Olivier Norek – Entre deux mondes

Adam Sarkis, officier du renseignement militaire en Syrie, appartient à groupe de résistance au régime de Bachar el Assad. Un jour il est témoin d’une scène qui confirme l’extermination méticuleuse et organisée des opposants au gouvernement. Dans un hangar, plusieurs centaines de cadavres sont photographiés et enregistrés, pour un macabre archivage. Lorsqu’il voit parmi les cadavres celui d’un de ses camarades résistants, manifestement torturé, il comprend que sa situation risque de devenir vite intenable. Il organise la fuite vers l’Angleterre de sa femme et de sa fille, via la Lybie et la France, en attendant de les rejoindre par la suite.

« Il ne pourrait pas sauver son pays. Seules sa femme et sa fille comptaient à présent. Il allait quitter la Syrie par tous les moyens possibles. Et que ceux qui diraient qu’il aurait pu se battre pour aider son peuple aillent se faire foutre. Ou viennent à sa place, dans ce hangar surchauffé, recenser des suicidés aux pieds brûlés et aux dents arrachées. »

Bastien Miller vient d’être affecté à Calais. Jeune lieutenant de police, il a choisi cette affectation pour rapprocher sa femme dépressive de sa famille.

Lorsqu’enfin Adam arrive à Calais, Nora et Maya  ne sont pas encore arrivées dans la jungle. Tous les jours, il se rend à l’entrée du camp, dans l’attente de leur arrivée. Malgré son désir de se faire le plus discret possible, ses réflexes de policier prennent vite le dessus lorsqu’il s’agit de défendre Kilani, un jeune garçon victime d’un viol collectif.

Dans le hall des urgences, Adam, venu déposer Kilani après son agression, croise la route de Bastien. Ces deux hommes, l’un et l’autre père et mari vont être amenés à collaborer et à développer, au-delà de la confraternité professionnelle, une solide estime réciproque, et devenir des amis. Bastien ira même jusqu’à inviter chez lui Adam et Kilani, au grand dam de son épouse.

Olivier Norek nous dépeint de façon très crue et réaliste le quotidien de ce qui fait la jungle. « Comme bloqués entre deux mondes », cohabitent au cœur de ce gigantesque bidonville, nombre de nationalités différentes Il nous décrit les incessantes tentatives des migrants pour rejoindre Youké, leur terre promise, à bord des camions, quitte à poser des barrages pour les ralentir au risque de provoquer des accidents, ce qui ne manque pas d’arriver régulièrement.

« Le sang battait fort à ses tempes, son souffle devint plus court, saccadé, comme si l’air n’était plus respirable. Sa vision se troubla, sa course devint presque aveugle, et lorsque les phares d’un imposant bahut de trente-trois tonnes l’éblouirent, la lumière violente devint flammes, immenses, brûlantes, et tout autour de lui s’embrasa. Il entendit alors les cris provenant des huttes de son village, leurs toits en feu sous un nuage noir de cendres. Le claquement des mitraillettes. Son lac. Le Nil Blanc. Son océan vert en herbe grasse. Il entendit la voix de sa mère l’appeler au loin. « Ayman ! » Il s’écroula, inconscient, sur le bord de la route, sur une herbe jaunie, nourrie aux gaz d’échappement. »

En marge de cette jungle, la ville de Calais où les habitants, même les moins extrémistes, n’en peuvent plus de cette situation, de ce bidonville installé à leurs portes, comme un abcès. Dans cet îlot de misère, même les services de l’État ont du mal à assurer leur mission. Mal équipés, en sous-effectif chronique, elles font ce qu’elles peuvent. De même que les différentes organisations humanitaires, admirables de dévouement.

Ce roman est peuplé de personnages forts : Bastien bien sûr, mais aussi Ousmane le Soudanais, qui prendra Adam sous sa protection, Kilani, le lumineux petit black au sourire désarmant, symbole de tous ces enfants-soldats, arrachés à leur famille et embrigadés pour une cause à laquelle ils ne comprennent rien. Erika, Passaro et les flics qui travaillent avec lui, obligés de se blinder moralement pour arriver à surmonter le quotidien, Jade, la fille de Bastien, adolescente boudeuse, et Manon son épouse dépressive, sortiront à jamais changées par le contact avec Adam et Kilani. Tous ces personnages nous laissent espérer en l’humain.

Comme beaucoup de lecteurs, je me demandais comment Olivier allait négocier le virage «sortie de banlieue». Autant vous le dire tout de suite, il s’en est tiré haut la main. Admirablement documenté, il aborde ce sujet d’actualité avec énormément d’empathie et d’humanité, et donne à ce roman valeur de témoignage.
Avec lui, nous sommes en immersion totale dans la jungle de Calais, plus vivante et plus réelle à nos yeux, loin des reportages de journaux télévisés qui bien trop souvent ne voient que la surface des choses.

Olivier, j’ai personnellement été très touché par la dédicace à ton grand-père, immigré Silésien, et par là à tous les immigrés qui ont vécu un jour le déracinement. Combien il a dû être dur pour toi d’écrire cette histoire !

Ce n’est pas un roman policier que nous avons là, ni même un thriller. L’enquête policière passe au second plan et le roman se centre sur la vie de ces hommes et femmes. C’est un roman social et noir, du noir le plus absolu, avec en conclusion, une petite note d’espoir.
C’est pour moi le plus abouti des ses quatre romans et assurément le plus humain.

 Un vrai coup de cœur, une lecture bouleversante et nécessaire.

Éditions Michel Lafon, 2017

Le mot de l’éditeur :
Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. 
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds. 
Un assassin va profiter de cette situation. 
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. 

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger. 

L’auteur :

Né il y a 42 ans à Toulouse, Olivier Norek est lieutenant de Police Judiciaire
Après deux ans dans l’humanitaire, pour «Pharmaciens sans frontières, en Guyane puis en Croatie, en pleine guerre des Balkans, il devient gardien de la paix à Aubervilliers, puis rejoint la Police Judiciaire. Après avoir réussi le concours de lieutenant, il choisit Bobigny au sein du SDPJ 93.
Après « Code 93 » (2013), « Territoires » (2014), « Surtensions » (2016) » « Entre deux mondes » est son quatrième roman.

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Pascal Martin – La Reine Noire

Il était une fois, dans le village de Chanterelle, avant la crise, une raffinerie de sucre, qui employait la quasi-totalité du bourg. On l’appelait la Reine Noire, sa haute cheminée de l’usine était comme un phare pour toute la région. Le conte de fées s’arrête là. Un jour, mondialisation oblige, l’usine est délocalisée en Indonésie. Depuis lors, les jeunes s’en vont chercher du travail ailleurs, et l’usine et le village se meurent lentement.
Seul le bistrot de la mère Paillet conserve un semblant d’activité, ainsi que l’auberge du vieux Joe, qui a du voir passer tous les couples illégitimes du village.

«  Il remonta dans sa voiture, longea de nouveau la voie ferrée, tourna à droite sous le pont et déboucha au pied de la grande cheminée. Autour d’elle les bâtiments étaient éventrés, fenêtres éclatées, charpentes crevées, fûts et citernes rongés par la rouille. Les façades des silos étaient lézardées, couvertes d’humus. De longues traînées jaunâtres s’écoulaient des toits comme des pleurs séchés.
L’usine qu’on appelait autrefois la Reine Noire n’était plus qu’une carcasse de ferraille, un vieux cadavre décharné. »

Un jour arrivent au village deux hommes au look diamétralement opposé. L’un a le style gothique, tout habillé de noir, les yeux cachés par d’épaisses lunettes noires, comme un masque de soudeur. Il conduit une luxueuse décapotable BMW dont s’échappent des accents de musique médiévale à plein volume. C’est Toto Wotjiek,qui traînait derrière lui une réputation de sale gosse, et a quitté le village il y a longtemps. Son père, un ouvrier polonais descendait un litre de pastis par jour, et sa mère contre une passe gagnait de quoi remplir la marmite. Il a fait fortune ailleurs, on ne sait où ni comment.
L’autre porte un costume de bon faiseur, le bouc bien taillé, les cheveux enduits de Pétrole Hahn, et il s’asperge abondamment d’Habit Rouge. Il s’appelle Michel Durand, il est flic et lui aussi a vécu son enfance à Chanterelle, où son père fut le dernier directeur de l’usine.

Peu après leur arrivée, des évènements étranges se produisent dans le village : poules égorgées, cimetières profanés… Jusqu’à la mère Lacroix, qui assassine sa fille débile avant de se donner la mort.

Il n’en faut pas plus pour que le village s’alarme et réclame un coupable.  Toto Wojtiek est le bouc émissaire tout désigné. Son père, cet ivrogne de polack, ne tuait-il pas les chats ?

Toto Wojtiek et Michel Durand sont revenus au village dans un but bien précis. Tous deux ont des comptes à régler avec leur passé et la Reine Noire. En habiles manipulateurs, ils placent leurs pions  en de subtils gambits sur l’échiquier de Chanterelle où trône la Reine noire, promise à une prochaine démolition.

Dans le bistrot de la mère Paillet, autour du comptoir, les commérages vont bon train entre les pochetrons du coin, prompts à passer de l’invective à la flatterie et la servilité.

« – L’ancienne bonne du curé. Elle vient me faire un peu de ménage et la bouffe.
– Elle ne travaille plus au presbytère ?
– A force de lui bourrer le cul, l’abbé a fini par lui coller un polichinelle dans le tiroir. L’évêque n’a pas apprécié, d’autant plus que la môme a des courants d’air dans le caberlot. Il a envoyé le curé faire le guignol dans un monastère en Bretagne. »

Et au fur et à mesure de l’avancée du récit, se font jour toutes les lâchetés, les compromissions, les secrets gênants que l’on étale maintenant au grand jour.
L’intérêt de ce roman réside surtout dans son duo de héros qui sortent vraiment de l’ordinaire, un flic et un tueur vraiment à contre-emploi, où le méchant n’est pas toujours celui que l’on attend. Les personnages secondaires, comme Marjolaine, la mère Lacroix, Joe, ou Milos, le fils du maire Spätz, sont d’une réelle épaisseur, et contribuent à donner du corps au récit.
La narration est fluide et le récit habilement structuré. Malgré la noirceur et la violence  qui habitent ce roman, l’auteur se laisse aller par moments à un style plus gouailleur qui contribue à alléger l’ambiance délétère de suspicion qui plombe toutes les pages.
Dans un environnement social glauque, en pleine décomposition, un univers aux limites étriquées, Pascal Martin orchestre à merveille ce duel entre deux hommes que tout sépare, jusqu’au dénouement, pas très moral, mais tellement légitime.
Il signe là un roman social d’un réalisme brut. Noir, machiavélique et violent, c’est une belle lecture, que je vous recommande.

Éditions Jigal, 2017

4ème de couv :

En ce temps-là, il y avait une raffinerie de sucre dont la grande cheminée dominait le village de Chanterelle. On l’appelait la Reine Noire. Tous les habitants y travaillaient. Ou presque… Mais depuis qu’elle a fermé ses portes, le village est mort.

Et puis un jour débarque un homme vêtu de noir, effrayant et fascinant à la fois… Wotjeck est parti d’ici il y a bien longtemps, il a fait fortune ailleurs, on ne sait trop comment… Le même jour, un autre homme est arrivé. Lui porte un costume plutôt chic.

 L’un est tueur professionnel, l’autre flic.

Depuis, tout semble aller de travers : poules égorgées, cimetière profané, suicide, meurtre… Alors que le village gronde et exige au plus vite un coupable, dans l’ombre se prépare un affrontement entre deux hommes que tout oppose : leur origine, leur classe sociale, et surtout leur passé…

La Reine Noire est peut-être morte, mais sa mémoire, c’est une autre histoire…


L’auteur :
Pascal Martin est né en 1952 dans la banlieue sud de Paris. Après une formation en œnologie, il devient journaliste, fonde sa boîte de production et parcourt le monde comme grand reporter. Ses reportages, très remarqués, sont alors diffusés sur toutes les chaînes de TV. En 1995 il crée les « Pisteurs », des personnages de fiction qui reposent sur son expérience de journaliste d’investigation, pour une série de films diffusés sur France 2. Après avoir enseigné quelques années au Centre de formation des journalistes, il développe avec Jacques Cotta une série de documentaires « Dans le secret de… » qui compte aujourd’hui plus de 40 numéros. Il réalise à cette occasion « Dans le secret de la prison de Fleury-Mérogis » et « Dans le secret de la spéculation financière ».
Pascal Martin s’est toujours inspiré de ses enquêtes journalistiques pour nourrir ses personnages de fiction en les inscrivant dans une dimension sociale et environnementale. Et ce n’est sûrement pas LA REINE NOIRE qui dira le contraire.

Nicolas Zeimet – Retour à Duncan’s Creek

Une antique pompe à essence, un réverbère et un vieux frigo. Dès la photo de couverture, le ton est donné. Paysage aride et désolé, ambiance Bagdad Café. Nous sommes en Utah, à Duncan’s Creek, un petit village de l’Ouest américain, entre montagnes et forêts.

A Duncan’s Creek, ils étaient trois amis « unis comme les trois doigts de la main », aux caractères très différents : Sam Baldwin, l’aînée et seule fille du trio, est un peu le chef de meute. Elle cache sous des dehors bravaches sa propre détresse. Ben Mc Combs, surnommé Junior ou encore Boulard, ancien petit gros de la bande est d’un caractère plus effacé, plutôt suiveur que meneur. Jake Dickinson, quant à lui, se sent à l’étroit dans cette ville et dans cette vie, portant comme un fardeau l’absence de son frère Tim, mort assassiné deux ans avant sa naissance. Il a l’impression de n’être qu’un pâle substitut de ce frère décédé, et rêve d’un autre horizon que les pompes de la station service paternelle.

« Et même si le temps nous endurcit, les claques font encore plus mal quand on arrive à l’âge adulte. Sans doute parce qu’elles sont plus violentes.
Trente ans après, j’avais toujours en tête une phrase de Lamar Jones, le fermier chez qui j’avais travaillé deux étés d’affilée à Duncan’s Creek : « Le destin n’est rien d’autre que la part de bonheur ou de malheur, le lot de fortune ou d’infortune, qui échoit à chacun à la naissance, et la vie distribue ses cartes au hasard. » C’était l’un des messages pleins de sagesse qu’il avait tenu à me transmettre pour m’aider à grandir. M. Jones est mort alors que j’avais douze ans, mais ses enseignements m’avaient accompagné toute ma vie. »

Un soir d’Halloween, un événement tragique va sceller la fin de leur enfance et de leur amitié, et contribuer à leur éloignement progressif, jusqu’à la rupture définitive.

Plus de vingt ans après, Jake reçoit un appel de Sam, ces quelques mots:
« – J’ai besoin de toi, tu peux venir? Alta Cienega Motel, à West Hollywood. Demain soir, ça te va? »
Il n’a revu Sam que deux ou trois fois depuis tout ce temps, et pourtant il n’a aucune hésitation à répondre à son appel.

« Ramène-moi à la maison », lui avait-elle demandé.
Et, en route vers Duncan’s Creek à bord de la vieille Chevy de Sam, de la Californie vers l’Utah, Jake remonte le cours du temps, présent et passé entremêlés. En leur compagnie, en un road trip de la mémoire, nous faisons avec eux le voyage de retour, pour enfin refermer la boucle.

Lors de leur dernier été passé ensemble, chacun d’eux avait consigné sur papier ses espoirs pour le futur, ses rêves et ses secrets, enfermés dans une  boîte en fer blanc, la « capsule temporelle » enterrée quelque part dans un camping de l’Arizona, où Jake ira la déterrer.

Après, ils ont tenté de vivre leur vie de leur côté, selon leurs aspirations : Sam a cédé à l’appel du miroir aux alouettes, vers le monde factice des paillettes et du cinéma, Jake est parti à San Francisco pour tenter de devenir écrivain, Ben, quant à lui est resté au village, dans la ferme familiale. Malgré leur séparation physique, ils resteront affectivement liés à tout jamais par le drame qu’ils ont vécu.

Ce retour à Duncan’s Creek sera pour Jake l’occasion d’une réflexion sur sa propre vie, sa famille, son éducation, sur ce qu’il aurait pu ou dû faire pour aider ses amis. Peut-être leur futur aurait-il alors été différent.

Le roman, fait d’une alternance de chapitres intitulés « Hier » ou « Aujourd’hui », alterne entre la narration à la première personne pour le présent, et à la troisième pour le passé. Dès les premières lignes on est happé par l’histoire et le devenir de ces trois personnages, et on entre de plain-pied dans leur vie, immédiatement en empathie avec eux, partageant leurs rêves, leurs espoirs, et aussi leurs souffrances. On ressent de la part de l’auteur une réelle affection pour tous ses personnages, quelles que soient les situations dans lesquelles il les place. Il trouve toujours le ton juste, sans jamais sombrer dans le pathos.
Les autres personnages extérieurs à leur trio, parmi lesquels Rose, la serveuse du bistrot de Kingman, le vieux docteur Pomeroy, ou Mlle Adams son ancienne institutrice, sont traités avec une tendresse toute particulière.

On pourrait croire ce roman écrit par un auteur local, dans cette façon si réaliste de nous représenter l’Ouest américain, comme un décor de cinéma, entre stations-services abandonnées et « diners » au milieu de nulle part. Il nous dépeint également de façon très pittoresque la communauté des habitants d’une petite ville de l’Ouest profond.

Il se dégage de ces douloureuses tranches de vie une intense émotion. Au travers de leurs larmes, mais aussi de leurs rires, j’ai retrouvé un parfum d’adolescence. Par delà les non-dits et les silences, ces enfants devenus adultes éprouveront le goût doux-amer du temps échappé et d’un bonheur à tout jamais perdu.
Une très belle lecture, et un magnifique roman que je recommande sans réserve !

Éditions Jigal, 2017

 

4ème de couv :

Après un appel de Sam Baldwin, son amie d’enfance, Jake Dickinson se voit contraint de retourner à Duncan’s Creek, le petit village de l’Utah où ils ont grandi. 

C’est là que vit Ben McCombs, leur vieux copain qu’ils n’ont pas revu depuis plus de vingt ans. Les trois adolescents, alors unis par une amitié indéfectible, se sont séparés dans des circonstances dramatiques au début des années quatre-vingt-dix. 

Depuis, ils ont enterré le passé et tenté de se reconstruire. Mais de Los Angeles aux montagnes de l’Utah, à travers les étendues brûlantes de l’Ouest américain, leurs retrouvailles risquent de faire basculer l’équilibre fragile de leurs vies. 

Ce voyage fera ressurgir les haines et les unions sacrées, et les amènera à jeter une lumière nouvelle sur le terrible secret qui les lie. Ils n’auront alors plus d’autre choix que de déterrer les vieux cadavres, quitte à renouer avec la part d’ombre qui les habite… et à se confronter à leurs propres démons. 

L’auteur :

Nicolas Zeimet né en 1977, vit à Paris. Il écrit depuis l’âge de dix ans. 

Son premier roman, « Déconnexion immédiate« , est paru en 2011 chez Mon Petit Éditeur. 

Après « Seuls les vautours« , (2014), lauréat du Prix Plume d’Or 2015, il publie en 2015 « Comme une ombre sur la ville » aux éditions du Toucan.

« Retour à Duncan’s Creek » est son quatrième roman.

 

Stéphane Jolibert – Dedans ce sont des loups

Dans l’immensité blanche et glacée du Grand nord, juste de l’autre côté de la frontière, demeurent quelques fermes, autour d’une bourgade loin de tout. Le seul commerce est le Terminus, à la fois bar, hôtel et bordel. Il comprend également un supermarché et une station service. Les voyageurs qui s’aventurent jusqu’ici n’ont guère l’envie d’aller plus loin. Pour la grande majorité, ce sont des criminels en cavale et pour eux le Terminus est la fin de la route.

« Les raisons pour lesquelles débarquaient dans ce coin paumé des étrangers, chacun les connaissait. La frontière passait non loin de la ville située plus au sud, n’était pas difficile à franchir pour qui savait prendre l’autocar ou marcher, et aucun accord d’extradition n’existait entre les deux pays partageant cette frontière-là. Si le climat était rude, pas mal se disaient que c’était toujours mieux que la taule, ou pire : l’exécution. Pour le reste, il suffisait de se tenir à peu près à carreau, de travailler, et les autorités fermaient les yeux, oubliaient même jusqu’à votre existence, votre nationalité. »

« Homo homini lupus » : L’homme est un loup pour l’homme.
De ce côté ci de la frontière, la seule loi qui vaille est celle du Terminus, sous l’autorité du Grand patron, sorte de figure tutélaire qui demeure dans l’ombre. Tout ou presque est permis, à condition de se plier aux règles, qu’un garde-putes est chargé de faire respecter. Les clients qui s’avisent de maltraiter les filles sont proprement passés à tabac, et jetés dehors. Dans cette contrée, il n’est pas rare que cela signe leur arrêt de mort.
Drôle de pays, où on conserve les morts « légaux » en congélation sur les toits enneigés, de façon à les protéger des prédateurs, en attendant que le sol dégèle pour pouvoir les enterrer.

A quinze ans, Nats a été victime de « l’homme de la bicoque », qui l’a dépouillé de toutes ses économies, et lui a laissé le dos en charpie. Il en porte encore les cicatrices et il est obsédé depuis par le visage de cet homme qu’il croque sur des dizaines de croquis. Bien des années après, au hasard d’une photo dans un journal, apparaît le visage qui hante ses souvenirs. Sa recherche le conduira jusqu’à Terminus.
Là, il commence à travailler comme garde-putes, sans enthousiasme mais consciencieusement, le temps de se constituer un petit pécule. Après quelques années il achète une petite ferme à rénover, avec l’aide du vieux Tom, un bouilleur de cru qu’un accident de bûcheronnage a réduit au fauteuil roulant, en échange de livraisons de gnôle pour le Terminus.

Chez Tom habite Sarah, sa nièce, venue dans la région pour parfaire sa thèse sur « de l’expérience individuelle au phénomène global : configuration et réponses sociales à l’immigration en milieu froid et hostile». Entre les deux jeunes gens s’installe une tendre complicité, l’ébauche d’un amour naissant.

Autour de Nats et Sarah gravitent une galerie de personnages singuliers : Le vieux Tom, à défaut de jambes, a la réputation d’avoir le bras long. Sean, le garde-putes, qui ne connaît d’autre langage que la violence, pour ne pas perdre la main, tabasse femme et enfants. Leïla la prostituée au grand cœur (je sais, ça fait cliché !), l’Irlandais le barman, « Twiggs la levrette » ainsi nommé en raison de ses préférences sexuelles (je vous laisse deviner lesquelles), mécanicien et accessoirement fossoyeur.

L’écriture, dynamique est faite de phrases courtes, alternant le passé et le présent, en une narration particulièrement attractive, qui font de ce roman un vrai page turner. Sans se mélanger les fuseaux, l’auteur dévide les fils de son histoire, le propre chemin de vie qui a conduit chacun au Terminus. Chiens ou loups, la nature sauvage et hostile de ce coin perdu déterminera dans quelle meute ils doivent vivre.
Dans cet univers très masculin et très violent, où les moindres différends se règlent à coups de poings ou même à coups de revolver, affleurent quelques touches d’humour, avec les déboires de l’inénarrable Twigs la levrette, à la recherche de son cadavre égaré. Les trois personnages féminins du roman viennent tempérer toute cette violence et nous donnent à voir la condition féminine sous divers éclairages.

L’auteur nous livre de belles pages sur la nature et les paysages du Grand Nord, désert, glacial et hostile. L’apparition d’un loup non loin de la ferme de Nats vient en une forme d’allégorie sur la formation de deux meutes, celle du loup blanc, en parallèle avec celle que représentent le vieux Tom, Nats, Sarah et leur enfant à venir.

« Son poil perdait sa couleur blanche, muait du gris clair au gris plus sombre, cernant ses yeux, striant le dessus de son museau de noir absolu. Il posa sa patte avant sur une plaque de glace, elle céda sous son poids, libérant l’eau qu’elle renfermait. La soif lui tiraillait les entrailles mais il ne but pas, pas encore. Ses oreilles se dressèrent, se figèrent, et il releva la gueule pour la regarder elle, qui passait sa tête hors de la tanière. Avec méfiance elle avança sous le soleil. Derrière suivaient, maladroits sur leurs pattes, deux louveteaux. (…)
Hésitant, clignant des yeux sous la lumière, vint se joindre un troisième petit au repas.
Du dedans sortaient les loups. »

Ce roman très noir, dans un univers tout blanc, a la même saveur que les romans des grands espaces de la littérature américaine. C’est une sorte de western du grand nord, où la tension et les violences accumulées se règlent face à face, en un dernier affrontement. Une histoire d’hommes, de vengeance, d’amitié et d’amour.
Une sacrée bonne surprise et une lecture à recommander.

Éditions du Masque, 2016

4ème de couv :

Quelque part au Nord, dans un paysage de glace et de neige, une bourgade survit autour de l’activité du Terminus, hôtel, bar et bordel. La clientèle qui s’y rassemble pour s’abîmer d’alcool, de sexe et de violences se compose essentiellement de repris de justice, d’hommes aux passés sales reconvertis en bûcherons. Aucune règle n’existe en dehors de celles du grand patron dont personne ne connaît ni le visage ni le nom. Nats se plie à toutes, fait son boulot avec application, jusqu’au jour ou débarque Sean, sous les traits duquel il croit reconnaître son ancien tortionnaire. Dès lors, tandis que toujours la neige efface le moindre relief du paysage, tandis que la belle Sarah interrompt la routine de son quotidien, l’esprit de vengeance tenaille Nats, impérieux, dévorant.

L’auteur :

Stéphane Jolibert a grandi au Sénégal et a étudié à l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne avant de bourlinguer de longues années du côté du Pacifique Sud où il exerça le métier de directeur artistique. Il s’établit à Paris à la fin des années 2000, il y enseigne la communication visuelle et la sémiologie de l’image. Il y rencontre celle qui deviendra sa femme, y rencontre également l’envie d’écrire. Il vit et travaille aujourd’hui quelque part près de la Belgique.

« Dedans ce sont des loups » est son premier roman.

Florent Marotta – Le meurtre d’O’Doul Bridge

Michael Ballanger, coach de vie, s’est exilé aux Etats-Unis, après le drame qui a fait exploser sa famille. Il prodigue à ses clients des conseils de psychologie pour s’épanouir dans leur vie professionnelle ou personnelle. Là-bas, il rencontre un succès grandissant dans sa méthode de coaching. Il a même sa propre émission de radio. Sa méthode : « toujours dire la vérité au client, même si elle est dure à entendre ».

Au sortir d’une consultation, un de ses clients est assassiné, près de l’O’Doul Bridge. Le lendemain, alors qu’il dîne avec un ami, Michael reçoit un coup de fil de la police, demandant à le voir pour « affaire le concernant », sans plus de détails. Il n’accorde pas trop d’importance à cette demande et part  en weekend avec son amie Kim, à son chalet de Shaver Lake où la police vient le chercher, au beau milieu du weekend. Le Lieutenant Larkin, véritable caricature de flic borné, lui reproche de n’avoir pas répondu à la convocation, et d’avoir pris la fuite. Le dernier numéro composé par la victime était justement celui de Michael.
Or, Calvin Tenneson, la victime, était marié à Teagan Robbins-Tenneson, présidente de l’empire pharmaceutique Robbins, ce qui semblerait expliquer le zèle excessif de Larkin.

Michael ne peut donner beaucoup d’informations aux policiers, malgré leur insistance. En consultation, Calvin lui avait dit qu’il souhaitait changer de vie, mais sans donner plus de précisions. Il a été assassiné non loin de Castro Street, le quartier gay de San Francisco, et le jour de son assassinat il conduisait une voiture de location. Ce besoin de discrétion cachait-il une liaison extraconjugale, ou bien une autre, moins avouable ?
 
Par ailleurs, sa fille Karine annonce à Michael qu’elle vient passer quelques jours chez lui à San Francisco. Leurs relations étaient pour le moins distantes depuis le drame. Ce séjour le fragilise psychologiquement, car malgré le bonheur de revoir sa fille, il est très inquiet de l’attitude qu’elle va avoir à son égard, et lui reviennent en mémoire les journées du drame vécu par la famille, dont il fut malgré lui le déclencheur.

 « Mais la réalité était tout autre. On quittait difficilement son confort, ses habitudes. Il se racontait une fable et le savait, mais il s’en foutait. Dans son histoire, il n’y avait pas de morale. »

Michael, agacé par sa mise en cause et par l’attitude de la police, commence à enquêter de son côté avec l’aide de Sean Milgram, journaliste échotier d’une publication de la communauté gay. Avec l’aide de ce journaliste paranoïaque, mais aux multiples ressources, Michael va pouvoir avancer dans ses recherches, et explorer de front plusieurs pistes, du crime homophobe de skinheads nazis, jusqu’au crime crapuleux, impliquant la richissime veuve pas très éplorée.

L’intrigue en elle-même est assez simple et n’offre que peu de rebondissements. L’intérêt réside surtout dans les personnages qui peuplent ce roman. Michael, hanté par son drame passé, ne peut dormir sans l’aide de somnifères à moins de revivre (et nous les vivons avec lui), tous les évènements qui l’ont conduit jusqu’ici. Il y a en lui une réelle ambivalence, il paraît incapable d’appliquer les conseils de vie qu’il prodigue à d’autres. Le Lieutenant Larkin et le détective Kukotch forment un binôme paradoxal : l’un borné, paresseux, raciste, xénophobe et homophobe; l’autre pondéré et plus intuitif, conscient des défauts de son supérieur, mais il doit faire profil bas, hiérarchie oblige. Le journaliste Sean Pilgrim, dont la paranoïa atteint des sommets, apporte un réel plus, de par les éléments qu’il apporte à l’enquête. La présence des deux personnages féminins Karine et Kim est à mes yeux plus anecdotique, et influe peu sur le déroulement de l’histoire.

L’enquête n’est pas facile à mener, car Michael doit évoluer dans le milieu gay, qui demeure assez fermé et méfiant. Marqué à la culotte par le Lieutenant Larkin qui guette la moindre occasion pour le faire plonger, il doit également composer en plus des skinheads, avec des sbires à la solde de la veuve, une femme autoritaire et pleine de morgue, qui a l’habitude que tout le monde plie devant elle.

Les personnages sont attachants, l’écriture est vive, le rythme et l’action ne faiblissent pas. Les retours dans le passé insérés entre les chapitres nous aident à mieux comprendre ce qu’a vécu Michael, et comment il y fait face. Tout est réuni pour nous entraîner à la suite de Michael dans une histoire qui, si elle ne nous réserve pas de coup de théâtre, garde tout de même un attrait certain, et au vu du dénouement, laisse penser à une suite possible.
En somme, un bon roman pour une lecture fort agréable et distrayante.

Éditions Taurnada, Septembre 2017

4ème de couv :

San Francisco, sa baie, son océan, sa population cosmopolite. C’est dans cette ville de l’Ouest américain que Michael Ballanger a décidé de se reconstruire. Loin de sa famille en lambeaux, loin de la France où un tueur en série mit sa vie en miettes. Le coach de vie à succès renaît avec la difficulté qui suit la perte d’un être cher. Mais le voilà mêlé au meurtre d’un notable. Au moment de mourir, l’homme a composé un numéro, le sien. Alors la tourmente l’emporte. Réveillant les douleurs du passé.

 

L’auteur :

Florent Marotta est né dans la Loire en 1976. Après une première carrière sous les drapeaux où il passe successivement de soldat à officier de police judiciaire.
Son amour pour l’écriture le pousse à composer des fictions sous forme de thriller ou de fantasy.
Il est aussi l’auteur de :
Projet T (2012)
L’échiquier d’Howard Gray (2012)
Injection de réalité 2.0 (2013)
Le visage de Satan (2015)

 

Sandrine Roy – Pas de printemps pour Éli

On retrouve dans ce roman Éli et  Lynwood, personnages du roman précédent (cf. Lynwood Miller). Après un séjour de quelques mois au Centre Recouvrance, en une sorte de retraite destinée à soigner ses blessures morales, Éli s’est retirée dans les Pyrénées, en compagnie de Lynwood. Là, ils peuvent enfin profiter l’un de l’autre.

Un coup de fil en provenance du Texas va troubler leur douce quiétude. Le père de Lynwood est décédé et il doit retourner au Texas pour les obsèques. Éli ne veut pas le laisser seul, et insiste pour faire le voyage avec lui, malgré ses phobies. Arrivé au Texas, Lynwood, présumé mort depuis plus de 20 ans, se présente comme un ami de James, son frère. Éli, de son côté, arrive à tisser un lien privilégié avec Meriwether, le fils de James. Cet enfant autiste qui refusait tout contact physique, s’ouvre complètement en sa présence. Les capacités extraordinaires d’Éli  charment littéralement toute la famille et les employés du ranch.
« Les employés du ranch étaient agglutinés derrière les barrières, applaudissant un stupéfiant spectacle. Éli, en robe d’été, montait l’immense Sparkle qu’elle guidait à l’aide d’une simple bride et de ses jambes nues qui enserraient ses flancs. Meri, planté au beau milieu du champ, très excité, frappait dans ses mains en poussant de grands cris, suivant l’évolution du cheval et de sa cavalière qui enchaînaient les cercles autour de lui. L’enfant arborait un visage radieux, fasciné par les mouvements circulaires de Sparkle qui tournait avec grâce. »

Le lendemain des obsèques, James reçoit une enveloppe contenant des photos de Meriwether, vraisemblablement prises pendant la cérémonie funèbre.
Ces photos sont accompagnées d’une simple phrase lapidaire : « ANGELO COSTA DOIT ÊTRE ACQUITTÉ ». Il s’avère que Meriwether a été enlevé du centre spécialisé où il est placé.
Angelo Costa, parrain local impliqué dans divers trafic d’armes, doit prochainement être jugé au tribunal d’Abilene, dans un procès que doit présider James. A partir de ce moment-là, Lynwood, va redevenir John Callaway, ancien des Forces spéciales. Avec l’aide de Paul Smith, un employé de James, et des dons très particuliers d’Éli, ils vont tout faire pour rendre Meriwether à sa famille.

J’avais déjà beaucoup apprécié « Lynwood Miller », le premier ouvrage de l’auteure, et j’étais impatient de découvrir quelles perspectives elle allait donner à ses personnages. Je n’ai pas été déçu, Sandrine Roy nous offre un thriller différent, d’ailleurs la couverture nous prévient : « roman policier, mais pas que… ». C’est effectivement le cas. Lynwood Miller, alias John Callaway, ancien des Forces spéciales vit avec Éli une histoire d’amour extraordinaire : les dons de la jeune femme font qu’ils sont connectés quasiment en permanence l’un à l’autre. Ces dons spéciaux en matière de télékinésie et de suggestion mentale apportent une petite touche de surnaturel, qui ne déséquilibre pas l’ensemble.
Sandrine Roy a su créer des personnages bien marqués, qui nous accrochent instantanément et on se prend à suivre avec le plus grand intérêt ce cocktail d’un tiers de fantastique, un tiers d’aventure, un tiers d’amour et un gros tiers d’action. Ça fait quatre tiers, me direz vous, (mais comme disait César : « ça dépend de la grosseur des tiers »). Pour ma part, le gros tiers « baroudeur » de Lynwood a ma préférence. Il me fait un peu penser à Jack Reacher, le héros de Lee Child. Comme lui, il arrive à se sortir de situations qui paraîtraient irrémédiablement compromises au commun des mortels.
C’est écrit sans affectation, d’une plume légère et alerte. Entre l’idylle, l’intrigue et les multiples rebondissements de l’action, l’auteure ne nous laisse pas le loisir de nous endormir.
Pour conclure, des personnages attachants, au service d’une histoire très plaisante qui m’a valu de passer un bon moment de lecture. S’ il y a une suite, je suis preneur…

Éditions Lajouanie, Septembre 2017

4ème de couv :

Le beau mais ténébreux ex-GI coule le parfait amour avec la jeune, belle mais très curieuse Éli. Tous deux profitent béatement des douceurs de l’été pyrénéen lorsqu’un coup de téléphone vient rompre cette quiétude : le père de Lynwood est décédé. L’ancien membre des forces spéciales américaines va devoir retourner au Texas pour l’enterrement. Il va lui falloir aussi révéler à ce qui reste de sa famillle qu’il n’est pas mort depuis vingt ans ! Sa fiancée est, bien sûr, du voyage. Tout juste arrivé dans le ranch familial pour les obsèques, le couple découvre que des truands font pression sur James, le frère de Lynwood, qui doit juger – et condamner ? – un redoutable trafiquant…

Drogue, assassinat, enlèvement, poursuites, massacre, rien ne manque à cette nouvelle aventure de Lynwood Miller au pays des cow-boys et… du gaz de schiste. Il faudra toute la détermination et les compétences particulières de l’ancien soldat et les pouvoirs quelque peu stupéfiants d’Éli pour sauver leurs proches des agissements de la pègre.

L’auteure :

Sandrine Roy est née à Bordeaux. Elle vit à Montauban où elle supporte l’équipe de rugby. Elle travaille dans un collège. Elle a commencé à écrire dès qu’elle a su tenir un stylo et est une grande lectrice, elle adore ses collègues de plume dont Sam Millar, Fred Vargas, Pierre Lemaitre…
« Pas de printemps pour Éli » est son deuxième roman après « Lynwood Miller », paru en 2016 aux Éditions Lajouanie.

James Lee Burke – Lumière du monde

A la suite des événements qui ont failli lui coûter la vie, Dave Robicheaux, Molly, et leur fille Alafair sont venus se reposer dans les montagnes du Montana, loin des bayous de Louisiane. Sont également du voyage son ex-partenaire à la brigade des homicides et ami de toujours, Clete Purcell et sa fille Gretchen, dont nous avons fait la connaissance dans « Créole belle ».

A la recherche de paix et de solitude, d’un endroit pour soigner leurs blessures, ils ne trouveront pas ici le calme et le repos escomptés. Lors d’un jogging dans les bois, Alafair manque de peu d’être atteinte par une flèche tirée dans sa direction, ce qui n’est pas le signe le plus encourageant pour des vacances paisibles. Non loin de là elle recontre Wyatt Dixon, un ancien cow-boy de rodéo, qu’elle croit être l’auteur du tir.
En revanche, Dave ne paraît pas convaincu, car d’autres indices concordants semblent plutôt indiquer le mode opératoire d’Asa Surrette, un serial killer qu’Alafair avait interviewé quelques années plus tôt dans une prison du Kansas. Le hic, c’est que Surrette est supposé mort, carbonisé dans l’accident du fourgon cellulaire qui le transportait.

Dans le même temps, Angel Deer Heart, une jeune fille indienne disparue est retrouvée morte quelques jours plus tard, étouffée avec un sac en plastique. C’est la petite-fille adoptive de Love Younger, un grand ponte du pétrole qui a une résidence d’été dans la région. Dans les jours suivants, on déplore d’autres disparitions et d’autres meurtres, comme autant d’indices de la présence maléfique de Surette.

« On essaie de protéger les innocents et de punir les méchants, et on ne réussit bien ni l’un ni l’autre. Pour finir, on adopte les méthodes de nos adversaires, on les balaie de la surface de la terre, et on ne change rien. C’étaient ces mêmes pensées qui m’habitaient quand je suivais une piste nocturne truffée de mines chinoises, près de cinquante ans plus tôt. Si mon vieil ami le sergent était encore de ce monde, je me demandais ce qu’il aurait à dire. Sans doute me dirait-il que la plus grande illusion de l’existence, c’est d’être persuadés que nous pouvons tout contrôler. »

Dave et Clete vont mener leur propre enquête, et bien sûr se heurter aux autorités du coin : un shériff incompétent, des inspecteurs de police ripoux ou tout simplement laxistes qui n’aiment pas que l’on vienne piétiner leurs plates-bandes. Ils paraissent même bien accommodants avec le riche Love Younger. Clete, quant à lui, entame une relation amoureuse compliquée avec Felicity Louvière, la bru du même Younger, qui se trouve au cœur de l’affaire.

Dans ce 20ème épisode, on retrouve, tel qu’en lui-même, le Robicheaux que nous connaissons, avec son passé d’ancien alcoolique et de violence. A lui seul, il a affronté dans sa vie plus de démons que toute une convention d’exorcistes. A ses côtés, Clete Purcell traîne un fardeau tout aussi pesant. Tous deux portent les stigmates, visibles et invisibles, de tant d’années à côtoyer la mort, des rizières du Vietnam aux services de police de la Nouvelle Orléans. Ce sont des hommes courageux, pleins de compassion, qui ont toujours le souci du bien d’autrui et de la justice. Ils sont accompagnés par des seconds rôles de qualité : Molly son épouse, Alafair sa fille et Gretchen, ainsi que des acteurs « locaux » très bien dessinés, comme Felicity Louvière, Asa Surrette ou Wyatt Dixon.

James Lee Burke excelle dans la description psychologique de ses personnages, tant pour mettre en valeur leur humanité, que pour les décrire sous leurs côtés les plus sombres, comme Surrette, le mal à l’état pur, identifié par ceux qui le côtoient par l’odeur qu’il dégage, « la puanteur fécale qui émanait de ses glandes ».

On retrouve chez Burke une certaine dichotomie. Il peut nous asséner des passages d’une noirceur et d’une violence extrême et, l’instant d’après nous offrir des descriptions de la nature très poétiques et d’une grande sensibilité, qui nous feraient rêver de vivre les petits matins dans les Bitteroot Mountains.

« Après les crues de printemps, l’eau est d’un bleu-vert, vive et froide, courant en longs rapides parmi des rochers à moitié submergés tout au long de l’année. Les canyons sont à pic, couronnés de sapins, de ponderosas et de mélèzes qui, à l’automne, deviennent dorés. Si l’on écoute attentivement, on entend s’entrechoquer au fond du torrent les cailloux qui produisent un murmure, comme s’ils se parlaient entre eux, ou nous parlaient à nous. »

On a le sentiment que Dave et Clete arrivent au bout de leur longue route, après bien des blessures, autant physiques que morales. Plus encore que le précédent « Créole belle », ce roman, teinté d’un peu de mysticisme, ressemble à leur chant du cygne. Peut-être est-ce aussi une façon de passer le flambeau à la génération suivante, incarnée par Alafair et Gretchen, dont le sourire, comparé à la lumière du monde, donne son titre au roman.
Je finis ce roman, triste à l’idée de ne peut-être pas retrouver ces deux personnages qui ont accompagné ma vie de lecteur depuis plus de vingt ans, et m’ont procuré autant de plaisir.
Et ce fut le cas cette fois encore, une très belle lecture.

Éditions Rivages/Thrillers,  Janvier 2016

En complément, James Lee Burke nous livre ici quelques secrets d’écriture :

http://www.lepoint.fr/livres/sur-la-piste-americaine-2-3-james-lee-burke-sort-de-la-brume-02-04-2016-2029481_37.php

4ème de couv :

En vacances avec sa famille dans le sauvage Montana, Dave Robicheaux est troublé par une succession d’événements étranges qui laissent penser qu’une présence vénéneuse hante ces paysages sublimes. Dans cette vingtième aventure, Dave Robicheaux affrontera son adversaire le plus diabolique.

 

 

L’auteur :

James Lee Burke est né à Houston (Texas) le 5 décembre 1936. Deux fois récompensé par l’Edgar, couronné Grand Master par les Mystery Writers of America, lauréat en France du Grand Prix de littérature policière (1992) et deux fois du Prix Mystère de la Critique (1992 et 2009), James Lee Burke est le père du célèbre policier louisianais Dave Robicheaux.
Sa bibliographie complète ici:
http://www.payot-rivages.net/index.php?id=7&infosauteur=Burke%2C+James+Lee

Franck Bouysse – Glaise

Samedi 1er août 1914, à 4 heures de l’après-midi, les clochers de toutes les églises de France sonnent un sinistre tocsin. C’est la mobilisation générale et le début de la guerre contre l’Allemagne, guerre que chacun espère courte et victorieuse.
Dans les villes et les campagnes, les hommes en âge de combattre, forces vives de la Nation, quittent leur famille et leur travail, espérant être de retour avant l’hiver.

Dans un petit hameau du Cantal, près de Salers, Victor Landry est parti à la guerre. Il laisse la ferme à la garde de son épouse Mathilde, de Joseph, leur fils âgé de 15 ans, et de la grand-mère.
Leur voisin, le vieux Léonard, est toujours d’accord pour venir leur donner un coup de main pour les gros travaux saisonniers, d’autant que cela lui permet de s’éloigner de son foyer et de sa femme acariâtre. Entre eux depuis des années, se dresse un fantôme, qui jour après jour alimente leur mutuel ressentiment.

« Au loin, un gros nuage manchonnait le Puy Violent, et on aurait pu croire que cette ruine de volcan rejetait encore des fumées vieilles de trois millions d’années, à la manière de ces lumières d’étoiles mortes qui parviennent encore aux yeux des vivants. Un vestige de la fureur de la terre qui avait façonné ce monde en lui offrant la vie, depuis les algues souterraines, pour parvenir à ces deux femmes et à ce gamin en train de contempler des coulées de basalte fossilisé. Puis, le soleil disparut lentement, disque parfait ingurgité par la montagne, qu’une autre recracherait au matin dans toute sa splendeur. »

A la ferme voisine vit la famille Valette, dont le fils Eugène a été mobilisé. Le père Valette, handicapé d’une main suite à un accident, vit très mal le fait de n’avoir pu être mobilisé comme les autres. Il nourrit envers les Landry et le vieux Léonard une rancœur tenace, liée à l’achat d’un terrain qu’il convoitait.

L’arrivée d’Hélène, sa belle sœur, dont le mari a aussi été mobilisé, et de sa fille adolescente Anna, va semer le trouble dans le voisinage.
La jeune Anna va bien entendu se rapprocher de Joseph, ce qui ne va pas manquer de provoquer la colère de Mathilde, la mère du jeune homme, et la jalousie de son oncle Valette, repoussé par son épouse, et qui éprouve à l’égard de la jeune fille des sentiments bien peu familiaux.

 « Vers la fin du mois d’Août, un colporteur venu du nord s’arrêta sur la place se Saint-Paul en faisant tinter une clochette fixée à une ridelle de sa charrette pour rameuter les villageois. »… « Des gens s’approchèrent, curieux. L’homme se mit à parler, et son visage se fissura en tous sens, comme s’il menaçait de tomber en mille morceaux, débitant ses paroles à une allure folle, avec un accent qui mangeait le début des mots… Les morts ne se comptaient plus, et encore moins les blessés, affirmait-il. Il parlait avec plus d’empressement, en une logorrhée gourmande, comme si relater tant de malheurs invérifiables lui donnait quelque importance supérieure. »

Passées les premières semaines, l’espoir d’une victoire rapide est bien vite oublié, quand arrivent les premières lettres annonçant la mort d’un mari, d’un père, d’un frère ou d’un fils.

Les personnages, à peine moins d’une dizaine, qui habitent ce roman, ont tous une personnalité très marquée. Coincé avec la mère et la grand-mère, le jeune Joseph a bien du mal à supporter l’ambiance mortifère de la ferme. Après les travaux des champs, il trouve refuge au bord de la rivière où il pêche la truite, ou bien dans sa cave, où il modèle des figurines en terre rouge, cette glaise qui donne son nom au roman. Avec Anna, la jeune nièce des Valette, il va faire ses premiers pas dans le domaine de l’amour et de la sexualité. Anna, Joseph et Léonard, sont les seuls personnages qui apportent à ce roman un peu de lumière et de chaleur humaine. Mathilde et Irène semblent elles, un peu en retrait, réduites à leur rôle d’épouse et de mère. Quant au voisin Valette,  lui se révèle être un être détestable, envieux, plein de haine, un salaud de la pire espèce.

Fidèle à son style, l’auteur situe son histoire dans un milieu qu’il affectionne, une province rurale et austère. Il revient à un style d’écriture plus dépouillé, mais qui garde toujours la même poésie. Il décrit avec justesse les gestes et petites choses du quotidien, au rythme des saisons, de ces hommes  et femmes taiseux, durs à la tâche et au mal. Dans ces fermes où l’existence est déjà difficile en temps normal, la guerre la rend plus difficile encore, de par les restrictions qu’elle impose.
Au travers de l’histoire de ces trois familles, Franck Bouysse explore toute la palette des sentiments humains, les plus nobles comme les plus abjects. C’est une histoire d’amour, d’amitié, également remplie de haine, de colère et de fureur. 

Dans la lignée des grands auteurs du « nature writing », Franck Bouysse nous livre un témoignage sur un monde en voie de disparition, une fresque poétique pleine d’humanité, avec des personnages forts qui vous marqueront longtemps. 
Avec ce roman très abouti, Franck Bouysse s’impose comme un auteur incontournable dans le paysage du roman noir, et de la littérature française en général.

Une excellente lecture que je vous recommande chaudement.

Éditions La Manufacture de livres, septembre 2017

4ème de couv :

Au pied du Puy-Violent dans le cantal, dans la chaleur d’août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants: même si on pense revenir avant l’automne, les travaux des champs ne patienteront pas.
Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph tout juste quinze ans, en tête à tête avec sa mère et qui ne peut compter que sur Léonard, le vieux voisin. Dans une ferme voisine, c’est Eugène, le fils qui est parti laissant son père, Valette, à ses rancœurs et à sa rage: une main atrophiée lors d’un accident l’empêche d’accomplir son devoir et d’accompagner les autres hommes. Même son frère, celui de la ville, a pris la route de la guerre. Il a envoyé Hélène et sa fille Anna se réfugier dans la ferme des Valette. L’arrivée des deux femmes va bouleverser l’ordre immuable de la vie dans ces montagnes.

L’auteur :

Franck Bouysse est né en 1965. Il vit à Limoges où il est enseignant en biologie.
Il a publié à ce jour:
2013 – Vagabond (Écorce « No collection », juin 2013)
2013 – Noire porcelaine (Geste Editions, collection Geste noir, 2013)
2014 – Pur sang (Écorce « Territori », juin 2014)
2014 – Grossir le ciel (La Manufacture de livres), prix Michel Lebrun 2015 et prix des lecteurs au Festival du Polar de Villeneuve-lès-Avignon.
2015 – Plateau (La manufacture de livres), prix de la Foire du livre de Brive.

Cloé Mehdi – Rien ne se perd

A l’ombre des tours, dans une banlieue populaire d’une grande ville, de nouveaux tags fleurissent les murs. Le visage de Saïd s’affiche partout, souligné des mots « Justice pour tous ». Saïd était un jeune garçon d’une quinzaine d’années, tué par un policier lors d’un contrôle d’identité « musclé », il y a plus de 10 ans. Le policier coupable, protégé par ses pairs et par sa hiérarchie, a été jugé, innocenté et muté dans une autre ville.
L’apparition de ces tags, bien après les évènements, et sans raison apparente, suscite une certaine nervosité parmi les forces de police.

Dans cette cité vit Mattia Lorozzi, 11 ans. Fils d’un éducateur de quartier qui s’est suicidé, sa mère l’a confié à la garde de Zé, qui est devenu son tuteur légal. Il vit maintenant avec lui et sa compagne Gabrielle, une jeune femme suicidaire.

« Papa était mort et le vide continuait de grandir dans les yeux de maman.
J’avais sept ans. J’étais à l’hôpital. Une étudiante infirmière s’était chargée de panser mes plaies. Je n’avais pas eu besoin de points de suture. Les blessures étaient superficielles. Celles sur ma peau, en tout cas. Mais le couteau s’était aussi planté dans son cœur à elle – maman – et n’avait fait qu’élargir le vide.
Elle a attendu que l’infirmière s’en aille, elle m’a dit :
– Je ne peux plus vivre avec toi, Mattia. »

Vous conviendrez avec moi que ce n’est pas l’environnement idéal  pour l’épanouissement harmonieux d’un enfant. D’autant que Gina, sa sœur ainée, a elle aussi quitté le foyer familial et ne réapparaît qu’épisodiquement, pour quelques heures ou quelques jours, pour repartir aussitôt, on ne sait où.

A travers le portrait de Mattia, gamin intelligent, mais que la vie a conduit à se bâtir une carapace, l’auteure traite de l’enfermement, tant intérieur qu’extérieur, des barrières imposées par la société et surtout par soi-même. Il y a aussi les ravages causés par les non-dits, ce gamin intelligent comprend bien qu’on lui cache des choses, et interprète ces silences d’une façon très personnelle.
C’est aussi l’occasion d’une dénonciation contre les dérives d’une certaine police, dont les exactions sont trop souvent passées sous silence.
On ne pourra pas s’empêcher de faire le parallèle avec des victimes de bavures policières plus ou moins récentes, dont les noms ont fait la une des journaux, et provoqué la colère des banlieues Si elle n’est pas le sujet essentiel du livre, la mort de Saïd en demeure le fil rouge, auquel se rattachent de façon plus ou moins directe, tous les évènements.

« Antidépresseurs. Anxiolytiques. Antipsychotiques. Thymorégulateurs. Somnifères. Un paradis pour toxico. Un cartel de la drogue, mais légal.
Et chaque jour, le gobelet et les pilules. Une ou deux fois au début vous vous êtes révoltés, lassés des effets secondaires, du tremblement de vos mains, de vos difficultés à vous exprimer ou même à penser, ou à ressentir. Lassés de leur langage, toujours les mêmes mots : « réajuster ». On n’arrêtait jamais un traitement sinon pour passer à un autre. Alors vous refusiez de les prendre. Et ils vous mettaient en chambre d’isolement pendant des jours et des jours et des jours, le traitement en injection, parfois sanglés au lit mais toujours pour votre bien, ils vous attachaient avec une grande humanité. »

Elle dresse aussi un tableau peu reluisant des institutions de santé et de leur attitude vis-à-vis des malades.
Mattia, le narrateur de ce roman est âgé de onze ans. La vision que nous avons de l’histoire passe donc par le filtre de sa perception. Il cherche son chemin dans ce monde d’adultes où il ne trouve pas sa place. Il craint d’avoir hérité de la folie de son père et de se retrouver lui aussi en hôpital psychiatrique. C’est le regard d’un enfant qui bien qu’étant d’une grande maturité, ne comprend pas l’injustice.

Ce roman est habité de personnages vrais, cabossés par la vie et victimes de la société. Des cas sociaux comme vous pourriez en croiser dans la tour à deux pas de chez vous, qui essayent tant bien que mal de s’accommoder de la vie qui est la leur.
L’écriture absolument maîtrisée est toute de précision et de sobriété. Il n’y a pas un mot de trop et les choses sont dites de façon abrupte certes, mais nécessaire.
Cloé Mehdi nous livre ici une œuvre d’une grande intelligence et d’une rare profondeur. Malgré sa noirceur, c’est un beau roman, âpre, écrit avec le cœur, plein de sincérité. Et, dans toute cette désespérance brille tout de même une petite étincelle d’espoir.
Un roman qui fera date et que je vous invite à découvrir.

Éditions Jigal, 2016

4ème de couv :

Une petite ville semblable à tant d’autres… Et puis un jour, la bavure… Un contrôle d’identité qui dégénère… Il s’appelait Saïd. Il avait quinze ans. Et il est mort… Moi, Mattia, onze ans, je ne l’ai pas connu, mais après, j’ai vu la haine, la tristesse et la folie ronger ma famille jusqu’à la dislocation… Plus tard, alors que d’étranges individus qui ressemblent à des flics rôdent autour de moi, j’ai reconnu son visage tagué sur les murs du quartier. Des tags à la peinture rouge, accompagnés de mots réclamant justice ! C’est à ce moment-là que pour faire exploser le silence, les gens du quartier vont s’en mêler, les mères, les soeurs, les amis… Alors moi, Mattia, onze ans, je ramasse les pièces du puzzle, j’essaie de comprendre et je vois que même mort, le passé n’est jamais vraiment enterré ! Et personne n’a dit que c’était juste… 

L’auteure :
Cloé Mehdi est née au printemps 1992. Elle commence à écrire au collège pour faire passer le temps plus vite. S’en suit Monstres en cavale, son premier roman, qui reçoit le prix de Beaune 2014. Puis, avec Rien ne se perd, elle reçoit le prix Étudiant du polar 2016, le prix Dora Suarez 2017 et le prix Mystère de la critique 2017.

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Emily Fridlund – Une histoire des loups

Madeline est une adolescente de 14 ans. A l’école, personne ne l’appelle par son prénom, mais Linda, ou la Soviet ou la Cinglée. Ces surnoms méchants viennent du fait qu’elle a passé son enfance dans une communauté hippie du nord du Minnesota, maintenant abandonnée par tous ses résidents idéalistes, à l’exception de ses parents. Linda est une énigme pour son entourage, extrêmement sérieuse, dépourvue de l’insouciance joyeuse des autres enfants.
« Mes parents ne possédant pas de voiture, voici comment je rentrais chez moi lorsque je loupais le bus. Je marchais six kilomètres sur l’accotement déneigé de la Route 10, puis je tournais à droite sur Still Lake Road . Un kilomètre et demi plus loin, il y avait un embranchement. A gauche, la route longeait le lac, à droite, elle s’enfonçait dans une colline non déneigée. C’est là que je m’arrêtais pour rentrer mon jean dans mes chaussettes et réajuster les poignets de mes moufles en laine. En hiver, les arbres se détachaient contre le ciel orangé, pareils à des veines. Le ciel entre les branches ressemblait à un coup de soleil. Il me fallait marcher vingt minutes dans la neige et les sumacs avant que les chiens m’entendent et aboient, tirant sur leurs chaînes. »

Cette étrangeté, elle la doit à l’éducation reçue de ses parents, derniers survivants d’une secte oubliée, passés de la mouvance hippie à une profonde dévotion chrétienne, comme pour expier leurs fautes passées. Ce n’est pas facile pour elle de s’intégrer dans le monde qui l’entoure.

« Sans prononcer le moindre mot, Lily donnait aux gens l’impression d’être encouragés, bénis. Elle avait des fossettes aux joues, ses tétons pointaient comme deux signes de Dieu sous son pull. J’avais la poitrine plate, j’étais aussi quelconque qu’une planche. Je donnais aux gens l’impression d’être jugés. »

Ces quelques phrases résument tout le mal-être adolescent dans lequel se trouve Madeline. Elle a l’impression d’être transparente, et elle a bien peu d’estime pour sa propre personne.

Deux évènements vont chambouler sa morne existence : L’arrivée au collège de M. Grierson, professeur d’Histoire-Géographie va la sortir de sa coquille en l’incitant à participer à l’Odyssée de l’Histoire, et présenter son exposé sur « L’histoire des loups ».
Elle effectuera une bien timide tentative de séduction envers ce professeur qui, à la rentrée suivante sera renvoyé pour avoir eu une présumée relation avec une camarade de classe de Mattie.

L’autre fait marquant de cet été se passe de l’autre côté du lac : un jeune couple accompagné d’un petit garçon vient de s’installer. Pour Mattie, qui passe beaucoup de temps à les observer au travers de ses jumelles, ils sont l’image de la famille idéale. Peu à peu, elle va oser se rapprocher et passer un peu de temps avec eux, pour ensuite être engagée comme baby-sitter.
Patra, la très jeune maman de Paul, un garçonnet de 4 ans, travaille à la maison pour relire et corriger les travaux de son mari, professeur d’université.
Tous deux sont profondément impliqués dans la Science Chrétienne.
Patra est une jeune femme pleine de fantaisie, qui s’éteint complètement en présence de son mari, professeur d’université et astronome, qui cite les Écritures à tout bout de champ, citations que répète le petit Paul, comme un perroquet.
La famille de Mattie est aussi un peu étrange : sa mère, qui va à l’église deux à trois fois par semaine, lui impose régulièrement des simulacres de baptême.
Entre présent et passé, dans un savant désordre, les chapitres alternent, décrivant la vie de Mattie à différentes époques et en différents lieux.

Il n’y a pas à proprement parler de suspense dans ce roman. Dès les premières pages, nous apprenons que le petit Paul va, et qu’il y aura un procès. La seule interrogation qui vaille est de savoir ce qui va conduire à cette issue. Là réside tout le talent de l’auteure, de nous conduire pas à pas vers ce dénouement.

Le style de l’auteure est généreux et précis, son histoire marquée par la morosité est d’une grande force émotionnelle. Elle sait comment créer une atmosphère maussade, dans un paysage gris et la froideur de l’environnement s’infiltre jusque dans ses mots. Elle se glisse aisément dans la peau d’une adolescente malheureuse et nous révèle comment la négligence et l’isolement peuvent marquer un enfant pour la vie.

Pour ce roman sur la difficulté du passage à l’âge adulte, Emily Fridlund a construit un personnage marquant, émouvant et dérangeant, qui accompagnera longtemps le lecteur.
Ce premier roman, puissant et profond, nous révèle une écrivaine de talent, à suivre assurément.
Editions Gallmeister, 2017

En partenariat avec :
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4ème de couv :

Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de partager ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaîté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Troublant et poétique, best seller dès sa parution aux Etats-Unis, le premier roman d’Emily Fridlund a été acclamé par la critique.

L’auteure :

Emily Fridlund, écrivaine américaine, a grandi dans le Minnesota, où se déroule l’action de son roman. Elle vit actuellement dans la région des Finger Lakes dans l’État de NewYork. Titulaire d’un doctorat en littérature et creative writing de l’université de Californie, professeur à Cornell, elle a remporté plusieurs prix pour ses écrits publiés dans diverses revues et journaux.
Une histoire des loups est son premier roman.