Janis Otsiemi – Le festin de l’aube

Libreville, Gabon : Tard dans la nuit, sous une pluie battante, le lieutenant Boukinda rentre chez lui après une fête de mariage. Soudain, une forme surgit de la nuit et il ne peut éviter le choc. Il descend de voiture et découvre qu’il a heurté une jeune femme. Le visage ruisselant d’eau et de sang, elle est presque nue, seulement vêtue d’un slip. Il la conduit immédiatement aux urgences de l’hôpital, ou elle est immédiatement prise en charge.
Le lendemain, Boukinda, choqué par cet accident, va prendre des nouvelles de la jeune inconnue.
Le médecin qui s’est occupé de la jeune femme, lui annonce qu’elle est décédée dans la nuit. Les marques qu’elle portait sur le corps attestaient des sévices subis : elle a été ligotée, sauvagement violée, et porte sur le corps des marques de brûlures de cigarette. La mort a été causée par de multiples morsures de vipère.
La même nuit, un camp militaire voisin est la cible d’un vol. Les malfaiteurs emportent avec eux une importante quantité d’armes, de détonateurs et d’explosifs.
Quelques jours après, un fourgon de la BEAC (Banque des États de l’Afrique Centrale) est attaqué en pleine ville, bloqué par une voiture piégée et arrosé à l’arme lourde. Une opération sanglante, et cinquante millions de francs CFA envolés dans la nature. Le mode opératoire suggère la piste du grand banditisme, les premières conclusions démontrant bien vite que les armes et explosifs volés ont servi à ce braquage.
Les deux enquêtes,  l’une confiée à la Gendarmerie et l’autre à la PJ vont finir par se rejoindre, et mettre à jour un complot visant la tête de l’État.

Depuis ses premiers romans, Janis Otsiemi nous fait découvrir son pays et sa capitale, toujours gangrenés par les mêmes maux, hérités de la Françafrique : La pauvreté et la corruption sont omniprésentes, le clanisme et le népotisme  érigés en institution.

« – Je croyais que le colonel avait déjà une secrétaire !
La remarque était pleine d’ironie. Ella le comprit. Koumba le comptait parmi ceux qui léchaient les bottes du colonel Essono et bénéficiaient de ses largesses depuis que celui-ci était arrivé quatre ans plus tôt à la tête de la PJ. Et en bon tribaliste comme on en croisait dans toutes les administrations publiques du bled, Essono, pour asseoir son autorité, avait recruté ses affidés parmi les originaires de son ethnie. »
                                          

Comment alors s’étonner que, depuis un demi-siècle, une même ethnie soit aux commandes du pays et s’enrichisse sans vergogne ?  Les fonctionnaires de l’armée et de la police, même les plus intègres, ont bien du mal à ne pas céder de temps en temps à la tentation.

« La guerre de succession de Papa Roméo père, décédé en juin 2009, était larvée entre ses dauphins putatifs. Et les élections présidentielles anticipées remportées par papa Roméo fils n’avaient pas liquidé le contentieux. Beaucoup de ses concurrents au sein du parti au pouvoir, qui avaient rejoint l’opposition avec armes et trésor de guerre, n’avaient pas digéré comment ce « suceur de roue », longtemps confiné à la lisière du pouvoir du vivant de son père, avait pu les coiffer sur le poteau. »

Ancré dans une réalité sociale et économique bien réelle, dans un contexte politique agité, ce roman policier à l’intrigue finement tricotée, nous dévoile les deux visages de l’Afrique : une qui aspire à la modernité et la richesse, et l’une autre plus attachée à ses racines ancestrales.
Le style est vif et abrupt, sans fioritures, dans une langue inventive, imagée, émaillée de gabonismes qui apportent au récit quelques notes d’un humour décalé.  Réjouissants aussi, les aphorismes et maximes en tête de chapitre qui renforcent « l’africanité » du récit.
Janis Otsiemi réussit à combiner dans un même roman une intrigue policière bien ficelée et le portrait subversif de la société gabonaise et de ses institutions en état de déliquescence.
Au travers d’une œuvre de fiction, c’est un constat amer sur la situation du Gabon d’aujourd’hui. C’est un roman sombre, puissant, et plein d’une humanité désenchantée, que je ne peux que conseiller aux amoureux de l’Afrique… et aux autres !
Éditions Jigal, 2018.

4ème de couv :

En pleine nuit et sous une pluie tropicale, une femme surgie de nulle part vient se jeter sous les roues de la voiture du lieutenant Boukinda. Bouleversé par ce tragique accident, il veut savoir d’où sort cette inconnue, d’autant que son décès semble suspect… Au même moment, à quelques kilomètres de là, plusieurs individus pénètrent dans un camp militaire et s’emparent de nombreuses armes et d’un stock d’explosifs. Plus tard, c’est dans une ville en ébullition, gangrénée par la violence et la pauvreté, qu’un braquage sanglant transforme le quartier en zone de guerre… Les forces de sécurité, en alerte maximum, sont à la recherche de truands visiblement déterminés. Et c’est tout à fait par hasard que ces deux affaires, apparemment sans aucun rapport, vont se télescoper et révéler un terrible complot… Sur fond de haine, de repli identitaire et de crise électorale, flics et gendarmes vont alors devoir s’épauler pour tenter de déjouer cette conspiration…

L’auteur :

Janis OTSIEMI est né en 1976 à Franceville au Gabon.
Il vit et travaille à Libreville. Il a publié plusieurs romans, poèmes et essais au Gabon où il a reçu en 2001 le Prix du Premier Roman gabonais.
Autres romans:
La vie est un sale boulot (2009)
La bouche qui mange ne parle pas  (2010)
Le chasseur de lucioles (2012)
African tabloïd (2013)
Les voleurs de sexe (2015)

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Víctor del Árbol- La veille de presque tout

Comme dans ses autres romans, Víctor del Árbol intègre son histoire dans un contexte historique récent et douloureux, entre deux dictatures, celle de l’Argentine et la dictature Franquiste. Ces deux périodes furent source de bien des traumatismes pour ceux qui les ont vécues, et leurs descendants en portent encore les cicatrices.

Germinal Ibarra, inspecteur de police, a connu une célébrité soudaine en arrêtant l’assassin de la petite Amanda, une fillette assassinée à Málaga. Pour s’éloigner de cette agitation, il retourne exercer à la Corogne, sa ville natale. C’est un cinquantenaire dépressif, marqué par un épisode de son enfance, et qui vit dans la tentation permanente du suicide.
« Il retient son souffle, les paupières lourdes, cherche la détente avec son index. Il appuie – jamais assez – et recule, danse macabre qui lui détruit les nerfs. “Vas-y une bonne fois pour toutes !” crie-t-il dans sa tête ; et pourtant, ce soir aussi l’impossibilité l’emporte. Il laisse retomber le pistolet entre ses jambes avec un cri muet. Un désespoir sans fin. “Lâche, tu es un foutu lâche.” »

Une nuit, il reçoit un appel de l’hôpital : une femme admise dans un état critique demande à le voir.
Cette femme, Paola, a débarqué à Punta Caliente, un petit village de la côte de Galice pour s’y installer quelque temps. Elle semble fuir quelque chose, ou quelqu’un, qui l’empêche de retrouver sa vie. Pour fuir son passé, le mode de vie que l’on lui impose et qu’elle déteste, elle s’est réfugiée dans l’excès suicidaire de drogue, d’alcool et de sexe effréné.
Dans ce même village vivent Dolores, et Martina, sa fille, amie de Daniel. Daniel, qui a vu toute sa famille périr dans l’incendie de sa maison, a été recueilli par son grand-père Mauricio. Daniel passe le plus clair de son temps avec Martina, en une relation d’amitié possessive, dont tous les adultes sont exclus.
A ceux là vont s’ajouter d’autres personnages, qui peuvent paraître secondaires, mais tous ont leur importance et chacun a un rôle décisif dans le développement de l’histoire. Bien que les fils conducteurs du récit soient Germinal et Paola, Dolores, Mauricio, Martina, Daniel ou Oliverio sont également essentiels.
« Mauricio hocha la tête, mais depuis un petit moment il ne voyait que le paysage épais de l’Allemagne en 1955, dix ans après la guerre, et le souvenir de ce voyage en train à travers la Bavière, avec Oliverio et la Roussotte ; la succession monotone de poteaux électriques, le paysage austère et froid, un brouillon fugace d’images derrière la fenêtre du wagon qui l’emportait vers le reste de sa vie, et une impression que le temps s’immobilisait un instant avant d’aborder le futur ; en bruit de fond, les rires optimistes d’Oliverio et de la Roussotte, dans ce train allemand d’après-guerre rempli d’immigrants espagnols, argentins, polonais, turcs et italiens qui venaient se forger un avenir. »

Mauricio, Oliverio, et La Roussotte , ces trois amis ont en commun un long passé. Émigrés d’Argentine en Allemagne pour travailler aux usines Mercedes, ils ont par la suite regagné leur pays, et leurs vies ont suivi des chemins opposés. Ils vont subir de façon bien différente les évènements qui ont secoué l’Argentine à cette époque, et brisé les liens d’amitié qui les unissaient. Oliverio deviendra un membre du tristement célèbre Grupo de tareas(1) de la dictature militaire, Mauricio et La Roussotte eux, se retrouveront emprisonnés sous sa garde.

L’auteur joue avec tous ces personnages, en de multiples allers-retours du présent au passé, nous dévidant le fil de leur histoire et de leur tragédie personnelle, sans que jamais le lecteur ne se trouve perdu. Des sinistres prisons de la junte argentine, aux falaises abruptes de Galice ou aux rues de Barcelone, les destins de toutes ces personnes trouvent leur chemin. Le hasard, ou la fatalité, qui se plaît à jouer avec les hommes, les réunira à nouveau dans la vieille Europe, pour boucler enfin la boucle, remettre à plat tous leurs différends, et trouver enfin la compréhension ou le pardon…

C’est un roman choral, une histoire à plusieurs voix, qui nous parlent du passé, de souvenirs qui nous tiennent captifs et dont l’on ne peut se défaire. Chacun des personnages affronte ses propres démons, dans son enfer personnel, et doit trouver au plus profond de soi les ressources nécessaires pour aller de l’avant.
« Presque cinquante ans se sont écoulés et l’inspecteur scrute la nuit de La Corogne, convaincu que cet enfant terrifié se cache encore quelque part. Il se demande si personne n’a jamais compris – et lui non plus – l’enfant qu’il a été. Parfois, il rêve que le temps s’arrête et qu’il revient en arrière, quand le vieux se retourne vers l’enfant… » … « que son cri étouffé retentisse à ses oreilles ; et il rêve qu’il s’enfuit à cet instant précis, juste avant que disparaisse son enfance.
-Il n’a parlé de cet épisode à personne, pas même à Carmela.
Il ne saurait comment expliquer que ce n’était pas le fou – ni ce qu’il lui avait infligé – qui l’effrayait, mais ses yeux, cette façon de regarder comme si rien n’existait hors d’une obscurité sauvage qui résidait à l’intérieur de lui.
–  On ne voit pas les étoiles filantes. »

Cette histoire est habitée de contrastes permanents entre l’amour et la colère. La noirceur de l’atmosphère y côtoie la beauté des poèmes de Juan Gelman, des images de Gauguin ou de Vermeer, la musique de Johnny Cash ou de Debussy.

Le rythme de l’histoire n’est pas particulièrement soutenu, mais te tire toujours en avant, dans une tension et un suspense constants. Dès les premières lignes, l’auteur nous emprisonne dans les filets d’une narration maîtrisée, qui ne souffre d’aucun temps mort. Tu te dis « encore un chapitre avant de poser le bouquin », mais ne nous y trompons pas… c’est impossible… Nous en voulons toujours plus, savoir ce qu’il va se passer, ajouter au puzzle les pièces qui nous manquent pour avoir, enfin la vision globale de l’histoire.

Le thème du roman n’est pas la vengeance, il s’agit davantage de la reconnaissance de la faute et du pardon et c’est, au-delà de leur conflit, le lien très fort qui unit Mauricio à Oliverio. Et pour citer l’auteur « l’acte le plus héroïque que nous puissions faire, c’est de pardonner, y compris de se pardonner à soi-même. »
Víctor del Árbol nous propose là un très grand roman, sombre, violent et magnifique, où l’émotion affleure à chaque page, et où le mal absolu côtoie la beauté la plus pure.
Une très belle lecture, que je recommande chaudement.

Éditions Actes Sud, 2017

(1) Dans le jargon de la dictature militaire qui gouverna de fait l’Argentine depuis le coup d’Etat de 1976 jusqu’à la restauration de la démocratie en 1983, les « grupos de tareas » étaient des groupes composés de membres des diverses forces armées, des corps de sécurité de l’état et paramilitaires, qui avaient pour fonction la séquestration, la torture et éventuellement l’assassinat et l’élimination des cibles, signalées par la dictature : opposants politiques, guerrilleros, intellectuels, dirigeants syndicaux, famille et amis de ceux-ci. Ils géraient également les centres clandestins de détention.
(Source : Wikipedia)

4ème de couv :
Veille de presque toutL’inspecteur Ibarra a été transféré depuis trois ans dans un commissariat de sa Galice natale après avoir brillamment résolu l’affaire de la petite disparue de Málaga. Le 20 août 2010, 0 h 15, il est appelé par l’hôpital de La Corogne au chevet d’une femme grièvement blessée. Elle ne veut parler qu’à lui. Dans un sombre compte à rebours, le récit des événements qui l’ont conduite à ce triste état fait écho à l’urgence, au pressentiment qu’il pourrait être encore temps d’éviter un autre drame.
À mesure que l’auteur tire l’écheveau emmêlé de ces deux vies, leurs histoires – tragiques et sublimes – se percutent de plein fouet sur une côte galicienne âpre et sauvage.
Une fillette fantasque qui se rêvait oiseau marin survolant les récifs, un garçon craintif qui, pour n’avoir su la suivre, vit au rythme de sa voix, un vieux chapelier argentin qui attend patiemment l’heure du châtiment, un vétéran des Malouines amateur de narcisses blancs…
Aucun personnage n’est ici secondaire et l’affliction du passé ne saurait réduire quiconque au désespoir. Chacun est convaincu que le bonheur reste à venir, ou tente pour le moins de s’inventer des raisons de vivre. C’est ainsi que, dans ce saisissant roman choral, l’auteur parvient à nimber de beauté l’abjection des actes, et de poésie la noirceur des âmes.

L’auteur :
Víctor del Árbol est né à Barcelone en 1968.
Après des études supérieures en histoire à l’Université de Barcelone, il a travaillé dans les services de police de la communauté autonome de Catalogne. de 1992 à 2012.
Il amorce une carrière d’écrivain avec la publication en 2006 du roman policier El peso de los muertos. C’est toutefois la parution en 2011 de La Tristesse du samouraï (La tristeza del samurai), traduit en une douzaine de langues et best-seller en France, qui lui apporte la notoriété. Pour ce roman, il remporte plusieurs distinctions, notamment le prix du polar européen 2012.
En 2015, son roman Toutes les vagues de l’océan remporte le grand prix de littérature policière du meilleur roman étranger.
En 2016, il reçoit le prix Nadal (le plus ancien prix littéraire décerné en Espagne), pour La víspera de casi todo (La veille de presque tout).

 

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Simone Gélin – L’affaire Jane de Boy

Madrid, janvier 2011. Abril revient dans sa ville natale, après une absence de près de 50 ans.
Cinquante ans plus tôt, dans le village de Jane de Boy, près du bassin d’Arcachon, une petite fille de 3 ans, Jane, joue sur la plage devant sa maison, sous le regard de sa maman. Il est près de 17h, et Justina rentre à l’intérieur pour prendre un gilet.
Une absence d’une minute ou deux, pas plus…

A son retour, la plage est déserte. Jane a disparu. Les recherches entamées immédiatement ne donnent aucun résultat. Jane s’est littéralement volatilisée, sans laisser aucune trace.
Enlèvement ? La récente affaire du petit Eric Peugeot est encore présente dans les mémoires, mais  n’y a pas eu de demande de rançon. De plus, Félix et Justina Ibañez, même s’ils paraissent à l’abri du besoin, ne sont pas d’une extrême richesse.
Le Commissaire Lasserre, en charge du dossier, éprouve pas mal d’empathie pour ces parents déboussolés, dévastés par la disparition de leur fillette. Il fait appel à Hippolyte, un ancien de la maison, qui connait bien le quartier Saint-Michel, « la petite Espagne », et qui pourra ainsi activer son réseau de connaissances et d’indics.
Le comportement de Félix et Justina, ce jeune couple d’immigrés espagnols, intrigue les policiers. Pourquoi avoir émigré en France ? Ils n’avaient rien ni personne à fuir dans leur pays. Justina est même la fille d’un haut responsable de la Phalange, le parti du Général Franco. Ils ne se sont pas non plus intégrés à la communauté espagnole du quartier Saint-Michel. Ne cachant pas leur peu de sympathie pour le régime franquiste, ils ne militent pourtant dans aucun mouvement.
De plus, Félix a récemment monté une affaire d’import- export de produits espagnols, qui lui assure de bons revenus, mais que l’on pourrait imaginer comme paravent à un quelconque trafic.
Dans la maison à côté vivent Sarah, la seule amie du couple, et son fils Paul. Sarah, à peine âgée de 15 ans, a échappé à la déportation en couchant avec des soldats S.S. Tondue à la libération, elle évoque cet épisode sans aucune gêne, et arrondit ses fins de mois en se prostituant occasionnellement.
Alternant avec les chapitres consacrés à l’enquête, Abril, une jeune espagnole, raconte dans une longue lettre sa jeunesse, son passé de militante anarchiste, son premier amour, sa grossesse et la naissance de Nieves…

« Il ne me connaissait pas, et pour cause ! Ma mère ne savait encore pas que j’étais en route quand il avait été arrêté en 39…
Je voyais cet homme, grand, raide dans ses habits comme s’il portait tout le malheur du monde caché sous sa veste, un pantalon de flanelle flottant sur sa maigreur, une figure allongée, faite de rectangles et de lignes droites, des os saillants, maxillaires apparentes, des yeux qui paraissaient perdus dans un ailleurs que lui seul pouvait voir, capables en même temps de pénétrer intensément les miens, une bouche de géant qui lui mangeait tout le visage, il me faisait peur.
Je me jetai au cou de ma mère et lui demandai à l’oreille si c’était un ogre qui tendait les bras pour me prendre. Elle rit : »C’est ton père, Abril. » »

Au-delà de deux magnifiques portraits de femmes, de part et d’autre des Pyrénées, l’une et l’autre confrontées à la perte d’un enfant, ce roman nous plonge dans les tristes heures d’un passé pas si lointain. A cette époque où le gouvernement français encourageait la collaboration de la police française avec les services secrets de Franco, ce dictateur enfin devenu « fréquentable ». Cette collaboration consistait bien souvent à rechercher des anti-franquistes réfugiés en France, en vue de leur élimination.

Ce roman aborde également le thème des enfants volés, enlevés à des jeunes femmes dans une situation difficile, pour être proposés à l’adoption, ou même vendus à des couples en mal d’enfant.

S’appuyant sur une solide documentation historique, et  beaucoup de témoignages « de première main », ce roman a valeur de document sur cette période récente.

D’une écriture agréable et poétique, sans aucune outrance, Simone Gélin nous propose une intrigue habilement construite, mêlant la fiction avec des évènements réels de notre Histoire récente, imbriqués de façon très étroite à son roman, sans que cela ne nuise à sa fluidité. Elle pose un regard plein de bienveillance et d’amour sur ces hommes et ces femmes, victimes d’un régime inique et de pratiques indignes.
La scène finale, au cœur de la manifestation de la Puerta del Sol, en janvier 2011 à Madrid, en mémoire des enfants volés, est porteuse d’une intense émotion.

« Regards éperdus, en quête d’un ou d’une inconnue, d’une part d’eux-mêmes qu’on leur a dérobée à la naissance. Certains brandissent des pancartes comme s’ils jetaient des bouteilles à la mer. Des dates, des lieux, des appels au secours….
Une multitude de ballons blancs est lâchée.
Des ballons pour des enfants volés, qui s’élèvent dans le ciel gris de Madrid. »

Comme avec « Le journal de Julia « , et les sujets qu’elle aborde, Simone Gélin a su encore une fois me toucher au cœur, car j’ai retrouvé au travers de ce livre pas mal de points communs avec ma propre histoire.

Un immense merci pour ce très beau roman, que j’ai reçu comme un magnifique cadeau, et qui fut pour moi l’occasion d’un excellent moment de lecture, un véritable coup de cœur.

Éditions Vents salés, mai 2016

 

4ème de couv :

Jane-de-Boy_2240En 1960, dans le village de Jane de Boy, une petite fille de 3 ans disparaît sur la plage.
Enlèvement ? Crime politique, passionnel, crapuleux ?
Qu’est venu faire en France ce jeune couple d’Espagnols, Felix et Justina ? Que sait Sarah, la voisine, prostituée du samedi soir ? Le commissaire Lasserre s’interroge, aidé par son vieux camarade Hippolyte.
L’enquête se déroule à Bordeaux, dans l’ambiance du mythique hôtel de police de Castéja, au cœur du quartier Saint-Michel, dans les ruelles de la petite Espagne, au marché des Capus… Et se corse aux bassins à flot.

L’ auteure :

Enseignante retraitée, Simone Gélin vit à Lège-Cap-Ferret, dans la région de Bordeaux.
Elle a obtenu le prix de la nouvelle au salon d’Hossegor pour « Entre chiens et loups ».
« L’affaire Jane de Boy » est son cinquième roman.

Autres romans :
« La fille du port de la lune » (2010)
« Le banc de l’injustice » (2011),
« Le journal de Julia » (2013) ,
« Le truc vert »  (2014)