Craig Johnson – Molosses

« J’avais du mal à obtenir une réponse claire de la part du petit-fils et de son épouse : pour quelle raison leur grand-père s’était-il retrouvé attaché au bout d’une corde de nylon de 35 mètres de long au pare-chocs arrière de l’Oldsmobile Toronado de 1968 ?
– — Alors, lorsque vous avez freiné au stop, il s’est écrasé contre l’arrière de la voiture ?»

Sixième roman de la série mettant en scène le shérif Walt Longmire, cet opus  démarre d’une façon plutôt inattendue, sur le ton de la comédie. Le grand-père au bout de la corde de nylon est Geo Stewart, propriétaire de la casse automobile et de la déchetterie ou, comme il aime à le rappeler, du Site municipal de dépôt, tri et récupération des déchets. Geo Stewart est en conflit de voisinage avec Ozzie Dobbs Jr, qui voudrait bien obtenir le déplacement de la casse et de la déchetterie pour étendre son complexe immobilier.

« On ne l’appelait pas un projet immobilier, mais c’en était un effectivement – si on acceptait cette appellation s’agissant de petits ranches de deux hectares avec des demeures à quatre millions de dollars disposées le long d’un golf. »

Dans le même temps, le shérif Longmire est appelé à la déchetterie, pardon, au Site Municipal de dépôt, tri et récupération des déchets, car on vient de retrouver là bas, dans une glacière, un pouce humain.

Walt confie à son adjoint Sancho Saizarbitoria, dit « Le Basque », la mission de retrouver le propriétaire de ce pouce. C’est une manière pour Walt de l’occuper car Sancho traverse une passe difficile depuis qu’il a été blessé lors de l’épisode précédent. Walt soupçonne qu’il est atteint de SSPT (Syndrome de stress post-traumatique). De plus la venue d’un nouveau né à son foyer le perturbe quelque peu.
Côté sentimental, son adjointe et compagne, la piquante Vic Moretti est obsédée par l’achat d’une maison, pour y abriter leur couple. Sa fille Cady prépare son mariage avec Michael Moretti le jeune frère de Vic, sous la houlette d’Henry Standing Bear, l’ami indien de Walt, comme maître de cérémonie (je suis impatient de voir ça !).
Ajoutez à tout ça la découverte dans un tunnel, sous la maison de Dobbs, de « ce qui était, semble-t-il, la plus grande plantation souterraine de marijuana de l’histoire », vous conviendrez avec moi que Walt ne manque pas de sujets de préoccupation.

A chaque fois que je retrouve Walt Longmire, je suis toujours partagé entre deux sentiments : le plaisir de retrouver un ami, et l’inquiétude de savoir comment les années ont passé sur lui. Car, ne nous y trompons pas, Walt n’est plus un jeune homme, et on le retrouve dans ce roman, encore plus cabossé que dans les précédents. Il doit passer des examens médicaux qui doivent confirmer son aptitude à poursuivre son travail, et qu’il essaye d’éviter en usant de tous les prétextes possibles.

Comme toujours chez Craig Johnson, l’écriture est précise et imagée, le ton est chaleureux. On sent de la part de l’auteur une réelle empathie envers ses personnages, même s’il les place parfois dans des situations bien délicates. Outre les personnages habituels de la série, parmi lesquels « le Basque » tient un rôle de premier plan sur cette enquête, on fait la connaissance de « figures » locales de Durant, hautes en couleur et sûrement inspirées par des personnes connues de l’auteur, comme Geo Stewart ou Madame Dobbs, la vieille institutrice de Walt.

Roman policier ou roman western, je me pose à chaque fois la même question. Et s’il est vrai que l’enquête policière a toujours son importance dans le roman, ce qui retient finalement l’attention, c’est sa manière de décrire les grands espaces des hautes plaines de l’Ouest américain, la poésie avec laquelle il nous dépeint son univers, qu’on arrive à trouver beau même lorsqu’il est franchement hostile.

«Nous étions sur le point d’entamer notre seconde semaine de résistance à des températures inférieures à -20 °C, pour la troisième fois de l’hiver ; pendant la journée, elles ne dépassaient jamais un clément -15 °C, soit une température assez douce, et la nuit, elles descendaient à des profondeurs abyssales, en deçà de -40 °C…
On était lundi, la deuxième semaine de février, et les gens parlaient moins, parce que le vent leur arrachait les paroles de la bouche et les expédiait directement jusqu’au Nebraska. J’avais une image de toutes les déclarations et conversations inachevées du Wyoming, empilées le long des talus jusqu’à ce que la neige les étouffe et qu’elles s’enfoncent dans la terre noire. Peut-être renaissaient-elles au printemps comme les fleurs des champs, mais j’en doutais. »

Au fil de ses aventures, Walt m’émeut chaque fois un peu plus. C’est un homme vieillissant, qui malgré les aléas de la vie, continue à aller de l’avant. Et même si ce n’est pas toujours facile, il se lève tous les jours pour accomplir sa mission.

Craig Johnson est un maître conteur qui, dès les premières phrases, vous captive et vous entraîne à la suite de ses héros jusqu’à la toute fin du récit. J’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman, souvent teinté d’humour, qui m’a encore donné l’occasion d’un très bon moment de détente.
Éditions Gallmeister, 2014

4ème de couv :

Alors que l’hiver s’installe dans le comté le moins peuplé de l’État le moins peuplé des États-Unis, Walt Longmire, son shérif, se voit confier une curieuse mission : celle de mettre la main sur le propriétaire d’un pouce abandonné à la décharge. L’enquête devient rapidement haute en couleur, car Walt se trouve face à deux molosses qui gardent le terrain, à son vieux propriétaire loufoque et à un promoteur immobilier multimillionnaire qui cherche à prendre possession des lieux pour étendre son vaste ensemble de ranchs luxueux. Sans parler d’un jeune couple fleurant bon la marijuana, de la vieille institutrice au charme incontesté, du perroquet dépressif et déplumé et de quelques cadavres qui bientôt viennent compliquer cette affaire.

L’auteur :

Craig Johnson, né le 1er février 1961, est un écrivain américain, auteur de romans policiers, connu pour sa série de romans et de nouvelles consacrés au shérif Walt Longmire.
Avant d’être écrivain, il exerce différents métiers tels que policier à New York, professeur d’université, cow-boy, charpentier, pêcheur professionnel, ainsi que conducteur de camion et il a aussi ramassé des fraises. Tous ces métiers lui ont permis de financer ses déplacements à travers les États Unis, notamment dans les États de l’Ouest jusqu’à s’installer dans le Wyoming où il vit actuellement. Toutes ces expériences professionnelles lui ont servi d’inspiration pour écrire ses livres et donner ensuite une certaine crédibilité à ses personnages.

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Craig Johnson – Enfants de poussière

« Grand Esprit, garde-moi de critiquer mon voisin
tant que je n’ai pas marché une heure durant
dans ses mocassins. »
VIEILLE PRIÈRE INDIENNE

C’est toujours avec le même enthousiasme que je commence un nouveau roman de Craig Johnson.

De retour dans son comté d’Absaroka, Wyoming, le shérif Walt Longmire passe le plus clair de son temps libre avec sa fille Cady, en phase de rééducation après la grave agression dont elle avait été victime à Philadelphie (cf son précédent roman « L’indien blanc »).

En bordure d’une route est découvert le corps d’une jeune fille asiatique. A proximité, dans un tunnel sous la route, on trouve un vagabond endormi. Virgil White Buffalo,  bâti en colosse. J’ai appris là une signification inconnue du sigle F.B.I. (Fucking Big Indian). Il donnera bien du mal à Walt et ses adjoints pour se laisser appréhender. Il a en sa possession, le sac à main de la victime, contenant une photo où figure Walt.
« Elle était vieille et décolorée par le soleil, les coins rebiquaient là où l’eau avait imprégné le papier. C’était un instantané d’une femme asiatique perchée sur un tabouret de bar. Elle lisait un journal et un homme était assis devant un piano à sa droite. Il tournait le dos à l’objectif. Il portait un treillis et son visage était un peu caché. Il était grand, jeune, très musclé et il avait un visage d’ange joufflu et une coupe militaire. Et c’était moi. »

A partir de ce moment, le roman bascule, suivant deux strates distinctes du cours de la vie de Walt. Ponctuant l’enquête qui se déroule dans le présent, visant à reconstituer le parcours qui a conduit cette jeune vietnamienne au cœur du Wyoming pour y être assassinée, de nombreux flashbacks jalonnent le récit sur la période où Walt, jeune enquêteur des marines, servait au Vietnam.
Cette partie du roman, rendue de façon très réaliste, nous montre un Walt déjà très concerné par les notions de justice, du bien et du mal, traits de caractère bien présents chez le Walt que nous connaissons.

Dans ce roman je retrouve les thèmes chers à Craig Johnson : le culte de l’amitié, la force que donne la sensation d’appartenir à un groupe, une communauté. Et il porte toujours ce regard plein de bienveillance envers la population indienne. Il nous décrit un univers de western, où les 4×4 ont remplacé les chevaux et les chariots, où les communications sont à l’heure de l’internet et du WiFi, quand le réseau est accessible…
Je perçois toujours cette nostalgie du vieil Ouest, et cette façon qu’il a de magnifier la nature sauvage et les grands espaces, quand il nous emmène dans la ville fantôme de Bailey, peuplée de serpents à sonnettes, ou bien dans les Big Horn Mountains, au « Hole in the Wall », rendu célèbre par la bande de Butch Cassidy et Sundance Kid, qui y avaient établi leur repaire.

Le thème principal de ce roman tourne autour des « enfants de poussière », vocable poétique qui désigne les jeunes métis nés de mère vietnamienne et de père américain. Ces enfants, rejetés dans leur propre pays, cherchent à gagner l’Amérique pour y faire leur vie, fournissant ainsi à leur insu la matière première pour un gigantesque trafic d’êtres humains, pour alimenter les réseaux de prostitution.

« Elle cala mon autre bras dans son dos et m’emporta dans une valse fantaisiste, son visage calé contre mon épaule. Nous tournions dans la salle de bal vide et silencieuse, et je pensais à Virgil White Buffalo et je regardais ma fille, qui levait la tête et souriait. Une fois que nous eûmes parcouru tout le salon, je me penchai pour déposer un baiser sur la cicatrice en U à la racine de ses cheveux et m’efforçai de me concentrer sur tous les bonheurs de ma vie. »
Son attitude de père envers Cady a évolué depuis qu’il a failli la perdre. Il s’inquiète pour elle et il réalise l’importance qu’elle a dans sa vie. Il dégage aussi beaucoup de complicité, de tendresse et d’humour à l’égard de Vic, et des autres personnages qui gravitent autour de lui. Il entretient avec Henry Standing Bear une amitié de longue date, ambivalente, à laquelle se mêle une certaine rivalité.

De par son évocation du Vietnam, l’auteur plonge plus profondément dans le passé de Walt, ajoutant une couche supplémentaire à l’épaisseur du personnage. Mais malgré la force tranquille dont il fait preuve, Walt demeure toujours en proie à l’introspection et aux questionnements.
« Je me demandais ce que j’aurais dit à ce marine au visage poupin, et ce que je ne lui aurais pas dit. Je me demandais ce qu’il aurait eu à me dire. Est-ce qu’il aurait approuvé ce que nous étions devenus ? Est-ce qu’il aurait pensé que j’étais quelqu’un de bien ? »
Je te rassure tout de suite Walter, tu es devenu quelqu’un de bien, de très bien même.

Une très belle lecture, en vérité.

Éditions Gallmeister, Février 2012

 

4ème de couv:

enfants de poussièreDans le comté d’Absaroka, Wyoming, la découverte du corps d’une jeune Asiatique étranglée en bordure de route n’est pas monnaie courante. Et quand on retrouve près des lieux du crime un vagabond indien au physique de colosse, Virgil White Buffalo, en possession du sac à main de la victime, l’affaire semble être vite expédiée. Pourtant, le shérif Longmire a du mal à croire que Virgil soit l’assassin, d’autant que dans le sac à main de la morte, on découvre un vieux cliché qui le ramène à sa première enquête criminelle, près de quarante ans plus tôt, en pleine guerre du Vietnam.

Enfants de poussière est un polar haletant qui nous entraîne des boîtes de nuit de Saïgon aux villes fantômes du Wyoming. Ce nouveau volet des aventures de Walt Longmire est l’un des plus ambitieux de son auteur.

L’auteur:

Craig JCraig Johnson, né en 1961 , est un écrivain américain, auteur de romans policiers, connu pour sa série de romans et de nouvelles consacrés au shérif Walt Longmire.
Avant d’être écrivain, il exerce différents métiers tels que policier à New York, professeur d’université, cow-boy, charpentier, pêcheur professionnel, ainsi que conducteur de camion et il a aussi ramassé des fraises. Tous ces métiers lui ont permis de financer ses déplacements à travers les États Unis, notamment dans les États de l’Ouest jusqu’à s’installer dans le Wyoming où il vit actuellement. Toutes ces expériences professionnelles lui ont servi d’inspiration pour écrire ses livres et donner ensuite une certaine crédibilité à ses personnages.
Déjà parus : Little bird (2009), Le camp des morts (2010), L’indien blanc (2011), Enfants de poussière (2012), Dark horse (2013), Molosses (2014), Tous les démons sont ici (2015), Steamboat (2015)
A paraître: A vol d’oiseau (mai 2016)
(Source: Wikipedia)

Craig Johnson – Le camp des morts

A peine un mois après les évènements décrits dans le roman précédent « Little bird », Walt Longmire est appelé à la maison de retraite de Durant. Mari Baroja, une vieille femme d’origine basque a été retrouvée morte. Bien qu’il n’y ait pas de signes apparents de violence, Lucian Connally demande à Walt de traiter ce cas comme un meurtre.

Il s’avère que Lucian connaît bien cette femme. Cinquante ans auparavant, ils ont connu un grand amour, ont été mariés (trois heures !) avant que ses oncles ne lui infligent un sévère passage à tabac, ne fassent annuler le mariage, et ne la marient rapidement.

Walt va se plonger dans le passé de la victime, qui est aussi celui de Lucian, et découvrir qu’en plus de la petite maison modeste où elle vivait, Mari possédait des hectares de terre avec des gisements de méthane, ce qui donnerait un excellent mobile pour un meurtre. Les résultats de l’autopsie montrent qu’elle a été empoisonnée et a été victime de violences répétées durant de longues années.

Et quand les cadavres commencent à s’additionner, Walt se rend compte qu’il ne connaît pas son ami Lucian aussi bien qu’il le pensait, et que le vieil homme lui a caché bien des choses de sa vie passée, entre autres qu’il déjeunait avec la victime tous les jeudis.

Walt ne s’est pas encore remis de la précédente affaire, au cours de laquelle il a rencontré, et perdu un être qui lui était devenu très cher. Le souvenir de Vonnie est encore très présent en lui et il traîne sa grande carcasse de cow-boy mélancolique et meurtri, qu’il considère sans indulgence.
« Je regardai mon visage dans la glace. Il n’était pas mal, si l’on exceptait le fait qu’il avait besoin de huit heures de sommeil d’affilée, d’une coupe de cheveux, de dix kilos et dix ans de moins. Mon menton était trop fort, mes oreilles trop grandes, et mes yeux étaient trop enfoncés dans leurs orbites. »

L’auteur nous offre une galerie de personnages d’une formidable épaisseur : Ruby, la standardiste du bureau dont il a hérité en prenant son poste, qui est un peu sa nounou. Son adjointe italo-américaine Vic Moretti,  grande gueule, récemment divorcée, avec laquelle il y a une drôle d’alchimie, on sent qu’il est attiré par elle, mais en même temps il la tient à distance.
« Dans les faibles lueurs colorées de la lampe au-dessus de la table de billard et des publicités Rainier, ma première adjointe ressemblait à une courtisane de la Renaissance, de celles qui seraient capables de mettre du poison dans votre vin. »

Dans cette enquête, Walt engage à l’essai et fort à propos un nouvel adjoint, Santiago « Sancho »Saizarbitoria, dont la connaissance de la langue basque – l’euskara – leur sera précieuse.
« Il rit et j’observai le jeune homme brillant assis en face de moi. Je me sentais comme Monsieur de Tréville, en présence du jeune Gascon. C’était dur de ne pas y penser, vu son bouc Vandyke et la lueur malicieuse que je voyais dans ses yeux. Je me demandai si, comme d’Artagnan, il allait devenir extrêmement pénible. »

Craig Johnson situe son enquête policière  dans une nature sauvage, dans la neige et le blizzard glacial de l’hiver, quand le moindre déplacement devient une aventure. Il nous décrit la société rurale du Wyoming et les interactions entre les diverses communautés qui y vivent en harmonie, héritage d’un grand brassage de races et de cultures, depuis les diverses tribus indiennes jusqu’aux « mexicains des montagnes » (les Basques), population immigrée dans le pays au XIXème siècle.

Et surtout ce ton un peu décalé, cet humour pince sans rire qui vient ajouter au récit un peu de piment, basque bien sûr, et qui vient tempérer la dureté de certaines scènes.
« Est-ce que ce gamin sait qu’après la neige qui va tomber cette nuit, un Peau-Rouge de deux mètres cinquante en aura jusqu’au trou de balle? »

Comme James Lee Burke avec la Louisiane, Craig Johnson est très attaché à sa région qu’il met en scène avec un amour et un savoir faire évidents.
Les paysages hivernaux et glacés du Wyoming, l’intrigue, et la qualité des personnages font de cette magnifique histoire extraordinairement dense, un roman doux-amer, mais d’une grande beauté.
Je recommande chaudement, si j’ose dire…

Éditions Gallmeister, 2010

4ème de couv.

le camp des morts1Lorsque le corps de Mari Baroja est découvert à la maison de retraite de Durant, Wyoming, le shérif Walt Longmire se trouve embarqué dans une enquête qui le ramène cinquante ans en arrière. Il plonge alors dans le passé déchirant de cette femme et dans celui de son mentor, le légendaire shérif Lucian Connally.
Tandis que résonne l’histoire douloureuse de la victime trouve peu à peu une résonance dans le présent, d’autres meurtres viennent jalonner l’enquête. Aidé par son ami de toujours, l’Indien Henri Standing Bear, le shérif mélancolique et désabusé se lance à la poursuite de l’assassin à travers les Hautes Plaines enneigées.
Ce deuxième volet des aventures de Walt Longmire, nous entraîne au cœur d’une violence tapie dans les paysages magnifiques du Wyoming.

L’auteur :

Craig JCraig Johnson, né le 1er février 1961 , est un écrivain américain, auteur de romans policiers, connu pour sa série de romans et de nouvelles consacrés au shérif Walt Longmire.
Avant d’être écrivain, il exerce différents métiers tels que policier à New York, professeur d’université, cow-boy, charpentier, pêcheur professionnel, ainsi que conducteur de camion et il a aussi ramassé des fraises. Tous ces métiers lui ont permis de financer ses déplacements à travers les États Unis, notamment dans les États de l’Ouest jusqu’à s’installer dans le Wyoming où il vit actuellement. Toutes ces expériences professionnelles lui ont servi d’inspiration pour écrire ses livres et donner ensuite une certaine crédibilité à ses personnages.
(Source: Wikipedia)

C.J. Box – La mort au fond du canyon

mort au fond4ème de couv.

Dans la forêt nationale des Bighorn, un couple trouve la mort d’une bien étrange manière: mis en pièces par l’explosion d’une vache… Dans le même temps, un sénateur est étranglé à Washington après avoir reçu une visite galante. Un avocat de l’Oregon périt, lui, dans l’incendie de sa maison, tandis que le garde-chasse Joe Pickett enquête sur un puissant propriétaire de ranch, Jim Finotta. Y a-t-il un lien entre toutes ces affaires ? Lorsque Pickett, intrigué par certains détails troublants, revisite les lieux du premier drame, tout se complique et devient terriblement dangereux… Un roman policier qui allie de magnifiques descriptions des étendues les plus sauvages du Wyoming avec la traque d’une bande de tueurs qui n’hésitent devant rien pour parvenir à leurs fins.

 

Ce que j’en pense :

Deuxième roman de C.J. Box, mettant en scène le garde-chasse Joe Pickett, ce roman commence fort : Dès le deuxième chapitre, on fait la connaissance de deux tueurs à gages, Charlie Tibbs et « le Vieux », qui sont chargés d’éliminer un militant écologique particulièrement actif, se signalant par des actions spectaculaires.

« Stewie Woods s’était dirigé droit sur la génisse, Annabel le suivant à quelques pas.
– Elle est bizarre, cette vache, avait-il dit en s’arrêtant pour comprendre ce qui n’allait pas.
Enfin assez près, il avait tout vu : la vache, de l’affolement dans ses yeux écarquillés, essayait bien de courir derrière les autres, mais était retenue par une solide corde de nylon ; son dos était déformé par un gros paquet carré attaché dessus et qui n’avait rien à faire là. Et une petite antenne qui dépassait du paquet et oscillait. »

L’assassinat à la vache piégée, ce n’est pas courant. Lors de cette explosion, Stewie Woods et sa femme se retrouvent « vaporisés », ainsi qu’une dizaine de vaches du troupeau. Lorsque Joe Pickett va annoncer la nouvelle au propriétaire du ranch, un déplaisant personnage du nom de Finotta, avocat et éleveur à temps partiel, il est intrigué par sa réaction à l’annonce de la perte d’une partie de son cheptel.

Lors de sa visite, il remarque un magnifique trophée de wapiti accroché au mur. Les explications de l’avocat sur la provenance de ce trophée ne sont pas claires. Joe est persuadé que ce richissime et puissant avocat s’est rendu coupable de braconnage. Il va donc tout mettre en œuvre pour prouver le délit et le mettre en accusation.
Dans le même temps, un sénateur est étranglé à Washington dans une mise en scène scabreuse, un avocat trouve la mort dans l’incendie de sa maison.

A partir de ce moment, les choses se compliquent. Marybeth, l’épouse de Joe qui a connu Stewie dans sa jeunesse, commence à recevoir des coups de quelqu’un qui affirme être l’écologiste disparu, et partant à sa recherche, Joe va se trouver confronté aux deux tueurs qui, soupçonnant que Stewie n’est pas mort dans l’explosion, veulent finir le travail.

S’ensuit une traque dans des paysages majestueux de l’Ouest sauvage, par les tueurs dont l’un deux semble être la réincarnation du légendaire Tom Horn(1), à travers les montagnes, les ravines et le canyon de Savage Run.

L’écriture est simple, déliée, la construction en chapitres courts donne du rythme à l’ensemble et C.J. Box a un savoir-faire certain comme storyteller pour nous tenir en haleine, à partir d’une intrigue relativement simple, sans trop d’éléments de suspense sur le« qui a fait quoi ». L’identité des commanditaires des meurtres est transparente, la question est plutôt de savoir comment le héros va se tirer de toutes les embûches qui surgissent sur son chemin.

L’auteur ne prend pas parti, bien que son amour évident pour la terre et ses ressources naturelles soit très clair, et représenté par son héros Joe, partagé entre sa sympathie instinctive pour ceux qui dans sa communauté, de plus en plus nombreux, galèrent pour joindre les deux bouts et ces riches entreprises ou magnats qui s’accaparent toutes les terres.

Son héros, Joe Pickett est un homme paisible et assez ordinaire. Il aime la besogne bien faite et  travaille dur en dépit de son salaire qui couvre à peine les besoins de sa famille.
« Écoute, Joe. Pour la première fois de notre vie, on est en passe d’avoir réglé toutes nos dettes. J’ai deux emplois à mi-temps. Tu trouves le moment bien choisi pour te mettre aux trousses d’un type comme Jim Finotta ? « 

Tireur médiocre dans une région où chacun porte une arme à feu, il possède des qualités morales faites d’intégrité, d’honnêteté et d’une irréprochable droiture. Il ne se considère pas non plus comme quelqu’un de particulièrement intelligent, mais il est intuitif, il sent les choses.
« – Il se passe quelque chose de grave par ici, mais je n’arrive pas à faire le lien entre les éléments. Je sais qu’il y a un truc qui se trame et je n’arrête pas d’essayer de changer de perspective ou d’angle, en me disant que je vais peut-être finir par voir ce que c’est. Mais l’image reste brouillée. »

Les autres personnages sont aussi bien dessinés, parmi lesquels Marybeth Pickett son épouse et principal soutien, Stewie Woods activiste écologiste, agaçant au premier abord et qui nous devient vite sympathique, Charlie Tibbs, le tueur méthodique et le Vieux, acolyte du premier, aux remords tardifs.

S’il ne révolutionne pas le genre, ce roman de C.J. Box se laisse lire sans déplaisir, et donne l’occasion d’une belle randonnée au cœur du Wyoming sauvage.
Un agréable moment de lecture détente.

(1)Tom Horn : Hors la loi, mercenaire de l’Ouest et tireur d’élite. Sa spécialité était la traque des voleurs de bétail à raison de 600$ par voleur tué. C’est un de personnages de la légende de l’Ouest dont le nom suscite bien des controverses.
http://www.medarus.org/NM/NMPersonnages/NM_10_04_Biog_Outlaws/nm_10_04_tom_horn.htm

Éditions Seuil Policiers, sept. 2004

 

27918_cj_box_178x250L’auteur:

C.J. Box, né en 1958 à Cheyenne dans le Wyoming, est un écrivain américain, auteur de roman policier.
Il a été manœuvre dans un ranch, guide de pêche et rédacteur en chef d’un journal local
Il est le créateur du garde-chasse Joe Pickett, enquêteur dans plus d’une douzaine de récits policiers.
Ses romans sont tous ancrés dans une Amérique rurale, et font l’ éloge d’une vie simple, à l’image de son héros.