Philippe Setbon – Il et moi

Constantin Lepage, dit « Costa » : un putain d’acteur, selon ses proches. Mais voilà, ce putain d’acteur est maintenant réduit pour gagner sa vie à faire des doublages de télénovelas brésiliennes ou des pubs à la radio. Jean-Louis Rey, un de ses amis de longue date, écrivain et scénariste, se trouve lui aussi dans le creux de la vague.
De plus, son éditeur Willy Willemetz, contrairement à un engagement qu’il avait pris, vient de lui refuser la publication d’un roman. Dans la conversation animée qui s’ensuit avec Jean-Louis, Willy est amené à parler de sa femme Irène qui veut divorcer, prendre ses enfants à l’étranger et le dépouiller, euro après euro.

« Tu te rends compte ? Il paraît qu’elle est déjà en négociation pour une maison sur pilotis à Malibu. Cette salope est complètement malade ! Si je pouvais la tuer ! La tuer ! Tu n’imagines pas avec quel plaisir… Quel bonheur… Quel soulagement…
– C’est faisable, le coupa Jean-Louis d’une voix calme et posée. »

Cet échange va faire germer dans le cerveau de Jean-Louis l’idée d’une mystification aux dépens de Willy, et l’occasion  de le délester de quelques milliers d’euros. Il s’en ouvre à son ami Costa, qui les met en rapport avec Henk Van der Weld, un soi-disant tueur à gages, pour supprimer Irène.

Irène meurt quelques jours après. Sa mort a toutes les apparences d’un suicide. La mystification à l’égard de Willemetz s’avère d’une vraisemblance que Jean-Louis et Costa n’avaient pas prévue. La situation leur échappe alors complètement, les laissant impuissants, observateurs plus qu’acteurs de la marche inéluctable du destin.

Après ce premier contrat, les événements se bousculent et Costa va être amené à faire encore appel à Henk Van der Weld, qui gagne en efficacité dans son rôle de tueur, prenant encore plus d’assurance et d’initiative, allant même jusqu’à s’affranchir de la tutelle de Costa.

Au long des chapitres, les cadavres s’accumulent, Et arrivé à ce point, le lecteur se demande qui, dans ce jeu macabre, tire les ficelles. Costa a-t’il toujours le contrôle de la situation ? Ou bien est-ce Van der Weld qui échappe à son commanditaire ?

Dans un style très dynamique, l’auteur déroule son intrigue, découpée en des chapitres courts qui contribuent au rythme de l’ensemble. Sa formation de graphiste et de scénariste n’est pas étrangère au fait que son récit soit très visuel, piqué par endroits de petites pointes d’humour, comme pour alléger la noirceur du propos.
Ses personnages sont bien marqués et psychologiquement bien dessinés. Ils ont des sentiments et des réactions qui les rendent proches de vous ou moi, très humains en somme, avec ce que cela suppose comme qualités, mais aussi comme défauts.

Ce roman très noir nous met aux prises avec la complexité de l’esprit humain, en proie à des pulsions de violence et de mort, à travers la trajectoire d’un homme qui bascule dans la folie meurtrière, allant crescendo vers l’inéluctable dénouement dramatique.

Cette dernière publication d’un auteur aux multiples facettes m’a donné l’occasion d’une très agréable lecture.
Éditions TohuBohu, Janvier 2018.

4ème de couv :

D’un côté, Constantin Lepage, dit Costa, un « putain d’acteur » pour sa femme et ses amis, un peu aigri et alcoolo.
De l’autre Henk Van der Weld, un nom batave qui sonne comme un pseudo, une fine moustache, des lunettes teintées, un bon sourire.
Une rencontre impossible mais quelques points communs. Et surtout une question lancinante :
Mais qui a tué ?

Avec Il et moi, Philippe Setbon emmène le lecteur dans les espaces incertains d’un cerveau assassin, jusqu’à lui couper le souffle.

L’auteur :

Philippe Setbon, né en 1957, débute comme auteur et dessinateur de de B.D dans les revues Pilote et Métal Hurlant avant de bifurquer vers le cinéma. Il signe les scénarios de plusieurs longs métrages comme Détective de Jean-Luc Godardou Mort un dimanche de pluie, réalise Mister Frost puis se consacre à la télévision. Il écrit de nombreux téléfilms et séries dont Les Enquêtes d’Héloïse Rome, Fabio Montale, Franck Riva, etc… Il en réalise lui-même une vingtaine dont la minisérie à succès Ange De Feu.
Il est également l’auteur d’une douzaine de romans chez Rivages, Flammarion, Buchet-Chastel et aux Éditions du Caïman.

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Philippe Setbon – Cécile et le monsieur d’à côté

« Cécile et le monsieur d’à côté » est le premier volume d’une trilogie « Les trois visages de la vengeance ».

 » Elle repassa devant la porte de Servais, trop vite pour qu’il puisse vraiment la voir, mais suffisamment pour confirmer sa première impression. Le vieux cœur du voisin s’emballa… Mais ses jambes commençaient déjà à céder sous les poids de ses cent-cinquante kilos, aussi s’éloigna-t-il de la porte pour aller préparer son petit-déjeuner. Il fit grincer le plancher disjoint et entendit la fille faire « chut ! » à ses déménageurs, de l’autre côté de la porte.
Belle et attentionnée…
Servais Marcuse détestait les dimanches. Mais pas celui-ci.. »

Après une rupture sentimentale, Cécile vient de d’emménager dans son nouvel appartement. Elle fait la connaissance de son voisin d’à côté, un charmant et serviable vieux monsieur, Servais Marcuse. Sensible à la sollicitude que lui manifeste ce sympathique grand-père, elle se laisse aller à quelques confidences, sur sa rupture, et sur le chagrin qu’elle a d’avoir dû laisser son chat Bruce chez Alain, son ex, qui ne veut pas le lui rendre. Quelques jours après, en rentrant chez elle, elle trouve Bruce, que lui a ramené Servais. Il a fermement convaincu Alain  qu’il était mieux pour lui de laisser le chat à la garde de Cécile. Et au fil des jours de leur cohabitation, tous les problèmes de Cécile se trouvent aplanis,  de manière plutôt violente, et définitive. Qui est donc ce Servais Marcuse, et pourquoi se sent-il à ce point concerné par le sort de Cécile ? 

Le problème, c’est que les expéditions punitives de Servais vont générer quelques morts violentes dans l’entourage de Cécile, qui ne vont pas manquer d’attirer l’attention de la police.

« L’enfer est pavé de bonnes intentions. », dit le proverbe. Ce très court roman est mené sans temps mort, porté par une écriture très dynamique et très visuelle. Le ton, résolument noir, mais teinté d’humour, noir lui aussi, nous fait forcément penser à ces comédies policières délicieusement rétro, où Jean Gabin aurait incarné un Servais Marcuse tout à fait crédible.

Les personnages sont bien dessinés, Servais Marcuse le papy redresseur de torts, Cécile la jeune ingénue, Nicky Lassalle la femme jalouse, Antoine Natividad le policier amoureux de Cécile. Pour moi la bonne trouvaille de ce roman est le personnage de Charley, le chauffeur de taxi et associé occasionnel de Servais, qui prend de l’importance au fil du roman.
« Charley ne se prénommait pas Charles.
Mais il n’aimait pas « Gratien » et l’avait fait savoir très tôt à ses parents. Il avait toujours eu du caractère Charley. A Bamako, il avait grandi avec divers surnoms, dont le plus durable fut « Fernandel » puisque, effectivement, il accusait une indéniable ressemblance avec l’acteur marseillais. Il était une sorte d’avatar africain affublé d’une coupe afro sortie tout droit des « sixties » de la star de « Don Camillo » ».

Le casting est assez réduit, mais largement suffisant pour que l’intrigue tienne la route et nous réserve quelques surprises et rebondissements du meilleur effet, jusqu’à sa conclusion, que l’on aurait pu souhaiter plus… morale peut-être.
Un excellent moment de lecture, pour un polar réjouissant et jubilatoire.

A recommander aux amateurs de bons petits noirs…

Éditions du Caïman, 2015

 

4ème de couv:

CécileCécile, obligée de déménager suite à une déception sentimentale aurait-elle trouvé son ange-gardien en s’installant dans le quartier des Batignolles ? Toujours est-il que ses problèmes se règlent les uns après les autres, de manière pour le moins expéditive. Simple hasard ou intervention extérieure ? Quel rôle joue son voisin, Servais Marcuse, un grand-père débonnaire qui vit dans les souvenirs d’une vie aventureuse ? Aurait-il repris du service pour les beaux yeux de sa nouvelle voisine ? L’aurait-il côtoyée dans une vie antérieure ? Il faudra attendre les dernières pages de ce roman pour dénouer les fils, découvrir les secrets et les motivations de chacun des personnages de ce nouveau polar de Philippe Setbon…

L’auteur:

Philippe Setbon, né en 1957, débute comme auteur et dessinateur de de B.D dans les revues Pilote et Métal Hurlant avant de bifurquer vers le cinéma. Il signe les scénarios de plusieurs longs métrages comme Détective de Jean-Luc Godard, ou Mort un dimanche de pluie, réalise Mister Frost puis se consacre à la télévision. Il écrit de nombreux téléfilms et séries dont Les Enquêtes d’Héloïse Rome, Fabio Montale, Franck Riva, etc… Il en réalise lui-même une vingtaine dont la minisérie à succès Ange De Feu.
Il a également signé six romans chez Rivages, Flammarion et Buchet-Chastel.

(Source : site de l’éditeur)