Nicolas Zeimet – Retour à Duncan’s Creek

Une antique pompe à essence, un réverbère et un vieux frigo. Dès la photo de couverture, le ton est donné. Paysage aride et désolé, ambiance Bagdad Café. Nous sommes en Utah, à Duncan’s Creek, un petit village de l’Ouest américain, entre montagnes et forêts.

A Duncan’s Creek, ils étaient trois amis « unis comme les trois doigts de la main », aux caractères très différents : Sam Baldwin, l’aînée et seule fille du trio, est un peu le chef de meute. Elle cache sous des dehors bravaches sa propre détresse. Ben Mc Combs, surnommé Junior ou encore Boulard, ancien petit gros de la bande est d’un caractère plus effacé, plutôt suiveur que meneur. Jake Dickinson, quant à lui, se sent à l’étroit dans cette ville et dans cette vie, portant comme un fardeau l’absence de son frère Tim, mort assassiné deux ans avant sa naissance. Il a l’impression de n’être qu’un pâle substitut de ce frère décédé, et rêve d’un autre horizon que les pompes de la station service paternelle.

« Et même si le temps nous endurcit, les claques font encore plus mal quand on arrive à l’âge adulte. Sans doute parce qu’elles sont plus violentes.
Trente ans après, j’avais toujours en tête une phrase de Lamar Jones, le fermier chez qui j’avais travaillé deux étés d’affilée à Duncan’s Creek : « Le destin n’est rien d’autre que la part de bonheur ou de malheur, le lot de fortune ou d’infortune, qui échoit à chacun à la naissance, et la vie distribue ses cartes au hasard. » C’était l’un des messages pleins de sagesse qu’il avait tenu à me transmettre pour m’aider à grandir. M. Jones est mort alors que j’avais douze ans, mais ses enseignements m’avaient accompagné toute ma vie. »

Un soir d’Halloween, un événement tragique va sceller la fin de leur enfance et de leur amitié, et contribuer à leur éloignement progressif, jusqu’à la rupture définitive.

Plus de vingt ans après, Jake reçoit un appel de Sam, ces quelques mots:
« – J’ai besoin de toi, tu peux venir? Alta Cienega Motel, à West Hollywood. Demain soir, ça te va? »
Il n’a revu Sam que deux ou trois fois depuis tout ce temps, et pourtant il n’a aucune hésitation à répondre à son appel.

« Ramène-moi à la maison », lui avait-elle demandé.
Et, en route vers Duncan’s Creek à bord de la vieille Chevy de Sam, de la Californie vers l’Utah, Jake remonte le cours du temps, présent et passé entremêlés. En leur compagnie, en un road trip de la mémoire, nous faisons avec eux le voyage de retour, pour enfin refermer la boucle.

Lors de leur dernier été passé ensemble, chacun d’eux avait consigné sur papier ses espoirs pour le futur, ses rêves et ses secrets, enfermés dans une  boîte en fer blanc, la « capsule temporelle » enterrée quelque part dans un camping de l’Arizona, où Jake ira la déterrer.

Après, ils ont tenté de vivre leur vie de leur côté, selon leurs aspirations : Sam a cédé à l’appel du miroir aux alouettes, vers le monde factice des paillettes et du cinéma, Jake est parti à San Francisco pour tenter de devenir écrivain, Ben, quant à lui est resté au village, dans la ferme familiale. Malgré leur séparation physique, ils resteront affectivement liés à tout jamais par le drame qu’ils ont vécu.

Ce retour à Duncan’s Creek sera pour Jake l’occasion d’une réflexion sur sa propre vie, sa famille, son éducation, sur ce qu’il aurait pu ou dû faire pour aider ses amis. Peut-être leur futur aurait-il alors été différent.

Le roman, fait d’une alternance de chapitres intitulés « Hier » ou « Aujourd’hui », alterne entre la narration à la première personne pour le présent, et à la troisième pour le passé. Dès les premières lignes on est happé par l’histoire et le devenir de ces trois personnages, et on entre de plain-pied dans leur vie, immédiatement en empathie avec eux, partageant leurs rêves, leurs espoirs, et aussi leurs souffrances. On ressent de la part de l’auteur une réelle affection pour tous ses personnages, quelles que soient les situations dans lesquelles il les place. Il trouve toujours le ton juste, sans jamais sombrer dans le pathos.
Les autres personnages extérieurs à leur trio, parmi lesquels Rose, la serveuse du bistrot de Kingman, le vieux docteur Pomeroy, ou Mlle Adams son ancienne institutrice, sont traités avec une tendresse toute particulière.

On pourrait croire ce roman écrit par un auteur local, dans cette façon si réaliste de nous représenter l’Ouest américain, comme un décor de cinéma, entre stations-services abandonnées et « diners » au milieu de nulle part. Il nous dépeint également de façon très pittoresque la communauté des habitants d’une petite ville de l’Ouest profond.

Il se dégage de ces douloureuses tranches de vie une intense émotion. Au travers de leurs larmes, mais aussi de leurs rires, j’ai retrouvé un parfum d’adolescence. Par delà les non-dits et les silences, ces enfants devenus adultes éprouveront le goût doux-amer du temps échappé et d’un bonheur à tout jamais perdu.
Une très belle lecture, et un magnifique roman que je recommande sans réserve !

Éditions Jigal, 2017

 

4ème de couv :

Après un appel de Sam Baldwin, son amie d’enfance, Jake Dickinson se voit contraint de retourner à Duncan’s Creek, le petit village de l’Utah où ils ont grandi. 

C’est là que vit Ben McCombs, leur vieux copain qu’ils n’ont pas revu depuis plus de vingt ans. Les trois adolescents, alors unis par une amitié indéfectible, se sont séparés dans des circonstances dramatiques au début des années quatre-vingt-dix. 

Depuis, ils ont enterré le passé et tenté de se reconstruire. Mais de Los Angeles aux montagnes de l’Utah, à travers les étendues brûlantes de l’Ouest américain, leurs retrouvailles risquent de faire basculer l’équilibre fragile de leurs vies. 

Ce voyage fera ressurgir les haines et les unions sacrées, et les amènera à jeter une lumière nouvelle sur le terrible secret qui les lie. Ils n’auront alors plus d’autre choix que de déterrer les vieux cadavres, quitte à renouer avec la part d’ombre qui les habite… et à se confronter à leurs propres démons. 

L’auteur :

Nicolas Zeimet né en 1977, vit à Paris. Il écrit depuis l’âge de dix ans. 

Son premier roman, « Déconnexion immédiate« , est paru en 2011 chez Mon Petit Éditeur. 

Après « Seuls les vautours« , (2014), lauréat du Prix Plume d’Or 2015, il publie en 2015 « Comme une ombre sur la ville » aux éditions du Toucan.

« Retour à Duncan’s Creek » est son quatrième roman.

 

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12 réflexions sur “Nicolas Zeimet – Retour à Duncan’s Creek

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