Philippe Setbon – Il et moi

Constantin Lepage, dit « Costa » : un putain d’acteur, selon ses proches. Mais voilà, ce putain d’acteur est maintenant réduit pour gagner sa vie à faire des doublages de télénovelas brésiliennes ou des pubs à la radio. Jean-Louis Rey, un de ses amis de longue date, écrivain et scénariste, se trouve lui aussi dans le creux de la vague.
De plus, son éditeur Willy Willemetz, contrairement à un engagement qu’il avait pris, vient de lui refuser la publication d’un roman. Dans la conversation animée qui s’ensuit avec Jean-Louis, Willy est amené à parler de sa femme Irène qui veut divorcer, prendre ses enfants à l’étranger et le dépouiller, euro après euro.

« Tu te rends compte ? Il paraît qu’elle est déjà en négociation pour une maison sur pilotis à Malibu. Cette salope est complètement malade ! Si je pouvais la tuer ! La tuer ! Tu n’imagines pas avec quel plaisir… Quel bonheur… Quel soulagement…
– C’est faisable, le coupa Jean-Louis d’une voix calme et posée. »

Cet échange va faire germer dans le cerveau de Jean-Louis l’idée d’une mystification aux dépens de Willy, et l’occasion  de le délester de quelques milliers d’euros. Il s’en ouvre à son ami Costa, qui les met en rapport avec Henk Van der Weld, un soi-disant tueur à gages, pour supprimer Irène.

Irène meurt quelques jours après. Sa mort a toutes les apparences d’un suicide. La mystification à l’égard de Willemetz s’avère d’une vraisemblance que Jean-Louis et Costa n’avaient pas prévue. La situation leur échappe alors complètement, les laissant impuissants, observateurs plus qu’acteurs de la marche inéluctable du destin.

Après ce premier contrat, les événements se bousculent et Costa va être amené à faire encore appel à Henk Van der Weld, qui gagne en efficacité dans son rôle de tueur, prenant encore plus d’assurance et d’initiative, allant même jusqu’à s’affranchir de la tutelle de Costa.

Au long des chapitres, les cadavres s’accumulent, Et arrivé à ce point, le lecteur se demande qui, dans ce jeu macabre, tire les ficelles. Costa a-t’il toujours le contrôle de la situation ? Ou bien est-ce Van der Weld qui échappe à son commanditaire ?

Dans un style très dynamique, l’auteur déroule son intrigue, découpée en des chapitres courts qui contribuent au rythme de l’ensemble. Sa formation de graphiste et de scénariste n’est pas étrangère au fait que son récit soit très visuel, piqué par endroits de petites pointes d’humour, comme pour alléger la noirceur du propos.
Ses personnages sont bien marqués et psychologiquement bien dessinés. Ils ont des sentiments et des réactions qui les rendent proches de vous ou moi, très humains en somme, avec ce que cela suppose comme qualités, mais aussi comme défauts.

Ce roman très noir nous met aux prises avec la complexité de l’esprit humain, en proie à des pulsions de violence et de mort, à travers la trajectoire d’un homme qui bascule dans la folie meurtrière, allant crescendo vers l’inéluctable dénouement dramatique.

Cette dernière publication d’un auteur aux multiples facettes m’a donné l’occasion d’une très agréable lecture.
Éditions TohuBohu, Janvier 2018.

4ème de couv :

D’un côté, Constantin Lepage, dit Costa, un « putain d’acteur » pour sa femme et ses amis, un peu aigri et alcoolo.
De l’autre Henk Van der Weld, un nom batave qui sonne comme un pseudo, une fine moustache, des lunettes teintées, un bon sourire.
Une rencontre impossible mais quelques points communs. Et surtout une question lancinante :
Mais qui a tué ?

Avec Il et moi, Philippe Setbon emmène le lecteur dans les espaces incertains d’un cerveau assassin, jusqu’à lui couper le souffle.

L’auteur :

Philippe Setbon, né en 1957, débute comme auteur et dessinateur de de B.D dans les revues Pilote et Métal Hurlant avant de bifurquer vers le cinéma. Il signe les scénarios de plusieurs longs métrages comme Détective de Jean-Luc Godardou Mort un dimanche de pluie, réalise Mister Frost puis se consacre à la télévision. Il écrit de nombreux téléfilms et séries dont Les Enquêtes d’Héloïse Rome, Fabio Montale, Franck Riva, etc… Il en réalise lui-même une vingtaine dont la minisérie à succès Ange De Feu.
Il est également l’auteur d’une douzaine de romans chez Rivages, Flammarion, Buchet-Chastel et aux Éditions du Caïman.

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Thomas H. Cook – Danser dans la poussière

Dans sa jeunesse, Ray Campbell a séjourné un an au Lubanda comme travailleur humanitaire. Lors de ce séjour en Afrique, il a rencontré Martine Aubert, qui exploitait seule avec Fareem, un employé indigène, la ferme de son père. Née au Lubanda, Martine était Lubandaise et le revendiquait, avec tous les risques que cela pouvait entraîner.

Ray tombe amoureux d’elle, et pris dans l’accélération des événements, va commettre une fatale erreur d’appréciation. Son incapacité à comprendre l’attachement de Martine envers son pays finira par causer la mort de celle-ci. Ray, au bout de son contrat, et dévasté de chagrin, rentrera aux États-Unis.

Vingt ans plus tard, il apprend que Seso Alaya a été assassiné à New York. C’est le collaborateur que lui avait assigné Bill lors de son premier séjour en Afrique. Il a été torturé avant d’être tué, et l’on suppose qu’il était venu en Amérique délivrer un message.
A la demande de Bill, Ray retourne donc au Lubanda pour éclaircir les motifs de la mort de Seso, et aussi de Martine.

A plus de vingt ans d’intervalle, nous voyons évoluer Ray, du jeune homme idéaliste qu’il était lors de son premier séjour au Lubanda, jusqu’à l’homme qu’il deviendra, bien des années plus tard, marqué par le poids de la perte subie, et celui de sa propre responsabilité dans cette perte.

« Je suis sur le point de lui raconter ce rêve et que par mon imprudence je l’ai trahie. Comment, ici même, à Rupala, voilà vingt ans, j’ai fait rouler les dés pour cette femme pas même présente à la table de jeu, et comment, sur le résultat de ce lancer, un cœur bien plus courageux et bien plus intelligent que le mien a été perdu. »

Pour ce roman, Thomas H Cook délaisse un temps son Amérique natale et nous transporte au Lubanda, un pays imaginaire qu’il a créé de toutes pièces, mais bien représentatif de nombre d’états d’Afrique subsaharienne, toujours en balance entre traditions, coutumes tribales, corruption endémique et une aspiration bien légitime au progrès. Autant de facteurs qui alimentent l’instabilité des ces pays qui basculent régulièrement de fausses démocraties en vraies dictatures.

Selon un procédé dont il est coutumier, Thomas H Cook débute son histoire dans le temps présent, avant d’en dérouler le fil, par de multiples allers et retours dans le passé. Ses personnages sont pleins d’humanité, chacun d’entre eux ayant sa part d’ombre et de lumière. Au milieu d’eux, pivot autour duquel s’articule l’histoire, l’indomptable Martine Aubert, héroïne solaire, attachée à sa terre et à son pays, est absolument éblouissante.

« Les gens dansaient tout autour et, parmi eux, je reconnus Martine. Elle semblait baigner dans son élément, radieuse dans l’éclat de cette flambée, balançant sa longue chevelure d’avant en arrière, ses bras pâles fendant l’air obscur. Elle tournait lentement sur elle-même, levant et abaissant les bras, exécutant la même danse que les autres femmes autour d’elle, sensuelle, tellurique, avec une expression à la fois joyeuse et sereine. »

C’est un roman noir, mais aussi un roman d’amour, un roman politique, sur les conséquences de la colonisation, sur la difficulté de concilier le modernisme et les traditions.
C’est l’occasion aussi de pointer du doigt les limites de l’aide humanitaire qui se trouve confrontée à la dure réalité du terrain. La difficulté majeure consiste à concilier le modèle que nous connaissons aux besoins des pays que l’on veut aider. On ne peut, d’un coup de baguette magique, imposer un modèle de civilisation « prêt à l’emploi » à des populations qui ne sont visiblement pas adaptées, ni disposées à le recevoir.

« Les crimes commis au nom du mal sont très connus dans l’Histoire. Ce sont les crimes commis au nom du bien qui, le plus souvent, ne laissent pas de trace. » (Martine Aubert, « Lettre ouverte aux amis étrangers »).

D’une prose brillante, Thomas H. Cook nous dépeint les paysages, les habitants, les rites et les coutumes d’un Lubanda de fiction, qui devient diablement réel à nos yeux. La fin dramatique de l’histoire nous est déjà connue, mais qu’importe. Le talent et le savoir-faire de l’auteur ont la vertu de nous rendre captifs, dans l’attente de la révélation du pourquoi et du comment, qui nous seront délivrés en un ultime rebondissement.

Son écriture d’une grande sensibilité est toujours empreinte de poésie, magnifiquement rendue par la traduction de P. Loubat-Delranc.
Ce roman sonne aussi à mes yeux comme une sublime déclaration d’amour à l’Afrique et la scène de fin, comme un accomplissement, est d’une touchante beauté.
Avec « Danser dans la poussière », ce grand monsieur de la littérature contemporaine qu’est Thomas H. Cook signe là encore un très grand roman.

Éditions du Seuil, 2017

4ème de couv :

Dans les années 1990, Ray Campbell s’installe au Lubanda, État imaginaire d’Afrique noire, pour le compte d’une ONG.
Sa vision de ce que devrait être l’aide occidentale ne rencontre pas l’approbation de Martine Aubert, née et établie au Lubanda, pays dont elle a adopté la nationalité. Elle y cultive des céréales traditionnelles dans la ferme héritée de son père belge, et pratique le troc. Tant que règne le bon président Dasaï, élu démocratiquement, Martine vit en harmonie avec la population locale. Mais tout bascule quand des rebelles instaurent un régime de terreur : elle devient alors une étrangère « profiteuse ». Sommée de restituer ses terres ou de partir, elle se lance dans une lutte vaine contre le nouveau pouvoir en place avant d’être sauvagement assassinée sur la route de Tumasi. Campbell, amoureux transi de l’excentrique jeune femme, rentre en Amérique.
Vingt ans plus tard, devenu le florissant patron d’une société d’évaluation de risques, il apprend le meurtre, dans une ruelle de New York, de Seso, son ancien boy et interprète. Voilà qui rouvre de vieilles plaies et ravive plus d’un souvenir brûlant. Ayant établi que Seso détenait des documents relatifs à la mort de Martine, il retourne au Lubanda pour confronter les coupables.

L’auteur :

Né en 1947 en Alabama, Thomas H. Cook a quitté à dix-sept ans sa petite ville pour New York, qui le fascinait. Devenu professeur d’histoire, et secrétaire de rédaction au magazine Atlanta, il est l’auteur de vingt-cinq romans policiers troublants.
Ses romans, réputés pour leur finesse psychologique, privilégient les thèmes des secrets de famille, de la culpabilité et de la rédemption.
Il partage son temps entre Cape Cod et Culver City.

 

Gilles Vincent – Ce pays qu’on assassine

Alors qu’il circule à moto, Tarek Bsarani, riche homme d’affaires franco-syrien, est abattu de trois balles en pleine tête. Il était depuis peu le directeur de campagne de Manon Péan, jeune députée du Vaucluse et étoile montante de Parti National de France, surnommée « la nièce » ou « la petite-fille ».
L’affaire échoit à la Commissaire Aïcha Sadia, héroïne récurrente de Gilles Vincent. Policière expérimentée, ayant la confiance de sa hiérarchie, elle gère son groupe d’une main efficace, un peu comme une famille. Son amant  Sébastien Touraine, détective privé, participe régulièrement aux enquêtes de leur groupe, et leur apporte une aide précieuse.
Au Nord du pays, près de Calais, on retrouve à demi enterrés dans la boue, les corps de deux jeunes filles. Betiel et Yohanna Seyoum, migrantes Érythréennes de 12 et 19 ans, victimes d’un viol collectif, et littéralement massacrées.
En charge de ce dossier, le Lieutenant Carole Vermeer n’a pas la tâche facile. En butte à l’hostilité ou au mieux, l’indifférence de sa hiérarchie et de son équipe, elle n’est pas dans les meilleures dispositions pour enquêter dans la sérénité. C’est une jeune femme fragile « une blessure ambulante », qui traîne le fardeau de l’absence d’un jeune frère disparu trop tôt, et d’une enfance passée en famille d’accueil.

« Derrière elle, les mains posées contre les yeux, le petit Jason, son bermuda en jean, son tee-shirt rouge, ses petites tennis scratchées ; Derrière elle, la voix du gamin qui compte jusqu’à vingt. Qui hurle les derniers chiffres parce qu’il n’a même pas peur. Presque pas.
Elle s’est accroupie derrière un buisson. Elle a fermé les yeux. S’est laissée envahir par les senteurs du sous-bois, a perçu le clapotis du lac contre la berge d’herbes folles. Elle a entendu nettement Jason crier l’ultime nombre. Alors, elle a guetté le froissement des feuilles sous ses pas. A attendu qu’il vienne… »


Entre Nord et Sud, nous suivons en parallèle les enquêtes d’Aicha et de Carole, toutes deux soumises aux mêmes pressions, de leurs supérieurs, et des responsables politiques du secteur.
Entre trafics divers, magouilles politiques, corruption, clientélisme, manipulations, Aïcha, Carole et leurs équipes marchent sur des œufs. Les élections régionales approchent et il faut ménager toutes les susceptibilités, éviter toute erreur qui pourrait avoir une influence sur le scrutin à venir.

Cette région du Nord-Pas de Calais, était, il n’y a guère, terre d’élection d’un communisme et d’un socialisme ouvriers et militants. L’impéritie des différents gouvernements qui se sont succédé, de gauche comme de droite, ont livré cette population déboussolée et désespérée au féroce appétit d’une droite extrême.
Le même constat vaut pour la région marseillaise. Les populations immigrées, parquées dans les tours de banlieue des quartiers nord sont un terreau fertile pour les extrémistes de tout bord, qu’ils soient fondamentalistes islamiques ou bien de l’extrême droite représentée par le Parti National Français.

Deux beaux portraits de femmes, l’expérimentée et fougueuse Aïcha et  la fragile Carole. Bloquée dans son enquête, humiliée et impuissante face aux mafieux, aux politiques ou les deux ensemble, cette dernière ne verra d’autre issue que de quitter la scène.
« Devant ses yeux défilent les posters de la chambre de Carole : Mike Brant, Nino Ferrer, Marilyn, et puis les œuvres complètes d’Hemingway, de Virginia Woolf et de Stefan Zweig.
Et ça lui vient d’un coup. Ces chanteurs, ces acteurs, ces écrivains, tous ils se sont donné la mort. Sans exception.
Autour du lit de Carole Vermeer, des compagnons de solitude. »

Caroe se suicide avec son arme de service et laisse un carnet à l’intention de son supérieur, le commissaire Kaminski. Pendant qu’elle est dans le coma, il lui en fait la lecture. Ainsi, en remontant le fil de l’enquête qu’a conduit Carole, il prend la mesure de tous leurs manquements à son égard. Elle lui apparaît alors sous un jour bien différent de ce qu’il avait imaginé, et nous lecteurs, saisissons mieux toute la détresse qui habitait cette jeune femme.

Que l’on ne s’y trompe pas, au travers de Manon et Maryse Péan, l’auteur brosse le portrait de deux femmes bien connues dans notre paysage politique pour leurs positions extrêmes. « Toute ressemblance avec un personnage existant ou ayant existé est purement volontaire. Le reste n’est que fiction. »

Les deux enquêtes policières nous laissent sur des impressions, des quasi-certitudes, mais rien de définitif. Mais là n’est pas le plus important. L’auteur dresse ici un état des lieux de notre pays, gangrené par la voyoucratie de nos élites, le clientélisme et la corruption.
Il n’est qu’à voir les dernières affaires à la une des médias, de Bygmalion, aux écoutes de l’Élysée, aux emplois fictifs pour la famille et les amis. Ce polar de Gilles Vincent est noir, très noir même. Il ne laisse que peu d’espoir sur notre société en décomposition, livrée aux vautours de la politique et de la finance, plus soucieux de se servir que de servir leur pays. Ainsi on peut comprendre que certains se laissent abuser par des discours extrêmes.

En fin de roman, la sinistre tuerie du Bataclan change la donne. Les enquêtes criminelles sont reléguées aux oubliettes. La priorité est d’assurer la sécurité des Français, de lutter contre le terrorisme, de rassurer la nation sur notre capacité à faire face à ce nouvel ennemi.
Les polars de Gilles Vincent sont toujours solidement ancrés dans notre réalité sociale et historique. Il nous pousse à nous interroger sur les problèmes de notre société et d’un monde en pleine mutation.
Il signe là un très bon roman, placé dans une récente actualité, habité de magnifiques personnages, et loin d’être politiquement correct. Une très belle lecture, que je vous recommande.

Editions In Octavo, 2017

4ème de couv :

Au cœur de Marseille, on exécute Tarek Bsarani de trois balles dans la tête. Il était le directeur de campagne d’une jeune députée du Vaucluse, espoir prometteur du Parti National de France. A l’autre bout du pays, on découvre dans la boue les corps meurtris de deux jeunes Erythréennes. Deux migrantes égarées sur les routes dévastées de l’exode.
Forte de son expérience et d’une équipe soudée, la commissaire Aïcha Sadia tente de dénouer l’affaire marseillaise, tandis qu’au nord, dans ces territoires laminés par la crise, le capitaine Carole Vermeer, flic fragile et vacillante, butte sur la solitude et le mensonge. A mesure que l’échéance électorale approche, la tension politique vient brouiller les pistes…
Des houillères du Pas de Calais aux plaines brûlantes de Camargue, l’auteur livre un roman noir, lyrique, politique et social. Le portrait sans concession d’une terre au bord de l’abîme, un pays sombre et parfois lumineux : le nôtre.

L’auteur :

Gilles VINCENT est né à Issy-les-Moulineaux le 11 septembre 1958. Un grand-père député du Front Populaire, grand résistant, déporté… Une grand-mère institutrice, hussarde de la République, bouffeuse de curés. Un père prof de Fac, une mère prof de Lettres, puis psychanalyste. Et c’est du côté de Valenciennes qu’il passe sa jeunesse dans laquelle ne trouvent grâce à ses yeux que les livres et les mondes imaginaires. À 14 ans, au Maroc, il dévore San Antonio jusqu’à en oublier la magie du désert. Sa décision est prise : plus tard lui aussi il racontera des histoires. À 20 ans, il abandonne ses études pour une carrière de commercial. Puis il rejoint le sud, Marseille tout d’abord puis les environs de Pau où il vit depuis quelques années, tout entier consacré à « l’aventure des mots » : ateliers, classes, conférences et romans. Dans les auteurs qui l’ont marqué, on retrouve Duras, Besson, Van Cauwelaert, Jim Harrison, Jesse Kellerman et Frédéric Dard bien sûr ! Dans ses passions se mêlent le ciné, les bouffes entre copains, les courses autour du lac, la lecture, les rêves, tous les rêves, et Madrid où il se verrait bien vivre un jour…

(Source :Éditions Jigal)

 

Olivier Norek – Entre deux mondes

Adam Sarkis, officier du renseignement militaire en Syrie, appartient à groupe de résistance au régime de Bachar el Assad. Un jour il est témoin d’une scène qui confirme l’extermination méticuleuse et organisée des opposants au gouvernement. Dans un hangar, plusieurs centaines de cadavres sont photographiés et enregistrés, pour un macabre archivage. Lorsqu’il voit parmi les cadavres celui d’un de ses camarades résistants, manifestement torturé, il comprend que sa situation risque de devenir vite intenable. Il organise la fuite vers l’Angleterre de sa femme et de sa fille, via la Lybie et la France, en attendant de les rejoindre par la suite.

« Il ne pourrait pas sauver son pays. Seules sa femme et sa fille comptaient à présent. Il allait quitter la Syrie par tous les moyens possibles. Et que ceux qui diraient qu’il aurait pu se battre pour aider son peuple aillent se faire foutre. Ou viennent à sa place, dans ce hangar surchauffé, recenser des suicidés aux pieds brûlés et aux dents arrachées. »

Bastien Miller vient d’être affecté à Calais. Jeune lieutenant de police, il a choisi cette affectation pour rapprocher sa femme dépressive de sa famille.

Lorsqu’enfin Adam arrive à Calais, Nora et Maya  ne sont pas encore arrivées dans la jungle. Tous les jours, il se rend à l’entrée du camp, dans l’attente de leur arrivée. Malgré son désir de se faire le plus discret possible, ses réflexes de policier prennent vite le dessus lorsqu’il s’agit de défendre Kilani, un jeune garçon victime d’un viol collectif.

Dans le hall des urgences, Adam, venu déposer Kilani après son agression, croise la route de Bastien. Ces deux hommes, l’un et l’autre père et mari vont être amenés à collaborer et à développer, au-delà de la confraternité professionnelle, une solide estime réciproque, et devenir des amis. Bastien ira même jusqu’à inviter chez lui Adam et Kilani, au grand dam de son épouse.

Olivier Norek nous dépeint de façon très crue et réaliste le quotidien de ce qui fait la jungle. « Comme bloqués entre deux mondes », cohabitent au cœur de ce gigantesque bidonville, nombre de nationalités différentes Il nous décrit les incessantes tentatives des migrants pour rejoindre Youké, leur terre promise, à bord des camions, quitte à poser des barrages pour les ralentir au risque de provoquer des accidents, ce qui ne manque pas d’arriver régulièrement.

« Le sang battait fort à ses tempes, son souffle devint plus court, saccadé, comme si l’air n’était plus respirable. Sa vision se troubla, sa course devint presque aveugle, et lorsque les phares d’un imposant bahut de trente-trois tonnes l’éblouirent, la lumière violente devint flammes, immenses, brûlantes, et tout autour de lui s’embrasa. Il entendit alors les cris provenant des huttes de son village, leurs toits en feu sous un nuage noir de cendres. Le claquement des mitraillettes. Son lac. Le Nil Blanc. Son océan vert en herbe grasse. Il entendit la voix de sa mère l’appeler au loin. « Ayman ! » Il s’écroula, inconscient, sur le bord de la route, sur une herbe jaunie, nourrie aux gaz d’échappement. »

En marge de cette jungle, la ville de Calais où les habitants, même les moins extrémistes, n’en peuvent plus de cette situation, de ce bidonville installé à leurs portes, comme un abcès. Dans cet îlot de misère, même les services de l’État ont du mal à assurer leur mission. Mal équipés, en sous-effectif chronique, elles font ce qu’elles peuvent. De même que les différentes organisations humanitaires, admirables de dévouement.

Ce roman est peuplé de personnages forts : Bastien bien sûr, mais aussi Ousmane le Soudanais, qui prendra Adam sous sa protection, Kilani, le lumineux petit black au sourire désarmant, symbole de tous ces enfants-soldats, arrachés à leur famille et embrigadés pour une cause à laquelle ils ne comprennent rien. Erika, Passaro et les flics qui travaillent avec lui, obligés de se blinder moralement pour arriver à surmonter le quotidien, Jade, la fille de Bastien, adolescente boudeuse, et Manon son épouse dépressive, sortiront à jamais changées par le contact avec Adam et Kilani. Tous ces personnages nous laissent espérer en l’humain.

Comme beaucoup de lecteurs, je me demandais comment Olivier allait négocier le virage «sortie de banlieue». Autant vous le dire tout de suite, il s’en est tiré haut la main. Admirablement documenté, il aborde ce sujet d’actualité avec énormément d’empathie et d’humanité, et donne à ce roman valeur de témoignage.
Avec lui, nous sommes en immersion totale dans la jungle de Calais, plus vivante et plus réelle à nos yeux, loin des reportages de journaux télévisés qui bien trop souvent ne voient que la surface des choses.

Olivier, j’ai personnellement été très touché par la dédicace à ton grand-père, immigré Silésien, et par là à tous les immigrés qui ont vécu un jour le déracinement. Combien il a dû être dur pour toi d’écrire cette histoire !

Ce n’est pas un roman policier que nous avons là, ni même un thriller. L’enquête policière passe au second plan et le roman se centre sur la vie de ces hommes et femmes. C’est un roman social et noir, du noir le plus absolu, avec en conclusion, une petite note d’espoir.
C’est pour moi le plus abouti des ses quatre romans et assurément le plus humain.

 Un vrai coup de cœur, une lecture bouleversante et nécessaire.

Éditions Michel Lafon, 2017

Le mot de l’éditeur :
Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. 
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds. 
Un assassin va profiter de cette situation. 
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. 

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger. 

L’auteur :

Né il y a 42 ans à Toulouse, Olivier Norek est lieutenant de Police Judiciaire
Après deux ans dans l’humanitaire, pour «Pharmaciens sans frontières, en Guyane puis en Croatie, en pleine guerre des Balkans, il devient gardien de la paix à Aubervilliers, puis rejoint la Police Judiciaire. Après avoir réussi le concours de lieutenant, il choisit Bobigny au sein du SDPJ 93.
Après « Code 93 » (2013), « Territoires » (2014), « Surtensions » (2016) » « Entre deux mondes » est son quatrième roman.

Nicolas Zeimet – Retour à Duncan’s Creek

Une antique pompe à essence, un réverbère et un vieux frigo. Dès la photo de couverture, le ton est donné. Paysage aride et désolé, ambiance Bagdad Café. Nous sommes en Utah, à Duncan’s Creek, un petit village de l’Ouest américain, entre montagnes et forêts.

A Duncan’s Creek, ils étaient trois amis « unis comme les trois doigts de la main », aux caractères très différents : Sam Baldwin, l’aînée et seule fille du trio, est un peu le chef de meute. Elle cache sous des dehors bravaches sa propre détresse. Ben Mc Combs, surnommé Junior ou encore Boulard, ancien petit gros de la bande est d’un caractère plus effacé, plutôt suiveur que meneur. Jake Dickinson, quant à lui, se sent à l’étroit dans cette ville et dans cette vie, portant comme un fardeau l’absence de son frère Tim, mort assassiné deux ans avant sa naissance. Il a l’impression de n’être qu’un pâle substitut de ce frère décédé, et rêve d’un autre horizon que les pompes de la station service paternelle.

« Et même si le temps nous endurcit, les claques font encore plus mal quand on arrive à l’âge adulte. Sans doute parce qu’elles sont plus violentes.
Trente ans après, j’avais toujours en tête une phrase de Lamar Jones, le fermier chez qui j’avais travaillé deux étés d’affilée à Duncan’s Creek : « Le destin n’est rien d’autre que la part de bonheur ou de malheur, le lot de fortune ou d’infortune, qui échoit à chacun à la naissance, et la vie distribue ses cartes au hasard. » C’était l’un des messages pleins de sagesse qu’il avait tenu à me transmettre pour m’aider à grandir. M. Jones est mort alors que j’avais douze ans, mais ses enseignements m’avaient accompagné toute ma vie. »

Un soir d’Halloween, un événement tragique va sceller la fin de leur enfance et de leur amitié, et contribuer à leur éloignement progressif, jusqu’à la rupture définitive.

Plus de vingt ans après, Jake reçoit un appel de Sam, ces quelques mots:
« – J’ai besoin de toi, tu peux venir? Alta Cienega Motel, à West Hollywood. Demain soir, ça te va? »
Il n’a revu Sam que deux ou trois fois depuis tout ce temps, et pourtant il n’a aucune hésitation à répondre à son appel.

« Ramène-moi à la maison », lui avait-elle demandé.
Et, en route vers Duncan’s Creek à bord de la vieille Chevy de Sam, de la Californie vers l’Utah, Jake remonte le cours du temps, présent et passé entremêlés. En leur compagnie, en un road trip de la mémoire, nous faisons avec eux le voyage de retour, pour enfin refermer la boucle.

Lors de leur dernier été passé ensemble, chacun d’eux avait consigné sur papier ses espoirs pour le futur, ses rêves et ses secrets, enfermés dans une  boîte en fer blanc, la « capsule temporelle » enterrée quelque part dans un camping de l’Arizona, où Jake ira la déterrer.

Après, ils ont tenté de vivre leur vie de leur côté, selon leurs aspirations : Sam a cédé à l’appel du miroir aux alouettes, vers le monde factice des paillettes et du cinéma, Jake est parti à San Francisco pour tenter de devenir écrivain, Ben, quant à lui est resté au village, dans la ferme familiale. Malgré leur séparation physique, ils resteront affectivement liés à tout jamais par le drame qu’ils ont vécu.

Ce retour à Duncan’s Creek sera pour Jake l’occasion d’une réflexion sur sa propre vie, sa famille, son éducation, sur ce qu’il aurait pu ou dû faire pour aider ses amis. Peut-être leur futur aurait-il alors été différent.

Le roman, fait d’une alternance de chapitres intitulés « Hier » ou « Aujourd’hui », alterne entre la narration à la première personne pour le présent, et à la troisième pour le passé. Dès les premières lignes on est happé par l’histoire et le devenir de ces trois personnages, et on entre de plain-pied dans leur vie, immédiatement en empathie avec eux, partageant leurs rêves, leurs espoirs, et aussi leurs souffrances. On ressent de la part de l’auteur une réelle affection pour tous ses personnages, quelles que soient les situations dans lesquelles il les place. Il trouve toujours le ton juste, sans jamais sombrer dans le pathos.
Les autres personnages extérieurs à leur trio, parmi lesquels Rose, la serveuse du bistrot de Kingman, le vieux docteur Pomeroy, ou Mlle Adams son ancienne institutrice, sont traités avec une tendresse toute particulière.

On pourrait croire ce roman écrit par un auteur local, dans cette façon si réaliste de nous représenter l’Ouest américain, comme un décor de cinéma, entre stations-services abandonnées et « diners » au milieu de nulle part. Il nous dépeint également de façon très pittoresque la communauté des habitants d’une petite ville de l’Ouest profond.

Il se dégage de ces douloureuses tranches de vie une intense émotion. Au travers de leurs larmes, mais aussi de leurs rires, j’ai retrouvé un parfum d’adolescence. Par delà les non-dits et les silences, ces enfants devenus adultes éprouveront le goût doux-amer du temps échappé et d’un bonheur à tout jamais perdu.
Une très belle lecture, et un magnifique roman que je recommande sans réserve !

Éditions Jigal, 2017

 

4ème de couv :

Après un appel de Sam Baldwin, son amie d’enfance, Jake Dickinson se voit contraint de retourner à Duncan’s Creek, le petit village de l’Utah où ils ont grandi. 

C’est là que vit Ben McCombs, leur vieux copain qu’ils n’ont pas revu depuis plus de vingt ans. Les trois adolescents, alors unis par une amitié indéfectible, se sont séparés dans des circonstances dramatiques au début des années quatre-vingt-dix. 

Depuis, ils ont enterré le passé et tenté de se reconstruire. Mais de Los Angeles aux montagnes de l’Utah, à travers les étendues brûlantes de l’Ouest américain, leurs retrouvailles risquent de faire basculer l’équilibre fragile de leurs vies. 

Ce voyage fera ressurgir les haines et les unions sacrées, et les amènera à jeter une lumière nouvelle sur le terrible secret qui les lie. Ils n’auront alors plus d’autre choix que de déterrer les vieux cadavres, quitte à renouer avec la part d’ombre qui les habite… et à se confronter à leurs propres démons. 

L’auteur :

Nicolas Zeimet né en 1977, vit à Paris. Il écrit depuis l’âge de dix ans. 

Son premier roman, « Déconnexion immédiate« , est paru en 2011 chez Mon Petit Éditeur. 

Après « Seuls les vautours« , (2014), lauréat du Prix Plume d’Or 2015, il publie en 2015 « Comme une ombre sur la ville » aux éditions du Toucan.

« Retour à Duncan’s Creek » est son quatrième roman.

 

James Lee Burke – Lumière du monde

A la suite des événements qui ont failli lui coûter la vie, Dave Robicheaux, Molly, et leur fille Alafair sont venus se reposer dans les montagnes du Montana, loin des bayous de Louisiane. Sont également du voyage son ex-partenaire à la brigade des homicides et ami de toujours, Clete Purcell et sa fille Gretchen, dont nous avons fait la connaissance dans « Créole belle ».

A la recherche de paix et de solitude, d’un endroit pour soigner leurs blessures, ils ne trouveront pas ici le calme et le repos escomptés. Lors d’un jogging dans les bois, Alafair manque de peu d’être atteinte par une flèche tirée dans sa direction, ce qui n’est pas le signe le plus encourageant pour des vacances paisibles. Non loin de là elle recontre Wyatt Dixon, un ancien cow-boy de rodéo, qu’elle croit être l’auteur du tir.
En revanche, Dave ne paraît pas convaincu, car d’autres indices concordants semblent plutôt indiquer le mode opératoire d’Asa Surrette, un serial killer qu’Alafair avait interviewé quelques années plus tôt dans une prison du Kansas. Le hic, c’est que Surrette est supposé mort, carbonisé dans l’accident du fourgon cellulaire qui le transportait.

Dans le même temps, Angel Deer Heart, une jeune fille indienne disparue est retrouvée morte quelques jours plus tard, étouffée avec un sac en plastique. C’est la petite-fille adoptive de Love Younger, un grand ponte du pétrole qui a une résidence d’été dans la région. Dans les jours suivants, on déplore d’autres disparitions et d’autres meurtres, comme autant d’indices de la présence maléfique de Surette.

« On essaie de protéger les innocents et de punir les méchants, et on ne réussit bien ni l’un ni l’autre. Pour finir, on adopte les méthodes de nos adversaires, on les balaie de la surface de la terre, et on ne change rien. C’étaient ces mêmes pensées qui m’habitaient quand je suivais une piste nocturne truffée de mines chinoises, près de cinquante ans plus tôt. Si mon vieil ami le sergent était encore de ce monde, je me demandais ce qu’il aurait à dire. Sans doute me dirait-il que la plus grande illusion de l’existence, c’est d’être persuadés que nous pouvons tout contrôler. »

Dave et Clete vont mener leur propre enquête, et bien sûr se heurter aux autorités du coin : un shériff incompétent, des inspecteurs de police ripoux ou tout simplement laxistes qui n’aiment pas que l’on vienne piétiner leurs plates-bandes. Ils paraissent même bien accommodants avec le riche Love Younger. Clete, quant à lui, entame une relation amoureuse compliquée avec Felicity Louvière, la bru du même Younger, qui se trouve au cœur de l’affaire.

Dans ce 20ème épisode, on retrouve, tel qu’en lui-même, le Robicheaux que nous connaissons, avec son passé d’ancien alcoolique et de violence. A lui seul, il a affronté dans sa vie plus de démons que toute une convention d’exorcistes. A ses côtés, Clete Purcell traîne un fardeau tout aussi pesant. Tous deux portent les stigmates, visibles et invisibles, de tant d’années à côtoyer la mort, des rizières du Vietnam aux services de police de la Nouvelle Orléans. Ce sont des hommes courageux, pleins de compassion, qui ont toujours le souci du bien d’autrui et de la justice. Ils sont accompagnés par des seconds rôles de qualité : Molly son épouse, Alafair sa fille et Gretchen, ainsi que des acteurs « locaux » très bien dessinés, comme Felicity Louvière, Asa Surrette ou Wyatt Dixon.

James Lee Burke excelle dans la description psychologique de ses personnages, tant pour mettre en valeur leur humanité, que pour les décrire sous leurs côtés les plus sombres, comme Surrette, le mal à l’état pur, identifié par ceux qui le côtoient par l’odeur qu’il dégage, « la puanteur fécale qui émanait de ses glandes ».

On retrouve chez Burke une certaine dichotomie. Il peut nous asséner des passages d’une noirceur et d’une violence extrême et, l’instant d’après nous offrir des descriptions de la nature très poétiques et d’une grande sensibilité, qui nous feraient rêver de vivre les petits matins dans les Bitteroot Mountains.

« Après les crues de printemps, l’eau est d’un bleu-vert, vive et froide, courant en longs rapides parmi des rochers à moitié submergés tout au long de l’année. Les canyons sont à pic, couronnés de sapins, de ponderosas et de mélèzes qui, à l’automne, deviennent dorés. Si l’on écoute attentivement, on entend s’entrechoquer au fond du torrent les cailloux qui produisent un murmure, comme s’ils se parlaient entre eux, ou nous parlaient à nous. »

On a le sentiment que Dave et Clete arrivent au bout de leur longue route, après bien des blessures, autant physiques que morales. Plus encore que le précédent « Créole belle », ce roman, teinté d’un peu de mysticisme, ressemble à leur chant du cygne. Peut-être est-ce aussi une façon de passer le flambeau à la génération suivante, incarnée par Alafair et Gretchen, dont le sourire, comparé à la lumière du monde, donne son titre au roman.
Je finis ce roman, triste à l’idée de ne peut-être pas retrouver ces deux personnages qui ont accompagné ma vie de lecteur depuis plus de vingt ans, et m’ont procuré autant de plaisir.
Et ce fut le cas cette fois encore, une très belle lecture.

Éditions Rivages/Thrillers,  Janvier 2016

En complément, James Lee Burke nous livre ici quelques secrets d’écriture :

http://www.lepoint.fr/livres/sur-la-piste-americaine-2-3-james-lee-burke-sort-de-la-brume-02-04-2016-2029481_37.php

4ème de couv :

En vacances avec sa famille dans le sauvage Montana, Dave Robicheaux est troublé par une succession d’événements étranges qui laissent penser qu’une présence vénéneuse hante ces paysages sublimes. Dans cette vingtième aventure, Dave Robicheaux affrontera son adversaire le plus diabolique.

 

 

L’auteur :

James Lee Burke est né à Houston (Texas) le 5 décembre 1936. Deux fois récompensé par l’Edgar, couronné Grand Master par les Mystery Writers of America, lauréat en France du Grand Prix de littérature policière (1992) et deux fois du Prix Mystère de la Critique (1992 et 2009), James Lee Burke est le père du célèbre policier louisianais Dave Robicheaux.
Sa bibliographie complète ici:
http://www.payot-rivages.net/index.php?id=7&infosauteur=Burke%2C+James+Lee

Franck Bouysse – Glaise

Samedi 1er août 1914, à 4 heures de l’après-midi, les clochers de toutes les églises de France sonnent un sinistre tocsin. C’est la mobilisation générale et le début de la guerre contre l’Allemagne, guerre que chacun espère courte et victorieuse.
Dans les villes et les campagnes, les hommes en âge de combattre, forces vives de la Nation, quittent leur famille et leur travail, espérant être de retour avant l’hiver.

Dans un petit hameau du Cantal, près de Salers, Victor Landry est parti à la guerre. Il laisse la ferme à la garde de son épouse Mathilde, de Joseph, leur fils âgé de 15 ans, et de la grand-mère.
Leur voisin, le vieux Léonard, est toujours d’accord pour venir leur donner un coup de main pour les gros travaux saisonniers, d’autant que cela lui permet de s’éloigner de son foyer et de sa femme acariâtre. Entre eux depuis des années, se dresse un fantôme, qui jour après jour alimente leur mutuel ressentiment.

« Au loin, un gros nuage manchonnait le Puy Violent, et on aurait pu croire que cette ruine de volcan rejetait encore des fumées vieilles de trois millions d’années, à la manière de ces lumières d’étoiles mortes qui parviennent encore aux yeux des vivants. Un vestige de la fureur de la terre qui avait façonné ce monde en lui offrant la vie, depuis les algues souterraines, pour parvenir à ces deux femmes et à ce gamin en train de contempler des coulées de basalte fossilisé. Puis, le soleil disparut lentement, disque parfait ingurgité par la montagne, qu’une autre recracherait au matin dans toute sa splendeur. »

A la ferme voisine vit la famille Valette, dont le fils Eugène a été mobilisé. Le père Valette, handicapé d’une main suite à un accident, vit très mal le fait de n’avoir pu être mobilisé comme les autres. Il nourrit envers les Landry et le vieux Léonard une rancœur tenace, liée à l’achat d’un terrain qu’il convoitait.

L’arrivée d’Hélène, sa belle sœur, dont le mari a aussi été mobilisé, et de sa fille adolescente Anna, va semer le trouble dans le voisinage.
La jeune Anna va bien entendu se rapprocher de Joseph, ce qui ne va pas manquer de provoquer la colère de Mathilde, la mère du jeune homme, et la jalousie de son oncle Valette, repoussé par son épouse, et qui éprouve à l’égard de la jeune fille des sentiments bien peu familiaux.

 « Vers la fin du mois d’Août, un colporteur venu du nord s’arrêta sur la place se Saint-Paul en faisant tinter une clochette fixée à une ridelle de sa charrette pour rameuter les villageois. »… « Des gens s’approchèrent, curieux. L’homme se mit à parler, et son visage se fissura en tous sens, comme s’il menaçait de tomber en mille morceaux, débitant ses paroles à une allure folle, avec un accent qui mangeait le début des mots… Les morts ne se comptaient plus, et encore moins les blessés, affirmait-il. Il parlait avec plus d’empressement, en une logorrhée gourmande, comme si relater tant de malheurs invérifiables lui donnait quelque importance supérieure. »

Passées les premières semaines, l’espoir d’une victoire rapide est bien vite oublié, quand arrivent les premières lettres annonçant la mort d’un mari, d’un père, d’un frère ou d’un fils.

Les personnages, à peine moins d’une dizaine, qui habitent ce roman, ont tous une personnalité très marquée. Coincé avec la mère et la grand-mère, le jeune Joseph a bien du mal à supporter l’ambiance mortifère de la ferme. Après les travaux des champs, il trouve refuge au bord de la rivière où il pêche la truite, ou bien dans sa cave, où il modèle des figurines en terre rouge, cette glaise qui donne son nom au roman. Avec Anna, la jeune nièce des Valette, il va faire ses premiers pas dans le domaine de l’amour et de la sexualité. Anna, Joseph et Léonard, sont les seuls personnages qui apportent à ce roman un peu de lumière et de chaleur humaine. Mathilde et Irène semblent elles, un peu en retrait, réduites à leur rôle d’épouse et de mère. Quant au voisin Valette,  lui se révèle être un être détestable, envieux, plein de haine, un salaud de la pire espèce.

Fidèle à son style, l’auteur situe son histoire dans un milieu qu’il affectionne, une province rurale et austère. Il revient à un style d’écriture plus dépouillé, mais qui garde toujours la même poésie. Il décrit avec justesse les gestes et petites choses du quotidien, au rythme des saisons, de ces hommes  et femmes taiseux, durs à la tâche et au mal. Dans ces fermes où l’existence est déjà difficile en temps normal, la guerre la rend plus difficile encore, de par les restrictions qu’elle impose.
Au travers de l’histoire de ces trois familles, Franck Bouysse explore toute la palette des sentiments humains, les plus nobles comme les plus abjects. C’est une histoire d’amour, d’amitié, également remplie de haine, de colère et de fureur. 

Dans la lignée des grands auteurs du « nature writing », Franck Bouysse nous livre un témoignage sur un monde en voie de disparition, une fresque poétique pleine d’humanité, avec des personnages forts qui vous marqueront longtemps. 
Avec ce roman très abouti, Franck Bouysse s’impose comme un auteur incontournable dans le paysage du roman noir, et de la littérature française en général.

Une excellente lecture que je vous recommande chaudement.

Éditions La Manufacture de livres, septembre 2017

4ème de couv :

Au pied du Puy-Violent dans le cantal, dans la chaleur d’août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants: même si on pense revenir avant l’automne, les travaux des champs ne patienteront pas.
Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph tout juste quinze ans, en tête à tête avec sa mère et qui ne peut compter que sur Léonard, le vieux voisin. Dans une ferme voisine, c’est Eugène, le fils qui est parti laissant son père, Valette, à ses rancœurs et à sa rage: une main atrophiée lors d’un accident l’empêche d’accomplir son devoir et d’accompagner les autres hommes. Même son frère, celui de la ville, a pris la route de la guerre. Il a envoyé Hélène et sa fille Anna se réfugier dans la ferme des Valette. L’arrivée des deux femmes va bouleverser l’ordre immuable de la vie dans ces montagnes.

L’auteur :

Franck Bouysse est né en 1965. Il vit à Limoges où il est enseignant en biologie.
Il a publié à ce jour:
2013 – Vagabond (Écorce « No collection », juin 2013)
2013 – Noire porcelaine (Geste Editions, collection Geste noir, 2013)
2014 – Pur sang (Écorce « Territori », juin 2014)
2014 – Grossir le ciel (La Manufacture de livres), prix Michel Lebrun 2015 et prix des lecteurs au Festival du Polar de Villeneuve-lès-Avignon.
2015 – Plateau (La manufacture de livres), prix de la Foire du livre de Brive.

Cloé Mehdi – Rien ne se perd

A l’ombre des tours, dans une banlieue populaire d’une grande ville, de nouveaux tags fleurissent les murs. Le visage de Saïd s’affiche partout, souligné des mots « Justice pour tous ». Saïd était un jeune garçon d’une quinzaine d’années, tué par un policier lors d’un contrôle d’identité « musclé », il y a plus de 10 ans. Le policier coupable, protégé par ses pairs et par sa hiérarchie, a été jugé, innocenté et muté dans une autre ville.
L’apparition de ces tags, bien après les évènements, et sans raison apparente, suscite une certaine nervosité parmi les forces de police.

Dans cette cité vit Mattia Lorozzi, 11 ans. Fils d’un éducateur de quartier qui s’est suicidé, sa mère l’a confié à la garde de Zé, qui est devenu son tuteur légal. Il vit maintenant avec lui et sa compagne Gabrielle, une jeune femme suicidaire.

« Papa était mort et le vide continuait de grandir dans les yeux de maman.
J’avais sept ans. J’étais à l’hôpital. Une étudiante infirmière s’était chargée de panser mes plaies. Je n’avais pas eu besoin de points de suture. Les blessures étaient superficielles. Celles sur ma peau, en tout cas. Mais le couteau s’était aussi planté dans son cœur à elle – maman – et n’avait fait qu’élargir le vide.
Elle a attendu que l’infirmière s’en aille, elle m’a dit :
– Je ne peux plus vivre avec toi, Mattia. »

Vous conviendrez avec moi que ce n’est pas l’environnement idéal  pour l’épanouissement harmonieux d’un enfant. D’autant que Gina, sa sœur ainée, a elle aussi quitté le foyer familial et ne réapparaît qu’épisodiquement, pour quelques heures ou quelques jours, pour repartir aussitôt, on ne sait où.

A travers le portrait de Mattia, gamin intelligent, mais que la vie a conduit à se bâtir une carapace, l’auteure traite de l’enfermement, tant intérieur qu’extérieur, des barrières imposées par la société et surtout par soi-même. Il y a aussi les ravages causés par les non-dits, ce gamin intelligent comprend bien qu’on lui cache des choses, et interprète ces silences d’une façon très personnelle.
C’est aussi l’occasion d’une dénonciation contre les dérives d’une certaine police, dont les exactions sont trop souvent passées sous silence.
On ne pourra pas s’empêcher de faire le parallèle avec des victimes de bavures policières plus ou moins récentes, dont les noms ont fait la une des journaux, et provoqué la colère des banlieues Si elle n’est pas le sujet essentiel du livre, la mort de Saïd en demeure le fil rouge, auquel se rattachent de façon plus ou moins directe, tous les évènements.

« Antidépresseurs. Anxiolytiques. Antipsychotiques. Thymorégulateurs. Somnifères. Un paradis pour toxico. Un cartel de la drogue, mais légal.
Et chaque jour, le gobelet et les pilules. Une ou deux fois au début vous vous êtes révoltés, lassés des effets secondaires, du tremblement de vos mains, de vos difficultés à vous exprimer ou même à penser, ou à ressentir. Lassés de leur langage, toujours les mêmes mots : « réajuster ». On n’arrêtait jamais un traitement sinon pour passer à un autre. Alors vous refusiez de les prendre. Et ils vous mettaient en chambre d’isolement pendant des jours et des jours et des jours, le traitement en injection, parfois sanglés au lit mais toujours pour votre bien, ils vous attachaient avec une grande humanité. »

Elle dresse aussi un tableau peu reluisant des institutions de santé et de leur attitude vis-à-vis des malades.
Mattia, le narrateur de ce roman est âgé de onze ans. La vision que nous avons de l’histoire passe donc par le filtre de sa perception. Il cherche son chemin dans ce monde d’adultes où il ne trouve pas sa place. Il craint d’avoir hérité de la folie de son père et de se retrouver lui aussi en hôpital psychiatrique. C’est le regard d’un enfant qui bien qu’étant d’une grande maturité, ne comprend pas l’injustice.

Ce roman est habité de personnages vrais, cabossés par la vie et victimes de la société. Des cas sociaux comme vous pourriez en croiser dans la tour à deux pas de chez vous, qui essayent tant bien que mal de s’accommoder de la vie qui est la leur.
L’écriture absolument maîtrisée est toute de précision et de sobriété. Il n’y a pas un mot de trop et les choses sont dites de façon abrupte certes, mais nécessaire.
Cloé Mehdi nous livre ici une œuvre d’une grande intelligence et d’une rare profondeur. Malgré sa noirceur, c’est un beau roman, âpre, écrit avec le cœur, plein de sincérité. Et, dans toute cette désespérance brille tout de même une petite étincelle d’espoir.
Un roman qui fera date et que je vous invite à découvrir.

Éditions Jigal, 2016

4ème de couv :

Une petite ville semblable à tant d’autres… Et puis un jour, la bavure… Un contrôle d’identité qui dégénère… Il s’appelait Saïd. Il avait quinze ans. Et il est mort… Moi, Mattia, onze ans, je ne l’ai pas connu, mais après, j’ai vu la haine, la tristesse et la folie ronger ma famille jusqu’à la dislocation… Plus tard, alors que d’étranges individus qui ressemblent à des flics rôdent autour de moi, j’ai reconnu son visage tagué sur les murs du quartier. Des tags à la peinture rouge, accompagnés de mots réclamant justice ! C’est à ce moment-là que pour faire exploser le silence, les gens du quartier vont s’en mêler, les mères, les soeurs, les amis… Alors moi, Mattia, onze ans, je ramasse les pièces du puzzle, j’essaie de comprendre et je vois que même mort, le passé n’est jamais vraiment enterré ! Et personne n’a dit que c’était juste… 

L’auteure :
Cloé Mehdi est née au printemps 1992. Elle commence à écrire au collège pour faire passer le temps plus vite. S’en suit Monstres en cavale, son premier roman, qui reçoit le prix de Beaune 2014. Puis, avec Rien ne se perd, elle reçoit le prix Étudiant du polar 2016, le prix Dora Suarez 2017 et le prix Mystère de la critique 2017.

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Emily Fridlund – Une histoire des loups

Madeline est une adolescente de 14 ans. A l’école, personne ne l’appelle par son prénom, mais Linda, ou la Soviet ou la Cinglée. Ces surnoms méchants viennent du fait qu’elle a passé son enfance dans une communauté hippie du nord du Minnesota, maintenant abandonnée par tous ses résidents idéalistes, à l’exception de ses parents. Linda est une énigme pour son entourage, extrêmement sérieuse, dépourvue de l’insouciance joyeuse des autres enfants.
« Mes parents ne possédant pas de voiture, voici comment je rentrais chez moi lorsque je loupais le bus. Je marchais six kilomètres sur l’accotement déneigé de la Route 10, puis je tournais à droite sur Still Lake Road . Un kilomètre et demi plus loin, il y avait un embranchement. A gauche, la route longeait le lac, à droite, elle s’enfonçait dans une colline non déneigée. C’est là que je m’arrêtais pour rentrer mon jean dans mes chaussettes et réajuster les poignets de mes moufles en laine. En hiver, les arbres se détachaient contre le ciel orangé, pareils à des veines. Le ciel entre les branches ressemblait à un coup de soleil. Il me fallait marcher vingt minutes dans la neige et les sumacs avant que les chiens m’entendent et aboient, tirant sur leurs chaînes. »

Cette étrangeté, elle la doit à l’éducation reçue de ses parents, derniers survivants d’une secte oubliée, passés de la mouvance hippie à une profonde dévotion chrétienne, comme pour expier leurs fautes passées. Ce n’est pas facile pour elle de s’intégrer dans le monde qui l’entoure.

« Sans prononcer le moindre mot, Lily donnait aux gens l’impression d’être encouragés, bénis. Elle avait des fossettes aux joues, ses tétons pointaient comme deux signes de Dieu sous son pull. J’avais la poitrine plate, j’étais aussi quelconque qu’une planche. Je donnais aux gens l’impression d’être jugés. »

Ces quelques phrases résument tout le mal-être adolescent dans lequel se trouve Madeline. Elle a l’impression d’être transparente, et elle a bien peu d’estime pour sa propre personne.

Deux évènements vont chambouler sa morne existence : L’arrivée au collège de M. Grierson, professeur d’Histoire-Géographie va la sortir de sa coquille en l’incitant à participer à l’Odyssée de l’Histoire, et présenter son exposé sur « L’histoire des loups ».
Elle effectuera une bien timide tentative de séduction envers ce professeur qui, à la rentrée suivante sera renvoyé pour avoir eu une présumée relation avec une camarade de classe de Mattie.

L’autre fait marquant de cet été se passe de l’autre côté du lac : un jeune couple accompagné d’un petit garçon vient de s’installer. Pour Mattie, qui passe beaucoup de temps à les observer au travers de ses jumelles, ils sont l’image de la famille idéale. Peu à peu, elle va oser se rapprocher et passer un peu de temps avec eux, pour ensuite être engagée comme baby-sitter.
Patra, la très jeune maman de Paul, un garçonnet de 4 ans, travaille à la maison pour relire et corriger les travaux de son mari, professeur d’université.
Tous deux sont profondément impliqués dans la Science Chrétienne.
Patra est une jeune femme pleine de fantaisie, qui s’éteint complètement en présence de son mari, professeur d’université et astronome, qui cite les Écritures à tout bout de champ, citations que répète le petit Paul, comme un perroquet.
La famille de Mattie est aussi un peu étrange : sa mère, qui va à l’église deux à trois fois par semaine, lui impose régulièrement des simulacres de baptême.
Entre présent et passé, dans un savant désordre, les chapitres alternent, décrivant la vie de Mattie à différentes époques et en différents lieux.

Il n’y a pas à proprement parler de suspense dans ce roman. Dès les premières pages, nous apprenons que le petit Paul va, et qu’il y aura un procès. La seule interrogation qui vaille est de savoir ce qui va conduire à cette issue. Là réside tout le talent de l’auteure, de nous conduire pas à pas vers ce dénouement.

Le style de l’auteure est généreux et précis, son histoire marquée par la morosité est d’une grande force émotionnelle. Elle sait comment créer une atmosphère maussade, dans un paysage gris et la froideur de l’environnement s’infiltre jusque dans ses mots. Elle se glisse aisément dans la peau d’une adolescente malheureuse et nous révèle comment la négligence et l’isolement peuvent marquer un enfant pour la vie.

Pour ce roman sur la difficulté du passage à l’âge adulte, Emily Fridlund a construit un personnage marquant, émouvant et dérangeant, qui accompagnera longtemps le lecteur.
Ce premier roman, puissant et profond, nous révèle une écrivaine de talent, à suivre assurément.
Editions Gallmeister, 2017

En partenariat avec :
https://www.facebook.com/groups/806652162778979/

 

4ème de couv :

Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de partager ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaîté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Troublant et poétique, best seller dès sa parution aux Etats-Unis, le premier roman d’Emily Fridlund a été acclamé par la critique.

L’auteure :

Emily Fridlund, écrivaine américaine, a grandi dans le Minnesota, où se déroule l’action de son roman. Elle vit actuellement dans la région des Finger Lakes dans l’État de NewYork. Titulaire d’un doctorat en littérature et creative writing de l’université de Californie, professeur à Cornell, elle a remporté plusieurs prix pour ses écrits publiés dans diverses revues et journaux.
Une histoire des loups est son premier roman.

Maurice Gouiran – Le diable n’est pas mort à Dachau

Janvier 1943, au Revier (infirmerie) du camp de Dachau, les docteurs Nowitski, Plötner et Rascher  mènent des expériences scientifiques sur les déportés, afin de mettre au point de nouvelles applications pour l’armée.

Automne 1967, Henri Majencoules revient à Agnost-d’en-haut, son village natal, pour les obsèques de sa mère. Après de brillantes études à Normale Sup. il avait quitté la France pour faire carrière en Californie. Il travaille sur de nouveaux projets d’avenir auprès de l’ARPA, une agence de recherche de pointe du Ministère de la défense des Etats-Unis.
Il retrouve son petit hameau montagnard en proie à une grande agitation, envahi d’une cohorte de journalistes. Un couple d’américains, les Stockton et leur fillette d’une dizaine d’années viennent d’y être assassinés. (Je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec l’affaire Dominici et le meurtre de la famille Drummond).

A Agnost-d’en-haut, Henri est perçu presque comme un étranger. Dans ce hameau, qui pourrait être des Cévennes ou de Provence, les gens sont avares de mots. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas de sentiments, c’est qu’ils n’ont pas l’habitude de les exprimer.

« Léonard observe son fils.
Ici, on l’appelle l’Américain avec une once de moquerie dans la voix. Tout ce qui est étranger au village est forcément futile… Henri n’est sûrement pas un mauvais bougre, mais il lui a toujours été inaccessible. La faute à ces foutues études que les jeunes s’entêtent à suivre. Ca les éloigne du pays et ça leur fiche de mauvaises idées en tête. Est-ce qu’on a besoin d’élimer ses fonds de culotte sur les bancs des écoles pour se marier, faire des gosses, garder un troupeau, récolter des châtaignes ou ramasser des champignons ?
Est-ce qu’on est plus heureux dans les villes ? »

L’enquête sur le meurtre piétine, il y a peu d’indices exploitables. Au bistrot du coin, on ne se prive pas pour émettre des hypothèses. C’est ainsi que Nando Avigliana se trouve bientôt mis en cause. Il est d’une famille Piémontaise, étrangère au pays…
« issu d’une famille de travailleurs, de montagnards durs à la tâche qui ont toujours bossé comme des dingues… Ils vivent ici depuis vingt ans, mais pour tous les habitants, ce seront toujours de sales babis ! »

Henri subit de plein fouet le décalage entre sa vie aux USA, à l’époque de la libération des mœurs, de l’apparition des drogues, du sexe sans contrainte et du « flower power », et le silence oppressant de son village, la compagnie de ses amis d’enfance dans lesquels il ne se reconnaît plus.
Antoine Camaro, son ami de Lycée, devenu grand reporter, couvre l’affaire pour « France-Soir ». Avec Henri, ils vont s’attacher à résoudre cette énigme, d’autant plus que Stokton avait donné rendez-vous au jeune journaliste pour lui remettre certains documents, et a été assassiné avant de pouvoir le faire.

Maurice Gouiran nous dresse un panorama non exhaustif, mais tout de même effrayant, des expérimentations médicales faites par les nazis sur les déportés des camps de concentration. Certaines de ces expériences seront poursuivies après la guerre par la CIA et l’Armée américaine au détriment de populations civiles. Il mentionne au passage l’épisode « du pain maudit » de Pont Saint-Esprit, dont beaucoup pensent qu’il s’agirait d’expériences de manipulation mentale par l’emploi de LSD. Le nombre de diverses expérimentations conduites de façon illégale est tout bonnement effarant…

« De la justification de ces actes pour la survie de la grande Allemagne, à celle de la CIA soucieuse de sauver le monde libre.
Les mêmes mots.
Les mêmes maux. »

L’auteur a consulté pour ce roman une documentation impressionnante, qu’il a utilisée pour bien intégrer l’Histoire à son histoire, où elle s’imbrique parfaitement, à travers les lieux qui lui servent de cadre, des hommes, et des femmes qui les peuplent.

Dans ce roman, l’essentiel n’est pas l’identification du coupable.
Maurice Gouiran, en observateur éclairé de notre temps, et des excès d’un passé pas si lointain, nous met en garde et nous incite à la vigilance. Est-ce que les progrès de la médecine, de la science, la préservation de notre mode de vie peuvent justifier de telles horreurs ?

C’est un roman noir, violent. Il nous incite à la réflexion sur des dérives qui, à la lumière des soubresauts agitant notre monde, pourraient devenir à nouveau d’une brûlante actualité.

Éditions Jigal Polar, 2017

 

4ème de couv :

Lorsque Henri Majencoules, un jeune mathématicien qui travaille en Californie sur le projet Arpanet, revient à Agnost-d’en-haut en 1967, son village natal focalise l’attention de tous les médias du pays : une famille d’Américains, les Stokton, vient d’y être massacrée.

Imprégné par la contre-culture qui bouillonne alors à San Francisco – du Flower Power à la pop musique et de l’été de l’amour au LSD –, Henri supporte mal le silence oppressant de la terre de son enfance…

Mais avec l’aide d’Antoine Camaro, son ami journaliste, il va tenter d’en savoir plus sur ce Paul Stokton, son épouse et sa fille assassinés. Il découvre alors l’existence d’un des programmes militaires les plus secrets et les plus audacieux de l’après-guerre…

De Dachau à la CIA, de l’US Army à Pont-Saint-Esprit, les hommes changent, les manipulations jamais…

L’auteur :
Maurice Gouiran est un écrivain français né le 21 mars 1946 au Rove (Bouches-du-Rhône), près de Marseille, dans une famille de bergers et de félibres.
Il passe son enfance dans les collines de l’Estaque, avant d’effectuer ses études au lycée Saint-Charles et au lycée Nord de Marseille, puis à la Faculté, où il obtient un doctorat en mathématiques.
Spécialiste de l’informatique appliquée aux risques et à la gestion des feux de forêts, il a été consultant pour l’ONU. Il enseigne également à l’université.
Depuis 2000, il a écrit de nombreux romans policiers, dont plusieurs ont été primés.

 

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