James Lee Burke – Déposer glaive et bouclier

Hackberry Holland est avocat, jeune vétéran de la guerre de Corée. Il a vécu la traumatisante expérience des camps de prisonniers chinois, pendant près de 3 ans. Il souffre de cauchemars et de flashbacks auxquels il remédie par une consommation importante d’alcool.
A la tête d’une confortable fortune personnelle que lui rapportent les puits de gaz naturel hérités de sa famille, il refuse de faire ce que sa famille attend de lui, n’en fait qu’à sa tête et brûle la chandelle par les deux bouts.

Ses proches se sont mis en tête de le présenter à l’investiture au Congrès, le contraignant à honorer de sa présence d’interminables cocktails, des réunions avec des donateurs et de et jouer la comédie du mariage heureux avec son épouse Verisa, glaciale et ambitieuse.

« Je plaisais à leurs femmes car j’étais un jeune avocat prospère, bel homme, bronzé à force de jouer au tennis dans les clubs à la mode, et capable de prendre sur moi pour faire tinter mes glaçons dans mon verre en affichant un air tranquille et agréable pendant qu’elles me confiaient les problèmes sans importance de leur vie insipide (exercice pour lequel je m’imposais une autodiscipline très stricte, sachant toujours m’excuser et m’éloigner avant que ma rigidité intérieure ne s’écroule). »

Quand un ancien compagnon d’armes l’appelle de sa prison, après avoir été arrêté alors qu’il manifestait avec d’autres travailleurs mexicains près de la frontière, Hack laisse tout tomber pour lui venir en aide. Ce sera pour lui comme une renaissance. A ce propos, le titre du livre est évocateur : c’est pour lui le désir de faire table rase du passé, de déposer son fardeau, pour vivre enfin sa nouvelle vie.

Il se rend donc au Texas, auprès du Syndicat des Travailleurs Agricoles, où il fait la rencontre de la responsable Rie Velasquez, et va trouver l’amour de la manière la plus inattendue qui soit. Dans la confusion qui règne, il se retrouve bientôt à faire le piquet de grève, fortement alcoolisé, ce qui lui vaut de se faire rosser par un shérif local, et passer une nuit en cellule.

Il traîne un certain sentiment de culpabilité, qui peut expliquer sa tendance à se mettre dans des situations impossibles. Alors qu’il était en captivité, il a été épargné et forcé d’assister à la mort des autres. Parfois il regrettait d’être demeuré parmi les vivants et de ne pas avoir rejoint les morts.
Les épreuves vécues pendant sa longue captivité en Corée, largement relatées dans le roman, sont terribles. Ces séquences descriptives ralentissent un peu le cours de la narration, qui reste malgré tout assez fluide dans son ensemble.

C’était pour moi une curiosité que de découvrir cette œuvre de jeunesse de James Lee Burke. Ce titre, 3ème roman de l’auteur, est sorti en 1971, presque deux décennies avant le premier tome de la saga de Robicheaux. On y trouve déjà le style de James Lee Burke, son talent pour imaginer des histoires, créer des personnages tourmentés, et les placer ensuite dans un environnement hostile. Son héros, Hackberry Holland montre une personnalité assez binaire.  Vingt ans plus tard, arrivé à maturité, l’auteur donnera naissance à Dave Robicheaux, à la personnalité beaucoup plus complexe et nuancée.

Le contexte historique a également son importance : situé dans le Texas, dans le contexte des luttes syndicales, et pour les droits civiques. On a du mal à croire qu’il y a si peu de temps les inégalités étaient encore si importantes, et le racisme aussi présent dans ces états du sud. Ces vieux démons reprendraient même une certaine vigueur dans l’Amérique de Trump.
Pour conclure, je dirais que c’est un bon roman, pas inoubliable. Mais pour moi, inconditionnel de James Lee Burke, il eût été inconcevable de passer à côté. A vous de vous faire votre propre opinion…
Éditions Rivages, 2013


Et pour le plaisir:

 

4ème de couv :
Début des années 1970, Texas. Le combat pour les droits civiques paraît toucher à sa fin. Hack Holland a, semble-t-il, tout pour lui : étoile montante de la vie politique texane, il n’a qu’à serrer des mains, récolter de l’argent, à seule charge pour lui de présenter une image impeccable. Mais cet ancien prisonnier, traumatisé par la guerre de Corée, est marié à une femme glaciale et boit trop. Lorsqu’un vieux camarade de l’armée l’appelle depuis la prison où il a échoué, Hack décide de ne pas le laisser tomber. Il s’apprête à bouleverser son existence, mettant la main dans le guêpier des questions raciales au Texas.

L’auteur:

James Lee Burke est né à Houston (Texas) le 5 décembre 1936. Deux fois récompensé par l’Edgar, couronné Grand Master par les Mystery Writers of America, lauréat en France du Grand Prix de littérature policière (1992) et deux fois du Prix Mystère de la Critique (1992 et 2009), James Lee Burke est le père du célèbre policier louisianais Dave Robicheaux.
Sa bibliographie complète ici:
https://polars.pourpres.net/personne-545-bibliographie

 

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Emmanuel Grand – Kisanga

Paris, cimetière de Montrouge : Michel Kessler, ingénieur du groupe minier Carmin, assassiné en République Centrafricaine, est porté en terre. Michel, pourtant habitué de l’Afrique et de ses dangers, était sorti sans protection rapprochée. Olivier Martel est venu rendre un dernier hommage à celui qui fut son mentor.

Le même jour à 20 heures, au Musée de la Marine à Chaillot, une conférence de presse est organisée par le groupe Carmin, dans le but d’annoncer la création d’un partenariat entre Carmin et Shanxi, une compagnie chinoise. Cette association concerne l’exploitation d’un gisement de cuivre à Kisanga, en République Démocratique du Congo (anciennement Zaïre).
Raphaël Da Costa, journaliste d’investigation, est chargé par son rédac-chef de couvrir cet événement. Dix ans auparavant, Raphaël avait découvert un scandale impliquant CMA, une filiale du groupe Carmin. Sans preuves pour appuyer son dossier, cette affaire lui avait explosé à la figure et laissé professionnellement brisé.
A la City de Londres, en marge des tractations commerciales, se joue une autre partie. Edwin Prescott, un jeune trader, est chargé de « vendre » le projet à des investisseurs, avant la publication officielle de l’accord de partenariat.
L’équipe restreinte, à laquelle participe Olivier Martel, se rend sur le territoire congolais, pour les premiers sondages sur les sites d’extraction.
Parallèlement, les Services secrets français rappellent un de leurs meilleurs agents, et le chargent de récupérer un document compromettant, en rapport avec le scandale qu’avait découvert Raphaël il y a dix ans.

Avec ce roman, Emmanuel Grand nous fait toucher du doigt la situation dramatique de la République du Congo, et de l’Afrique en général. L’extraordinaire richesse de son sous-sol en matières premières rares attise toutes les convoitises. Toutes les industries ont un besoin pressant des matériaux que l’on trouve ici en quantité, parmi lesquels le coltan et la cassitérite, essentiels à la fabrication des téléphones portables et autres matériels de haute technologie.

« La Bible, continua-t-il sur un ton emphatique, dit que « si tu passes dans la vigne de ton prochain, tu pourras manger du raisin à ton gré, jusqu’à satiété, mais que tu n’en mettras pas dans ton panier. Si tu traverses les moissons de ton prochain, tu pourras arracher des épis avec la main, mais tu ne porteras pas la faucille sur la moisson de ton prochain ». Mais le Blanc, lui, a mis la vigne dans son panier. Et il a porté la faucille sur notre moisson. Il s’appelait Léopold. Son règne a duré cent ans et l’indépendance n’a rien changé. Hier c’était l’ivoire et le caoutchouc, aujourd’hui c’est le cuivre, l’uranium, l’or et les diamants. »

Le pillage en règle des ressources du pays est organisé,  depuis l’intérieur, par divers groupes armés, des factions rebelles au gouvernement, comme les tutsis de la région du lac Kivu, soutenus par le Rwanda voisin, mais également par les pays industrialisés, comme la France ou la Chine, entre autres. A ce propos, Emmanuel Grand met l’accent sur la main mise grandissante de la Chine sur le continent africain, ce pays ayant de gigantesques besoins pour alimenter sa formidable croissance.

La narration, alternant les points de vue des différents protagonistes de l’histoire, progresse à un rythme soutenu, qui nous tire toujours plus vers l’avant, en un formidable page-turner. Les personnages sont psychologiquement bien campés, Tuju Olonga, le « fixeur1 » illustre à lui seul toute la complexité de ce pays déchiré. Olivier Martel le jeune ingénieur, Raphaël Da Costa l’opiniâtre journaliste et le mercenaire Pierre Lauzière, chacun obéit à des motivations différentes dans le cadre de cette intrigue. Entre magouilles politiques, tractations financières et coups tordus, Kisanga, mirifique accord d’exploitation minière, ne serait-il en réalité qu’un vaste marché de dupes ?

Ce roman nous dépeint la réalité géographique, politique et économique de cette région des Grands lacs d’Afrique où, dans le silence assourdissant des nations, une guerre civile dure depuis 20 ans, et a causé plus de 5 millions de morts, autant que la Shoah. La communauté internationale reste passive, les intérêts commerciaux passant avant toute considération humanitaire.

« Le Congo était maudit par les trésors de ses entrailles, un cancer qui prospérait dans son ventre et qui rendait les hommes fous à lier, violeurs, assassins, qui de son voisin, qui de sa sœur, qui de son frère. Faustin Iseidi, Wange, Tuju Kolonga. Tous, sans exception, avaient succombé à cette folie. »

C’est à la fois un  thriller, roman d’aventures et roman noir, qui mêle l’espionnage, la politique et les magouilles financières. La frontière entre la fiction et la réalité étant bien mince dans ce cas, c’est une réflexion, très documentée et pleine de bon sens sur la situation géopolitique en République du Congo et en Afrique en général.

De ce roman ressort l’affection profonde que l’auteur porte à ce continent. Emmanuel Grand aime l’Afrique, la ressent, la respire et retransmet au lecteur ses propres émotions, intactes.
J’ai adoré lire ce roman, et je le recommande sans réserve aux amoureux de l’Afrique …et aux autres.

Éditions Liana Levi, 2018

1 : fixeur : guide et homme de confiance qui « fixe », c’est-à-dire résout les problèmes.

Pour de plus amples informations sur les réserves de matières premières de la République Démocratique du Congo, je vous invite à consulter cet article :
https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-ressources-de-la-republique-59488

4ème de couv :

Il y a foule dans les salons du musée de la Marine. Sous les applaudissements de tout le gotha politico-économique, la compagnie minière Carmin célèbre le lancement de Kisanga : un partenariat historique avec le groupe chinois Shanxi pour co-exploiter un fantastique gisement de cuivre tapi au coeur de la savane congolaise. Les ministres se félicitent du joli coup de com’ avant les élections ; les golden boys de la City débouchent le champagne. Mais au même moment, Carmin rend un dernier hommage à l’un de ses cadres décédé dans des circonstances suspectes tandis que les services français font appel à leur meilleur barbouze pour retrouver un dossier brûlant disparu à l’est du Congo. La mécanique bien huilée s’enraye et débute une course contre la montre entre une escouade de mercenaires armés jusqu’aux dents, l’ingénieur de choc chargé de piloter Kisanga et un journaliste opiniâtre qui sait mieux que personne que sous les discours du pouvoir se cache parfois une réalité sordide. Cette histoire de manipulation, où la vérité se dérobe jusqu’à la dernière page, se déploie sur fond de mutations économiques en Afrique et de collusion des pouvoirs autour du trésor empoisonné que constituent les richesses de son sous-sol.

L’auteur :

Emmanuel Grand, né en 1966, vit en région parisienne. Terminus Belz (Liana Levi 2014, Points 2015, Prix Polar SNCF) et Les Salauds devront payer (Liana Levi 2016, Livre de poche 2017), l’ont imposé dans le paysage du thriller social à la française.

Maurice Gouiran – L’ Irlandais

Clovis Narigou, ancien journaliste d’investigation, est maintenant éleveur de chèvres à La Varune, sur le massif de la Nerthe, au nord de Marseille. De passage au Beau Bar, un bistrot où il a ses habitudes, il apprend la mort de son ami Zach Nicoll, « l’Irlandais ». Après avoir débuté dans le street art contestataire, Zach avait quitté l’Irlande et la rue et s’était installé dans un atelier marseillais.

Son épouse Aileen l’a trouvé mort dans son atelier, le crâne défoncé. Le vol semble être le mobile du crime, d’autant que certaines des toiles de Zach ont été retrouvées en vente au marché aux puces. Après que les receleurs ont été alpagués par les policiers, il leur apparaît bien vite que ces petits délinquants n’ont rien à voir avec le meurtre.
Clovis, qui commençait à s’ennuyer un peu après un hiver passé en solitaire, sans autre compagnie que celle de ses chèvres, éprouve le besoin de se mêler de l’enquête, pour aider son amie et amante occasionnelle Emma Govgaline, inspectrice de police.

Craignant l’accueil de la famille de Zach, Aileen demande à Clovis de l’accompagner en Irlande pour y enterrer son mari. Clovis y voit là une bonne opportunité d’enquêter sur le passé de Zach, qui s’est toujours montré très réticent à évoquer cette époque.
Clovis a déjà séjourné en Irlande pour divers reportages à l’époque des « Troubles », doux euphémisme pour qualifier une période où les deux camps se sont allègrement trucidés pendant trois décennies.

« Le granit sombre des croix celtiques surgissait des pelouses. Je retrouvais les traces rouges des mains peintes sur les tombes, les vieux drapeaux tricolores irlandais aux couleurs fanées par le vent, les plaques commémoratives, les bouquets vert, blanc et orange et, plus loin, la tombe très simple – toujours du marbre noir – que Bobby Sands partageait avec ses camarades Joe McDonnell et Terence O’Neill.
Non, décidément, Milltown n’avait guère changé depuis plus de trente ans. »

Lors de son séjour, Clovis va rencontrer plusieurs personnes qui ont connu Zach, chacune éclairant le personnage sous un jour différent – Nigel et Terry, les compagnons de lutte, Ghetusa la veuve de son frère Vortimer, contrainte à un éternel veuvage par la rigidité du clan, l’évocation de Breena, combattante féministe, qui aurait eu une relation avec Zach, avant d’être exécutée.
Tous ces personnages formidables ne représentent que quelques unes des nombreuses pièces du puzzle qui composait la société irlandaise à l’époque des Troubles.
« Chaque camp avait eu ses peintres, ses martyrs et ses héros.
Chaque camp avait désormais ses guides et ses balades. »…
« Depuis le début des temps, les nationalismes et les guerres de religion étaient à l’origine des grandes catastrophes humaines et des plus beaux massacres… En Irlande du Nord on avait fait fort en réussissant à conjuguer ces deux causes essentielles ».

Avec « Franco est mort jeudi » je découvrais la plume de Maurice Gouiran, sa façon directe d’aborder les épisodes méconnus de l’Histoire, et de montrer ce qui dérange, là où d’autres se contentent de détourner les yeux.
Dans ce roman il ne déroge pas à ses habitudes, et avec le même talent il nous raconte l’Histoire au travers d’une histoire.

Sur la base d’une enquête policière sur l’assassinat de Zach, artiste militant et résistant, il nous propose une réflexion profonde sur la révolution irlandaise, sur les multiples raisons qui ont conduit le peuple irlandais à se déchirer de la sorte. Loyalistes anglicans et républicains papistes se sont ainsi affrontés durant plusieurs décennies.
Il met l’accent sur la complexité de cette époque, où nuances entre les différents courants politiques, les frontières entre les nombreux groupes paramilitaires, se réclamant de l’IRA, n’étaient jamais clairement définies, et où le héros d’un jour pouvait se voir accusé de traîtrise et exécuté le lendemain.

Maurice Gouiran développe son intrigue, dans son style très incisif, avec une verve bien méridionale. Des bistrots marseillais aux pubs de Belfast, « où la mauresque cédait la vedette à la pinte de Guinness et le cagnard à la bruine », entre secrets et non-dits, il nous propose une lecture plus précise de l’Histoire, dans les méandres du dédale historico-politique que fut le conflit irlandais.

Et, encore une fois, à mon grand plaisir, je me suis laissé entraîner pour ce voyage en Irlande, qui fut un très bon moment de lecture.
Éditions Jigal, 2018

4ème de couv:

Lorsqu’on découvre le peintre Zach Nicoll, le crâne fracassé dans son atelier marseillais, son ami Clovis n’a qu’une idée en tête : aider Emma, en charge de l’enquête, à retrouver l’assassin.
Zach s’était illustré dans le street art avant de devenir bankable et de fuir Belfast vingt ans plus tôt. C’est donc en Irlande du Nord que Clovis va chercher ce qui se cache derrière ce crime.
Zach était l’un des artistes républicains auteurs des célèbres murals, ces peintures urbaines, outils de mémoire et de propagande.
Mais pourquoi avait-il quitté son pays juste au lendemain des accords de paix de 1998 ?
Ce sont des femmes, étonnantes et déterminées, toutes liées à Zach – Aileen, son épouse, Ghetusa, la veuve ad vitam aeternam de son frère, et Breena, combattante féministe au sein de l’IRA – qui donneront peut-être à Clovis les premiers indices…

L’auteur :

Maurice Gouiran est un écrivain français né le 21 mars 1946 au Rove (Bouches-du-Rhône), près de Marseille, dans une famille de bergers et de félibres.
Il passe son enfance dans les collines de l’Estaque, avant d’effectuer ses études au lycée Saint-Charles et au lycée Nord de Marseille, puis à la Faculté, où il obtient un doctorat en mathématiques.
Spécialiste de l’informatique appliquée aux risques et à la gestion des feux de forêts, il a été consultant pour l’ONU. Il enseigne également à l’université.
Depuis 2000, il a écrit de nombreux romans policiers, dont plusieurs ont été primés.

Greg Iles – Brasier noir

« Brasier noir » est le premier volet d’une trilogie. Au cœur de ce roman, la question raciale dans le sud des États-Unis. On y retrouve Penn Cage, héros de trois précédents romans, dont un seul est traduit en Français (Turning angel – Une petite ville sans histoire). Penn Cage,  avocat, puis romancier, est maintenant le maire de Natchez, Mississipi.

Au tout début du livre, l’auteur ouvre son roman sur un prologue historique, qui contient les éléments à partir desquels va se développer son histoire.

En 1964 à Natchez, Albert Norris est le propriétaire noir d’un magasin de musique. Sa boutique est le lieu de rendez-vous naturel des musiciens, et son arrière-boutique sert occasionnellement de lieu de rencontre clandestin pour des couples illégitimes, et multiraciaux.

Au nombre de ces couples mixtes figurent Pooky Wilson et Katy Royal, un jeune musicien noir et une jeune blanche, fille de Brody Royal, le chef des « Aigles Bicéphales », un groupe ultra-violent dissident du Ku Klux Klan.
A la recherche du jeune garçon, Royal et ses sbires vont incendier la boutique d’Albert Norris, et le brûler vif.

Quatre ans plus tard, Luther Davis et Jimmy Revels, deux jeunes noirs activistes des droits civiques, sont assassinés et Viola, la sœur de Jimmy, est violée par ces mêmes membres des « Aigles ».

«  La campagne d’Appomattox n’avait rien conclu du tout ; ces batailles avaient tout juste annoncé un entracte. La guerre en elle-même faisait encore rage dans tout le pays, juste au-dessous de la surface étincelante du Rêve Américain. Certains faisaient semblant de ne rien voir ou s’imaginaient que les Russes étaient le véritable ennemi. Mais quiconque avait lu un peu d’histoire savait que les grandes civilisations s’effondraient toujours de l’intérieur.  »

En 2005 Viola, qui était partie à Chicago après ces dramatiques événements, revient à Natchez. Elle est en phase terminale d’un cancer du poumon et revient sur les lieux de son enfance pour y terminer sa vie.

Quand son décès survient dans des circonstances douteuses, le procureur Shad Johnson, ennemi juré du maire Penn, y voit une trop belle occasion de lui nuire en inculpant Tom Cage, le père de Penn. Tom est un médecin local jouissant de l’estime de tous, qui a soigné toutes les couches de la société de Natchez durant des décennies. L’opinion générale, selon laquelle Tom et Viola furent amants, donne corps à ce soupçon, d’autant qu’ils avaient conclu un accord d’euthanasie.

Alors que Tom, rongé par la culpabilité, refuse de se défendre et de s’expliquer, se réfugiant dans le silence. Penn entreprend alors ses propres recherches, qui le conduiront à exhumer des secrets de famille enfouis, vieux de quatre décennies. 

Il est secondé dans ses recherches par sa fiancée Caitlin Masters, journaliste ambitieuse qui a déjà obtenu un prix Pulitzer, et Henry Sexton, un journaliste local blanchi sous le harnais. Celui-ci a consacré l’essentiel de sa carrière à rassembler des preuves sur les crimes non résolus de l’époque de la lutte pour les droits civiques. Sexton est un des personnages les plus vivants du roman et sa quête obsessionnelle de la vérité sert de fil rouge à l’histoire.

La narration est très fluide, le scénario se développe sur un tempo enlevé, qui comporte son lot de surprises et de rebondissements. L’intrigue, solide, se suffit à elle-même et tient le lecteur en haleine, sans artifices inutiles. 
Tous les personnages sont traités avec beaucoup de soin, et psychologiquement très bien dessinés. Il y en a d’ailleurs un nombre important pour peupler cet imposant bouquin. Certains sont des ordures de première grandeur, notamment Brody Royal et les membres des « Aigles bicéphales ».

Tout au long de ses presque 1000 pages, « Brasier noir » aborde de nombreux sujets, l’importance de la famille, la vérité ou la justice, le rôle de la presse, et le sujet toujours brûlant des relations sexuelles entre races. Il pointe également le rôle des élites sociales dans l’encouragement et le développement du racisme.

Il intègre dans son scénario une possible responsabilité (non prouvée) du Ku Klux Klan dans les assassinats de John Fitzgerald Kennedy et de Martin Luther King, et la volonté du Klan d’éliminer le sénateur Bob Kennedy.

Ce roman, à mi-chemin entre le roman noir et le roman historique, nous propose une fresque flamboyante sur l’histoire récente des États-Unis, une exploration épique des démons de l’Amérique et de ses péchés. Avec passion et un style indéniable, il signe un roman soigné et ambitieux, un page-turner qui efface la barrière entre la littérature de fiction et la littérature de genre.

Formidable conteur, qui imprime à son histoire un rythme qui fait que, de page en page, un chapitre après l’autre, on se retrouve au bout de ce pavé en moins de temps qu’il n’en faut pour le lire.
Et on est frustré de devoir attendre la parution de la suite de l’histoire.
Mais bon sang, quel bouquin ! On en redemande !

Éditions Actes Sud, 2018

4ème de couv :

Brasier noirAncien procureur devenu maire de Natchez, Mississippi, sa ville natale, Penn Cage a appris tout ce qu’il sait de l’honneur et du devoir de son père, le Dr Tom Cage. Mais aujourd’hui, le médecin de famille respecté de tous et pilier de sa communauté est accusé du meurtre de Viola Turner, l’infirmière noire avec laquelle il travaillait dans les années 1960. Penn est déterminé à sauver son père, mais Tom invoque obstinément le secret professionnel et refuse de se défendre. Son fils n’a alors d’autre choix que d’aller fouiller dans le passé du médecin. Lorsqu’il comprend que celui-ci a eu maille à partir avec les Aigles Bicéphales, un groupuscule raciste et ultra-violent issu du Ku Klux Klan, Penn est confronté au plus grand dilemme de sa vie : choisir entre la loyauté envers son père et la poursuite de la vérité.

Imprégnées de l’atmosphère poisseuse du Sud, tendues par une écriture au cordeau et un sens absolu du suspense, les mille pages de ce Brasier noir éclairent avec maestria la question raciale qui continue de hanter les États-Unis. Dans ce volume inaugural d’une saga qui s’annonce comme l’un des projets les plus ambitieux du polar US, Greg Iles met à nu rien de moins que l’âme torturée de l’Amérique.

L’auteur :

Greg Iles est un romancier, scénariste et guitariste américain né en 1960 à Stuttgart (Allemagne) et vivant dans le Mississippi.
La première passion de Greg Iles, avant l’écriture, est la musique. Il était guitariste, chanteur et parolier dans un groupe de rock.
Il publie en 1993 son premier roman Spandau Phoenix (1993), un thriller centré autour du criminel nazi Rudolf Hess,
Il publie ses romans a un rythme effréné, mais fait une brusque pause à partir de 2009 et passe 5 ans sans sortir un seul livre. En 2011, il est victime d’un accident de voiture qui le plonge dans un coma de 8 jours et lui coûte l’usage de sa jambe droite.
Pendant sa longue rééducation, il commence une trilogie de thrillers consacrés au sud profond et sort “Brasier noir”, livre centré autour de l’ancien procureur Penn Cage. Les deux volumes suivants ne sont pas encore traduits en Français.

 

Richard Montanari – Confession

Bienvenue à Devil’s Pocket (La Poche du Diable). C’est « dans l’ombre du pont de South Street un petit quartier d’environ soixante-dix familles replié sur la rive est du cours d’eau, un amas de maisons mitoyennes à bardeaux délabrées, de terrains de jeux bitumés, de petites épiceries et de bâtiments en briques brunes, aussi vieux que la ville elle-même. »

Il y a 40 ans, Kevin Byrne était en vacances à Devil’s Pocket. Lors de cet été 1976, une gentille fillette du quartier a été assassinée. « Catriona Daugherty était morte. Elle était morte et le monde ne serait plus jamais le même. » C’était une amie de Kevin et de sa bande de copains, dont aucun n’avait atteint l’âge de 14 ans. Moins d’une semaine plus tard, Desmond Farren, le fils ainé du clan Farren, notoirement malfaisants, est retrouvé mort, tué d’une seule balle à l’arrière du crâne.

De nos jours, Kevin Byrne, inspecteur à la Criminelle de Philadelphie, se trouve confronté à une série de meurtres atroces. A chaque fois le tueur découpe et emporte le visage de sa victime. Bien que les meurtres présentent des similitudes évidentes, rien ne semble relier les victimes. Sur chaque scène de crime, on découvre un mouchoir de lin portant une mystérieuse inscription : cinq lettres qui restent pour les enquêteurs une énigme, et prouvent que ces meurtres ne sont pas dus au hasard.

Dès le début, le lecteur sait que ces meurtres sont l’œuvre de « Billy le Loup », un des frères de Desmond, qui poursuit une vendetta personnelle.

Ces meurtres résonnent comme l’écho d’un meurtre commis il y a des années dans le quartier de Devil’s Pocket, et jamais élucidé. Au fur et à mesure de l’enquête, l’intrigue criminelle colle à l’histoire captivante des résidents du quartier, de ceux qui ont pu en partir, ceux qui y sont restés, et ceux qui y sont enterrés.

On retrouve dans ce roman le duo Byrne/Balzano. Kevin Byrne est toujours inspecteur, et Jessica, son ancienne coéquipière, est maintenant assistante au Bureau du Procureur. Toute cette affaire semble trouver ses racines dans le passé, dans ce quartier populaire de Devil’s Pocket, peuplé de gens de condition très modeste et où Kevin Byrne passait ses vacances. En fait, tout un échantillon d’humanité, depuis Flagg, le vieux grincheux propriétaire du magasin où les gamins volent à l’étalage, jusqu’à Anjelica Leary, une infirmière à domicile fatiguée et dévouée. L’auteur prend soin de montrer l’humanité qui habite chacun des personnages. Même Billy, vraiment monstrueux, peut aussi nous inspirer de la sympathie et de la pitié, dans sa relation avec Emily.

L’écriture est parfaitement maîtrisée, au service d’une intrigue impeccable dans sa construction, avec une description très précise des procédures policières et médico-légales. Même si ce roman, admirable de noirceur, n’est pas un « whodunnit », le développement du scénario compte nombre de coups de théâtre pour tenir le lecteur en haleine jusqu’à son dénouement.
Les familiers de Montanari et de son détective Kevin Byrne auront apprécié les flash-backs sur l’enfance de ce dernier, nous permettant de connaître et d’apprécier davantage le personnage.
Comme Michael Connelly avec los Angeles, George Pelecanos avec Washington DC, ou Dennis Lehane avec Boston, Richard Montanari est l’écrivain d’une ville, Philadelphie « la ville de l’amour fraternel ». Surnom quelque peu galvaudé si l’on songe au taux de criminalité de cette ville, l’un des plus élevés des États-Unis.
C’est pour ma part une très bonne lecture, et Montanari s’affirme encore avec ce roman parmi les grands auteurs de thrillers Américains.
Éditions, Le Cherche Midi, 2018

4ème de couv :

Lorsqu’on est flic trop longtemps dans la même ville, toutes les rues mènent à des souvenirs que l’on préférerait oublier.
Chaque nouveau meurtre vous en rappelle un autre.
L’obsession n’est jamais loin.
Pour Kevin Byrne, inspecteur des homicides à Philadelphie, le traumatisme originel a eu lieu en 1976. Encore adolescent dans le quartier défavorisé de Devil’s Pocket, il a été impliqué de près dans un meurtre jamais résolu.
La fin de l’innocence pour Byrne.
Quarante ans plus tard, une affaire de meurtres en série le ramène à Devil’s Pocket, à ses amis d’alors, à ce passé qu’il a essayé, en vain, d’oublier.
Bientôt, le voile va se lever sur des secrets, des mensonges et une vérité qu’il aurait peut-être mieux valu ne jamais connaître.

L’auteur :

Richard Montanari, né en 1952 est un journaliste, essayiste et auteur de roman policier Américain.
Né dans une famille Italiano-Américaine traditionnelle, il a fait ses études d’anglais à l’Université Case Western Reserve et à Cleveland Institute of Art sans toutefois obtenir de diplôme. Il a beaucoup voyagé à travers l’Europe, vivant à Londres pendant un certain temps, où il a exercé plusieurs petits métiers.
Après avoir travaillé pendant cinq ans dans la société familiale spécialisée dans le bâtiment, il se lance dans l’écriture et le journalisme. Pendant plus de dix ans, il a écrit des essais, des critiques littéraires et des articles.
En 1995, il publie son premier roman, « Deviant Way » (aussi paru sous le titre Don’t Look Now), premier volume d’une série consacrée à Jack Paris, un détective de Cleveland. Le livre devient un bestseller et obtient le prix Online Mystery (OLMA) de premier roman policier en 1996.
Le premier roman de la série mettant en scène le duo Byrne-Balzano, « Déviances » (The Rosary Girls), est publié en 2006 aux éditions « Le Cherche Midi ».

Cathi Unsworth – Bad penny blues

Situé à Londres au début des années 60, les « Swinging Sixties », Bad Penny Blues est l’histoire de la traque d’un tueur en série qui cible les prostituées dans le West-end de Londres, melting-pot où se mêlent immigrés des îles Caraïbes et d’Irlande, artistes bohêmes, professionnels des media et même des pairs du royaume.
Carnaby Street devient le centre de la mode à Londres, et la décennie qui commence s’annonce pleine de promesses.

Pete Bradley est un jeune officier de police affecté comme stagiaire au CID (Criminal Investigation Department). Lors d’une patrouille, il découvre le cadavre d’une jeune femme, Roberta Clarke. Lors de son arrivée sur la scène de crime, l’inspecteur Bell est impressionné par son sens du détail et son esprit de synthèse de ce tout jeune policier.
Entre 1959 et 1965, le temps que va durer l’enquête, Pete Bradley aura toujours en mémoire la vision du pauvre corps de Roberta, dite Bobby, retrouvée au bord de la Tamise.

Dans le même temps, Stella, jeune créatrice de mode, commence à faire de terribles cauchemars, rêves qui semblent représenter les derniers instants de femmes assassinées. Elle sait que faire part de ses visions pourrait aider la police, mais qui la prendrait au sérieux ?

« Et d’un coup, plus rien. Des feux se rapprochent sur l’avenue, une longue automobile sombre glisse sous les arbres, comme au ralenti. Ca y est, me dis-je, et curieusement cette pensée me libère de tous mes tourments. La résignation m’engourdit. C’est le rayon du phare, la lumière sur l’eau qui me rappelle à la maison. J’arrange mes cheveux coupés il y a peu, un carré court ondulé à la manière d’une actrice que j’admirais lorsqu’elle était au sommet de sa gloire. Je lisse ma robe rayée bleu et blanc. Voilà à quoi je ressemble alors que je vis mes derniers instants sur terre. J’avance vers mon destin, me penche vers la vitre qui descend lentement.
Il y a deux occupants à l’intérieur, mais leur visage est noyé dans l’ombre. »

Au cours des années qui suivent, alors que sa vie professionnelle et sentimentale évolue, qu’elle se marie, que son travail de styliste est reconnu et enfin rentable, Stella continue à avoir ces cauchemars, qui se reproduisent au même rythme que les meurtres. Mais malgré des heures et des heures d’enquête et des milliers de témoignages, « Jack l’Effeuilleur » reste insaisissable.

Cathi Unsworth réalise une peinture très vivante du Londres des années 1960. C’est le Londres des Teddy boys, de la montée de l’immigration, d’une nouvelle ère de liberté où tout devient possible. C’est une période de renouveau, un bouillonnement d’énergie créatrice dans des domaines variés, de la mode, de la musique et des arts. Cette période est politiquement marquée par le scandale Profumo, du nom d’un premier ministre coupable d’avoir eu des relations avec une call-girl.

Dans ce roman gravitent toute une cohorte de personnages : patrons de boîte de nuit et truands, musiciens, artistes, policiers véreux, pairs du royaume adeptes de pratiques sexuelles extrêmes et, si j’ose m’exprimer ainsi, les prostituées, dernier maillon de la chaîne alimentaire. Celles-ci ne sont pas seulement des victimes, ce sont aussi des femmes avec des espoirs, des rêves d’une vie meilleure.

La narration, tendue, colle à la violence du sujet. Le récit alterne de façon binaire les points de vue de Pete et de Stella, ce qui contribue à lui conserver son rythme. Les nombreux personnages sont tous très bien dessinés, habités par leurs qualités, leurs défauts ou leurs perversions.
La bande-son d’une extrême richesse, porte la marque de l’auteure, par ailleurs critique de rock, illustrant chaque chapitre d’un titre de chanson de l’époque, tout comme le titre du roman.

Ce roman, fort bien documenté d’un point de vue historique, social, et musical, ravira tous ceux qui, comme moi ont grandi durant cette période et qui se sont abondamment nourris de toutes ces influences. Je termine tout de même ce roman avec une petite pointe de frustration, car j’avais deviné l’identité du méchant depuis quelques pages déjà.
En réalité, Jack the Stripper (Jack l’Effeuilleur), presque homonyme du tristement célèbre Jack the Ripper (Jack l’Éventreur) n’a jamais été identifié.
En conclusion, malgré le petit (mais alors, tout petit !) bémol que j’ai mentionné plus haut, ce roman reste une très bonne lecture.
Éditions Rivages/Noir, 2012

4ème de couv :

A l’aube des « Swinging sixties », l’avenir semble sourire à Stella et Tobie, deux étudiants londoniens. Mais Stella voit en rêve des femmes sur le point de mourir l’appeler à l’aide, et ces femmes ressemblent aux véritables victimes que traque Pete Bradley, jeune flic idéaliste et ambitieux.

Fondé sur une affaire réelle jamais élucidée, « Bad penny blues » mêle réalité et fantasmes pour recréer de manière remarquable l’Angleterre des années soixante.

L’auteure :

Cathi Unsworth est une critique rock et auteur britannique de romans policiers vivant à Londres.
Elle débute à l’âge de 19 ans au magazine musical Sounds, et a écrit pour diverses publications, dont Melody Maker, Bizarre et Mojo.
Son premier roman, The Not Knowing (Au risque de se perdre en français), un polar situé dans le milieu du cinéma et du rock à Londres au début des années quatre-vingt-dix, est publié en 2005 en Angleterre chez Serpent’s Tail. Ses livres mêlent culture populaire et critique sociale.
Suivront :
Le Chanteur, Rivages/Thriller, 2011
Bad Penny Blues, Rivages/Thriller, 2012
Zarbi, Rivages/Thriller, 2014
Without the Moon (2015)

Éric Oliva – Le vase rose

Frédéric Caussois et sa femme Luan sont un couple sans histoire, heureux parents d’un petit Tao, âgé de neuf ans. Le petit garçon souffre de zona et doit prendre régulièrement un traitement antiviral. Un soir, peu après que son père lui ait administré son traitement, l’enfant est pris de violentes douleurs et de convulsions, et décède en peu de temps.

« Pourtant, comme chaque soir, il avait été là. Impossible pour lui de rater l’un de ces moments privilégiés, seul avec son fils, juste tous les deux, entre hommes. Lui contant ses histoires préférées, l’une de celles qu’il aimait tant et qui l’aidaient à s’endormir.
Mais aujourd’hui devait être le dernier. Une soirée tellement différente des autres où il n’avait pu être que le spectateur du martyre de son enfant. »

Les premières constatations médico-légales concluent à un empoisonnement au cyanure, et la gendarmerie locale est chargée de l’enquête.
Le maréchal-des-logis Simon Tedeski pensait terminer tranquillement sa carrière. Cette affaire compliquée qui lui tombe dessus, à trois mois de la retraite, ne l’enthousiasme guère.

Le poison se trouvait dans le flacon de Zovirax utilisé pour soigner l’enfant. Après contrôles des services sanitaires, la chaîne de fabrication du médicament est mise hors de cause.
Frédéric, un temps soupçonné et placé en garde à vue, sera rapidement remis en liberté, rien n’ayant pu être retenu contre lui.

Ce deuil brutal et inattendu va sonner l’explosion de son foyer. Sa femme Luan, incapable de surmonter sa douleur, va fuir le foyer où ils ont vécu tous les trois, pour aller se réfugier chez ses parents.

Frédéric, lui aussi dévasté de chagrin, n’accepte pas ce coup du sort. Tout à son chagrin et à sa colère, il laisse sa vie partir en lambeaux, n’accordant plus d’intérêt à rien, sinon à la marche de l’enquête, qui progresse trop lentement à son goût.
Les gendarmes ne faisant pas montre d’un zèle débordant, il se met en devoir d’enquêter lui-même et de remonter la piste de ce flacon empoisonné.
Son obstination, et l’implication fortuite d’un jeune gendarme, le conduiront enfin  à découvrir la vérité, bien éloignée de celle qu’il pensait avoir trouvée.

Avec cette histoire, ce drame que nul parent ne souhaiterait avoir à vivre, l’auteur nous conte l’explosion d’une famille, la lente descente aux enfers d’un homme obnubilé par sa quête de vérité. Sa soif de justice le poussera à des extrémités, à des actes d’une violence dont il se serait cru incapable.

Les personnages sont bien croqués, tous très crédibles. Ils pourraient être votre voisin, votre voisine. L’ambiance et les mentalités d’un petit village sont bien évoquées. Le style est alerte et l’histoire se déroule sans temps mort. De fausses pistes en impasses, jusqu’au dénouement, surprenant et inattendu.
Ce fut pour moi l’occasion de découvrir cet auteur. Plaisante lecture, malgré le sujet aussi difficile que le deuil d’un enfant.

Éditions Taurnada, mai 2018

4ème de couv :

Et si votre pire cauchemar devenait réalité ? Quand votre vie bascule, vous avez le choix : sombrer dans le chagrin ou tout faire pour vous relever. Frédéric Caussois a choisi. Pour lui, aucun compromis, il doit savoir, connaître la vérité.

 

 

 

L’auteur :

Né à Casablanca en 1967, Éric Oliva embrasse très tôt une carrière dans la Police nationale. Exerçant à Paris puis à Marseille, il travaille aujourd’hui à la PJ de Nice. Passionné par son métier et les fonds sous-marins, c’est après avoir lu les livres de Clive Cussler que se déclenche sa passion pour l’écriture. S’ensuivent 4 romans très bien accueillis, dont Du soleil vers l’enfer qui obtient le Prix Fondcombe 2014. Avec Le Vase rose, Éric Oliva nous entraîne dans une sombre histoire d’un père en quête de vérité.

Colson Whitehead – Underground railroad

Le chemin de fer clandestin (Underground Railroad, en anglais) était un réseau de routes clandestines utilisées par les esclaves en fuite, avec l’aide de sympathisants abolitionnistes, pour se réfugier vers les états du Nord, au-delà de la ligne Mason-Dixon (1) et jusqu’au Canada.

Dans le roman, ce réseau clandestin devient, en une sorte d’allégorie fantasmagorique, un véritable chemin de fer souterrain, des états du Sud vers les états libres au Nord.
Cora, une adolescente noire, a été abandonnée par sa mère, quelques années plus tôt, lorsque celle-ci a choisi de fuir la plantation. Lorsque Caesar, un jeune esclave venu de Virginie, lui propose de s’enfuir avec lui, elle dit non. Trois semaines plus tard, à la même proposition, elle dira oui.
Ces trois semaines, vues à travers le regard de Cora, nous donnent un aperçu sur ce que pouvait être la vie dans les plantations. Echangés, achetés et vendus comme un quelconque bien mobilier, les esclaves dépendaient du bon vouloir de leurs propriétaires qui avaient sur eux pouvoir de vie ou de mort.
Il ne faisait pas bon contrarier le maître, Terrance Randall, un homme d’une brutalité peu commune. Il offrait à ses hôtes, en guise de divertissement, le spectacle de la punition des esclaves, allant pour certains, à des châtiments extrêmes dans leur barbarie.
« Les hôtes de Randall sirotèrent du rhum épicé tandis que Big Anthony était aspergé d’huile et rôti. Les spectateurs se virent épargner ses hurlements, car dès le premier jour on lui avait tranché ses attributs virils, qu’on lui avait fourrés dans la bouche avant de la coudre. L’échafaud fumait, noircissait et brûlait, et les figures sculptées dans le bois se tordaient dans les flammes comme si elles étaient vivantes. »

Ce dernier acte de sauvagerie marquera la prise de décision de Cora de se joindre à Caesar dans sa fuite. La même nuit, ils quitteront la plantation à travers les marais, jusqu’à rejoindre la ferme de M. Fletcher, contact de Caesar et premier relais du chemin de fer clandestin.

« Elle avait vu des hommes pendus à des arbres, abandonnés aux buses et aux corbeaux. Des femmes entaillées jusqu’à l’os par le fouet à lanières. Des corps vivants ou morts, mis à rôtir sur des bûchers. Des pieds tranchés pour empêcher la fuite, des mains coupées pour mettre fin au vol. Elle avait vu des garçons et des filles plus jeunes que cet enfant se faire rouer de coups, et elle n’avait rien fait. »

A partir de là, nous suivons les tribulations de Cora, accompagnée de Caesar. De la Géorgie vers la Caroline du Sud, puis la Caroline du Nord et enfin le Tennessee, un désert infernal de forêts brûlées et de villes infestées par la fièvre jaune, elle fait son apprentissage de la liberté. En Caroline du Nord, la famille qui l’héberge la maintient cachée dans un grenier plusieurs jours, pour la protéger.

Le maître a lancé sur ses traces le chasseur Ridgeway, qui s’est bâti une certaine renommée par son efficacité à retrouver les esclaves enfuis. Seule ombre à sa réputation, il a été incapable de retrouver Mabel, la mère de Cora, échappée des années plus tôt. Comme une sorte de Javert du nouveau monde, il vit dans l’obsession de cette fugitive, dont la capture lui permettrait de laver l’affront subi dans  le passé.

Les chapitres consacrés à l’odyssée de Cora alternent avec des chapitres mettant en scène d’autres personnages du roman, tels Ridgeway ou Caesar, nous ménageant autant de respirations dans le déroulement de sa fuite éperdue.
L’auteur, à chaque arrêt du chemin de fer fantôme, d’un état à l’autre, nous dresse un état des lieux de l’Amérique d’avant la Guerre de sécession, partagée entre les abolitionnistes et les esclavagistes.

Dans la relation de l’histoire de Cora, l’auteur nous conte les horreurs de l’esclavage et comme corollaire le lourd héritage laissé aux générations futures, faisant le terreau du racisme qui aujourd’hui encore gangrène la société nord-américaine. L’injustice dont continuent de souffrir les immigrants et les populations d’afro-américains en est un exemple flagrant.

« Et l’Amérique est également une illusion, la plus grandiose de toutes. La race blanche croit, croit de tout son cœur, qu’elle a le droit de confisquer la terre. De tuer les Indiens. De faire la guerre. D’asservir ses frères. S’il y avait une justice en ce monde, cette nation ne devrait pas exister, car elle est fondée sur le meurtre, le vol et la cruauté. Et pourtant nous sommes là. »

Écrit dans un style flamboyant, ce roman tient davantage du conte initiatique que du récit historique, bien qu’il soit basé sur une solide documentation. La description de la condition de vie dans les plantations du Sud, bien loin de la vision édulcorée de Margaret Mitchell nous fait immanquablement penser à Beloved de Toni Morrison, Racines, d’Alex Haley, ou bien Douze ans esclave de Solomon Northup.

L’histoire de Cora, et de tous ses compagnons d’infortune, est une poignante histoire de vie, de résistance et d’adaptation, de solidarité et de solitude, de violence et de lutte.
Une œuvre magnifique où le sordide côtoie le sublime. Sans aucun doute ma meilleure lecture de ce début d’année.
Éditions Albin Michel, 2017

(1)La ligne Mason-Dixon était la ligne de démarcation entre les États abolitionnistes du Nord et les États esclavagistes du Sud.

4ème de couv :

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

L’auteur :

Colson Whitehead, né le 6 novembre 1969 à New York, est un romancier américain.
Il fréquente la Tinity School de New York, puis est diplômé de l’Université de Harvard en 1991. Journaliste, ses travaux paraissent dans de nombreuses publications, dont le New York Times, Salon et The Village Voice.
The Underground Railroad, déjà élu meilleur roman de l’année en 2016 par la presse américaine, reçoit le prix Pulitzer de littérature en 2017.

Les droits audiovisuels du roman ont été acquis par le réalisateur Barry Jenkins (Moonlight, Oscar du meilleur film 2017) et ses producteurs.
(Source : Wikipedia)

R.J. Ellory – Un cœur sombre

RJ Ellory explore dans ce roman un thème qui est familier à tous les habitués du roman noir. Son personnage, Vincent Madigan, est un flic corrompu, alcoolique et accro aux médicaments. Mauvais mari et père absent, il a foiré ses trois premiers mariages.
« Et maintenant elle avait la moitié de son fric et la moitié de ses couilles et la moitié de tout le reste. Il repensa alors à l’autre, la femme d’avant. C’était elle qui avait l’autre moitié, mais ça, c’était également une autre histoire. Et Madigan ? Il n’avait rien. C’était comme s’il avait commencé avec rien, et qu’il en était toujours à peu près au même stade. Tout ça à cause d’elle. À cause d’elles deux. Et des autres. Toutes les mêmes. Et, bordel, il se sentait vraiment trop con. »
En une succession de compromissions au bénéfice de Sandía, un baron de la drogue, il s’est laissé entraîner dans une chute sans fin, accumulant une dette de près de 200.000 dollars envers lui, « l’homme-pastèque », qui règne sur le « Yard », quartier de East-Harlem. Pour se sortir de cette situation, et effacer son ardoise, il a la folle idée de braquer 400.000 dollars dans une des planques du baron.
Hélas, lors de ce braquage les choses tournent mal et, pour préserver son anonymat, il se trouve obligé de se débarrasser de ses complices, trois petits malfrats recrutés pour cette occasion. Malheureusement, Melissa, une petite fille qui se trouve dans la maison, est gravement blessée dans l’échange de coups de feu.
Sandía ne risque pas de prévenir la police de ce vol. Et pour cause : nous apprendrons bientôt que ces billets provenant du braquage d’une banque sont marqués et donc inutilisables en l’état.
Il convoque donc Madigan et lui enjoint de faire la lumière sur ce braquage.

Madigan va devoir se sortir de cet imbroglio, pour d’une part se dédouaner de toute implication dans le vol, et les meurtres vis-à-vis de Sandía, et d’autre part éviter toute mise en cause sur l’enquête de police concernant les 7 cadavres trouvés sur les lieux du braquage.

Hanté par un fort sentiment de culpabilité et pour se sortir de la situation dans laquelle il s’est empêtré, il va, sans états d’âme, impliquer d’autres personnes, dans une machination particulièrement compliquée. Demeure la question de savoir si l’on peut échapper à sa conscience et où cet engrenage va le mener. Pour réparer les torts qu’il a causés, devra-t-il y laisser son âme ou même sa vie ?

Les personnages qui peuplent ce roman sont bien campés : Sandía le truand, les petits malfrats qui servent d’indics à Madigan, et Walsh le flic de l’Inspection des services. Isabella, la maman de la fillette, est la seule à apporter un peu de lumière et de douceur dans cet univers très sombre.
Vincent Madigan, lui n’est pas un être très sympathique au premier abord. Il a de nombreux défauts, il est voleur, menteur, manipulateur, violent, a peu de considération pour son entourage, et sa fréquentation n’est pas sans risques.

Malgré tout cela, on se rend compte que cet homme imparfait, a un cœur, un cœur sombre, mais un cœur tout de même. Sa conscience lui donne la capacité d’assumer les conséquences que ses propres décisions ont provoquées.

« Il frissonna. Il se sentait transparent. Il avait l’impression que le monde entier le voyait tel qu’il était vraiment, que le monde entier voyait le petit poing serré de son cœur sombre dans sa poitrine.il avait honte. Non, il n’avait pas honte. Il se sentait juste petit, infiniment petit. »
On se laisse emporter par cette histoire, menée sans temps mort, pleine de rebondissements, au travers de laquelle l’auteur nous dépeint une Amérique en proie à ses démons, la violence et la corruption, omniprésentes. Il nous donne à voir le parcours oppressant d’un homme aux deux visages, qui tente de retrouver un peu de lumière, et se frayer un chemin vers une impossible rédemption.
R.J. Ellory signe là encore un très bon roman et conforte, s’il en était encore besoin, sa position parmi les meilleurs auteurs de romans noirs du moment.
Une très bonne lecture, que je recommande sans réserve…
Éditions Sonatine, 2016

4ème de couv :

Sous sa façade respectable, Vincent Madigan, mauvais mari et mauvais père, est un homme que ses démons ont entraîné dans une spirale infernale. Aujourd’hui, il a touché le fond, et la grosse somme d’argent qu’il doit à Sandià, le roi de la pègre d’East Harlem, risque de compromettre toute son existence, voire de lui coûter la vie. Il n’a plus le choix, il doit cette fois franchir la ligne jaune pour pouvoir prendre un nouveau départ. Il décide donc de braquer 400 000 dollars dans une des planques de Sandià. Mais les choses tournent mal : il doit se débarrasser de ses complices, et une petite fille est blessée lors d’échanges de tirs. Rongé par l’angoisse et la culpabilité, Madigan va s’engager sur la dernière voie qu’il lui reste : celle d’une impossible rédemption.

L’auteur :

R.J. Ellory, auteur anglais, est né en 1965. Après l’orphelinat et la prison, il devient guitariste dans un groupe de rythm and blues, avant de se tourner vers la photographie. Bien que Britannique, tous ses romans ont pour cadre les États-Unis.
Ses autres romans, publiés chez Sonatine Éditions :
Seul le silence, 2008
Vendetta,  2009
Les Anonymes, 2010
Les Anges de New York
, 2012
Mauvaise étoile, 2013
Les Neuf Cercles, 2014
Les Assassins, 2015
Papillon de nuit, 2016

 

Kris Nelscott – La route de tous les dangers

 « C’est une route sinueuse, idéale pour les embuscades… C’est la route de tous les dangers. » Martin Luther King, 3 avril 1968.

Décembre 1939, Atlanta : La nuit suivant l’avant-première d’ « Autant en emporte le vent », Billy âgé de 7 ans, et son ami Martin chantent dans le chœur  de l’église baptiste Ebenezer, dirigé par le Dr King, le père de Martin. Habillés en négrillons, et les adultes en esclaves, ils participent à la soirée du Cercle des jeunes d’Atlanta.
La nuit suivante, les parents de Billy sont lynchés. Lui, caché dans un placard, échappe au massacre.

Trente ans plus tard, Billy, devenu Smokey Dalton, travaille comme détective privé pour la communauté noire de Memphis. Quand on  lui demande de constituer une équipe pour la protection de Martin Luther King, son ami d’enfance, qui doit venir en ville pour conduire une marche pour la paix,  Smokey refuse, en une tentative pour rester apolitique.
Des rumeurs circulent sur la présence en ville de groupes violents,  les Black Panthers, et  les Invaders, et des émeutes sont à redouter.
Dans le même temps, une jeune femme blanche, Laura Hathaway, débarque dans le bureau de Smokey. Elle lui annonce qu’il hérite de 10000 dollars de la part de sa mère, et elle se demande pourquoi sa mère lui a fait ce legs.
C’est la deuxième fois que Smokey reçoit un don de 10000 dollars, et ses premières recherches semblent indiquer que Laura et lui ont quelque chose de leur passé en commun, mais quoi ?
Pendant ce temps, Memphis est au milieu d’une crise grave. Les éboueurs de la ville sont en grève, dans un conflit qui s’éternise. Smokey doit aussi s’occuper de Jimmy, un jeune garçon qu’il a pris en affection, dont la mère se désintéresse,  et dont  le grand frère Joe s’est laissé entraîner dans les trafics de drogue et fréquente les groupes d’agitateurs.
« Je suis de ceux qui ont le plus failli à leur tâche.
Normalement, je suis celui qui sait interpréter les indices, celui qui gagne sa vie à rassembler les morceaux disparates du puzzle. Je savais qu’il allait arriver quelque chose, mais je ne me suis jamais douté que ce quelque chose, ce serait la mort de Martin Luther. »
Les esprits s’échauffent, jusqu’au jour fatidique qui verra Martin Luther King tomber sous les balles de son assassin.

Entre temps, pour mener son enquête sur ce mystérieux legs et les liens qui le relient à Laura, Smokey effectue un douloureux voyage  à Atlanta, où il va mettre au jour de cruelles vérités.
Pour improbable que soit leur alliance au départ de l’histoire, un détective noir pauvre et une femme blanche fortunée, qui ont peu en commun si ce n’est une méfiance réciproque, ils auront à collaborer à la recherche de leurs racines, inexplicablement liées et depuis longtemps enterrées.

La trame narrative nous réserve quelques retours dans le passé, comme autant de petits cailloux que laisse Smokey à notre intention, pour que nous trouvions notre chemin. Les personnages principaux sont bien campés, d’une  belle complexité.
Laura et Smokey  auront à faire des choix difficiles faciles et devront en assumer les conséquences.
Smokey Dalton n’est pas sans nous rappeler  Easy Rawlins : l’un est un vétéran de la guerre de 39-45, l’autre un vétéran de la guerre de Corée. Sûrement un clin d’œil de l’auteure à son aîné Walter Mosley. Peut-être Smokey Dalton est-il moins « hard-boiled » que ne l’était Easy Rawlins. Ceci étant, de par ses fêlures et son passé, il demeure un personnage éminemment attachant et touchant.
Ce roman est très bien structuré, imbriquant dans le scénario des éléments de l’Histoire réelle, les événements qui ont secoué les États-Unis, lors de ce printemps de 1968. Les données historiques nous éclairent un peu plus sur la vie de l’époque, et sur la difficile cohabitation entre Noirs et Blancs, dans la ville de Memphis en 1968.
A propos de l’assassinat de Martin Luther King, l’auteure met en doute la théorie du tueur solitaire, et  s’oriente plutôt vers la thèse du complot.
Dans le contexte de la grève et des protestations qui aboutiront à l’assassinat de  Martin L. King, La route de tous les dangers combine les thèmes de la politique, du racisme, de la trahison et de l’amour déçu. Kris Nelscott nous donne une fascinante leçon d’histoire et porte un regard lucide sur ces gens qui vivent dans la même ville, séparés par la couleur de leur peau, la colère et la peur.
Ce roman, paru pour la première fois en France en 2005, et en 2018 pour la présente mouture, méritait bien une seconde chance. Je remercie vivement mon ami Pierre de l’excellent blog Blacknovel, de me l’avoir mis entre les mains, pour ce qui fut un très bon moment de lecture.

Éditions L’aube Noire, 2018

4ème de couv :

« Normalement, je suis celui qui sait interpréter les indices, celui qui gagne sa vie à rassembler les morceaux disparates du puzzle. Je savais qu’il allait arriver quelque chose, mais je ne me suis jamais douté que ce quelque chose, ce serait la mort de Martin Luther King. »
Nous sommes en 1968: Smokey Dalton est détective privé, installé à Memphis. Il est Noir. Alors que le pasteur le plus célèbre d’Amérique est assassiné, une riche Blanche débarque dans le bureau et la vie de Smokey: elle voudrait savoir pourquoi sa mère a décidé de lui léguer, à lui, une part de son héritage. Entre secrets de famille, tensions raciales et violences policières, ce polar admirablement mené offre une part d’Amérique.

L’auteure :

Kristine Kathryn Rusch est née le 4 juin 1960 à Oneonta dans l’État de New York. Elle reçoit, entre autres, le prix Hugo 1994et le prix World Fantasy pour son travail d’éditrice du The Magazine of Fantasy & Science Fiction, ainsi que le prix Locus du meilleur roman court 1992 pour la nouvelle La Galerie de ses rêves (The Gallery of His Dreams) et du meilleur essai. Elle écrit de nombreuses nouvelles de science-fiction et de fantastique avant de se lancer dans la fantasy avec son grand cycle des Fey. Elle vit avec son mari, l’écrivain Dean Wesley Smith, dans les montagnes de l’Oregon.
« La route de tous les dangers » est le point de départ d’une série avec le personnage de Smokey Dalton.