Gilles Vincent – Djebel

10400774_885043804844872_1229128013295815397_n4ème de couv.

Pendant des décennies, ils ont enfoui leurs lourds secrets…
Mars 1960 en Kabylie, le jeune appelé Antoine Berthier achève à l’aube sa dernière garde avant d’être libéré et pouvoir enfin retrouver ses parents et sa sœur jumelle qui l’attendent sur le continent. Quelques jours plus tard, sans aucune explication, il se donne la mort sur le bateau du retour.

En septembre 2001, on découvre à Marseille, les corps sans vie de plusieurs de ses anciens compagnons d’armes. Très vite, Aïcha Sadia, jeune femme d’origine kabyle, aujourd’hui commissaire, et Sébastien Touraine, ex-flic à la dérive, désormais détective, vont remonter les traces de l’Histoire…
Entre les errances d’alors et les rancœurs d’aujourd’hui, ils vont découvrir que des deux côtés de la Méditerranée les mémoires saignent encore…

Ce que j’en pense:

Sébastien Touraine, ex-flic de la brigade des stups reconverti en détective privé, muré dans sa douleur depuis la disparition d’Emma, se voit confier par la sœur du soldat le soin d’enquêter sur sa mort. En effet, quelques jours auparavant, elle a été contactée par un ancien compagnon d’armes de son frère, qui lui a révélé que son frère n’était pas mort au combat, mais s’était suicidé.

« Un brave gosse. Pas fait pour la mort des autres et encore moins pour la donner » Elle charge donc Touraine d’aller interroger les trois anciens camarades d’Antoine. Or, tous ces témoins potentiels sont retrouvés morts avant qu’il n’ait pu les interroger. Pire encore, son logement est visité, on retrouve sa cliente égorgée à son hôtel, et coincé dans son dos, un rasoir lui appartenant.

Il n’en faudra pas plus pour en faire le premier suspect et coupable idéal. Et dès la première rencontre avec la commissaire Aïcha Sadia, on se doute bien que ça va faire des étincelles…

La recherche du tueur va nous ramener dans le passé, dans une sale guerre qui n’osait pas dire son nom, où les bourreaux se trouvaient dans chaque camp, dans les montagnes de Kabylie écrasées de soleil. Aïcha Sadia, de par ses origines, prend cette enquête très à cœur, jusqu’à commettre des erreurs de jugement dans ses analyses. Le duo avec Touraine, plus intuitif, fonctionne à merveille, et laisse prévoir de beaux lendemains.

L’écriture est vive, précise et le rythme de la narration ne nous laisse pas un instant de répit, d’un chapitre à l’autre, jusqu’à la surprise du dénouement, drôlement malin.
Avec en toile de fond, toujours le rappel de toutes les souffrances qui ont été générées par ce conflit, des deux côtés de la Méditerranée.

J’ai avalé ce livre en une soirée, comme une lampée de vieux marc. C’est fort, ça brûle quand ça passe, mais qu’est-ce que c’est bon !

Publicités

Gilles Vincent – Parjures

1471957_766853916663862_1352831896_n4ème de couv.

Aïcha Sadia, commissaire de police, est une femme désespérée depuis la mystérieuse disparition de son compagnon Sébastien au large d’une plage.

Mais quand plusieurs cadavres décapités d’ex-taulards sont découverts dans des entrepôts abandonnés de la ville, c’est elle et son équipe qui se retrouvent en première ligne.

Certains indices laissent penser que quelques extrémistes pourraient avoir trouvé là, un moyen radical de remettre la peine de mort au goût du jour.

Ce que j’en pense :

À sa sortie de prison, Abdel Charif, condamné pour meurtre puis finalement gracié, leur échappe de justesse… Et pour sauver sa peau et obtenir sa réhabilitation, il propose à Aïcha un étrange marché : elle prouve son innocence, il la mène jusqu’à Sébastien…

Manipulations, horreurs et parjures vont alors guider Aïcha dans une enquête libératrice…
Au-delà de la réflexion sur la peine de mort et la fragilité du témoignage humain (cf. l’affaire Omar Raddad), un bon roman policier à la trame classique, une intrigue multicouches, au service de personnages très humains, dans leurs qualités comme dans leurs vices.

Récit mené à un train d’enfer, avec son lot de fausses pistes et de rebondissements. Lorsqu’enfin on croit tenir la solution, un dernier coup de théâtre en forme de conclusion, dûment expliquée et détaillée, nous livre la clef de l’énigme…

Gilles Vincent – Beso de la muerte

beso de la muerte

4ème de couv.

« En parcourant les derniers mètres avant la pension, Aïcha Sadia songea aux troubles ressentis face aux crimes atroces. Elle avait appris, il y a longtemps, que ces troubles ne forment en fait qu’un habile déguisement de l’âme. La mort, se dit-elle en poussant la porte d’entrée, pareille à une vieille enjôleuse, n’en finirait sans doute jamais de fasciner les vivants… ».
Août 1936, en Espagne, on assassine Garcia Lorca, accusé de sympathie républicaine.
Août 2011, à Marseille, on découvre le corps calciné d’une femme, abandonné entre les rails. Entre ces deux morts, s’écrivent les tragédies du vingtième siècle, les secrets d’État, les coulisses de la démocratie espagnole naissante et la passion dévorante d’une jeune femme pour l’ombre du poète…

Entre ces deux âmes suppliciées, un pacte étrange, bien au-delà du temps, va profondément bousculer la nouvelle enquête de la commissaire Aïcha Sadia…

Ce que j’en pense:

Le roman commence très fort avec la description de l’exécution de prisonniers par les soldats fascistes menés par « El Capitan », « trois pauvres types et un poète, la prise de la soirée ». Le poète, homosexuel, sera exécuté de la manière la plus dégradante qui soit, en une ultime humiliation, et enterré dans cette fosse commune à Viznar. Il avait pour nom Federico Garcia Lorca, et est considéré par beaucoup comme le plus grand poète espagnol.

De nos jours : Thomas Roussel, flic fatigué et alcoolique repenti, reçoit le soir même de ses noces avec Délia Cabrini, médecin toxicologue qui l’a guéri de ses addictions, un appel au secours de Claire, son ex-compagne. Le lendemain, le cadavre calciné de Claire est retrouvé à Marseille. Les derniers mots de Claire: « El capitan, El capitan »! Sont-ils le lien qui relie ces deux meurtres, à travers l’espace et le temps ?

La commissaire Aïcha Sadia et son équipe, accompagnés de Thomas Roussel vont, de Marseille à Madrid, en passant par Montpellier et Toulouse, suivre la piste trop évidente peut-être et qui paraît avoir été tracée pour eux, par un manipulateur qui semble devancer leurs faits et gestes.

Ce polar est très bien ficelé, et s’appuie sur une documentation solide, avec un grand souci du détail et de la vérité historique, des alliances et des accords politiques de l’époque, par la mise en scène d’événements et de personnages réels, pour certains encore vivants.

L’auteur nous donne à voir des personnages profonds, complexes et tourmentés, comme Thomas Roussel, et Claire dont la passion et la quête éperdue de justice confinent à la folie. Les personnages secondaires ne sont pas négligés pour autant et, de Estéban à Joaquin Vargas et Sébastien Touraine, ont tous une certaine épaisseur.

C’est très bien écrit, pas mené sur un rythme endiablé, et malgré la complexité de l’intrigue et ses multiples ramifications, ça se lit sans difficulté car structuré en chapitres très courts. On se laisse totalement embarquer par l’auteur, pas à pas, nous prenant par la main pour nous conduire, de retournements en coups de théâtre, jusqu’aux collines de Viznar, où tout a commencé, pour un final surprenant.

Gilles Vincent nous livre là une magnifique histoire, où la passion extrême conduit à tous les excès.

Une réussite que ce roman, sur lequel souffle l’esprit de Federico Garcia Lorca, symbole du peuple d’Espagne en lutte contre toutes les oppressions, toutes les dictatures. Il ne pouvait laisser indifférent l’andalou qui est en moi, et c’est déjà un de mes gros coups de cœur de l’année !

Année de sortie : 2013

Lettre NoyelÉditeur : Jigal polar