Franck Bouysse – Oxymort

Après « Grossir le ciel » et «Plateau », qui m’avaient enthousiasmé, j’étais curieux de découvrir les écrits précédents de Franck Bouysse. J’ai donc commencé par « Oxymort », qui se trouvait disponible à la Bibliothèque de mon village.
Ce roman, au sous-titre évocateur, « Limoges: requiem en sous-sol » est un véritable huis-clos, au sens premier du terme.
Enfermé dans une cave, Louis Forell ne sait ni pourquoi ni comment il est arrivé jusqu’ici. De l’autre côté de la porte, une présence qu’il devine plus qu’il ne la voit, qui joue avec lui, qui se borne à le nourrir et lui faire parvenir des énigmes sous forme de dessins.

« Ma joue gauche collée au sol, écrasée contre la terre battue. Mes yeux exorbités. La chaîne tendue du mur à mon poignet blesse mon flanc. Ma peau se déchire, comme de l’écorce dépecée par un outil de charron. Je sens ma chair se fendre. Mon sang s’accumule en anneaux de xylème. Reste bloqué. Pas mal. Je veux voir et je ne vois rien. Je vrille mon corps. J’essaie de gagner quelques centimètres. Petit lombric enfermé dans une boîte. Couvercle ajouré d’écailles de lumière. »

Les conditions de détention sont dégradantes, et pour ne pas sombrer dans la folie et arriver à comprendre le pourquoi de cette séquestration, il remonte le fil de ses souvenirs. Jour après jour, depuis les dernières semaines qu’il vient de vivre, jusqu‘à son réveil dans cette cave. Son travail au lycée, sa rencontre avec Lilly dont il est tombé amoureux, autant d’épisodes heureux de sa vie passée.

Et nous lecteurs, nous retrouvons à subir son enfermement, à nous interroger sur l’identité de ce mystérieux garde-chiourme : serait-ce Hubert, amoureux de Suzanne sa voisine de palier, qui lui dédicace des chansons à la radio. Suzanne, cinquantenaire fanée, qui n’a d’yeux que pour son collègue Louis Forell ? Ou bien ce jeune disquaire, précédent compagnon de Lilly, exclusif et jaloux ?

 « Elle aurait tant aimé que ce soit son collègue Louis Forell qui lui fasse une déclaration. Aucune chance. L’homme idéal. Trop vieille. Pas assez appétissante. Et puis il y a cette jeune fille qui a séduit Forell, la petite salope. Elle la déteste. Avec ses jambes fines et son visage d’ange. Toute cette beauté qui attriste le cœur de Suzanne. Toute cette beauté que vomit son ventre en circuit fermé. »

La narration se déroule en courts chapitres consacrés aux divers personnages : Louis, son geôlier, Lilly, le commandant Farque ainsi que d’autres personnages secondaires comme Hubert ou Suzanne.
L’enfermement, la mort et la folie sont omniprésents dans cet ouvrage. On y retrouve aussi d’autres thèmes relatifs à la difficulté de communiquer, d’aimer ou d’être aimé, de l’amour exclusif qui tourne à l’obsession.
L’écriture est agréable : phrases courtes et rythmées, qui impriment au roman son tempo et sa cadence. Parfois le phrasé d’un slam donne au lecteur un sentiment d’urgence, l’envie d’aller plus loin dans la lecture.

Sans atteindre la puissance d’évocation de ses deux dernières parutions, c’est un bon roman sous lequel on sent déjà poindre les prémices des romans à venir. C’est dans le terreau de cette cave humide et sombre que prennent racine « Grossir le ciel » et « Plateau », pour apparaître en pleine lumière.

Geste Editions, 2014

4ème de couv :

oxymort« Nuit horizontale. Nuit verticale. Pas vu la lumière depuis deux jours. Deux jours que je me réveille avec un terrible mal de crâne, que je ne sais pas pourquoi je suis enfermé ici, dans une pièce froide et humide, que je n’ai aucune idée de ce que j’ai mangé, que l’odeur de ma sueur ne parvient plus jusqu’à mes narines, que mes doigts n’ont rencontré que des murs. Deux jours que je pisse et chie dans un seau rempli d’eau de javel. Deux jours que je suis réduit à un animal piégé au fond d’un trou.»
Un homme s’éveille, enchaîné sur la terre battue d’une cave. Engourdissement, incompréhension. Qui ? Pourquoi ? La seule façon de repousser son désespoir, de lutter : remonter le temps, errer dans les corridors de sa mémoire et chercher à comprendre pour tenir en laisse la folie. Guetter l’apparition d’une femme, au moment où les ombres s’étirent dans le crépuscule. Jouer la musique de sa survie.

 

L’auteur :

Franck Bouysse est né en 1965. Il vit à Limoges où il est enseignant en biologie dans un Lycée.
Il a publié à ce jour:
– La Paix du désespoir, Éditions Le Manuscrit, 2004
– L’Entomologiste, Éditions Lucien Souny, 2007
– Noire porcelaine, « Le Geste noir »  2013
– Vagabond, Éditions Écorce, 2013
– Oxymort. Limoges : requiem en sous-sol, « Le Geste noir » , 2014
– Pur Sang, Éditions Écorce, 2014
– Grossir le ciel, Éditions La Manufacture de livres, 2014
     – Prix Polar Michel-Lebrun 2015
     – Prix Polars Pourpres 2015
     – Prix des lecteurs Festival du Polar Villeneuve lèz Avignon 2015
– Plateau, Éditions La Manufacture de livres, coll. « Territori » , 2015

 

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8 réflexions sur “Franck Bouysse – Oxymort

  1. Héhé, j’aime les premiers écrits d’un auteur, ça donne toujours un éclairage nouveau sur ce qu’il est aujourd’hui. J’avais lu, « L’entomologiste » son premier polar me semble-t-il il y a 8 ou 9 ans. Et j’avais poursuivi avec Le mystère H., la m^me année puis « LHondres ou Les ruelles sans étoiles. » Les Deux premier volet de la trilogie H. Entre récit d’aventure et récit fantastique, 🙂 🙂

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