur ses motivations. J’ai davantage été intéressé par les rapports humains assez complexes qui se nouent entre les personnages, que par l’enquête policière elle-même, entre historique et mystique, même si elle aborde des aspects sur des pratiques religieuses anciennes dont je pense qu’elles sont peu connues.

A la fin du roman, le dernier chapitre me paraît quelque peu superflu. A moins que ce soit une préparation à de futures enquêtes du duo Carat- Kehlmann !!!
Si c’est le cas, je suivrai leurs nouvelles aventures avec plaisir, comme ce fut le cas pour cet opus, un bon moment de lecture.

Éditions Viviane Hamy, (2015)

 

4ème de couv :

larchange-du-chaosLe commandant Carat – un sosie de Lino Ventura – doit débusquer le meurtrier qui sème l’horreur dans Paris et sa banlieue. Et ce, à un moment où il peine à motiver son groupe, qui a hérité d’une nouvelle recrue, le lieutenant Franka Kehlmann, protégée de la divisionnaire.
L’adversaire, redoutable, semble croire en la justice divine. Détail troublant : il anticipe tous les mouvements de la police. Jusqu’au jour où l’enquête bascule…

La femme repose dans le choeur. Qui est la Bête de nous deux ? Hein ?
Idiote. Je vais t’apprendre.
L’archange est celui qui sait sans réfléchir. Il est le peseur d’âmes. Le milicien du Très-Haut. Il ne craint jamais de lever son glaive, même au-dessus de l’agneau, car l’âme de l’innocent ne se détecte pas sans efforts.
Rien dans ce monde n’est ce qu’il paraît.

La collaboration de Bastien Carat et de Franka Kehlmann fait des étincelles tandis qu’ils explorent l’histoire universelle des châtiments infligés par l’homme, décryptent les destins, fouillent les âmes. L’Archange du chaos, porté par un style détonant, explose les codes du thriller et frappe très fort.

L’auteure :

DominiqueSylvain

Dominique Sylvain, née en 1957, est une écrivaine française de romans policiers et de romans noirs.

Elle a été journaliste indépendante pour Le Journal du dimanche, puis journaliste d’entreprise et responsable du mécénat dans la sidérurgie (groupe Usinor).

Elle a reçu le Prix Sang d’encre en 2000 pour Vox, le prix Michel-Lebrun en 2001 pour Strad, le Grand prix des lectrices de Elle 2005 pour Passage du Désir et le Prix du meilleur polar français 2011 décerné par la rédaction du magazine LIRE pour Guerre sale.

Ses romans ont tous été publiés aux Éditions Viviane Hamy, dans la collection Chemins nocturnes.

(Source : Wikipédia)

Frédéric Lenoir et Violette Cabesos – La promesse de l’ange

Lors d’un week-end romantique surprise, Johanna, une jeune archéologue, ressent un certain malaise dès qu’elle s’aperçoit de l’endroit où la conduit son compagnon. L’année de ses sept ans, lors de vacances au Mont St Michel, elle a fait pour la première fois un rêve dans lequel elle voyait l’image d’un moine pendu, se balançant au bout d’une corde, et d’un autre moine sans tête.
«  Alors je me rendais compte qu’il était… qu’il n’avait pas de tête… un trou noir et vide dans le capuchon relevé de sa robe… il a levé les bras, a joint les mains en signe de prière et… et une voix grave, solennelle, caverneuse, a dit en articulant chaque syllabe comme une sentence de Jugement dernier : « Ad accedendum ad caelum, terram fodere opportet. » (Il faut fouiller la terre pour accéder au ciel).  Les pierres de la chapelle renvoyaient l’écho de ces mots insolites… »

Ce rêve reviendra à plusieurs reprises, et de là va naître sa passion pour l’archéologie, dans un désir irrationnel de retrouver ce moine sans tête, et un sens à ce rêve récurrent.
Affectée à un chantier de fouilles sur le site de l’Abbaye bénédictine de Cluny, elle est nommée pour un remplacement à la tête d’un programme de fouilles sur le site du Mont St Michel. Elle voit cette nomination comme une chance qui lui est donnée de trouver une explication à ces images du passé.

Mille ans plus tôt, Pierre de Nevers et son élève, Frère Roman, sont en charge de bâtir l’abbatiale bénédictine, « la demeure de l’archange », sur le Mont St Michel.
Frère Roman, agressé et laissé pour mort par des pillards qui essayaient de rançonner des pèlerins, est recueilli et soigné par Moïra, une étrange guérisseuse qui le ramène à la vie, et entre ces deux âmes va naître un amour profond, amour que Roman aura du mal à assumer, dans un premier temps, tout entier voué qu’il est à sa mission de bâtisseur, et son état de moine bénédictin.

Du Moyen-âge à nos jours, ce roman absolument foisonnant couvre mille ans d’histoire. C’est une mine d’informations sur les différentes étapes de la construction du Mont St Michel, et les lieux de culte qui s’y sont succédé, en un inexorable empilement, jusqu’à devenir « la Merveille » que nous connaissons. L’auteur nous décrit par le menu des endroits du Mont inaccessibles aux visiteurs.

Admirablement documenté et d’une grande érudition, ce roman nous fait voyager dans le temps. Au présent, parmi des archéologues passionnés, mais soumis à des impératifs budgétaires et politiques, des luttes d’influence qui brident quelque peu leur enthousiasme.
Dans le passé, dans ce Moyen-Âge religieux des bâtisseurs, au gré de la lutte des pouvoirs entre laïcs et religieux, Frère Roman se bat lui, pour protéger Moïra, qu’il aime d’un amour chaste et pur, et mener à bien la construction de l’abbatiale. Amours contrariées, jalousies, complots, trahisons, meurtres inexplicables, rien ne nous est épargné dans ce siècle qui a vu la naissance du Mont.

Johanna est orpheline d’un frère jumeau mort en bas-âge, dont elle traîne l’absence comme un fardeau. Elle se sent coupable, et ne se sent pas à sa place dans le présent. L’histoire de Frère Roman la touche au cœur, elle se sent en étroite communion avec lui, et elle souhaite ardemment connaître la fin de son histoire.
« Johanna, une part de ton âme est sœur de la mienne, encline à aimer les œuvres des hommes, plus que les hommes eux-mêmes. Tu survis mais ton cœur est abandonné, prisonnier du fantôme de ton frère, enfoui dans la crypte de ta mémoire. Tu restes entre ciel et terre et tu n’appartiens à aucun. Ce soir, Johanna, il te faudra choisir : si tu souhaites quitter la terre, l’Archange te conduira dans les nuées… »

Thriller ésotérique, métaphysique, historique et policier, ce roman souffre à mon sens d’une certaine lourdeur. Il est difficile de ne pas se perdre parmi le grand nombre de personnages impliqués dans l’histoire. J’ai, pour ma part, trouvé que la conclusion traînait un peu en longueur et que le roman eut gagné à être un peu plus allégé.

Est ce le fait d’une écriture « à quatre mains », ce roman présente par moments un certain déséquilibre. Bien souvent, l’érudition vient prendre le pas sur le romanesque. Et si par certains côtés, il peut faire penser aux « Piliers de la terre » de Ken Follett, il n’en a pas le même souffle épique.
Pour ma part, un agréable moment de lecture, sans plus.

Éditions Albin Michel, 2004

 

4ème de couv :

lapromesseRocher battu par les tempêtes, lieu de cultes primitifs sanctifié par les premiers chrétiens, le Mont-Saint-Michel est loin d’avoir révélé tous ses secrets. Au début du XIe siècle, les bâtisseurs de cathédrales y érigèrent en l’honneur de l’Archange, prince des armées célestes et conducteur des âmes dans l’au-delà, une grande abbaye romane.
Mille ans plus tard, une jeune archéologue passionnée par le Moyen Âge se retrouve prisonnière d’une énigme où le passé et le présent se rejoignent étrangement.

Les auteurs :

Frédéric Lenoir, né le 3 juin 1962 à Madagascar, est un philosophe, sociologue, conférencier et écrivain français, docteur de l’École des hautes études en sciences sociales. Il est chercheur associé à l’École des hautes études en sciences sociales depuis 1991 et producteur et animateur de l’émission Les racines du ciel sur France Culture depuis 2009. Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, il a codirigé trois encyclopédies. Ses livres, qui rencontrent un vif succès, sont traduits en plus de vingt langues.

Violette Cabesos est née le 9 mai 1969 à Valence (Drôme).
Après des études d’histoire, de lettres et de sciences-politiques, elle s’installe à Paris en 1994.
Elle est l’auteur d’un premier roman remarqué « Sang comme neige » (Editions Plon, 2003). Co-auteur avec Frédéric Lenoir de « La promesse de l’ange » (Albin Michel, 2004), suivi de « La parole perdue » (Albin Michel, 2011).