Lee Child – Jack Reacher, Retour interdit

 Jack Reacher, héros récurrent de Lee Child, est un ex-officier de la police militaire dont le quotidien consiste en une suite quasiment ininterrompue d’affrontements physiques avec des malfaisants de tout acabit. Il n’a pas d’adresse fixe, ni de bagages, sauf sa brosse à dents pliante. Il parcourt le pays en auto-stop (à l’occasion en bus Greyhound) et mange dans des « diners » bon marché. « C’était pas cher, et ça ne m’a pas tué ».
Il a un don certain pour se mettre dans les ennuis, et s’en sortir à son avantage, moyennant la distribution gracieuse de quelques horions.

Reacher est en Virginie du Nord pour enfin rencontrer le Major Susan Turner, maintenant commandant de son ancienne unité. Il ne connaît que sa voix, n’ayant eu avec elle que des échanges téléphoniques, une sorte de flirt à distance, lors d’aventures précédentes.
Au motel où il réside, deux types se présentent à sa porte et lui enjoignent de quitter la ville, à moins qu’il ne veuille être traduit en cour martiale sous le motif qu’il aurait discrédité son unité ! Mais Reacher n’est pas homme à se laisser intimider. Au terme d’une séance de baston dont il a le secret, rapide et efficace, il se débarrasse des deux fâcheux.

« Le type sur la gauche tanguait comme sur un bateau. Celui sur la droite chancelait en arrière. Tout déséquilibré, le type de gauche se tenait sur les talons, le torse exposé. Reacher lui décocha une droite genre coup de gourdin au plexus solaire, assez forte pour lui couper le souffle, assez douce pour ne pas causer de lésions neurologiques durables. Le type se replia sur lui-même, s’accroupit, et agrippa ses genoux. Reacher passa à côté de lui et s’attaqua au type de droite, qui le voyait venir et lui décocha une faible droite de son cru. Reacher la contra avec l’avant-bras gauche et en remit une couche dans le matraquage en plein plexus.
Le type se plia en deux, tout pareil.
Ensuite, il fut assez facile de les faire pivoter pour qu’ils regardent dans la bonne direction puis, d’un coup de semelle de grosse chaussure, de les pousser vers leur voiture, d’abord l’un, puis l’autre. Ils la heurtèrent tête la première, plutôt violemment, jusqu’à cabosser les portières, s’étalèrent et restèrent allongés par terre, haletants mais encore conscients.
Une voiture cabossée à justifier et des maux de tête le matin. Rien de plus. Plutôt clément vu les circonstances. Charitable. Attentionné. Délicat, presque. »

Au Q.G de son unité, les ennuis commencent : Susan Turner n’est pas à son bureau. A sa place, le colonel Morgan, qui explique à Reacher qu’elle est suspectée de fraude, possédant un compte aux Iles Caïman crédité de 100.000 dollars. Elle est emprisonnée et mise au secret. Pour Jack, cette explication est insuffisante.  Il  insiste pour la voir, ce qu’on lui refuse.
Comme par hasard, il se trouve bientôt accusé d’un homicide qu’il aurait commis  16 ans auparavant, et d’une recherche en paternité pour une jeune fille de 14 ans, née d’une femme qu’il ne se rappelle même pas avoir connue.

De plus, à cause de renvois en tout petit caractères, au bas d’un formulaire qu’il avait signé lors de son engagement, et qui stipulent qu’il peut être rappelé dans un certain délai, Reacher se retrouve réintégré dans l’Armée, et donc contraint d’obéir aux ordres.

Ça commence à faire beaucoup pour Jack qui y voit là une volonté délibérée de le mettre à l’écart. Pour libérer Susan Turner, il va lui-même se laisser incarcérer et manœuvrer pour être placé dans une cellule contiguë. Au moyen de  quelques ruses et subterfuges, agrémentés de plusieurs plaies et bosses, les « enfermants » se retrouvent enfermés, et les ex-enfermés prennent la clef des champs.

Les deux majors de la police militaire, l’ancien et la nouvelle, vont se retrouver embarqués dans un sacré imbroglio, sur fond de trafic d’armes et de drogue dans lequel sont impliqués la D.E.A (Agence Anti-Drogues), et des militaires de très haut rang. Une fois leurs forces mises en commun, Turner et Reacher font faire la preuve de leur efficacité.
Tout au long de leur périple à travers les Etats Unis, leurs déplacements font l’objet de plusieurs échanges téléphoniques entre deux mystérieux individus.  Juliette et Roméo, probablement  des noms de code, ont l’air particulièrement bien renseignés sur le parcours des fugitifs, ce qui laisse supposer des fuites dans la chaîne de commandement.

Au contact de Turner, Reacher va s’ouvrir un peu et dévoiler au lecteur un peu de son passé, des choses qui font de lui l’homme qu’il est devenu. On le découvre dans ce roman sous un jour un peu différent, mais toujours aussi déterminé et ne reculant pas devant la violence gratuite en plusieurs occasions.

En revanche, il se trouve curieusement attendri devant Samantha, cette jeune adolescente qui pourrait être sa fille et en qui il veut se reconnaitre un peu. Leur rencontre, complètement inattendue est l’occasion de belles pages, qui nous font voir un Reacher un peu moins monolithique et enfin plus humain.

L’auteur nous capte dans les filets de son histoire, entre Virginie et Californie, avec moult rebondissements et retournements de situation. Et dans ce panier de crabes militaro-politique, Reacher et Turner naviguent avec une aisance confondante, l’intuition de l’une s’ajoutant à la force de l’autre.

Lee Child est un véritable « storyteller », qui pimente son récit de pas mal de touches d’humour. A ce propos, la description physique de Reacher vaut son pesant de cacahuètes.
« La puberté lui avait apporté des améliorations sans qu’il ait rien demandé, dont sa stature, son poids et un corps extrêmement mésomorphe, avec des abdos découpés comme une rue pavée, des pectoraux dignes d’épaulières de football américain, des biceps comme des ballons de basket et de la graisse sous-cutanée de l’épaisseur d’un Kleenex. Il n’avait jamais rien trafiqué. Ni régimes. Ni haltères. Ni club de gym. « Si ce n’est pas abîmé, on ne répare pas », tel était son point de vue. »

Reacher prend parfois quelques libertés avec la légalité, comme le montre l’emprunt d’un cabriolet Chevrolet Corvette, et de la modique somme de 80.000 $ à un dealer de drogue. Il n’en avait plus l’utilité, vu qu’il était  mort dans l’incendie de son labo.
« – Il n’en a plus besoin. Et nous n’avons plus que quatre-vingt-huit cents. »
A noter le petit clin d’œil à destination d’un confrère : l’usurpation d’identité et l’utilisation frauduleuse d’une carte de crédit au nom de David Baldacci, auteur de thrillers bien connu, qui serviront à couvrir et financer la fuite de Reacher et de sa compagne.

Aux grincheux qui me diront « Oui, on a lu cent fois cette histoire », je répondrai : c’est vrai, mais que voulez-vous, j’aime Jack Reacher! Comme j’aime Dave Robicheaux, Walt Longmire, Harry Bosch ou Jack Taylor. Je suis attaché à ces personnages, et qu’importe si la qualité des romans est inégale, c’est un vrai plaisir, chaque fois renouvelé, de les retrouver, comme on retrouve de vieux amis.

Ce roman, 18ème de la série, n’a pas dérogé à la règle. Je ne vais pas crier « Géniaaaal!!! », ni au coup de cœur, mais il m’a permis de passer un très bon moment d’évasion et de détente sans prise de tête, en compagnie de Jack.
Et c’est bien là le principal!

Editions Calmann-Lévy, 2016

 

4ème de couv :
retour-interditDes déserts glacés du Dakota du Sud à son ancien bureau de la 110e unité de police de WashingtonDC, la route est longue et semée d’embûches, mais après bien des péripéties et avoir expédié au tapis deux individus qui lui conseillaient de filer s’il ne voulait pas être traduit en cour martiale, Reacher, intrigué et séduit, pousse enfin la porte du bureau de celle dont il ne connaît pourtant que la voix, le major Susan Turner. Et là, surprise: il tombe sur un commandant Morgan qui l’informe que «le major Susan Turner n’est plus là». Et qu’il est, lui, accusé d’avoir tué un dénommé Rodriguez il y a seize ans de ça.
Pendant ce temps, un certain «Romeo» appelle un certain «Juliet» pour suivre pas à pas les faits et gestes de Reacher. Ils savent qu’il va tout faire pour retrouver Susan Turner.
Reacher n’a certes peur de rien et arrive toujours à ses fins, mais quand les mauvaises nouvelles se multiplient.

 

L’auteur:

Lee Child
, de son vrai nom Jim Grant, né le 29 octobre 1954 à Coventry, est un écrivain britannique. Il a fait des études de droit à Sheffield puis il rejoint la chaîne de télévision Granada Television à Manchester. Il y resta dix-huit ans puis se lança dans l’écriture. Il vit actuellement à New York.

Il écrit des thrillers dont le héros récurrent, Jack Reacher, ancien officier de police militaire, pérégrine au travers des États-Unis. Comme tout dur à cuire du polar, Reacher est solitaire, froid, efficace et hanté par son passé. Ses ouvrages sont des best-sellers.

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Lee Child – Mission confidentielle

Les origines du mystère Reacher.
« En général, personne ne se souvient d’une histoire de cavalier solitaire. Mais personne n’oublie jamais le cavalier.»
Lee CHILD

Mon ressenti :

Depuis une quinzaine d’années et autant de romans, nous suivons Jack Reacher au long de son errance sans fin à travers les Etats-Unis. Ce que nous savons de lui, c’est que c’est un ancien major de la Police militaire, qu’il a quitté l’Armée avec de bons états de service. Sa principale caractéristique est de voyager léger : aucun bagage, si ce n’est une brosse à dents pliante. Il achète ses vêtements au fur à mesure de ses besoins, dans des friperies. Depuis, il a gagné sa place dans le panthéon des héros américains, sympa et audacieux.
Mais la série des Reacher, comme beaucoup d’autres séries, est arrivée à un point où il faut continuer d’aller de l’avant pour survivre. Et même si certains titres sont plus réussis que d’autres, ils obéissent aux mêmes règles, et les possibilités d’évolution sont limitées.

Il était donc temps pour Lee Child de nous réserver une surprise, et de taille !

Ce titre de Lee Child bouscule le statu quo en nous dévoilant le mystère de la création de Jack Reacher. Reacher est né dans une base militaire de Berlin-Ouest, fruit des amours d’un marine américain et d’une Française. Il passe trois ans à West Point, puis entre dans l’armée. Dans la police militaire plus exactement. En dépit de quelques flashbacks, et quelques aperçus de l’histoire familiale des Reacher, ses origines restent mystérieuses.Au début de la série, ce n’était qu’un ancien officier de la Police militaire, sans bagage. C’est sûr, c’est un vagabond, solitaire et homme d’habitudes, mais nous ne savions pas comment il en était arrivé là.

« Mission Confidentielle » commence, de façon fort habile, au moment le plus crucial dans la vie de Reacher : le moment où il a dû quitter l’Armée. Au moment d’entrer dans le Pentagone, il dit « Bien entendu, je me rappelle la date. C’était un mardi, le 11 mars 1997. C’est aussi le dernier jour où j’entrais dans cet édifice en tant qu’employé des personnes qui l’ont construit.
Ca remonte à loin.
 »

Le 11 mars 1997, c’était aussi, pur hasard, quatre ans et demi jour pour jour avant que le monde change en cet autre mardi à venir, et donc, comme beaucoup de choses au bon vieux temps, la surveillance à l’entrée du hall principal était scrupuleuse sans être frénétique. Non pas que mon apparence eût suscité l’hystérie. Du moins de loin. Je portais mon uniforme de classe A, impeccable de haut en bas, bien repassé, ciré et astiqué, et j’arborais sur la poitrine treize années de rubans, de médailles, de décorations et de citations. J’avais trente-six ans,, j’étais grand et me tenait droit comme un I en avançant, major de la police militaire américaine en tenue parfaitement règlementaire, hormis mes cheveux trop longs et ma barbe de cinq jours. »

En quelques lignes voila tracé le portrait de Jack Reacher, tel que nous le retrouverons au cours de ses 15 prochaines aventures, à quelques détails près, et l’uniforme en moins, bien entendu.

Le colonel Leon Garber, son commandant, l’ envoie à Carter Crossing, petite bourgade rurale du Mississipi, en tant qu’agent sous couverture, en civil, pour tirer au clair et désamorcer un possible scandale impliquant l’Armée. Une jeune femme a été égorgée à proximité d’une base militaire, cantonnement de deux compagnies impliquées dans une activité secrète au Kosovo (pas un gros problème, comme le pense le Reacher de 1997).
Et au fil de son enquête, nous assisterons à la « construction » du Reacher que nous connaissons : la rencontre avec la brosse à dents qui devient le symbole de son indépendance, son goût pour la nourriture simple des diners et ses critères de sélection « C’était pas cher, et ça ne m’a pas tué »

Reacher va être amené à rencontrer Elizabeth Deveraux, shériff du coin, ayant elle aussi un passé militaire, ce qui en fait une sorte d’alter ego féminin, avec qui il va avoir une relation amoureuse (d’où le titre original du livre : The Affair), laquelle donne lieu à quelques scènes de sexe, décrites avec beaucoup d’humour.

Mais la présence de Reacher dérange, apparemment. Il va donc se trouver contraint de rosser quelques gens du cru.. Ce n’est pas qu’il ait un goût particulier pour la bagarre, mais quand il n’y a pas moyen de l’éviter, il préfère frapper le premier, vite, et fort…
« Règle élémentaire face à six adversaires : être rapide. On doit passer le strict minimum de temps avec chacun. Ce qui implique de frapper chaque individu une seule fois. Parce que c’est le minimum. On ne peut pas frapper moins d’une fois… Alors j’étais prêt à louper le troisième. M’attaquer directement au quatrième ? Le troisième partirait peut-être en courant. C’est sûr, l’un deux s’enfuirait. Je n’ai jamais vu une bande rester groupée une fois que les premiers crânes ont percuté le trottoir. »

« Jack Reacher est un héros américain, et quand je l’ai écrit, j’avais en tête les héros solitaires des westerns » déclarait Lee Child. Reacher est plus un justicier et un redresseur de torts qu’un policier traditionnel, et tuer de ses mains un être nuisible ne lui fait pas plus d’effet que ça. Malgré cela, ce personnage est attachant, et promène sur ses semblables un regard désabusé. C’est également un personnage plein d’humour.

Durant son séjour dans cette petite ville, les éléments qu’il découvre lui laissent penser qu’il est peut-être manipulé, et que ceux qui l’emploient, militaires ou politiques, ne sont peut-être pas à l’abri de tout soupçon. Alors va se poser à lui la question qui mettra en jeu son avenir. Obéir aux ordres, ou bien faire éclater la vérité, avec les risques que cela implique ?

« Mission confidentielle » est un roman fort bien ficelé, un page turner, avec une intrigue particulièrement tortueuse, mais qui tient très bien la route, et un vrai sens du rythme et de l’action. Nous avons droit à une revue complète du système politique américain, avec ses lobbys, sa corruption. Lee Child, pur British natif de Coventry, nous décrit de aussi très belle façon l’Amérique profonde, celle des campagnes déshéritées, des « rednecks » prompts à faire le coup de poing contre tous ceux qui ne sont pas de leur monde. La tension ne faiblit pas tout au long du roman, jusqu’à son final, impitoyable et spectaculaire pour ce qui est de l’enquête… Quant à Reacher lui-même, « Je choisis une rue au hasard, mis un pied sur le trottoir, l’autre sur la chaussée, et tendis le pouce. »

Et pour les fans inconditionnels de Reacher, dont je fais bien évidemment partie, c’est un roman clé, un roman refondateur, si j’ose dire. J’ai pris un pied terrible avec ce livre, tout bonnement irrésistible….

4ème de couv.

mission confidentielle_Jack Reacher fait encore partie de l’armée en mars1997 quand une femme de militaire est retrouvée égorgée derrière un bar, dans une petite ville du Mississippi. Le coupable est-il à rechercher au sein de la base toute proche? On demande aussitôt à Reacher d’enquêter en agent infiltré. Pas question que le scandale éclabousse l’unité. Mais au fur et à mesure qu’il progresse, Jack sent bien qu’il dérange. À tel point qu’il finit par douter du bien-fondé de sa mission et de l’intégrité des hommes qui l’entourent. Certains seraient-ils prêts à tout pour étouffer l’affaire et mettre sa vie en danger? Voici notre héros devant un dilemme de taille: obéir malgré tout à la hiérarchie ou jouer la carte de la vérité avant tout ? Livre fondateur de la série, Mission confidentielle nous dévoile enfin pourquoi Reacher est devenu ce loup solitaire qui ne compte plus que sur lui… et sur sa seule brosse à dents.

L’auteur :

Lee ChildLee Child, de son vrai nom Jim Grant, né le 29 octobre 1954 à Coventry, est un écrivain britannique. Il a fait des études de droit à Sheffield puis il rejoint la chaîne de télévision Granada Television à Manchester. Il y resta dix-huit ans puis se lança dans l’écriture. Il vit actuellement à New York.

Il écrit des thrillers dont le héros récurrent, Jack Reacher, ancien officier de police militaire, pérégrine au travers des États-Unis. Comme tout dur à cuire du polar, Reacher est solitaire, froid, efficace et hanté par son passé. Ses ouvrages sont des best-sellers.