Sylvain Meunier – L’empire du scorpion

 

The Big Blowdown reçoit aujourd’hui une invitée de marque : Christine Roy, qui vient nous parler d’un auteur et d’un roman qui lui tiennent particulièrement à cœur, et avec un bel enthousiasme…
Je vous invite à les découvrir, tous les deux !

4ème de couverture :

l-empire-du-scorpion« Il voit le vivarium. Le scorpion ne bouge plus. Jusqu’à la dernière visite de Jacynthe Lemay, il l’avait nourri et abreuvé. Puis il a oublié. Toute routine est devenue au-dessus de ses forces. La mécanique de sa vie s’est complètement déréglée. Il a perdu Marie, et maintenant il perd son petit complice impénétrable.»
Régnant dans les hautes sphères de la politique canadienne, bien à l’abri derrière une fortune colossale et des lois qu’il interprète à son avantage, un être ignoble magouille à satiété, fait chanter en toute impunité, et signe une flopée de crimes sordides. Que sait-il de Marie Doucet, la femme de Percival Imbert, disparue mystérieusement un soir de décembre 1977 ? De Montréal à Ottawa, Jacynthe Lemay enquête.

L’Empire du scorpion
Sylvain Meunier
Guy Saint-Jean Éditeur

 

Voilà déjà quelques années que j’ai eu plaisir à découvrir cet auteur québécois avec « Les mémoires d’un œuf » aux Editions La Courte Echelle, roman policier qui lui valu, le prix Ténébris « aux Printemps meurtriers » de Knowlton, au Québec.

Lien : http://www.lesprintempsmeurtriers.com

les mémoires d'un oeufCette découverte était une invitation à aller plus loin dans la découverte de Sylvain Meunier

C’est un auteur prolifique, un écrivain talentueux. Il est d’une telle créativité qu’il a su, au fil de ses romans, m’embarquer dans un monde loufoque, m’intriguer, me faire hurler de rire, m’émouvoir jusqu’aux larmes. Je peux affirmer qu’il ne m’a jamais laissé indifférente.

Et voilà qu’avec ce tout dernier roman, Sylvain Meunier réitère et crée la surprise une fois de plus !

 

Mon avis :

Allez, que je vous situe un peu l’action. Imaginez  un vendredi de décembre, un grand magasin, à l’apogée de son effervescence. Bref ! Vous êtes déjà dans l’enfer absolu ! Un homme complètement hagard, Percival Imbert, erre, ses paquets à bout de bras. Il a perdu sa femme…

Dans le centre commercial, il trouve en la personne de Jacynthe Lemay, la fonctionnaire de police idéale pour lui apporter aide et réconfort. Malgré la bizarrerie de la situation, elle fait preuve de beaucoup d’empathie, de patience et persévérance. Autant vous le dire de suite, elle restera proche de notre homme complètement désorienté et mènera l’enquête jusqu’au bout.

La situation peut paraître banale : perdre sa moitié dans les grands magasins, pendant la période survoltée des achats de fin d’année, est un fait courant.

Mais, dès les premières pages, vous réalisez que Percival Imbert, outre son nom sorti on ne sait d’où, est un personnage hors du commun, qui vit dans un monde clos, un univers bien à lui que vous découvrirez avec plaisir. Sa vie est réglée comme une montre suisse et voilà que tout bascule. C’est un véritable cataclysme ! Inexorablement, vous êtes aspirés, au cours d’une incroyable enquête, dans une spirale d’évènements aux côtés de Percival et de la charmante Jacynthe. Vous voyagerez du centre commercial jusqu’au Lazaret de Tracadie, pour finir où ? Là, je ne peux rien dire de plus, ce serait tout dévoiler ! Mais croyez-moi, Sylvain est un homme de cœur, généreux, reconnaissant qui m’a fait une bien belle surprise : mes joues en ont rosi à la lecture des dernières pages. Lisez cet excellent roman pour le découvrir (oui, je suis très joueuse !)

Sylvain Meunier a un talent sans pareil pour donner vie à ses personnages. Il a une façon singulière de « croquer », tel un portraitiste parfois caricaturiste, ses personnages en un éventail incroyable du genre humain. Cet univers fantasque, choix délibéré de l’auteur est en réalité un échantillon de notre monde actuel vu par le petit bout de la lorgnette. Il aborde ainsi avec sérieux, intelligence et fantaisie, les problèmes de la société actuelle qui lui tiennent particulièrement à cœur.

Dans « l’empire du scorpion », il nous dépeint un univers impitoyable où la corruption, la violence et le crime organisé s’immiscent dans les plus hautes sphères de la politique et de la finance. Il dénonce la toute puissance de l’argent et du pouvoir qui assurent une totale impunité pour les crimes les plus abjects, enfermant dans le silence, d’insoutenables malversations.

Sylvain Meunier a la délicatesse d’honorer la Femme avec sensibilité et subtilité. Il lui redonne toute sa noblesse. Elle est la clé essentielle dans la résolution de cette affaire. Jacynthe, Marie, Sœur Dorina Frigault, Sœur Annonciade Frenette, nous aident à comprendre les lourds secrets de famille qui se perpétuent de génération en génération. Elles nous montrent le chemin de la tolérance et de la résilience.

Tant d’autres personnages atypiques colorent ce roman ! Sylvain n’a pas son pareil pour parsemer ses romans de fantaisie, de poésie, d’humour d’une plume qui me séduit par sa richesse et son apparente simplicité.

Ce roman est un incroyable sac de nœuds qui vous fait perdre la tête et qui vous tient captifs jusqu’au dénouement.

Je vous laisse le choix de découvrir une petite partie de l’univers de Sylvain Meunier, avec ce roman vraiment très abouti. J’y sens une implication personnelle plus intense de la part de l’auteur, plus critique envers le système politique de son pays. Il conserve cependant  son excellente qualité d’écriture, à la fois précise et poétique. Sylvain Meunier est un incroyable romancier capable de me surprendre encore. Il dévoile à chaque fois, une facette supplémentaire de sa personnalité, et qui ne manque pas de brillance. Le charme opère, encore et encore.

Un auteur singulier à découvrir absolument !

Extraits :
Sylvain Meunier est aussi un excellent conteur. Ne passez pas à côté de ces quelques moments,  des extraits choisis et  lus par l’auteur:

https://www.facebook.com/yvan.laurendeau/videos/767659603272504/

https://www.facebook.com/yvan.laurendeau/videos/770476536324144/

https://www.facebook.com/sylvain.meunier.9/videos/977656235593852/

Quelques romans lus :

L’homme qui détestait le golf (Prix Saint Pacôme du roman policier 2008)

Lovelie d’Haïti (3 tomes)

La nuit des infirmières psychédéliques

L’homme qui détestait les livres (nouvelle dans « Crimes à la Librairie »)

Le bon sommeil du roi de Sucredor

Germain, l’histoire de mon chien

Piercings sanglants

 

étalage livres meuniers

 

 

 


L’auteur :

sylvain_meunierSylvain Meunier est un auteur  Canadien, né à Lachine (Québec) en 1949

Après avoir enseigné pendant trente ans, Sylvain Meunier se consacre maintenant à ses projets d’écriture. À la courte échelle, il a publié plusieurs romans dans les collections jeunesse et, en littérature adulte, sa populaire trilogie Lovelie D’Haïti rééditée en format de poche.
Sylvain Meunier a été finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada en 2002, 2004 et 2005. Il a été sélectionné à plusieurs reprises pour le Prix Hackmatack et a remporté en 2004 le Grand Prix du livre de la Montérégie.
En 2007, il remporte le prix Création en littérature du premier Gala de la Culture de la ville de Longueuil pour la série Ramicot Bourcicot.

Auteur également de :

L’homme qui détestait le golf – la courte échelle, Montréal mai 2008 (Gagnant du prix Saint-Pacôme du roman policier – 2008 et finaliste au Arthur Ellis Award 2009 finaliste au Gala de la culture 2009 – Prix du roman AQPF-ANEL 2009)

Les mémoires d’un Œuf – la courte échelle, Montréal septembre 2011 « (Coup de cœur du jury de l’Association des auteurs de la Montérégie-2011) » « (Prix Tenebris 2012)

 

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André Blanc – Tortuga’s Bank

En avant-propos de ce roman, André Blanc nous précise que « Ce roman est une œuvre de pure fiction. Toute ressemblance avec des personnages ou des faits existants ou ayant existé ne saurait être que coïncidence fortuite. »
Bon, moi  je veux bien, mais je pense qu’il a dû rencontrer durant la période où il fut élu à la Mairie de Lyon, des personnes dont il s’est inspiré pour construire son intrigue.

Dans un appartement du vieux Lyon écrasé de chaleur, dans une puanteur suffocante, gît le corps de Joseph Ducosterd, ancien préfet en retraite. Il a été assassiné, exécuté plutôt, de deux balles dans la tête. Crime religieux ? En effet, tout porte à le croire. La disposition du corps, les bras en croix, une croix tracée sur le front avec son sang.
« Farel chassa les mouches de la main, se releva et vint se placer aux pieds, dans l’axe du corps. Il resta là un moment tentant de comprendre pourquoi le corps avait été placé là. « Il théâtralise son acte : on ne déplace pas un corps sans raison. Vu le désordre de la bibliothèque, il cherche quelque chose et nous colle une symbolique avec cette mise en scène… Et s’il se foutait simplement de notre gueule ? »
De plus, d’après le fils de la victime, l’ancien préfet conservait chez lui une bible rare et ancienne qui aurait été dérobée, ainsi qu’une collection de méreaux, sorte de jetons de métal en usage comme signe de reconnaissance dans certaines confréries.

Lors de l’examen des comptes bancaires de la victime, des anomalies commencent à se faire jour. Farel, dans son style très direct, va procéder à l’audition du banquier, qui après quelques réticences, « va se mettre à table » et lui avouer que le compte a été presque entièrement vidé par Clauss, le gestionnaire de compte, qui n’a pas reparu à la banque et reste désormais introuvable.
Maricke, le femme de Vauclin, a également disparu. Elle a été victime d’un enlèvement.

Les divers mouvements d’argent font apparaître une banque mystérieuse, la Tortuga’s Bank, où les fonds auraient transité, et mènent à un certain Stéphane Vauclin, riche magnat de l’immobilier, financier plus ou moins occulte de divers politiciens, « un faiseur de rois ». Tous les liens de ces réseaux d’argent sale et de magouilles remontent vers un homme de l’ombre, sans identité, un certain Lupus qui tire toute les ficelles.
Fidèle à sa méthode, directe et sans chichis, presque militaire, le commandant Farel et son équipe vont prendre l’affaire à bras le corps.

En haut lieu, certains commencent à se faire du souci, et Farel subit des pressions de la hiérarchie policière et politique. Jusqu’à l’Hôtel de Matignon on s’émeut de la tournure que prend cette affaire. Mais ce serait mal connaître le commandant Farel, ancien commando de marine, qui a gardé de son passé de soldat un sens exacerbé de l’honneur et du devoir que de le croire réceptif à ces manœuvres d’intimidation. Farel, policier atypique, particulièrement intuitif, garde de son passé de commando de marine une façon de procéder, un talent de meneur d’hommes qui fait que son équipe lui est entièrement dévouée. Son équipe, celle qu’on jalouse dans la maison, qu’on envie et que l’on voudrait rejoindre. Mais selon Farel, cynique : « Les places sont prises et le ticket d’entrée prohibitif. Il faudra me supporter, me suivre, sans broncher, en enfer ou pire encore, en sachant que quoiqu’il arrive, je vous ramènerai vivants ou… morts. »

Magouilles politiques, financières, blanchiment d’argent. Toutes les formes de corruption de nos politiques sont passées en revue dans ce roman. Le fonctionnement du système, où tous les élus, petits et gros poissons, chacun à leur niveau, se « sucrent » joyeusement et en toute impunité avec l’argent public, nous brosse un tableau pas très reluisant de nos élites.
« Toutes ces associations loi 1901, sont subventionnées par des politiques obligés de Vauclin. Les fonds redistribués serviraient pour l’essentiel à enrichir leurs dirigeants, de petits caïds des quartiers défavorisés. Un caïd de banlieue suggère par exemple à un élu de faire embaucher deux de ses hommes dans une piscine d’été pour aider les fonctionnaires. De fait, ces deux types, une fois embauchés, font régner l’ordre dans ce lieu. A partir de là, plus de problèmes, donc la police n’y vient jamais et du coup ils peuvent dealer peinard. En plus, ceux-ci se feraient fort de convaincre leurs familles et amis, voire certaines communautés, de voter pour tel ou tel élu. »
On sait bien que c’est ainsi que le système fonctionne, mais on est choqué et impuissant de voir à quel point et dans quelles proportions. La récente affaire Clearstream est là pour nous le rappeler. Alors, tous pourris? Il y a de quoi se le demander.

En plus des pressions subies, le groupe de Farel est la cible de tueurs. Un flic est abattu, une autre gravement blessée et dans le coma. Là, c’en est trop pour Farel, qui va retrouver ses réflexes de commando, activer tous ses réseaux, jusqu’à impliquer ses anciens compagnons d’armes des Forces spéciales, pour venir lui prêter main-forte, dans le marigot que représente la capitale des Gaules.

En parallèle avec l’enquête, l’auteur aborde le thème de la Réforme et des protestants, avec l’évocation de la bible d’Olivétan, du pasteur Guillaume Farel, homonyme et ancêtre, ou non, de notre héros.

L’écriture est simple, sans fioritures inutiles. Le ton est froid, presque clinique. L’auteur va à l’essentiel, il raconte une histoire et il le fait bien. La description des magouilles financières et politiques est très bien décrite et il nous rend aisément compréhensibles ces imbroglios financiers dans lesquels la justice a le plus grand mal à y voir clair.

De découverte en découverte, Farel et son équipe, avec le soutien de la juge Fournier, une juge intègre, l’autre moitié des F2 ainsi que l’on surnomme le binôme Farel-Fournier, nous conduisent vers le dénouement, assez pessimiste à mon sens, et qui laisse encore pas mal de questions en suspens, et peut-être la porte ouverte à une possible suite.
Une plongée sans concession sur les relations pas toujours transparentes entre la politique et la finance, et même s’il s’agit d’une œuvre de fiction, on se dit que la réalité dépasse souvent la fiction.. Un très bon roman et un très bon moment de lecture.

Editions Jigal, 2013

4ème de couv.

Mise en page 1On est en juillet, c’est la canicule et dans le salon d’un appartement bourgeois du centre-ville de Lyon, les mouches s’en donnent à cœur joie… Le commandant Farel, chef de groupe de la BRB, ruisselant de sueur, se penche sur le cadavre de l’ancien préfet, assassiné quelques jours plus tôt. Des bibles rares et hors de prix ont été dérobées tandis que les bras en croix, le corps semble disposé pour un rituel religieux… Au fil de l’enquête, un monde souterrain sort de l’ombre : magouilles politiques, détournement de fonds, mafia, blanchiment et banques exotiques… La ville semble être tenue par un certain Vauclin, un curieux personnage, proche du pouvoir, ancien communiste devenu affairiste sans scrupule. Matignon s’inquiète, des réseaux parallèles entrent en action… Un contrat est lancé, un flic est abattu, un autre dans le coma… Touché au cœur, Farel, ex-commando indestructible, va alors s’affranchir de la loi et réactiver son propre réseau pour se jeter dans la bataille…

L’auteur:

andré blancAndré Blanc est né à Lyon, second d’une famille de 4 enfants. Père professeur agrégé. Fréquents séjours en Allemagne, études à Berlin. Docteur en chirurgie dentaire, passionné d’archéologie et de préhistoire. Il devient adjoint au maire de Lyon à la fin des années 80 avant de démissionner pour inadéquation totale… Il aime la tragédie classique, Racine, Shakespeare, la poésie, Hugo, Musset, la littérature, Yourcenar, Dostoïevski… le vin blanc de Condrieu et la pêche à la mouche !