Christoffer Carlsson – Le syndrome du pire

C’est la fin de l’été à Stockholm. Leo Junker est réveillé en pleine nuit par le ballet lumineux des gyrophares des voitures de police. Dans son immeuble, trois étages en dessous, une jeune femme a été assassinée. Flic aux Affaires Internes (les bœuf-carottes), il est suspendu depuis une affaire récente qui a foiré et où son erreur a coûté la vie à un autre policier. Leo ne résiste pas à son instinct professionnel et se rend sur la scène de crime.
Serré dans la main de la morte, un fin collier doré qu’il reconnaît et qui le transporte quinze ans en arrière.

Leo, depuis cette mise à l’écart, se débat dans des problèmes d’addiction aux drogues qui lui ont été prescrites après « l’affaire », et dans le labyrinthe de ses sentiments pour son ex-compagne. Il va se lancer dans une enquête non officielle qui va rapidement devenir personnelle, comme les mobiles du meurtrier le conduisent  à affronter les fantômes de son passé.

Dans une narration parallèle, l’auteur nous raconte la jeunesse de Leo. Il a grandi à Salem, une banlieue ouvrière de Stockholm, où les tensions sociales et raciales sont importantes et où les enfants sont obligés de grandir vite.

« J’y ai vécu jusqu’à l’âge de vingt ans. À Salem, les bâtiments s’étiraient sur huit, neuf ou dix étages, vers le ciel, mais jamais si près de Dieu qu’il se donnât la peine de tendre la main pour les toucher. À Salem, les gens semblaient livrés à eux-mêmes et nous grandissions vite, devenant des adultes avant l’heure parce que nous n’avions pas d’autre choix. »…
« Nous n’avons pas grandi en songeant à remettre en question l’ordre des choses. Nous avons grandi en sachant que personne ne nous donnerait quoi que ce soit si nous n’étions pas déterminés à le leur prendre. »

En butte à des brimades et des humiliations de la part de deux garçons plus âgés, Leo est un garçon effacé, jusqu’à sa rencontre avec Grim, un garçon de son âge, et sa sœur Julia. Ces deux personnes vont à jamais changer le cours de son existence.

L’histoire sur la jeunesse de ces protagonistes et des liens qui les unissent passe au premier plan, reléguant dans l’ombre l’enquête contemporaine sur le meurtre lui-même. Il devient rapidement évident que le mobile de ce meurtre se trouve dans le passé de Leo. Criminologiste de formation, l’auteur est plus intéressé par le comment, pourquoi et qui plutôt que par l’enquête de police traditionnelle.

Cette sombre histoire de deux amis d’enfance, pour qui la vie a pris des chemins différents, alors qu’ils proviennent du même milieu ouvrier modeste, et pour qui la rue tient lieu de terrain de jeux, est l’occasion de dépeindre avec acuité les problèmes et les inégalités de la société suédoise moderne. Il ne donne que peu d’espoir à ses protagonistes, et même son héros, Leo Junker traîne derrière lui une sombre mélancolie.

« C’était un endroit où nos parents s’étaient installés, en quête d’une vie heureuse, longtemps avant qu’ils ne deviennent si malsains. Dans nos immeubles de la résidence, nous nous mettions à la fenêtre et nous observions ce qu’il se passait en bas quand nous ne pouvions pas sortir. »

Malgré son jeune âge, Carlsson a construit un très bon page turner, à l’intrigue complexe mais intelligemment construite. Il retranscrit très bien la voix de la jeunesse en révolte et l’importance que les gens accordent aux actions de leur adolescence, quand ils regardent vers leur passé. Il nous fait pénétrer au plus profond de la psychologie de ses personnages dans ce récit à l’atmosphère obsédante. C’est fort, troublant et déconcertant, et par moments tout à fait douloureux.
Un jeune auteur à suivre, assurément.
Merci à la masse critique de Babelio de m’avoir permis de découvrir cet auteur.

Éditions Ombres Noires, 2015

4ème de couv:

syndrome du pireStockholm, fin de l’été 2013. Une jeune droguée, Rebecca Salomonsson, est abattue dans un foyer pour femmes. Trois étages plus haut, dans son appartement, Leo Junker est réveillé par les lumières des voitures de police. Flic, il travaille aux affaires internes, la division la plus mal vue, celle des « rats » qui enquêtent sur leurs collègues. Suspendu depuis « L’affaire Gotland », au cours de laquelle il a commis une erreur qui a coûté la vie à un policier, rongé par la culpabilité, Leo s’étiole dans son nouveau job.
Alcool, errances nocturnes, sa vie ressemble à un lent naufrage. Mais, dans le meurtre Salomonsson un indice le frappe particulièrement, qui fait ressurgir à sa mémoire des personnages troubles de son adolescence: Julia et John Grimberg. De plus, des messages énigmatiques arrivent à son portable. Et pourquoi a-t-il le sentiment diffus d’être suivi? Quand la réalité se délite, à quoi peut-on s’attendre, sinon au pire?

L’auteur:

© 2013 Fotograf Anna-Lena Ahlström +46-709-797817

© 2013 Fotograf Anna-Lena Ahlström +46-709-797817

Christoffer Carlsson est né en 1986 à Halmstad (Suède). Diplômé et enseignant en criminologie, « Le syndrome du pire  » est son deuxième roman publié en France, et le premier d’une trilogie mettant en scène l’inspecteur Leo Junker.
Il a été récompensé par le prix « Best crime novel » en Suède en 2013.

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Pascal Marmet – Tiré à quatre épingles

Le style Chanel
« Qu’ils soient soporifiques ou percutants, le commandant Chanel abhorrait les discours. Il préférait le clair murmure des aveux et le bruit intense de la respiration du présumé coupable…. Hélas, son grade de commandant, de chef de groupe « Cha » du 36, l’obligeait parfois à prendre la parole en public, ce qu’il évitait comme la peste noire. »

Voilà en quelques mots, tracé le portrait du commandant François Chanel, quinquagénaire qui n’aime rien tant que la discrétion, et dont le taux d’élucidation des affaires est le plus élevé du 36. Le 36 Quai des Orfèvres, qui bruisse des bruits de son prochain déménagement à destination des Batignolles.

Gare de Lyon, perdu au milieu du flot de voyageurs, un jeune homme, tout de vert vêtu, semble décontenancé par toute cette foule grouillante. Il contemple une carte d’identité au nom de Laurent, ce prénom qu’il se répète, comme s’il craignait de l’oublier. Samy, qui se dit artiste serrurier et philosophe, en réalité un braqueur à la petite semaine, comprend vite le parti qu’il peut tirer de ce candide. Il parvient à convaincre Laurent, malgré les réticences du jeune homme, à participer un cambriolage.

« Passé le vestibule, le visiteur plongeait à pleines brassées dans la remise du musées des Arts premiers du quai Branly. Cela ressemblait à une chambre des merveilles, à ces cabinets de curiosités avec renfort d’animaux empaillés où les bêtes vivent une seconde vie immobile. Le préfet devait être un de ces esthètes savants, mi-naturalistes pédagogue mi-aventurier grand voyageur. « 

Une fois entré dans les lieux,  qu’ils commencent à inventorier, quelle n’est pas leur surprise de découvrir une femme blessée, qui se traîne au sol, apparemment après une mauvaise chute. Laurent lui vient en aide avant de s’enfuir, emportant avec lui une poignée de liasses de billets de 500€ dans son slip, et une étrange statuette africaine piquée de clous, dans son sac à dos  avec le reste des liasses.

Peu de temps après, Impasse de Conti, la femme qu’ils ont laissée derrière eux, blessée mais bien vivante, est retrouvée morte, abattue de trois balles de révolver (et non pas de cinq comme le dit la 4ème de couv.)  tirées à bout portant. La victime n’est autre que la veuve d’un ex-préfet, assassiné six mois plus tôt.

En ce mois d’Août, l’affaire échoit au groupe de Chanel, qui « dérouille », c’est à dire qui est de permanence. Chanel tire un peu la tronche à cette nouvelle : il a déjà d’autres affaires sur les bras et deux officiers de son groupe sont en congé. De plus on lui colle dans les pattes deux stagiaires, du sexe féminin qui plus est, pour compenser son manque de personnel.

Des méandres de la Gare de Lyon aux coulisses du Quai des Orfèvres, en passant par le musée Branly, l’enquête se centre bien vite dans deux directions : d’abord la recherche du jeune homme en vert, adolescent atteint du syndrome de Peter Pan et qui refuse de grandir, confiée aux deux jeunes stagiaires, et auprès des différents collectionneurs d’art africain pour essayer de retrouver trace des autres pièces de la collection.

La personnalité de la victime, Albane Saint-Germain de Ray, est assez difficile à cerner. D’une grande intelligence, elle est pourtant quasiment illettrée.Ses précédents maris sont morts prématurément, lui laissant une fortune conséquente.  Serait-elle une sorte de mante-religieuse qui se débarrasse de ses maris pour jouir de leur fortune ? Au fur et à mesure des informations recueillies par les enquêteurs, la victime nous apparaît de moins en moins sympathique.

Pascal Marmet signe ici un bon polar à la française, sans inutiles effusions de sang ni violence, dans le milieu des collectionneurs d’art. L’enquête se déroule sur un bon rythme, sans trop de temps morts. J’aurais aimé plus d’explications sur l’art africain, et sa relation toujours très étroite avec les marabouts, sorts et envoûtements, profondément ancrés dans la culture africaine.

« Chanel était un célibataire, un fils unique, un chercheur de vérité, un inclassable, un sans enfant, sans ami, sans parent, un sans attache, un « sans ». « 

L’accent est plutôt mis sur la psychologie des personnages. Laurent/Alex, adolescent attardé qui refuse de grandir, Salomé, jeune fille en rupture familiale et que Chanel recueille chez lui, après l’avoir tirée des pattes d’un copain violent. Ce même Chanel, gentil misanthrope un peu dilettante, qui se paie le luxe de faire une escapade en Alsace pour interviewer un commissaire en retraite. Mais il est au fond, très humain, attendri par le dessin que lui donne une fillette dans le train. Et comme un bienfait n’est jamais perdu, c’est Salomé, par un hasard fort bien venu, qui viendra donner le petit coup de pouce nécessaire à la résolution de l’énigme.

Ce roman de Pascal Marmet, même s’il ne révolutionne pas le genre, m’a tout de même procuré quelques heures de détente et d’agréable lecture.

Un grand merci à Masse critique Babelio pour l’envoi de ce roman et à l’auteur qui a eu la gentillesse d’y glisser une petite dédicace. La classe…

Editions Michalon, 2015

4ème de couv:

marmet_Parmi les milliers de voyageurs, Laurent erre seul dans le hall de la gare de Lyon, l’air paume. Il vient de rater son CAP boulangerie et sa mère l’a mis dehors. Samy, escroc a la grande gueule, le repère rapidement. Il a bien l’intention de profiter de la naïveté de ce gamin aux chaussures vertes et l’entraine dans un cambriolage. L’appartement dans lequel ils pénètrent est une sorte d’antichambre du musée des Arts premiers et regorge de trésors africains. Mais ils tombent nez a nez avec la propriétaire et collectionneuse. Comme elle s’est blessée en tombant dans les escaliers, ils lui viennent en aide avant de s’enfuir. Pourtant, quelques heures plus tard, elle est retrouvée morte, abattue de cinq balles tirées a bout portant. Le commandant Chanel, charge de l’enquête, s’enfonce alors dans l’étrange passé de cette victime, épouse d’un ex-préfet assassiné quai de Conti peu de temps auparavant.

L’auteur:

Pascal Marmet
est né en banlieue parisienne.

Il est chef d’entreprise (dirigeant d’un hôtel), écrivain, romancier, chroniqueur radio, organisateur de rencontres littéraires.

Il a reçu le prix spécial du jury Albayane 2013 pour son livre : « Le roman du Parfum » publié aux Éditions Du Rocher.