George Pelecanos – Le double portrait

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Pour Spero Lucas, récupérer la toile qu’un ex-petit ami peu scrupuleux a volée à Grace Kincaid ne semble pas présenter de difficultés majeures: remettre la main sur ce qui a disparu en toute discrétion, c’est sa spécialité. Moyennant, bien sûr, une jolie commission de quarante pour cent.

Seulement… Grace Kinkaid lui demande aussi de retrouver l’homme qui l’a ainsi humiliée, un criminel violent à la tête d’un petit groupe de nervis lui obéissant au doigt et à l’œil.

Difficulté supplémentaire, Spero a beaucoup de mal, malgré ses efforts, à résister à la passion amoureuse qui l’emporte dès qu’il fait la connaissance d’Amanda, une splendide femme mariée.

Pour un ancien combattant de la guerre d’Irak, qui aime tout prévoir et a l’habitude que rien ne lui résiste, ce détail s’avère difficile à gérer. Surtout lorsqu’il révèle en lui une fragilité intérieure dont il se passerait volontiers….

Ce que j’en pense:

Je suis un fan absolu de Pelecanos et attends toujours avec beaucoup d’envie la sortie d’un nouveau roman, autant dire que j’étais plus qu’impatient de retrouver l’ex-marine Spero Lucas, devenu détective privé.

Hélas, ce roman n’a pas entièrement répondu à mon attente. J’ai trouvé l’intrigue plutôt molle, la première mission dont est chargé Spero Lucas est solutionnée assez rapidement. L’affaire du tableau volé donne plus de fil à retordre à notre héros.

Mais que dire de l’introduction de Charlotte Rivers dans l’histoire, qui « convoque » Lucas uniquement pour des séances de sexe ? Je ne vois pas son utilité dans l’intrigue, à part de nous faire mettre le doigt sur la fragilité sentimentale de Spero, homme à femmes performant s’il en est, et de nous pimenter le récit de scènes de sexe très explicites.

Les références au père disparu et à la cellule familiale sont également très présentes , Eleni la mère et Léo le frère, lui aussi adopté comme Spero, qui servent de catalyseur et de point de repère, pour le maintenir dans une certaine stabilité, et lui permettent de ne pas se perdre tout à fait.

Pelecanos m’a semblé aussi céder à la mode du placement produit, à décrire par le menu la manière de s’habiller et de consommer de Spero, ce qui tend un peu à diluer le récit. Spero, qui est toujours un peu isolé et en marge du système, et ne compte que sur ses anciens et très dévoués compagnons d’armes Winston Dupree et Marquis Rollins pour lui venir en aide.

A côté de cela, il y a le style impeccable et la patte Pelecanos, ses descriptions de Washington « la ville chocolat », loin des allées du pouvoir, ses références littéraires et musicales qui émaillent le récit. Et dès que l’on se recentre sur l’intrigue proprement dite, une violence brute, décrite d’une manière très visuelle, presque cinématographique.

En conclusion, ce livre fut pour moi d’une lecture agréable, mais sans plus. Je n’y ai pas retrouvé l’épaisseur de ses précédents romans, à laquelle je m’étais habitué. Étant un incorrigible optimiste, j’espère mieux du prochain.
Monsieur Pelecanos, vous êtes prévenu.

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George Pelecanos – Une balade dans la nuit

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Internet et le suivi en ligne des livraisons de colis offrent aux trafiquants de drogue d’aujourd’hui un moyen idéal de faire transiter la came sans éveiller le moindre soupçon. Jusqu’au jour où le paquet tombe entre les mains de la mauvaise personne.

C’est la triste expérience dont est victime le dealer Anwan Hawkins, qui dirige les opérations depuis sa prison. Résultat: 130 000 dollars envolés.

Excédé, il embauche Spero Lucas, un ex-marine revenu d’Irak dont il a entendu dire beaucoup de bien tant ses dons d’observation et de déduction sont affûtés. Et il ne se trompait pas: Spero comprend vite que ce sont Tavon et Edwin, les assistants du dealer, qui ont «perdu» le colis.

Spero se retrouve alors confronté aux milieux les plus violents de Washington D.C. Le prix à payer pour toucher sa commission de 40 %.

Ce que j’en pense :

C’est avec grand plaisir que j’ai fait la connaissance de Spero Lucas, dernier né des personnages de Pelecanos, et héros de ce roman dont on se doute bien qu’il entame un nouveau cycle. Détective atypique, marqué par sa guerre en Irak, ce séjour en Irak qui a détruit une certaine part de lui-même. Mais cette expérience se révèlera d’un grand secours quand il sera question « d’aller au charbon », avec l’aide de deux amis, vétérans de cette guerre.

Spero ne s’embarrasse pas avec les règles. Il les transgresse hardiment, tout en respectant une morale, un certain code d’honneur. Malgré ses zones d’ombre, son passé dont il est peu bavard, c’est un personnage terriblement humain, et profondément attachant.

Les valeurs chères à l’auteur sont bien présentes dans ce roman : les relations familiales et surtout la relation père-fils, qu’elle soit harmonieuse dans le cas de Spero, ou conflictuelle dans le cas de Larry. L’intrigue s’installe tout doucement, jusqu’à s’accélérer à la fin dans un déchaînement de violence.

Et en toile de fond, cette ville de Washington, que Pelecanos aime profondément, ainsi que le gens qui la peuplent.

Alors, je vous dis à très bientôt, Spero Lucas…